IV' EPOQUE
ou ÉPOQUE DE PÉRIGLÊS
Nous avons, autant que l'état des ruines et les textes nous l'ont permis, restitué à chaque époque de l'histoire d'Athènes les constructions qui lui appartiennent. Pour nous rendre compte de celles qui existaient ou qui ont été fartes pendant la période hellénique proprement dite, nous devons d'abord t^ter du plan de la ville celles qui sont d'une date postérieure, ensuite y rétablir celles dont la position nous est connue et qui ont en totalité ou en partie disparu. Les chapitres qui précèdent ont été employés à la première de ces deux o|)érations. La seconde sera tentée dans les trois chapitres qui vont suivre. Il faut seulement remarquer que jusqu'au temps de Sylla, date où nous pouvons clore la période hellénique, il y avait encore dans Athènes des ouvrages de trois époques: celle des Pélasges, celle de Pisistrate, et celle de Périclès et de ses successeurs. Mais des deux premières il ne restait guère que des ruines, puisque les Perses avaient saccagé entièrement la ville, et que depuis ia bataîiie de Salamine jusqu'au temps de Périclès on n'avait
reconstruit qu'un petit nombre d'édifices, soit avec des matériaux neufs, soit avec les débris des monuments anciens.
La direction du mur d'enceinte de la ville a reçu quelques éclaircissements dans ces dernières années, comme je l'ai indiqué précédemment. Déjà, quand on construisit dans la rue d'Ëole la maison occupée par la Banque nationale, on trouva des tombeaux helléniques. C'était une preuve que cette place était hors de l'ancienne ville. Plusieurs lettres conservées dans le recueil des épitres de Gicéron ne laissent aucun doute sur la loi qui interdisait d'enterrer dans l'enceinte des murs. Environ cinquante ans avant J.-C, les Athéniens refusèrent à M. C. Marcellus d'être enterré au dedans des murs ; on lui éleva un monument à l'Académie. Locum sepullurœ inlra urbem impetrare tion potui^ quod religione se impediri dicerent; neque tamen id anlea cuiquam concesseranl (Serv. Suip. Rufus M. Ciceroni, ap. £p. ad div., 4, 12; voy. aussi £p. ad Allie. y 13, 13.) Le monument de Philopappos, qui a été construit entre 101 et 108 après J.-C.i est cependant dans l'enceinte; mais il était adossé dans un angle du mur, sur le point culminant des collines, au sommet de la montagne de Musée (pi. VIII).
La continuation du mur coupant obliquement la rue d'Ëole à quelques mètres de la Banque nationale a été trouvée en 1872 à deux mètres de profondeur,^dans les excavations du grand hôtel Mêlas, dans les caves duquel elle existe. La même année, en creusant dans les caves de la maison d'un autre M. Mêlas, entre l'hôtel des Postes et la légation d'Angleterre, le mur antique s'est retrouvé sur une longueur de vingt mètres. Au pied de ce mur, du côté du nord-est, il y avait des tombeaux de terre cuite, parmi les-
quels on a trouvé un lion de marbre assis et privé de sa tête. (kfnii. «px-, 1873, p, 411.)
De nombreux tombeaux de terre cuite ont été trouvés en 1873, quand on creusait les caves de la maison Calligas, à Tangle de la rue du Stade et de la rue du Lycabette, à quelques pas de la place de la Constitution. La même année, la continuation de ce cimetière a été mise au jour de l'autre côté de la rue, dans l'emplacement occupé par les maisons Vouros et Scouloudis. C'est là qu'a été trouvé par M. Piat ce beau lécythe colossal de marbre blanc qui représente Myrrhine emmenée par Hermès, et dont j'ai envoyé le plâtre au gouvernement français.
