INTRODUCTION
Dans rantiquitë, l'Acropole d'Athènes ne renfermait qu'un petit nombre de constructions : les quatre temples de Minerve, celui de Diane et les Propylées. Les quatre temples d'Athéna étaient le Parthénon ou temple de la Vierge, qui occupait la partie culminante du rocher; celui d'Alhéna Polias, appelé aussi Erechthéum^ situé au nord et à côté du Parthénon^ mais à un niveau inférieur; le temple d*Athénaei^ané, c'est-à-dire de Minerve ouvrière, à l'ouest derrière le Parthénon, et sur une seconde terrasse; enfin le petit
temple ionique d'Athéna-Niké, nommée aussi la Victoiresans-ailes , sur une sorte de bastion ou pyrgos à droite et en avant des Propylées. Le temple de Diane ou Ârtémis de Brauron était à Touest de rAlhéna-ouvrière, sur une troisième terrasse, dans rinlérieur de TAcropole.
Le grand nombre de sanctuaires consacrés à Minerve sur ce rocher fameux est probablement ce qui avait fait donner à la ville le nom pluriel d'Athènes, c'est-à-dire les Minerves. Aujourd'hui le peuple grec l'appelle indifféremment Athène ou Athènes; mais les gens instruits la nomment toujours au pluriel, comme dans l'antiquité.
Outre les cinq temples qui viennent d'être énumérés et devant chacun desquels était un autel pour les sacrifices, il y avait sur l'Acropole un nombre presque infini de statues, d^autêls et de stèles ou pierres dressées portant des inscriptions et souvent des bas-reliefs. Si l'on excepte les grandes statues et quelques œuvres importantes dont j'aurai l'occasion de parler, les stèles étaient presque toutes rangées en lignes le long des chemins, des passages et des escaliers, tantôt plantées debout et scellées dans le rocher, tantôt adossées à quelque muraille où des crampons de métal les tenaient attachées, tantôt enfin disposées sur des gradins comme sur des étagères. Une grande étagère de ce genre, que l'on a prise quelquefois pour un escalier taillé dans le roc, existe encore derrière le Parthénon : elle se compose de dix degrés d'inégale longueur en partie artificiels, et sur lesquels on voit les creux où étaient fixées les stèles et les statues. (Pi. XIL)
Il est probable que dans l'antiquité l'Acropole renfermait aussi quelques constructions pour les soldats et pour les
munitions de guerre et de bouche. Si le long bâtiment qui existe en contre-bas vers Tangle oriental du Parthénon est antique, il a pu servir à cet usage ; il en est de même d'une bâtisse dont on voit quelques débris derrière Faile septentrionale des Propylées.
Aux constructions antiques, qui laissaient beaucoup d'air et de place sur l'Acropole, les générations postérieures ajoutèrent des bâtisses sans nombre, le plus souvent établies sur des remblais, composées de mauvais matériaux et ne reposant que sur de faibles fondements. Dans les temps qui suivirent immédiatement le triomphe du christianisme, les temples, ceux du moins qui subsistaient, furent changés en églises dédiées à la Yiei^e mère de Dieu, qui succédait ainsi à la Vierge fille de Jupiter. Ces églises, particulièrement la plus grande renfermée dans le Parthénon, furent, au moyen âge, l'objet de soins tout particuliers pour les ducs florentins de la famille Acciaiuoli. L'Acropole, qui avait été rendue par eux à sa destination de forteresse, reçut des constructions variées que rendait nécessaires la possibilité d'un siège ; il y eut des maisons, des casernes, des chemins de ronde, des galeries couvertes, des réservoirs, des citernes, des créneaux. Les Propylées, changés par eux en un magnifique palazzo à l'italienne, furent flanqués d'une énorme tour, qui dominait au loin la campagne et la mer.
Les Turcs, qui succédèrent aux Florentins, assistèrent au développement de l'artillerie qui se faisait en Europe. Il leur fallut donc fortifier toutes les parties de l'Acropole. Outre les travaux intérieurs, les casemates et les terrasses portant batteries, les murs qui couronnent le rocher furent revêtus partout où ils semblaient attaquables ; on construi-
sit en avant des Propylées un très*-fort bastion comprenant dans sa maçonnerie une partie des remparts de Justinien et deux corps avancés qui remontent à l'antiquité. Le temple de la Victoire fut rasé et le pyrgos transformé en une terrasse portant six canons. A l'extérieur, les Turcs construisirent une enceinte basse qui, d'une part, réunissait les deux théâtres, se rattachant pr ses extrémités aux murs de l'Acropole, et qui de l'autre pénétrait vers le nord jusque dans la ville. En même temps ils cban-* gèrent la destination des temples, déjà transformés en églises par les chrétiens ; le Parthénon devint une mosquée ornée d'un minaret ; l'Érecbthéum fut un harem, et les Propylées, qui avaient été le palais des Acciaiuoli, furent la demeure de l'aga.
L'attaque des Vénitiens en 1687, l'explosion du Parthé* non et, quelques années auparavant, celle des Propylées, couvrirent de ruines l'Acropole, Il est probable qu'après le départ des troupes de la république, les Turcs réparèrent en partie les édifices endommagés. Mais, selon l'usage des Orientaux, ils construisirent sur les décombres toutes les bâtisses légères et grossières dont l'Acropole était parsemée en 1820. Le remblai allait grossissant à chaque guerre non* velle et finissait par atteindre dans certains endroits jusqu'à huit ou dix mètres d'épaisseur. Les murs des maisons montaient le long des colonnes des édifices antiques et les faisaient presque entièrement disparaître.
La guerre de l'indépendance hellénique mit le comble à cet envahissement des ruines. La citadelle, attaquée et défendue tour à tour, soit par les chrétiens, soit par les musulmans, fut en quelque sorte bouleversée de fond en
comble par le canon et la mitraille. On verra plus loin que c'est réellement à cette époque que les édifices antiques ont couru le plus grand danger ; ils n'ont été sauvés d'une ruine totale et définitive que par l'impéritie des Turcs assaillants. Pour se défendre contre eux, les Grecs, au commencement de rinsurrection, ajoutèrent une nouvelle construction en avant des Propylées, et firent disparaître sous un bastion le bassin de la source Clepsydre et l'escalier de Pan, Tune des deux montées qui conduisaient à l'Acropole. * Ainsi, tandis qu'à l'intérieur le sol allait s'exhaussant par des remblais sans cesse renouvelés, à l'extérieur les fortifications s'ajoutaient aux fortifications; elles descendaient au bas des rochers, et les maisons de la ville venaient s'appuyer contre elles. Enfin, il arriva un moment où les murs de l'Acropole rejoignirent l'enceinte même de la ville.
Celle-ci, au temps de Thucydide, s'étendait en cercle autour de la citadelle. On peut, en effet, suivre les murailles helléniques sur plus de la moitié de leur développement. A partir du temple de Jupiter Olympien, qui est vers le sud-est de l'Acropole (pi. VllI), elles ont laissé des traces, à peine interrompues ça et là par quelque labour, sur la pente de la colline de Musée, sur la crête de la colline du Pnyx et de celle des Nymphes, où est aujourd'hui l'Observatoire. En descendant de là vers le nord, on les suit jus^ qu'à l'ancienne porte Dipyle, où la Société archéologique d'Athènes exécute de vastes et profonds déblaiements. Audelà elles disparaissent sous des remblais modernes; mais leurs traces se découvrent de jour en jour à mesure que l'on creuse des caves pour les maisons de la ville nouvelle.
Ainsi les murs antiques ont élë retrouvés rue d'Ëole, quand on a fouillé le sol pour construire l'hôtel Mêlas. Un autre Athénien du même nom en possède une partie sous sa maison, située à côté de l'hôtel des postes. La maison Galligas, rue du Stade, toute la place du Palais-Royal et le jardin de la Constitution sont hors de l'enceinte antique, mais très-près d'elle, puisqu'on y a trouvé de nombreux tombeaux.
Ces points de repère permettent de constater l'exactitude du texte de Thucydide et montrent que, dans lantiquité, aucune connexion n'existait entre la fortiGcation de la ville et celle de l'Acropole. Mais après la conquête romaine, Athènes, que la fondation d'Alexandrie et le déplacement des Grecs vers l'Orient avaient déjà amoindrie, cessa d'être une place forte de quelque importance. Elle alla s'éloignant de la mer, à mesure que son commerce et ses affaires maritimes allaient diminuant. Les dileltanti romàms bâtirent leurs villes, leurs aqueducs, leurs bains, leurs bibliothèques, le long de l'Ilissus, à l'orient de la ville, et eurent de^ jardins avec vue sur la mer. La partie occidentale et méridionale d'Athènes fut peu à peu abandonnée. La ville ne s'étendit plus autour de l'Acropole, mais seulement sur son versant nord-est.
Quand les Turcs voulurent la fortifier, ils établirent, dans cette direction, leurs murailles sur les fondements du mur antique. Mais ils quittèrent ceux-ci non loin de l'ancienne porte Dipyle et, par la crête de l'Aréopage, ils se dirigèrent en ligne presque droite vers les Propylées. Ceuxci furent reliés par un mur solide au théâtre d'Hérode AtticuSy qui l'était lui-même au théâtre de Bacchus, caché
sous terre. Â partir de ce dernier une ligne brisée allait retrouver les fondations du mur antique non loin du temple de Jupiter olympien. Ainsi toute la moitié occidentale de l'ancienne ville, sans compter les fauboui^s, se trouvait mise hors des fortifications du moyen âge, et les travaux de défense s'accumulaient à leurs points de jonction avec celles de TAcropole.
La ville romaine d'Hadrien n'a jamais eu de remparts ni de clôture d'aucune sorte. Quand la Grèce eut perdu son indépendance et que Sylla eut renversé les murs d'Athènes, on ne les releva pas avant l'époque où l'empire commença d'être menacé par les barbares. L'immense tracé conçu par le colonel Leake et adopté avec des modifications par plusieurs savants de l'Allemagne, notamment par MM. Ulrichs et E. Curtius, est absolument imaginaire. Comme on n'enterrait pas dans la ville, mais que, par une interprétation judaïque de la loi, les premiers tombeaux en touchaient les portes, les excavations exécutées dans ces derniers temps pour la construction de la ville moderne ont fait connaître, sinon le tracé exact des anciens remparts, du moins les espaces situés au dehors. En outre, l'arc d'Adrien, qui, selon l'inscription, marquait la limite entre la ville grecque et la ville romaine, était certainement compris dans ce tracé.
Il n'est pas probable qu'après le sac d'Athènes sous Sylla et la destruction de ses remparts, on ait enlevé les décombres que ces bouleversements avaient produits, car dans Rome même on ne les enlevait pas. Il en est résulté dans la ville, comme sur l'Acropole, une grande accumulation de terre et de débris sous lesquels furent ensevelis la partie inférieure des édifices, beaucoup de statues et d'objets de
toute nature. On demande souvent d'où peuvent provenir ces exhaussements du sol que l'on remarque dans toutes les villes antiques ou sur leurs emplacements. L'explication est là. Les anciens ne connaissaient pas ou connaissaient fort peu l'usage des caves ; on ne creusait pas le sol quand on reconstruisait une ville ruinée par la guerre. Les pluies, si soudaines et si violentes dans les contrées du midi, emportaient les terres les plus légères et les réunissaient dans les parties basses ou concaves. Ici se formaient des remblais profonds d'humus contenant une grande quantité de matières animales et végétales qui les rendaient propres à la végétation. Là-dessus, quand les anciennes grandes villes eurent été réduites à l'état de bourgades, les nouveaux et rares habitants d3 ces déserts établirent leurs jardins, sans se douter qu'au-dessops d'eux le sol renfermait des maisons, des édifices de belle architecture, des œuvres d'art, toute une civilisation disparue et les cendres même de leurs aïeux.
Sur l'Acropole d'Athènes, les choses ne se passèrent pas autrement. Comme je l'ai décrit dans ma Légende athénienne^ la surface du rocher ne figure pas un plateau ; c'est une crête allongée de l'est à l'ouest, et dont le point culminant était à l'endroit où fut construit le Parthénon. Cette crête fut, probablement au temps de Pisistrate, taillée en gradins ou plates-formes, au nombre de trois, descendant vers l'ouest. Il y eut en outre la cavité occupée par l'Érechthéum et la pente aplanie où l'on éleva les Propylées. Les murs, qui formaient, selon l'expression de Sophocle, une couronne autour du rocher, étaient sur les bords extérieurs de cette surface inégale et inclinée. Quand des ruines avaient
lieu sur T Acropole, les terres, entraînées par les pluies, s'arrêtaient contre le rempart et y formaient un remblai : ainsi la surface de la citadelle allait s'aplanissant à mesure que son pourtour s'exhaussait. Au lieu de déblayer les portions envahies, les nouveaux occupants ajoutaient quelque assise aux murailles ; les édifices détruits leur en fournis* salent les matériaux* Voilà comment, sans que Ton apportât ni terre ni pierres nouvelles, le sol de T Acropole allait ' néanmoins s' élevant ; c'est une transformation qui s'opérait dans les matériaux apportés par les anciens. Je ne crois pas qu'il y existe aujourd'hui une pelletée du terrain pri-* mitif, argileux et rougeâtre comme celui des rochers voisins, où croissait l'olivier sauvage. Et pourtant le sol, à chaque printemps, s'y couvre d'une abondante végétation ; les gardiens y cultivent de petits recoins, où l'artichaut croît comme dans les jardins les mieux fumés.
Dans l'espace qui s'étend le long du mur septentrional, dit mur de Thémistocle, le terreau, mêlé de pierres et d'objets antiques, a plusieurs mètres d'épaisseur. Derrière les Propylées il n'a pas moins de quatre ou cinq mètres. 11 était beaucoup plus épais en avant de cet édifice, entre sa colonnade extérieure et le puissant bastion turc qui la couvre encore.
Dans la ville, le même fait se produisit pendant vingt^^inq siècles et plus. J'ai dressé, en 1849, un grand plan d'Athènes auquel j'ai, dans ces dernières années, ajouté les cotes des hauteurs. Voici ce qui en ressort. Le sol de la ville est encore aujourd'hui fort inégal ; mais il Tétait beaucoup plus dans les temps primitifs. Il faut se représenter l'Athènes moderne comme une vallée formée par l'Acropole et
le Lycabette, et descendaat vers le nord-ouest. Quoique, dans Tantiquité, elle s'étendit en cercle autour de la citadelle, sa partie principale était pourtant celle qu'occupe la vieille ville aujourd'hui, La gauche de ce vallon offrait quelques inégalités de terrain, dont la principale était la col* line du temple de Thésée, située vers le bas. La droite était plus accidentée encore, ainsi qu'on peut le voir sur tous les plans modernes de la ville. Les points culminants n'ont été que fort peu exhaussés par les décombres que laissaient les guerres ; mais comme ils étaient couverts de maisons aussi bien que les pentes, les débris sont descendus au fond de la vallée principale et ont tendu sans cesse !à[la niveler. Les terres les plus fines, entraînées par les eaux de la pluie, sont descendues jusqu'à la plaine, ont enseveli les anciens remparts, les portes et les sépultures, puis, s'élendant librement sur une surface qui allait s'aplanissant, elles * ont entièrement couvert le Céramique et se sont épanchées sur les terrains presque horizontaux de l'Académie. Il n'y a pas moins de cinq mètres de terre tamisée dans le voisinage de la porte Dipyle ; il y en a au moins quatre au carrefour de la riie d'Hermès et de celle d'Athéna. Mais l'ancien sol est à nu devant le palais royal, l'Université et l'église anglaise situés à la partie supérieure du vallon. L'aspect général d'Athènes n'est donc pas aujourd'hui tel qu'il était jadis. Le grand espace qui règne au midi et à l'ouest de l'Acropole est désert et cultivé à la charrue. Le vallon occupé par la ville moderne est moins accidenté qu'autrefois : les parties hautes ne se sont pas exhaussées, niais les bas-fonds se sont remblayés, et la ville moderne, quoiqu'elle ait adopté Tusage des caves,
n'est pas descendue sur l'ancien sol ; les chaussées des rues sont sur les remblais, qu'ils ont plutôt relevés que diminués. Ainsi l'Athènes de nos jours est plus plane que celle des anciens Grecs ; les rues y sont moins montantes et les maisons moins étagées les unes par rapport aux autres. Si l'on voulait reconstruire idéalement cette antique cité, la première chose à iaire serait, au moyen de sondages, d'en reconnaître tous les anciens niveaux.
Tel était l'aspect général d'Athènes à la fin de la guerre de l'indépendance. Quand les Osmanlis eurent quitté le sol de la Grèce et que le pays eut commencé à respirer, on songea à débarrasser les lieux' les plus célèbres des souillures que les siècles y avaient laissées, et Ton commença par l'Acropole. Je ne veux pas raconter ici en détail les travaux de déblaiement qui y furent exécutés dès 1835, ni sortir du sujet que je me suis proposé en écrivant ce livre. Je me contenterai de dire que l'administration bavaroise fit le plus gros de cette besogne, et (]u'elle la fit maladroitement. On démolit les masures et les grossières bâtisses qui obstruaient l'Acropole et la rendaient impraticable ; on détruisit en grande partie le palais déjà ruiné par l'explosion, que les Acciaiuoli avaient construit sur les Propylées et que les agas musulmans avaient ensuite habité. On ne conserva sur l'Acropole que deux vieilles maisons, dont l'une est à moitié plongée dans le remblai le long du mur septentrional : elles servirent à abriter provisoirement les objets antiques que le déblaiement mettait au jour. Ainsi reparurent les édifices anciens, dont on ne voyait auparavant que la partie supérieure.
C'est la portion occidentale de l'Acropole qui changea le
plus complètement d'aspect. Les décombres occupaient tout le sol des Propylées jusqu'à une assez grande hauteur ; les entrecolonnements étaient remplis par des murs percés de fendtres. Un plancher les partageait en deux étages, et, audessus des entablements, il y avait un étage composé de chambres d'habitation. Un gros mur d'appui réunissait le pyrgos de la Victoire-sans*ailes au piédestal d' Agrippa et soutenait un terre-plain formant terrasse en avant de cette sorte de palais. Sur le pyrgos, il n'y avait aucune trace du temple de la Victoire : il avait été démoli ; ses débris avaient servi de remblai en avant de la tour des Àcciaiuoli, et des décombres plus menus avaient nivelé le terrain au-dessus d'eux. La tour elle-même couvrait et dérobait entièrement l'aile droite des Propylées, dont, à la première vue, on n'aurait pas soupçonné l'existence.
Les premiers déblaiements nettoyèrent le sol des Propylées ; la terrasse antérieure disparut et fut remplacée par la pente inégale et incomplètement déblayée que Ton voit aujourd'hui. Les fragments du petit temple de la Victoire ayant reparu au jour, ainsi que sa partie inférieure, restée en place, on n'eut aucune peine à le restaurer, en remplaçant par des pierres ordinaires les marbres que l'on n^avait pu retrouver.