Il y a un certain nombre d'années, quand on excava sup la place de la Constitution le terrain où est maintenant le jardin d'orangers, on y trouva une trentaine de tombeaux. On voit qu'il y avait ici un cimetière comparable à celui d'Hagia Trias que déblaie la Société archéologique. On peut en conclure que la porte Dioméia (pi. VIII, 14), qui conduisait au Cynosai^e, n'était pas loin de là et qu'elle se rencontrerait soit sous le sol de la place, soit dans les terrains non encore excavés qui sont à l'angle de la rue d'Hermès. Si l'établissement de maisons, de rues et de jardins n'avait pas rendu impossible le déblaiement général du terrain, on aurait sans doute repéré la voie qui conduisait au Cynosai^e, car en 1874, on a trouvé sur le bord de la route de Képhissia, du côté du nord, devant le nouvel hospice des pauvres, plusieurs tombeaux qui devaient être près de cette voie.
La présence de tombeaux aux divers points que je viens d'énumérer prouve combien imaginaires sont les plans conçus d'abord par le colonel Leake, et plus tard par M. Uirichs et par M. Curtius. M. Leake plaçait la porte Diocharis
800 mètres à Fesl de la Bobonistra ou porte de la Mésogéa, et près de 800 mètres en amont du pont du Stade, non loin de rilissus. De là, selon lui, le mur formait un grand circuit sur le penchant du Lycabetle, enveloppant l'espace occupé aujourd'hui par Thopital civil et l'Université. Les plans de MM. Ulrichs et Gurtius font même franchir lllissus à la muraille antique et comprennent dans son enceinte les terrains rocheux et accidentés de sa rive gauche, loin en aval du temple de Jupiter . Olympien. Ces conceptions sont tellement fantastiques que l'enceinte turque elle-même dépasse l'ancienne muraille, si toutefois le tracé d'Altenhoven est exact. En effet, à partir de la porte Bobonistra, dont >'ai indiqué la place à l'angle sud-ouest de l'esplanade qui est devant le palais royal, la muraille turque allait droit vers la maison Lemnios (ancienne École française) qu'elle traversait, et de là s'en allait couper la cour des écuries du roi. Or, c'est précisément dans cette [région qu'était le cimetière dont j'ai parlé plus haut. Mais à la maison de M. Mêlas, près de l'hôtel des Postes, le mur antique et la muraille turque coïncidaient.
Ce qui a dû induire en erreur le colonel Leake et peutêtre ceux qui l'ont suivi, c'est le récit de Pausanias. En effet, dans sa seconde journée, le voyageur grec est sorti de la ville de Thésée ; il a vu l'Olympiéum, parcouru le quartier des Jardins et poussé jusqu'au sanctuaire d'Héraclès h KuvompYit. Puis, revenant par un chemin plus au sud-est, il a vu le confluent de l'Eridanos et de l'Ilissus, le Lycée, les Agrai, le Stade. En d'autres termes, il a parcouru la ville romaine ; mais cette ville n'avait pas de murailles, et le voya^ geur s'était éloigné pour le moins de 800 mètres à l'est de Taneienne porte Dioméin. Au temps qui nous occupe en ce
moment, il n*y avait pas de ville romaine; il n'y avait pro* bablement entre le Lycabette et Tllissus que des jardins, quelques maisons isolées, des sanctuaires, une route et des tombeaux.
Je voudrais pouvoir donner ici quelques renseignements précis sur la partie des murs antiques fouillée récemment par la Société archéologique d'Athènes. Le savant professeur Goumanoudis a fait Texposé de ces fouilles dans le journal de la Société ; mais il est nécessaire que les déblaiements soient poussés plus loin dans tontes les directions, pour que Ton puisse reconnaître Tâge et Tasage des Qombreuses constructions accumulées en cet endroit (pL VIII, 15). Plusieurs faits cependant ont été mis hors de doute; je vais les signaler. Les fouilles, après avoir d^agé un cimetière antique autour de relise de la Satnte*Trinité, ont été transportées de Fautre côté da chemin, c'est-^à-dire plus au nord, dans la partie déclive du terrain. Là passait le principal égout de la ville moderne; jl a fallu le tenir suspendu au moyen d'un chenal de bois au-dessus des excavations. Celles-ci ont atteint une profondeur qui dépasse six mètres. A Textérieur d'un mur d'appareil antique, on a trouvé une stèle debout, scellée sur une base et adossée au mur, portant Tinscrlption ipoç Ki^fOMoû» Hmile du Céror mique. C'est un point de topographie maintenant fixé d'une manière certaine. La porte double percée dans ce mur est bien celle que l'on appelait Dipylon, porte sacrée^ ou plus anciennement porte thriasienne. Analogue pour sa dispo-^ sition générale à la porte de Messène qui se nommait porte de M^alopolis, elle se compose d'une sorte de cour ayant une ouverture du côté de la ville et une autre du côté de la campagne. Le mur d'enceinte est double^ ou pour mieux
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dire il y a deux murs parallèles séparés par un intervalle de plusieurs mètres ; tous deux sont antiques, mais de structure et probablement d'époques différentes. Plus à Touest, en tirant vers Hagia Trias, le mur intérieur offre une petite porte par laquelle on pouvait pénétrer dans l'intervalle. Derrière le mur d'enceinte on a mis au jour un quartier de la ville antique, qui, d'après les monnaies qu'on y a trouvées, appartient à la décadence. C'est un quartier trèspauvre et composé de véritables masures faites de pierres et de boue. Le quartier riche était alors le quartier romain, à l'autre extrémité de la ville. Plus à l'ouest s'est trouvé un four de potier bien conservé, comme pour témoigner par un fait que là était bien le Céramique, c'est-à-dire le quartier des Tuileries. Les Grecs de la période hellénique tiraient le mot Céramique du nom d'un prétendu héros, Kéramos, qui n'a jamais existé que dans leur imagination ; c'est à peu près comme si, pour expliquer le nom des Tuileries de Paris, nous inventions une sainte Tuile. Le four du Céramique était encore chargé de lampes quand on le découvrit, fait assez mystérieux, car parmi les lampes trouvées dans les fouilles plusieurs représentaient des personnages romanesques et des actions obscènes qui datent de l'empire romain, par exemple des scènes de Y Ane ctor; pourtant il n'est survenu à cette époque aucune guerre qui puisse expliquer l'ensevelissement subit de ce four.
J'ai dit tout à l'heure que le quartier riche était du côté opposé de la ville, sur les bords de l'IIissus. Tout cet espace est maintenant occupé par un épais remblai composé de débris de tous les âges et qui va s'accroissant d'année en année. Il y a quelque temps, on a déblayé le mur antique
qu'il recouvrait dans l'intervalle compris entre le temple de Jupiter et le pied de la colline de Musée. On peut l'y suivre presque sans interruption. Vers le milieu de cet espace, il y avait une porte conduisant probablement à Su* nium et qui pouvait être la porte Hériée (20), car la porte Itonienne (20') menait à Phalère et, par conséquent, se trou-^ vait au pied du mont Musée et non près de Tllissus. Cette porte Hériée, si c'est elle, était assez étroite et disposée comme celle de Sunium, qui a été décrite par M. Terrier (Arch. des Miss.^ 1866, p. 81). Le mur d'enceinte se retournait à l'extérieur de manière à décrire un quart de cercle, et, par un petit retour, l'autre mur s'engageait dans cette courbe; il est clair que cette disposition, favorable pour la défense, ne l'était pas pour le commerce, car la courbure de la muraille ne permettait pas à un long chariot ou à une grande pièce de bois ou de marbre d'entrer en ville. Il devait donc y avoir des portes disposées autrement, et celle-ci ne pouvait guère servir qu'aux gens à pied, aux cavaliers et aux petits chariots.
La question des portes d'Athènes est à peu près épuisée, au moins jusqu'au jour où des fouilles nouvelles fourniront de nouveaux documents. Outre les portes que je viens de décrire, on peut considérer comme certain l'emplacement des portes Mélitide et Pirdique. La notice qui accompagne la partie de mon grand plan d'Athènes publiée en 1856 dans les Archives des missions scientifiques ne laisse guère de doute sur la première. La seconde (18) est déterminée parle texte de Pausanias qui, entrant par là dans la ville lorsqu'il vient du Pirée, se trouve auprès du Pompeion, là où était l'élise aujourd'hui disparue de Sainte-Paraskévi. Le nom de cette sainte a la même signification que le mot pompeion^ et la
place répond bien au point de départ des processions ou plutôt à Tenceinte où on les préparait.