Malheureusement, dans ce premier déblaiement de l'Acropole, on n'eut pas soin de transporter aii loin les décombres. On se contenta de les précipiter du haut des murs. Les plus grosses pierres descendirent jusqu'au bas de la citadelle et purent être utilisées dans les constructions de la nouvelle Athènes ; mais les menus débris et les terres s'arrêtèrent en chemin et formèrent ces immenses talus^
sous lesquels aujourd'hui TAcropole est comme ensevelie. Ce mode insuffisant de déblaiement est encore suivi de nos jours et à Theure même où j'écris. Au printemps de 1875^ ne soupçonnant pas qu'un rappel subit interromprait tous les travaux que j'avais entrepris^ je fis, en vue d'un déblaiement général, l'estimation des décombres qu'il y aurait à enlever autour de l'Acropole pour la rendre elle-même à la lumière et la faire apparaître avec toute la hardiesse de ses escarpements. Mes mesures, prises jusqu'à la route moderne qui contourne la citadelle au sud et à l'ouest, et jusqu'aux premières maisons de la ville du côté du nord, firent ressortir un cube de 120,000 mètres environ. Si dès l'origine on avait oi^anisé convenablement le transport des déblais,, soit dans le lit de l'Ilissus, soit ailleurs, on aurait évité les frais qu'il faudra faire prochainement, et l'on n'aurait pas donné à la forteresse un aspect qui n'a rien d'élégant et qui ne s'accorde plus avec les récits de l'histoire. L'administration du royaume commença aussi la restauration du Parthénon, dont on releva quelques colonnes. M. Piscatory, peu avant la révolution de 1848, fit travailler M. Paccard à la réparation de l'Érechlhéum. M. Titeux, pensionnaire de l'Académie de France ii Rome, commença la recherche des escaliers supposés qui devaient, selon left idées d'alors, conduire au vestibule des Propylées ; la mort l'arrêta dans son travail, repris quelques années après par M. Beulé. Celui-ci enleva beaucoup de terre entre le bastion turc et les Propylées. J'ai fait en 1847 un dessin très-exact de ce dernier édifice ; il n'y a dans l'espace, entre les deux ailes, aucune trace d'escalier ; les degrés accolés au pyrços de la Victoire, et par lesquels on monte aujourd'hui, n'exis*-
talent pas encore; ils furent établis fort inutilement par feu M. Pittakis, conservateur des antiquités. Tous les artistes et les archéologues espèrent que quelqu'un de ses successeurs les fera disparaître.
M. Beulé trouva en effet sous les décombres les restes d'un grand escalier qui avait occupé toute la pente d'une aile h l'autre. Au bas de ces degrés, il trouva une porte moderne établie dans une brèche faite à un mur de construction un peu plus ancienne, quoique récente; il déblaya au dehors devant cette porte et fil lui-même une large brèche dans le bastion turc, afin que l'intervalle entre celui-ci et la porte ne pût pas se remblayer de nouveau. Ce fut le premier coup porté à ce bastion énorme, qui ne tardera pas h disparaître.
Dans ces dernières années, le gouvernement grec a fait enlever, derrière l'aile gauche des Propylées, les murs d'une chapelle qui y était adossée. Dans le Parthénon, il a achevé de démolir l'abside de l'église de la Vierge qui datait des temps byzantins. Il a commencé la démolition des créneaux modernes sur le mur de Thémistocle et du chemin de ronde appliqué contre ce mur à l'intérieur de la forteresse. Il a aussi démoli au sud du Parthénon» certains hypogées où Ton avait jeté pêle-mêle une grande quantité d'ossements humains, et des restes de constructions du moyen âge sur l'esplanade d'Ârtémis. Pendant ce temps, il a mis en état d'être utilisé le musée depuis si longtemps en construction dans la dépression orientale de la citadelle, en avant du Parthénon. Son achèvement lui permet d'y transporter les nombreuses et intéressantes antiquités conservées jusqu'à ce jour dans les deux dernières maisons turques de l'Acropole, et de démolir ensuite ces masures.
L'année dernière, j'ai démoli tout l'intérieur du bastion construit en 1822 par les Grecs en avant de la Pinacothèque; je l'aurais fait disparaître alors tout entier, si un scrupule n'avait arrêté l'administration hellénique dans Ur voie des déblaiements où elle marche elle-même tous les jours.
Enfln la tour des Acciaiuoli vient de tomber sous le marteau des démolisseurs. C'est la Société archéologique d'Athènes qui exécute cette œuvre utile avec des fonds que M. le docteur Schliemann a fournis.
A mesure que les années s'écoulent, les chances de subsister vont en diminuant pour toutes les constructions qui ne sont pas helléniques, car d'une part un nombre de plus en plus grand de personnes s'intéressent à ce genre de travaux et sont prêtes à y contribuer de leur argent. D'un autre côté, le royaume grec fait des progrès rapides ; l'état de ses finances s'améliore, ses revenus augmentent, et il pourra bientôt consacrer dans son budget une somme d'argent raisonnable à des dépenses qui, en Grèce, ne sont pas improductives. On peut donc estimer que dans un petit nombre d'années toutes les constructions de l'Acropole autres que les constructions helléniques auront disparu, et que l'on en cherchera vainement la trace. Au point de vue de l'art, elles n'offrent certainement aucun intérêt; tout invite à les démolir. Mais les historiens auront de la peine à comprendre les récits des guerres qui ont eu lieu depuis Sylla jusqu'à nos jours, quand il ne restera plus dans Athènes, et notamment sur sa citadelle et autour d'elle, que des monuments antérieurs à Sylla. On verra tout à l'heure que
les faits de la guerre de l'indépendance, qui ont eu lieu
autour d'Athènes et de TAcropole, offrent déjà quelque obscurité) parce que les ouvrages militaires qui les ont provoqués n'existent plus. Si Ton remonte plus haut dans l'histoire, l'obscurité s'accroît ; et quand on en vient à l'antiquité, les récits des historiens font nailre en foule des problèmes absolument insolubles. Souvent on accuse d'obscurité les historiens : en réalité, ce qui manque, ce n'est pas la clarté à leurs écrits ; ce sont les documents locaux aux interprètes modernes ou l'exactitude à leurs appréciations. Il est donc temps de donner une description exacte et circonstanciée des ouvrages qui existent encore à l'Acropole et dans ses environs, d'en reconnaître la nature, l'usage et l'époque, avant que ceux qui nous sont venus du moyen âge et des temps modernes aient disparu. Si le lecteur avait fait cette étude sur les lieux mêmes et lentement, comme nous avons pu la faire, il serait plus commode de suivre l'ordre des temps, de se figurer le rocher de l'Acropole tel qu'il était avant d'être occupé par des hommes, puis de voir les travaux de défense et les autres constructions s'ajouter sans cesse les unes aux autres, à mesure que des besoins nouveaux l'exigeaient. On arriverait, ainsi jusqu'à la fin de la guerre de l'indépendance et aux traités qui, ayant mis la Grèce sous la garantie des grandes puissances européennes, ont en quelque sorte déclassé ses forteresses et permis les démolitions qui s'opèrent aujourd'hui. Mais nous sommes forcés de suivre l'ordre contraire, si nous ne voulons point paraître aller d'hypothèse en hypothèse. Nous devons donc considérer d'abord la citadelle à l'époque, encore trèsrécente, où ces constructions étaient en quelque sorte au complet, je veux dire au temps de la guerre de l'indépen-
dance. C'est la période turque ; elle datait du XV® siècle ou plus exactement de l'année 1456, date à laquelle le. dernier duc florentin livra le pays à Mahomet II.
La période florentine n'avait pas été de très-longue durée; mais les seigneurs italiens avaient fait de grandes transformations dans l'Acropole en changeant la destination des édifices, ou en les augmentant de constructions nouvelles.
Pour trouver une œuvre importante et dont il reste des traces avant les Acciaiuoli, nous devons remonter jusqu'à Justinien, qui fortifia l'Acropole par de nouveaux bastions et par des constructions intérieures.
Les Romains, si ce n'est peut-^étre Gallien ou Valérien, ne firent rien de considérable à la citadelle. Avant l'époque où les barbares commencèrent à se montrer menaçants aux frontières de l'empire, les empereurs romains protégèrent en Grèce les études littéraires, et y firent exécuter de grands travaux d'utilité publique. Dans un temps où les vieux cultes tombaient dans le discrédit, ils relevèrent ou construisiient à neuf des temples aux divinités locales, quelquefois à eux-mêmes, et furent honorés d'un grand nombre de statues et d'inscriptions.
Il faut donc remonter aux temps qui ont précédé Sylla pour trouver une période véritablement féconde. On est alors dans la période de la civilisation hellénique proprement dite, où trois époques se distinguent entre toutes les autres : celle de Périclès, époque productive par excellence ; celle de Pisistrate, dont les monuments furent détruits par les Perses ; enfin l'époque pélasgique où les Grecs des plus anciens temps élevèrent les premières constructions. Au
delà de ces siècles reculés, le rocher de l'Acropole était nu, couvert débroussailles et de terres rougeâtres, et fréquenté uniquement par les quadrupèdes sauvages et tes oiseaux. Il est plus facile de se le représenter tel qu'il était alors que de reconstituer les édifices d'une époque quelconque, même de la dernière. Il suffit pour cela de supprimer toutes les traces de l'homme, de rendre aux rochers ses parties enlevées par le marteau, et de le couvrir des mêmes v^étaux, secs et rabougris, qui croissent sur les autres collines de l'Attique.
En y comprenant cet état primitif du rocher, debout dans une solitude, nous aurons à appeler l'attention du lecteur sur sept périodes consécutives dont trois appartiennent à l'antiquité païenne et trois aux temps modernes. La dernière est la période musulmane, à laquelle succède l'ère contemporaine des archéolt^ues et des artistes, c'està-dire des démolitions et des restaurations. C'est l'ère de la science et du diieltanlisme qui commence, en opposition avec la longue durée de l'histoire active et de la production, qui ne comprend pas moins de trente-cinq ou de quarante siècles.
Vir ÉPOQUE
ou ÉPOQUE TUUQUE
C'est à la fin de Tannée 1822 que les dernières constructions militaires furent exécutées à Athènes. Le bastion dit bastion cf Odyssée date de cette année même; mais il y avait longtemps que les Turcs n'ajoutaient plus aucune construction de ce genre à celles qui existaient déjà, car la description donnée par Dodwel au commencement de notre siècle et les plans du colonel Leake qui vint plus tard n'indiquent rien qui ne se rencontre déjà dans les plans et dessins de Veméda et dans l'ouvrage de Fanelli, qui sont de la fin du XYIP siècle. En rapprochant les données fournies par ces auteurs des restes encore visibles, on peut se rendre compte de l'état des murs de la ville et de l'Acropole lorsqu'ils étaient au complet.