Nous avons vu en outre que la muraille turque coïncidait dans sa partie septentrionale avec le mur antique. Rien ne change moins de place que les portes d'une ville, quand l'enceinte eUe*môme se conserve, parce que les fouboui^s et les rues que les portes séparent répondent à des rela^ lions permanentes de la ville et de la campagne, relations produites naturellement par la topographie locale et par la qualité des terres environnantes. Il est donc, vraisemblable que le déme d'Acharnai se trouvant au nord d* Athènes, non loin du village de Ménidi, la porte Achamiennê était là où, du temps des Turcs, était le Gribos-*kapousi ou porte d'Eubée (12), conduisant d'une part à Chalcis, de l'autre à Thèbes, par deux chemins formant entre eux un angle trèsaigu. Cette porte d'Eubée était un peu à l'ouest de la rjue d'Éolr, non loin de la Banque nationale. Elle est figurée sur le dessin de M. Lacroix.
La porte DiochariSy si celle de la place de la Constitution était la porte Dioméia, répondait aussi à la configuration des lieux. En effet, le mont Lycabette occupe un grand secteur dans lequel il ne pouvait y avoir aucune porte. Au nord*ouest de ce mont, il y en a un autre qui porte aujourd'hui le nom de Saint^Émilien et dont tout le fatte est changé en une vaste carrière. Entre les deux la ville modeme'avance peu à peu, spontanément et par la force des choses. Quoique la route indiquée par la nature ne soit pas encore faite, le sentier actuel est tres-fréquenté, parce qu'il est la voie la plus courte et la plus facile pour aller d'Athènes à Képhissia et à Marathon. Il n*est pas douteux que dans l'antiquité une route suivait cette même direction, puisque sur
toute la longueur du sentier.ou trouve des tombeaux avec des vases de la plus belle époque de Fart. Au point où ce chemin atteignait les murs de la 'ville, il y avait nécessairement une porte à laquelle on peut donner le nom de Diocharis (pl.VIlï, 13)-
Rien ne démontre absolument qu'il y eût une porte antique au col élevé entre la colline du Pnyx et celle de TObservaioîre ou des Nymphes. Cependant, comme le versant extérieur de ces collines était compris entre les Longs-Murs^ il n'est pas probable que, pour se rendre aux maisons situées derrière l'Observatoire et dont les aires existent encore, il fallût passer par la porte Mélitide, qui en était bien éloignée. D'ailleurs, on voit, par mon grand plan d'Athènes antique, que sur le faite de la colline, derrière l'Observatoire, il y a maintenant encore des traces visibles de rues striées, avec des ornières faites par les chariots. Il est donc vraisemblable que les restes de fondations qui se voient au col dont nous parlons (27) faisaient partie d'une porte donnant dans le faubourg et dont nous ne pouvons pas déterminer le nom. Qu'il me soit permis à ce propos de déplorer une fois encore que l'administration hellénique tolère les carrières qui se sont établies dans ces rochers historiques. Chaque jour la mine détruit la trace de quelque maison, une citerne, une rue, un perron, un escalier. Déjàr une bonne partie du plan dressé par moi en 1849 est passée à l'état de document historique; la portion du fauboui^ qu'elle représente a disparu, laissant à sa place de vastes excavations. Les pierres à bâtir ne manquent pourtant pas autour d'Athènes.