Or, la place était certainement intacte et en bon état de défense en 1687, quand les Vénitiens l'assiégèrent et bombardèrent l'Acropole. Il ne semble pas que les successeurs de Soliman III aient fait autre chose que de réparer les brèches faites par les Italiens, puisque ni les plans, ni les
descriptions, ni Taspect des lieux ne signalent rien qui n'existât auparavant.
La ville d'Athènes était alors fort petite et contenue dans une étroite enceinte presque entièrement disparue aujourd'hui. Le plan publié à Londres, d'après les données de MM. Leake et Cockerell, par la Société pour la diffusion des connaissances utiles^ en donne un tracé, que reproduit avec plus de précision la carte publiée en 1837 par la Typographie royale d'Athènes^ sous la direction de M. Altenhoven. L'un et l'autre indiquent l'enceinte de la ville par une ligne pointillée. Mais le plan anglais est entouré sur les marges de trois vues très-délicatement dessinées par M. Cockerell. Celle du haut, que reproduit notre planche II, est surtout intéressante : elle représente la face occidentale de l'Acropole avec ses bastions crénelés. Du pied de ces derniers part le mur d'enceinte de la viUe : il ferme le passage entre la citadelle et le rocher de l'Aréopage, situé à gauche ; puis, de la crête de ce dernier, il descend vers le temple de Thésée, au^elà duquel il retourne vers la droite, embrassant toutes les maisons de la ville. Au-delà du mur, mais fort loin de lui, on aperçoit les hauteurs du mont Saint^Ëmilien, qui se rattachent au mont Lycabette. A droite de l'Acropole, on voit en proGl les ruines du théâtre d'Hérode Atticus et le mur qui, partant de là, se dirige vers le temple de Jupiter Olympien.
Un dessin colorié, sans date, mais que, d'après les costumes des personnages, on peut rapporter au temps de la guerre de l'indépendance, appartient à M. Lacroix, profes* seur d'histoire à la Sorbonne etiancien membre de l'École d'Athènes. Il le tient de feu son oncle, autrefois auditeur de rote, qui lui-^méme l'avait reçu de l'amiral Rossel. Ce
dessin dont il a bien voulu m'autorisera donner copie (pi. IV) est signé : I.-F. Cassol et Bence. 11 a P 45 centimètres de long et 64 centimètres de hauteur. La vue a été prise du penchant de Lycabette, précisément du côté opposé à celui où s'est placé M. Cockerell. Elle montre avec une exactitude de dessin incontestable tout le développement de la fortification turque, depuis le bastion occidental de FÂcropole jusqu'à la porte d'Adrien qui était alors une des entrées de la place. L'Acropole occupe le centre du tableau : on y voit, dans le Parthénon à moitié ruiné, la mosquée qui avait succédé à l'église byzantine, la grande tour et les maisons qui remplissaient la citadelle, enfin le profil des bastions qui la protégeaient vers l'ouest. Les courtines, les tours et les portes sont dessinées avec le plus grand soin, comme si les auteurs du tableau eussent voulu laisser après eux un document historique.
Aucune maison n'est attenante aux murs d'enceinte. Entre ceux-ci et les habitations il règne une zone militaire qui parait assez large, et qui est formée par la fortification et par un mur continu présentant une ligne brisée. A l'ex** ception d'une seule porte, celle qui portait le nom d'Albanaise et que les maisons de la ville empêchent d'apercevoir, le dessin montre toutes les entrées de la ville d'Athènes. Elles étaient au nombre de six, dont je vais indiquer les noms et la position par rapport aux rues de la ville moderne. Ce tracé pourra servir en même temps à la recherche des murs antiques, puisque la fortification turque était établie sur ces derniers dans presque toute sa partie septentrionale.
En quittant l'enceinte basse de l'Acropole, près du théâtre de Bacchus, et en se dirigeant vers le temple de Jupiter Olympien, on rencontrait d'abord la porte Albanaise om Inii
kapotm (pi. I, 1). Elle était située au carrefour formé, dans le yoisinage de Thôpital militaire, par le boulevart des théâtres et le chemin du cap Colias. Elle donnait accès dans le quartier longtemps occupé par les Albanais, au milieu duquel s'élève le monument de Lysicrate. Cette porte n'est pas visible sur le dessin de M. Lacroix.
Après avoir atteint le mur de soutènement de Tesplanade de Jupiter Olympien, la fortification se dirigeait au nord vers la porte d'Adrien (2). Celle-ci servait aux cultivateurs qui habitaient au-delà de l'ilissus et aux femmes qui allaient, comme elles le font encore aujourd'hui, laver le linge à la chute d'eau de Callirhoé. Le plan de M. Leake donne audelà de ce point une ligne presque droite avec deux tours, pour atteindre l'angle sud-ouest de la place du palais royal. La carte de M. Altenhoven brise cette ligne en quatre par* ties et ne marque qu'une seule tour au sud-ouest de l'église anglaise, et tout près du boulevart d'Amélie, du côté de la ville. Les quatre parties de la ligne brisée se voient très-clairement sur le dessin de M. Lacroix, où elles aboutissent à une porte qui termine à gauche l'enceinte de la ville (3).
Cette porte s'appelait Msoià kapotisi^ d'après la prononciation populaire, c'est-à-dire porte de la Mésogéa. Ce dernier nom s'applique à la grande et belle plaine qui s'étend derrière le mont Hymette, entre cette montagne et la petite chaîne du Laurium. On donnait encore à cette porte le nom de Bobonistra^ à cause, dit-on, du bruissement .que faisaient en cet endroit les eaux d'un ancien aqueduc qui y aboutissait. Sa position était précisément à l'angle sud-ouest de la place du palais, là où la chaussée qui descend du jardin royal rencontre le boulevart.
Partant de là en ligne droite, la muraille turque tra* versait la maison Lemnios, qui a servi longtemps d'habitation à TÉcole française d'Athènes et qui est aujourd'hui un hôtel. Derrière cette maison, elle faisait un angle obtus^ traversait la cour des écuries royales, puis la rue du Stade, sous un angle très-aigu, passait au sud-ouest de l'hôtel des Postes, là où est aujourd'hui la maison Mêlas, et, après avoir fait un coude vers l'ouest, atteignait bientôt la porte la plus septentrionale de la ville. On nommait cette entrée Griboskapousi (4), c'est-à-dire porte de l'Euripe. Elle était située derrière la Banque nationale, non loin de la rue d'Éole. Son nom indique qu'elle conduisait en Eubée par un .chemin dont une partie est devenue la promenade de Patissia. Â une petite distance de la ville, le chemin se partageait; la route de gauche conduisait à Thèbes et à Livadie.
 partir de la rue d'Éole, on pouvait encore dans ces dernières années suivre la trace de la muraille démolie, dans la direction des monticules de cendres. Il y avait une tour et un angle dans l'espace circonscrit par les rues d'Euripide et de Ménandre, précisénient dans le prolongement de l'axe de la rue d'Aristophane. Puis, après avoir dépassé l'hémicycle qui est à la partie supérieure de la grande place des Enfants-Trouvés, on atteignait la Porte de Morée ou Mora kapousi (5). Cette porte était à l'extrémité sud-ouest de la rue Sarri, un peu au nord de l'église de l'Asomatos, dont le clocher singulier attire les regards de tous les voyageurs dès leur arrivée à Athènes.
Après un coude situé non loin de cette porte, le mur d'enceinte se dirigeait en ligne droite vers le temple de Thésée. Il passait derrière cet édifice, traversait l'espla-
nade moderne et gagnait le pied de TAréopage. Dans la dépression, aujourd'hui comblée, qui existait en cet endroit, il y avait une porte nommée Arslan kapousi ou porte du Lion (6). Ce nom désignait le Pirée, appelé par les Occidentaux Porto Leone, à cause du lion qui était sur le lieu des arrivages, là où est aujourd'hui la cale Tinan ou cale royale, et qui se voit maintenant à la porte de Farsenal de Venise. La route qui partait de cette porte conduisait au Pirée, après avoir dépassé les hauteurs sur la cime desquelles on a élevé Tobservatoire,
Toutes les portes d'Athènes que je viens d'énumérer, depuis la Bobonistra, sont figurées sur le dessin de M. Lacroix, avec les murailles qui les réunissaient et les tours dont elles étaient flanquées. On y voit de même le mur qui gravit la pente de TAréopage et se termine à son sommet par une tour. Ainsi ce tableau complète heureusement les données fournies par les plans de Leake et de Altenhoven, et par les descriptions des voyageurs.
On y voit en outre, au pied de TAcropole, en face du roc escarpé de TAréopage, un mur que ce dernier plan n'indique pas, et qui n'est figuré sur celui de M. Leake que par des lignes de points imperceptibles. Ce mur gagnait d'une part le théâtre d'Hérode, et descendait de l'autre côté vers la ville. Sa trace du côté du théâtre a disparu sous la terre et a néanmoins été remisé au jour sur quelques mètres de longueur par un déblaiement qil'a fait exécuter, il y a peu d'années, M, le colonel Manitakis (*). Du côté de la ville, la trace de ce mur est bien visible ; sa partie inférieure existe encore et soutient le chemin par lequel on monte de la
(*) La Société archéologique d'Athènes déblaie en ce moment Tespace compris entre les deux thé&tres.
vieille ville à T Acropole, en passant sous la grotte de Pan. On y voit un reste de tour à sa partie inférieure ; cette tour est nettement figurée sur le tableau de M. Lacroix. De ce point part un autre mur qui gravit la pente abrupte de la citadelle et va jusqu'au pied des roches escarpées.
Si, partant de la tour à demi-ruinée, on continue de marcher en conlournantNTÂcropole, on suit facilement en* core la trace du mur dont nous parlons, et qui passe auprès de Téglise du Saint-Sauveur. Il se terminait par un retour à l'endroit où est le petit débris de l'église de Saint* Nicolas. Ce retour du mur formait une porte avec une autre muraille qui montait droit vers les rochers, précisé^ ment au-dessous de la caverne d'Âgraule. Cette muraille et cette porte sont indiquées sur le plan de M. Leake, et figurés sur le dessin de [M. Lacroix. Il n'en reste plus rien aujourd'hui.
Cet ensemble de murs à mi-côte est qualifié par M. Leake d'enceinte extérieure moderne de la citadelle; nous verrons plus loin que cette enceinte a joué un rôle important durant la guerre de Tindépendance, sous le nom d'enceinte de VHypapantt.
J'ai fini la description du mur d'enceinte de la ville d'Athènes à l'époque des Turcs. J'ai maintenant à décrire les fortifications de l'Acropole à la même époque. Les plans et dessins qui nous en restent ne suffisent pas toujours pour nous en donner une idée claire; d'un autre côte, certaines parties ont entièrement disparu par l'effet des déblaiements et des fouilles. Mais là où ces deux moyens font défaut, nous avons pour y suppléer des descriptions très-precises. ;
En quittant la porte albanaise, la muraille de la ville,
au sud de l'Acropole, allait d'abord droit vers l'ouest. Elle passait derrière l'hôpital militaire, construit après la guerre de l'indépendance, et tournait aussitôt vers le théâtre de Bacchus, alors entièrement enseveli sous les décombres. La paroi occidentale de cet édifice, exhaussée et probablement crénelée, formait une clôture que l'on avait prolongée vers le haut jusqu'au rocher. Il |en existe encore quelque chose.
Entre ce théâtre et celui d'Hérode, situé plus à l'ouest, régnait autrefois un portique appelé portique d'Eumène, dont une portion, attenante à ce dernier théâtre, a été mise au jour par M. le colonel Manitakis. Les assises inférieures du portique servirent de point d'appui à une muraille qui existe encore en partie. Beaucoup de personnes la prennent pour le portique lui-même, parce qu'elle offre à sa partie basse une rangée d'arcades, ce qui lui donne un aspect monumental ; mais si l'on y regarde d'un peu plus près, on s'aperçoit que ces arcades sont inégales en largeur et en hauteur, et qu'elles ont été construites avec les pierres cintrées du théâti*e d'Hérode. Seulement ces pierres mêmes ont été assemblées par l'architecte des Turcs d'une façon tout à fait barbare. D'ailleurs les arcades ne sont pas vides : une forte maçonnerie les ferme et soutient des terres de remblai. Le mur ainsi disposé contient dès sa base de nombreux fragments de colonnes, couchés en travers dans la maçonnerie, ce qui est un usage absolument turc.
Non loin du théâtre de Bacchus, il y avait dans ce mur une porte donnant entrée dans une première enceinte, comprise entre le portique d'Eumène et les rochers de l'Acropole. C'est cet espace que Vernéda, en 1687, désignait par les mots recinto basso. Quoiqu'il y eût déjà dans
cet endroit une grande quantité de déblais accumulés, cependant ils ne formaient pas, comme aujourd'hui, un massif de 5 à 30 mètres d'épaisseur et de 800 à 900 mètres cubes. Le mur, plusieurs fois exhaussé et réparé, qui surmonte les arcades, a pu être garni de créneaux sur toute sa longueur. Au dehors le chemin actuel, planté de poivriers, n'existait pas ; il a été, sur la fin du règne d'Othon, exécuté par l'ingénieur français Daniel. Il y avait là un terrain bas et une pente rapide, que dominait le mur dont nous parlons. A l'intérieur, l'intervalle entre le mur et les rochers figurait une sorte de cour allongée, dont le terrain allait en montant de Test à l'ouest, et atteignait le pourtour supérieur du théâtre d'Hérode.
Sur un dessin exécuté par moi en 1847, et qui a pour point de vue le monument de Philopappos, on voit (pi. V) toute la face méridionale de l'Acropole, telle qu'elle était à cette époque. Comme il n'y avait pas encore de photographe dans Athènes, et que l'on ne connaissait en Occident que les épreuves sur argent poli, les dessins comme celui dont je parle étaient faits avec l'exactitude que l'on donne à une reproduction, quand on la fait pour soi-même et non pour le public. On y voit tout le développement du mur entre les deux théâtres, tel que la dernière guerre l'avait laissé. Le mur y est à l'état de ruines : ses arcades sont presque cachées sous les décombres ; on n'en aperçoit que la partie supérieure, et même on ne voit que les seize premières du côté de Test, les autres étant alors sous la terre. Toute la partie inférieure du théâtre d'Hérode est ensevelie, jusqu'au cintre des premières arcades. Derrière le mur et le théâtre, il y a de grandes pentes de terre, rejetées du haut de. l'Acropole lors du déblaiement qui
— so —
suivit la guerre de l'indépendance. Elles recouvrent entièrement les gradins du théâtre d'Hérode. Quant à celui de Bacchus, il n'y en a pas sur ce dessin la plus petite apparence. A droite de l'Acropole, on distingue le nouveau palais du roi, bâti sur un point élevé en dehors de la ville, et dans un espace désert ; un peu plus près, les maisons du quartier albanais, nommé Plaça.
Le rednto basso du plan de Yeméda montait par une pente douce jusqu'à la partie supérieure du théâtre d'Hérode. On rencontrait alors un mur transversal, qui bornait cette première enceinte. Il y avait à gauche, du côté de la campagne, une petite terrasse qui existe encore, et où l'on pouvait mettre soit de l'artillerie, soit des soldats armés de fusils. A droite, là où le mur transversal atteignait le rocher, il y avait une petite porte menant dans une cour située à un niveau plus élevé, et qui est aujourd'hui la cour des gardiens de l'Acropole. Cette petite porte était ensevelie sous les décombres ; elle a été mise au jour dans ces derniers temps par l'administration hellénique; mais à l'extérieur elle est obstruée par un énorme talus de terre, qui descend de l'Acropole vers le théâtre.
Le côté occidental de V enceinte basse (pi. III) est encore aujourd'hui fermé par un gros mur de pierres de taille (6) prises aux édifices antiques. Ce mur joint le théâtre d'Hérode au gros bastion turc (8) qui s'élève en avant des Propylées ; il a été fort endommagé par le boulet, lors des sièges soutenus par la citadelle pendant la guerre de l'indépendance. Si l'on suit le mur transversal (3) vers la gauche, on rencontre la première porte (7) par laquelle on entre aujourd'hui dans l'Acropole^ et qui est gardée par des invalides. En continuant dans la même direction, on
— Si —
trouve une voûte (6) par laquelle on sort de l'enceinte basse : elle Sonne sur la vallée qui sépare FAcropole et FAréopage de la colline du Pnyx et de celle du Musée. C'était, au temps des Turcs, la porte principale de la citadelle ; c'est par là que Ton y entrait en venant de la ville, et que l'on y amenait les troupes et les munitions.
Portons-nous maintenant du côté nord de l'Acropole, et supposons que nous y montons de la ville par la rue appelée aujourd'hui rue de Mnésiclès. En arrivant près du petit sanctuaire de Saint-Nicolas, et en continuant quelques pas encore vers l'ouest, on rencontre l'église du Saint Sauveur que malheureusement on a d'abord agrandie par une mauvaise construction, et qu'on laisse à présent tomber en ruine. Un peu plus loin, on aperçoit les restes de tour dont j'ai parlé plus haut. La était une porte de Tenceinte basse du nord, qui est désignée par les chroniqueurs de la guerre de l'indépendance sous le nom de fortification de YBypapanlt. Ce dernier mot rappelle une église aujourd'hui tota* lement ruinée, que Ton avait à gauche en montant à l'extrémité de la rue du Boulevtirion. La porte donnait entrée sur un chemin montant soutenu par un mur solide, chemin que l'on suit encore aujourd'hui et qui, laissant à gauche la grotte de Pan, passe au pied du bastion (9) construit par les Grecs en 1822, puis au pied du grand bastion turc en avant des Propylées, et aboutit enfin par une montée rapide à la porte voûtée de l'enceinte basse du sud (6).
Dans l'espace compris entre le mur et les rochers, M. Leake marque un ruisseau qui sortait de celte enceinte étroite avant d'avoir atteint la porte. Ce ruisseau naissait alors du pied des rochers, au-dessous de l'aile
gauche des Propylées, et reçu dans un aqueduc était conduit à une mosquée dans le voisinage de la tour des Ventsi
Voici ce que dit Fanelli dans son Alêne atlica^ relativement à ces défenses extérieures de la citadelle : « L'enceinte basse de simples murailles (il parle de Tenceinte méridionale du côté des théâtres) forme la première entrée, avec un circuit de 48 pieds (erreur évidente de typographie), dans laquelle il y a trois portes, une grande au levant (auprès du théâtre de Bacchus alors remblayé), fermép d'un mur ; une autre petite qui s'ouvre à l'occasion (elle était entre les deux théâtres) ; la troisième au couchant, au-dessus de laquelle se dessinent deux Qgures de marbre se tenant par la main. » Cette dernière est celle que je désigne sous le nom de porte voûtée. L'ouvrage de Fanelli est de la fin du XVIP siècle.
Dodwell, qui voyagea dans le Levant de 1801 à 1806, décrit l'autre accès de la citadelle, celui du nord ou de VHffpapantl. « En venant de la ville à l'Acropole, dit-il, la première porte que l'on passe est au pied du rocher et regarde à peu près le nord-est. A droite est un mur moderne percé de meurtrières et séparant l'Acropole de l'Aréopage. Le petit ruisseau sus-mentionné coule sur la pente vers la ville, dans la direction de l'est. On a à gauche deux cavernes et d'anciens degrés. Quand on a tourné l'angle nord-ouest de la citadelle, on trouve une porte a droite, faisant face au Pirée. En face d'elle est une autre porte à gauche, qui est la première entrée de l'Acropole. En entrant dans la première construction, on a à main droite un petit lekké ou mosquée sans minaret, situé au-dessus du théâtre de Régilla. A la seconde porte, qui n'est pas à plus de trente pas de la première, stationnent les gardiens. »
Il n'y a point d'obscurité dans ce texte de Dodwell. Il faut
seulement y reconnaître un document que ni l'état actuel des lieux, ni la carte d'Âltenhoven ne nous fournissent, et qui est bien obscurément indiqué sur celle de Leake. Le mur percé de meurtrières que Dodwell longeait en montant séparait, dit-il, TAcropole de TAréopage. Par conséquent, ce mur descendait un peu vers la droite ou continuait horizontalement en faisant un circuit devant le gros bastion turc. S'il en était autrement, on ne s'expliquerait pas comment ce voyageur a trouvé la porte voûtée à sa droite, tandis que nous l'avons aujourd'hui à notre gauche. Il ne faut pas oublier que tout ce terrain entre l'Acropole et l'Aréopage a notablement changé d'aspect par suite de la démolition des murailles turques de la ville, par les remblais provenant des fouilles de M. Beulé, et enûn par les plantations de cactus, d'aloès et de différents arbres qui ont été faites plus tard. 11 y avait en cet endroit un mamelon, indiqué sur la carte de Leake, et dont le chemin suivi par Dodwell faisait le tour. A l'extérieur du mur qu'il longeait se trouvait le point de jonction de ces enceintes basses avec le mur de la ville, précisément au col entre l'Acropole et l'Aréopage.
Enfin Dodwel nous fait connaître l'usage de la petite terrasse qui est au-dessus du théâtre d'Hérode : il y avait là, dit-il, un tekké.
J'ai maintenant à rendre compte des changements opérés par les Turcs dans les fortifications de la citadelle proprement dite. Tous les voyageurs sont frappés de l'aspect moderne que présente le mur de couronnement du côté du midi, et sur beaucoup de points du côté du nord. Quand on s'arrête en passant devant les théâtres, on y aperçoit des crevasses que le temps augmente d'année en année.
Elles font voir la faible épaisseur des irevétements modernes, composés de petites pierres et de nombreux fragments de marbre pris à d'anciennes constructions. Il y a généralement deux revêtements superposés, quelquefois trois, soutenus de place en place par des contreforts en maçonnerie du même genre. Au fond des crevasses on aperçoit le mur antique formé de grands blocs. L'usure que ceux-ci avaient éprouvée depuis les anciens temps explique seule pourquoi on les a revêtus dans la période moderne, car le mur antique, surtout vers Test, n'a pas moins de quatre mètres d'épaisseur ; il était donc en état de résister à l'artillerie des siècles passés.
Depuis que l'ère des démolitions a commencé, des changements bien grands se sont opérés dans toute la portion occidentale. On a, à plusieurs reprises, détruit des ouvrages modernes, qui cachaient ou déparaient ceux de l'antiquité. Il reste encore beaucoup à faire pour que l'Acropole soit débarrassée de ces haillons et que son état ancien reparaisse au jour, autant du moins qu'on peut l'espérer. Cependant, ce qui a déjà été enlevé, soit en avant, soit audessus ou à l'intérieur des Propylées, est si considérable que, si nous n'avions pas des descriptions ou des plans assez exacts de l'état précédent, beaucoup de récits historiques seraient à peu près inintelligibles.
Il faut d'abord se représenter comme occupée par un mur puissant (pi. III, 8) l'espèce d'embrasure au fond de laquelle on voit la porte qui provisoirement a pris le nom de M. Beulé. Les massifs de maçonnerie qui sont à droite et à gauche de ce réduit ne formaient qu'un seul bastion crénelé: c'est celui que Ton voit en avant dans le dessin de M. Cockerell et à gauche dans mon dessin.
A droite, c'est-à-dîre au sud de ce bastion, se trouve la porte Yoiitée qui, par une montée assez rapide, mène à la porte des gardiens. Quand on a franchi cette dernière, on se trouve dans une petite cour comprise entre les rochers à pic, que Ton a devant soi, le mur transversal dans lequel cette porte même et la petite porte sont percées, un autre mur très-élevé qui réunit le rocher au bastion, enfin des constructions et des terrasses qui sont au-dessus de la voûte. Dans cette cour, il y a deux maisons contiguês occupées, comme au temps de Dodwell, par les gardiens. Seulement, aujourd'hui ce sont des gardiens pacifiques, des invalides de Tarmée chargés d'accompagner les visiteurs ; autrefois, c'étaient des soldats musulmans.
Quand on est entré dans cette cour, on a devant soi, un peu à gauche, une porte marquée G dans le plan de Vernéda et dans le nôtre. Nous entrerons par cette porte, où ont passé depuis tant de siècles tous les hommes, célèbres ou inconnus, qui sont entrés dans la forteresse. « En traversant la cour, dit Fanelli, on arrive à la troisième porte, sur laquelle a été mis un aigle de marbre en haut relief. Elle donne entrée dans une étroite retraite, où étaient quatre pièces de canon placées sur Tépaulement d'un parapet très*faible et sur un terre-plain très-étroit, de l'extrémité septentrionale duquel on passe dans une petite cour. » Cette description de VAtene aitica est de 1687, comme les plans et dessins de Vernéda. Dodwell, cent vingt-cinq ans plus tard, trouva la même disposition, de sorte que le plan de Vernéda peut servir à expliquer le texte du voyageur anglais. Quand on avait franchi la porte et que l'on était dans l'étroite « retraite » dont parle Fanelli, on avait à droite un mur partant de cette porte et
allant rejoindre le piédestal d*Agrippa; Tintervalle entre celui-ci et la Pinacothèque était bouché. La rilirata de Fanelli est appelée première enceinte dans la légende du plan de Vernéda; il y avait là en 1687 quatre pièces de canon. Celte batterie était placée sur un terre-plain qui allait du mur de droite au gros bastion, terre-plain sous lequel était par conséquent cachée la porte de M. Beulé et la moitié inférieure de son escalier. Personne à cette époque ne se fût douté que cette porte et cet escalier existassent sous le remblai, puisqu'il n'en paraissait rien d'aucun côté.
A l'extrémité du mur dont nous longeons le pied, derrière le piédestal d'Agrippa, il y avait une cour H, qui existe encore, mais qui était moins haute qu'aujourd'hui. Elle était limitée à droite par les rochers à pic sur lesquels s'élève l'aile gauche des Propylées ; à gauche et en avant, elle était soutenue par un mur antique et dominait la ville. Au-dessous d'elle passait le chemin qui montait de THypapantî. Vernéda, sur son plan et dans la légende explicative, indique une porte dans lé mur de cette cour^ au nord, du côté de la ville, porte qui alors était murée. Nous y reviendrons tout à l'heure.
Contre le piédestal d' Agrippa, au point I du plan de Vernéda, il y avait dans le mur longitudinal une porte que ce plan indique sans la nommer, et qui est spécifiée par Dodwell. « La porte suivante, dit-il, regarde l'ouest et est bâtie contre le piédestal de M. Agrippa. Sur la face ouest est une inscription publiée par Stuart, Chandler et d'autres. » Lors donc que nous avons visité la « première enceinte, » nous tournons le dos à la campagne, et nous entrons par cette porte I dans « l'enceinte du milieu, recinto
di mezzo. » Celle-ci formait un carré long compris entre les Propylées à Test, le mur que nous venons de franchir à l'ouest, le pyrgos de la Victoire au sud et la Pinacothèque au nord. Il y avait là six canons en 1687, E.
Le chemin parlant de la porte I allait en tournant vers le pyrgos de la Victoire et en atteignait la partie supérieure. Celle-ci était aplanie à l'époque de Morosini, car le temple de la Victoire aptère ne figure ni sur le plan de Vernéda, ni sur sa vue de l'Acropole. Spon et Wbeler, qui vinrent à Athènes trente ans auparavant, virent ce temple encore debout. C'est donc sous le règne de Mahomet IV qu'il fut détruit et remplacé par une petite esplanade propre à recevoir des canons.
Le chemin passait devant la grande tour B, aujourd'hui démolie, qui contenait l'aile droite des Propylées, et par un remblai incliné il atteignait, sur le côté sud de cette tour, entre elle et le mur d'enceinte de l'Acropole, la porte du château (C). Cette porte, qui était la dernière, s'ouvrait donc sur l'esplanade d'Artémis. A ce moment, on apercevait ^ tout à coup le Parthénon. Ces faits, consignés par Fanelli, le sont de nouveau par Dodwell.
Au temps où le voyageur anglais vint à Athènes, les Propylées étaient déjà en ruines et obstrués à l'intérieur par une grande épaisseur de décombres. On y tirait carrière. « Durant mon séjour, dit-il (page 513), le Disdar, cherchant des matériaux pour réparer la forteresse, enleva le tas de terre et de pierres qui couvrait les degrés des Propylées, et qui enterrait les colonnes sur une hauteur de trois pieds. » C'est alors qu'apparut le chemin creux en plan incliné qui traverse cet édifice par le milieu. Les entre colonnements étaient remplis par un mur de maçonnerie,
de sorte qu*on ne voyait pas la moitié de l'épaisseur des colonnes. Ainsi, en montant du piédestal d'Agrippa vers la porte du château, on avait à sa gauche la façade d'un édifice présentant grossièrement l'aspect d un mur garni de colonnes engagées. Il n'y avait plus de porte, mais seulement des fenêtres, sur cette façade. La porte de l'édifice était dans l'intérieur du château.
Si nous récapitulons l'ensemble de ces dispositions, nous trouvons, avant d'atteindre la surface supérieure de la citadelle, une série de cinq portes : la première, près du théâtre de Bacchus, nous introduit dans l'enceinte basse ; la seconde est celle des gardiens ; la troisième donne entrée dans la première enceinte du fort ; la quatrième, contiguë au piédestal d'Agrippa, mène dans l'enceinte du milieu ; la cinquième, dans un mur contigu à la grande tour, ouvre l'esplanade de la citadelle; c'est proprement la porte du château. Quand on venait de la ville, on trouvait d'abord une porte dans le voisinage de la petite église du Saint- Sauveur ; par un plan incliné, Ton atteignait la porte donnant sous une voûte, qui existe encore aujourd'hui; puis, en montant toujours, on arrivait à la porte des gardiens. Il y avait donc aussi par cette voie cinq portes à franchir. Il n'y en a plus que deux aujourd'hui, celle des gardiens et la porte G, au pied du py i^os de la Victoire*
L'intérieur de l'Acropole avait été muni de citernes, de maisons d'habitation et de magasins. La vue de la citadelle dessinée par Vernéda montre de combien de constructions elle était obstruée. Toutes ces bâtisses ont disparu, ainsi que les entre-colonnements murés et les remblais des Propylées, le mur entre le pyrgos et le piédestal d' Agrippa, et une partie de l'enceinte basse. Pour pénétrer dans l'Acro-
' pôle, on n'a plus aujourd'hui que trois entrées à franchir quand on vient de l'extérieur, savoir : la voûte, la porte des gardiens et la porte G ; on ne rencontre que ces deux dernières quand on vient par le sentier qui passe au-dessus des théâtres, au travers du recinto basso.
Outre les caves et les appartements des femmes qui étaient dans TËrechthéum et la mosquée du Parthénon avec son haut minaret, il y avait derrière ce dernier monument de vastes citernes en maçonnerie, signalées encore par M. Beulé. Elles ont été démolies depuis^Fépoque où il écrivait son Acropole. Tout récemment, l'administration hellénique a nettoyé une partie de l'esplanade d'Ârtémis, où il y avait aussi des constructions de ce genre. En ce moment, elle fait disparaître peu à peu les créneaux du mur septentrional et le chemin de ronde appuyé intérieurement contre ce mur. L'angle rentrant qui existe au nord de l'Érechthéum était pour ainsi dire obstrué par ces constructions militaires ex^ trémement grossières ; dans peu de temps, tout eet espace sera dégagé.
Il me reste à parler du bastion construit en 1822 par les Grecs, alors en possession de l'Acropole. Il forme un angle saillant compris entre le mur de la c< cour » citée par Vernéda et désignée sur son plan par la lettre H, et le rocher qui porte la Pinacothèque. On y pénètre de l'intérieur de cette cour par un escalier voûté et par une porte percée dans un mur antique. Le bastion a été vidé par moi en 1874 et ne consiste plus aujourd'hui qu'en deux épaisses murailles de grossière, mais solide maçonnerie. Auparavant, il était rempli jusqu'au niveau supérieur des murs: la couche superGcielle avait à peu près 50 centimètres d'épaisseur; au-dessous, je n'ai plus trouvé qu'un massif de maçon-
nerie extrêmement dure, et qui n'a pu être attaquée que par la mine, les coins de fer et le levier. Au centre de ce massif, il y avait un escalier qui, après s'être dirigé vers Textérieur du bastion, tournait à droite et aboutissait à une sorie de niche ménagée dans Tangle saillant. Au centre de cette niche, il y avait une margelle de puits par laquelle on puisait de Teau dans un bassin gisant à plus de dix mètres de profondeur.
Le colonel Leake, qui visita la Grèce en 1821, vit en cet endroit une source naissant au pied des rochers, que ses prédécesseurs, depuis Wheler, avaient tous vue. Cette eau, étant abondante et d'assez bonne qualité, fut l'année suivante enfermée par les Grecs dans un bastion qu'ils nommèrent, à cause de cela, le bastion de ïeau. Pour aller de l'Acropole dans ce bastion, ils n'eurent qu'à rouvrir la porte de la cour H, qui au temps de Vernéda était murée et donnait sur une pente composée de remblais. Un escalier voûté conduisit de la cour à cette porte.
Voici ce que dit à ce sujet Pittakis dans son Ancienne Athènes (p. 154) : « La fontaine Clepsydra sous les Florentins, pour mieux la mettre à la disposition de la forteresse, fut entourée d'une fortification, qui fut démolie par les Grecs lors de l'invasion des Turcs ; la fontaine se trouva enfouie sous les décombres et ne fut découverte qu'en 1821 par moi; les fortifications furent alors relevées... Pendant le siège de la forteresse, en 1826, les Grecs ont observé que l'eau de la fontaine Clepsydra ne diminuait nullement, bien qu'ils en fissent par jour une consommation de 1,600 okes (2,032 litres), à l'exception toutefois des seuls mois de juillet et d'août, pendant lesquels elle diminuait assez pour qu'ils n'en pussent prendre que 1 60 okes (203 litres) par jour . »
Sourmëlis, dans son laropia tûv Àeï^vûv (p. 42), publiée à Athènes en 1834, dit ce qui suit: « Gouras, après avoir pris le commandement de la place, s'occupa do fortifier, de renforcer et de pourvoir la citadelle, d'après les instructions et les ordres de son chef Odyssée. A la suggestion de celui-ci, sous la surveillance du commandant de place et par le travail des Athéniens, fut élevé depuis les fondements le bastion de Teau, qui est la source Clepsydre. A cette construction on dépensa beaucoup d'argent; mais le vaniteux Odyssée mit sur le bastion Finscription que voici : c< Ce baslion a été construit depuis ses fondements par le général Odyssée^ fils cCAndroutsos^ au mois de septembre 1822, » inscription déplacée et sans raison, car il n'y contribua pas et n'y mit rien du sien, si ce n'est qu'il poussa les citoyens à le construire. »
Dans une note qui accompagne ce récit, Sourmélis ajoute : c< Cette source, cachée depuis des siècles, fut découverte, après la délivrance de la citadelle, par l'intendant des eaux, qui fut conduit par les tuyaux d'un ancien aqueduc pendant que l'on cherchait de l'eau de source. En effet, la fontaine dans laquelle se portaient les eaux de la source s'était conservée, quoique sèche, jusqu'à nos jours. Les savants lui rendirent son nom, l'ayant appris d'anciens voyageurs. »
Uàvoffwjh Tûv iiç Tvn» ioTopioc» Tûv ÀOvTvôjy, publiée eu 1837 à Athènes par le capitaine Karpos Papadopoulos, complète ou combat les renseignements ci-dessus. « Il y avait à Athènes, dit-il, un monsieur Gropius, vice-consul d'Autriche. Autant il avait créé d'obstacles aux Grecs pour les empêcher d'occuper la citadelle, autant il leur fut utile en leur révélant l'eau de la Clepsydre, comme un homme qui connais-
sait l'histoire grecque. Tous virent avec une joie sans mesure la découverte de celte eau, qui mettait TAcropole en sûreté pour l'avenir. Mais ce puits, éloigné d'environ 25 pas de la forteresse, avait besoin d*y être englobé et mis en sûreté par un bastion. Donc Odyssée entreprend la construction d'un fort bastion autour de lui, et il le met en relation avec la citadelle au moyen d'une entrée, forçant les Athéniens à le construire, tantôt par la sévérité, tantôt par la douceur, à cause du manque d'argent. En même temps il nettoyait le puits, qui était plein de terre et de pierres, »
L'écrivain donne ensuite la description de ce puits, sur lequel nous reviendrons plus tard, et il ajoute : « L'eau, qui est très-pure, sufûsail autrefois à 2,500 hommes. Dans la suite, elle a été amoindrie par les conduits souterrains de l'assiégeant Kioutahi... M. Sourmélis n'a pas eu honte, même dans cette œuvre sainte, d'attaquer Odyssée en disant : « Mais le vaniteux Odyssée, etc. » Si les grandes œuvres des héros sont de la vanité, que M. Sourmélis nous pardonne de lui dire qu'il ne les connaît pas ou qu'il ne réfléchit pas. »
Quand je déblayai, en 1874, l'escalier de Pan, dont il sera question plus tard, les différences qu'offrait la maçon* nerie firent naître quelques doutes dans mon esprit sur l'origine du bastion de l'eau. Deux faits concouraient à les accroître : M. Pittakis, dans le passage cité plus haut, disait que les Florentins avaient déjà construit un bastion dans ce même endroit et pour le même motif; en outre, la porte qui de la cour H mène sur le bastion existait déjà au temps de Vernéda, et même était de beaucoup antérieure à cet ingénieur. Or, cette porte avait dû servir à quelque
usage et mener dans un espace accessible situé au dehors. Un savant d'Athènes, M. Miliarakis, voulut bien m'aider à trouver des témoignages relatifs à cette œuvre encore récente, et m'écrivit, le 1*' octobre 1874, la lettre suivante:
a J'ai interrogé hier le colonel Paraskévas Courcouméli au sujet du bastion. Il m'a dit que c'est Odyssée qui a décou* vert le puits, ou qui du moins a le premier fait savoir ce qui le concerne, conduit peut-être par Gropius. Il m'a ensuite rapporté que le bastion fut élevé depuis les fondements et qu'il n'y avait aucune trace d'un autre qui eût existé auparavant. Les assiégés connaissaient l'existence de l'élise attenante au puits, de sorte que c'est par inadvertance que Sourmélis et Karpos Papadopoulos ont omis d'en parler. Quant à la porte conduisant de l'Acropole dans le bastion, ii m'a dit qu'elle existait, mais qu'elle était murée. Enfin il a ajouté qu'il a lui-même travaillé à la construction du bastion, étant alors soldat dans l'Acropole. Peut-être, m'at-il dit, l'ancien sénateur Psyllas en sait-il plus long sur la question de savoir si le puits était connu avant le siège de l'Acropole. »
J'ai creusé au dehors du bastion, et j'y ai trouvé des constructions dont je parlerai plus tard. Elles sont antérieures à l'oeuvre de 1822 et lui servent de point d'appui. En outre, on voit par le témoignage qui précède que Téglise des Apôtres était connue avant cette époque ou fut décou* verte quand on rechercha la source des eaux. Cette église, dont les parois sont en partie formées par le rocher, est au-dessus de la fontaine; le puits est sous son abside, et la partie supérieure de ce puits est de construction assez ancienne. M. Breton, dans son ouvrage intitulé Athènes^ livre qui se fait remarquer par l'exactitude des descriptions,
dit que l'entrée de la chapelle fut percée violemment dans sa muraille méridionale : c'est une erreur ; cette entrée se raccorde parfaitement avec la chapelle, ainsi que les peintures qui décoraient Tune et l'autre. Or, cette entrée forme une espèce de couloir à angle droit avec l'église, et servait aux personnes qui descendaient par le long escalier de Pan, dont je parlerai plus tard (pi. XIX, a). Cet escalier était couvert d'une voûte de briques, antérieure à l'œuvre d'Odyssée, et passant à travers le mur antique M, plus bas que la porte murée. Celle-ci s'ouvrait donc jadis sur un terrain qui recouvrait la voûte de l'escalier et la chapelle. Ces faits rendent vraisemblable l'hypothèse de Pittakis, disant qu'il y avait là un bastion florentin dans les temps antérieurs, et c'est à ce bastion que conduisait la porte murée.
Quand les Grecs déblayèrent cette place en 1822, ils ne trouvèrent pas la voûte de briques assez forte, et ils construisirent au-dessus un massif formé de six et sept voûtes de pierres enchevêtrées les unes dans les autres. Us ne se donnèrent même pas la peine de nettoyer entièrement la bâtisse antérieure autour de l'église ; j'y ai trouvé des nids de terre, démontrant que sa construction et celle de la voûte remontaient à une autre époque. Mais tout cela était caché sous des décombres qui, en 1822, dissimulaient entièrement la source, la chapelle et la voûte qui y conduisait. Quand on construisit le bastion, au lieu de réparer la voûte et l'escalier descendant à - la chapelle, on perça la voûte de celle-ci droit au-dessus de l'ancien puits, on éleva un second tube au dessus du premier, on fit une niche pour la recouvrir et un escalier nouveau pour descendre à cette niche (pi. XIV). Ainsi la fontaine restait à la disposition des assiégés, sans craindre les bombes de l'ennemi.
Je vais, en terminant ce chapitre, citer un passage de Sourmélis (p. 176) montrant à la fois les avantages de Fœuvre d'Odyssée et les dangers qu'elle faisait courir à TAcropole tout entière. C'était en 1826; les Turcs assiégeaient la citadelle sous le commandement de Kioulahi. « Désespérant de la prendre, l'ennemi tourna de nouveau ses vues sur le bastion de l'eau. Il se mit donc à creuser la terre en commençant à l'église de l'Hypapanti et en se dirigeant vers le bastion; mais il fut bientôt mis dans la même impuissance, car au milieu de son travail il rencontra nos contre-mines. EnGn, désespérant d'atteindre le bastion et informé qu'en se tenant à une distance de dix brasses au plus il peut atteindre le même but en employant beaucoup de poudre, il prend cette résolution; mais notre prudent mineur (Gônstas) le prévient et fait creuser autour du souterrain de l'ennemi douze fosses, profondes de neuf brasses. Cela fait et même plus encore, nous procédâmes à la construction d'un souterrain. » Cet exposé prouve que les Grecs étaient maîtres de la petite enceinte extérieure ; c'est là qu'ils creusaient leurs contre-mines, car celles-ci n'auraient pas pu être creusées dans le bastion ni sortir au-dessous de ses fondements.
« L'ennemi, continue Sourmélis, après avoir mis dans son souterrain, distant de dix brasses du bastion, 2,800 okes de poudre (3,556 kilog.), passa plus de jours à lier la mine qu'à creuser la galerie. Le 10 novembre, au lever du jour, il tira deux fortes décharges et alluma un signal à Sainte- Marine (sur le rocher au-dessous de l'observatoire) et au Musée, pour prévenir les siens ; à ce signe, ils s'éloignèrent de l'Aréopage et de l'Hypapanti, où était la mèche, et ils se rassemblèrent pour la plupart au Musée, pour voir d'en
haut Teffet produit^ et de là s'élancer a Tassant de la forteresse après la chute du bastion. Us étaient si sûrs du succès de la mine, que tous étaient d avis que la moitié de la citadelle serait jetée bas par l'explosion. C^est pourquoi beaucoup de personnes sortirent de la rille pour n'être pas écrasées par les pierres. Pourtant la montagne enfanta une souris. Le feu fut mis : presque toute la poudre brûla ; mais les flammes, s'âançant à travers les douze fosses, ne firent qu'éclairer l'horizon. »
VF EPOQUE
ou ÉPOQUE FLORENTINE.
I. Nous ne manquons pas absolument de renseignements sur Athènes pendant le XIIP, le XIY^ et la première moitié du XY* siècle. Les historiens de la Byzantine, les poèmes en langue grecque, les chroniques françaises et les pièces qui se trouvent à Venise et dans d'autres villes de rilalie four* nissent aux historiens des documents assez nombreux. Malheureusement, on y trouve plutôt te récit des événements que la description des lieux. Pour nous rendre compte de Tétat des villes et des forteresses durant cette période, nous n'avons que les ruines encore existantes et des conjectures plus ou moins plausibles, appuyées sur les faits historiques,
U ne parait pas qu'aucun changement de quelque importance, aucune addition aient été feits à la citadelle athé-nienne pendant le XIIP et presque tout le XIV® siècle ; du moins Tbistoire n'en fait aucune mention, et les constructions encore visibles se rapportent à des tempâ soit antériirars, soU postérieurs. Les guerre» presque continuelles
qui remplissent cette période de plus d*un siècle et demi passent devant Athènes sans s'y arrêter. On ne semble pas attacher une grande importance à son Acropole ; les murs en étaient peut-être en trop mauvais état pour pouvoir être défendus. Peut-être aussi n'attachait-on qu'un intérêt médiocre à sa possession, dans un temps où l'occupation de Thèbes, de Corinthe et de la muraille de l'Isthme en avait un beaucoup plus grand.
L'Attique était depuis longtemps abandonnée à sa stérilité et fort dépeuplée. La Béotie, au contraire, avait, par la culture du mûrier et la fabrication des étoffes de soie, attiré tous les regards. Le voisinage de Chalcis et de l'Eubée, longtemps occupée par les Vénitiens, ajoutait encore à sa richesse et à son importance commerciale. La position de la Cadmée en faisait la clé des chemins de cette grande île et de l'isthme de Corinthe pour tous ceux qui venaient de Thessalie ou qui s'y rendaient. Dans un temps où les machines de guerre ne lançaient les projectiles qu'à une très-petite distance, on pouvait aller de Thèbes à Corinthe par la plaine d'Athènes, Eleusis et M^are, sans passer sous l'Acropole, dont le rôle se trouvait de la sorte fort amoindri.
Corinthe, au contraire, par sa haute citadelle, fermait la route à tous ceux qui voulaient entrer dans le Péloponèse ou en sortir. Elle commandait Fatras et Nauplie. Quand on voulut, à plusieurs époques, attaquer l'une ou Tautre de ces deux villes, on fut obligé d'occuper d'abord Corinthe et d'en déloger les défenseurs.
Aussi, pendant plus d'un siècle, les seigneurs féodaux qui possédèrent la Grèce fixèrent-ils leur résidence à Chalcis, à Thèbes, à Bodonitza, à Salona, à Glarenza, à Androussa,
à Misthra, à Nauplie, à Corinthe même, mais non à Athènes. Celte ville ne reprit son importance que par suite des événements, lorsque TÂi^olide et la Gorinthie d'une part, la Béotie de Fautre, ne furent plus entre les mains des seigneurs de FAttique, et que la ville de Cécrops redevint par cela même une capitale. Pour trouver ce changement, il faut descendre jusqu'à l'époque des Acciaiuoli.
La période qui commence à la conquête de Gonstantinople par les croisés, et qui finit à la prise de cette ville par les Turcs, forme ce que l'on pourrait appeler la période féodale de l'histoire grecque dans les temps modernes. Elle coqiprend deux siècles et demi, de 1204 à 1453 pour Gonstantinople, et de 1205 à 1456 pour Athènes. L'histoire athénienne, durant le même temps, se partage de son côté en trois périodes secondaires : celle des ducs français, celle de la domination catalane et celle des ducs florentins. La période française va de 1205 à 1311 ; la période catalane, de 1311 à 1385; la période florentine, de 1386 à 1456, année où l'Acropole d'Athènes fut remise à Mahomet IL Pendant ces deux cent cinquante et un ans, les seigneurs qui rouaient à Athènes eurent des suzerains de fait ou de nom. Jusqu'en 1380, ils dépendirent des princes d'Achaïe, que l'on appelait aussi princes de Morée, lesquels avaient eux-mêmes au-dessus d'eux l'empereur latin de Gonstantinople ou le roi qui, en Europe, avait hérité des droits de ce dernier après la destruction de cet empire en 1261. L'arrivée des bandes navarraises en 1380 changea cet état de choses et donna aux seigneurs d'Athènes une indépendance presque absolue, en ne laissant plus au-dessus d'eux que le roi souverain, sans intermédiaire entre eux et lui.
Comme l'histoire de ces temps est généralement mal
connue et qu'elle enveloppe celle d'Athènes et de ses monuments, je donne ici la liste des seigneurs qui ont possédé successivement Athènes pendant ces deux siècles et demi, et je mets en regard ce qui concerne la principauté d*Âchaïe.