Les traces des Longs-Murs (pi. XI) ont presque entièrement disparu dans la plaine au milieu des plantations ; mais
elles sont bien visibles encore sur les collines à Touest d'Athènes et à la sortie du Pirée. A partir du monument de Philopappos, le mur du sud suivait dans toutes ses inégalités la crête de la montagne, passait un col à son extrémité (a), puis se continuait sur la crête de la colline de l'ouest, à l'extrémité de laquelle il descendait dans la plaine. Le mur du nord s'amorçait au mur de la ville derrière la colline des Nymphes où est l'Observatoire, suivait du nordest au sud-ouest le faite de la colline dont l'escarpement parait avoir été le Barathre, et descendait dans la plaine au pied de la colline de l'ouest. On suit encore très-facilement sa direction dans cette dernière partie, parce que ses débris y ont formé une banquette continue, dont la nature constraste avec les terrains environnants.
Hors de ces deux murs, je puis affirmer qu'il n'existe aucun vestige d'une troisième muraille. Les savants allemands que j'ai cités plus haut ont été embarrassés par le grand nombre des noms que l'on appliquait aux ports d'Athènes, et dont la configuration de ces ports ne leur permettait pas de trouver les places correspondantes. Il y a pourtant deux faits absolument certains : d'abord, à l'endroit nommé Tris-pyrghi^ les Trois- Tours, à l'extrémité sudest de la baie de Phalère, il n'y a jamais eu de port, et il est impossible d'y en établir un, si ce n'est au moyen de grandes jetées qui n'abriteraient même pas les navires contre les vents de l'ouest et du sud. Le cap Colias pourrait a peine abriter une barque. Il n'y a là nul vestige de quai ou d'un ouvrage maritime quelconque ; sur le rivage il n*y a de trace d'aucune ville ; or, les villes laissent toujours après elles une quantité de terres cuites, de fragments de vases et de tuiles qui rendent leurs emplacements recon-
Daissables pendant des milliers d'années. En second lieu, le tracé d'une muraille allant de ce cap à Athènes le long du marais, au travers des collines et par la rive gauche de l'Uissus, est absolument imaginaire. II n'y a dans tout cet espace aucun vestige d'un tel mur.
Ainsi le mouvement de conversion de droite à gauche, que les érudits allemands ont imprimé à toute la topographie des ports et des Longs-Murs, et qui les a poussés à étendre même l'enceinte de la ville au-delà de l'ilissus, ce mouvement est arbitraire et ne répond point à la réalité. D'ailleurs, l'expression to M fxidou rtixoç ne signifie pas un mur parallèle auy autres et partageant leur intervalle en deux suivant la longueur, mais un mur transversal. Ce mur ne pouvait être que dans le voisinage des ports ; sa fonction était d'arrêter l'ennemi, dans le cas où il aurait été maître du Pirée, de Phalère et de Munychie, c'est-à-dire de la navigation et des collines maritimes.
Quant à ces collines, quoique je ne veuille pas traiter ici la question trop controversée des ports, je ferai seulement remarquer queDiodore (14, 33) appelle Munychie >o^v«/»jfiov y.cù xafyrtpôvf unc coUinc déscrtc et forte, et que cette expression ne peut pas s'appliquer à la plus orientale des deux hauteurs, qui était forte, mais qui n'était nullement déserte ; elle est au contraire toute entourée de ports garnis autrefois de quais et de magasins, et éclairés par des phares. Munychie est donc la grande colline de l'ouest que l'on a à sa droite en entrant au Pirée. L'autre est celle de Phalère. Il en résulte nécessairement que le port de Phalère est le petit bassin circulaire très-anciennement habité et situé à l'est de la montagne, dans un lieu parfaitement abrité ; que le port de Munychie occupe une position analogue par rap-
port à la colline du même nom, et qu'enfin c'est par une étude attentive de Tantique configuration du Pirée, trèsaltérée depuis les anciens temps, qu'on peut rétablir la synonymie des noms.
Il est certain que le bassin, rempli de boue, qui est au nord du Pirée, en face du chemin de fer, n'a jamais été un port. Le mur de la fortification traversait son embouchure, où Ton en voit encore des restes. Il portait le nom de halai^ c'est-à-dire le marais ; son étendue, du côté de la plaine, était plus grande qu'aujourd'hui; elle devait comprendre l'espace marécageux dont une partie a été remblayée pour l'établissement de la gare. L'Halipédon ou plaine salée était plus, étroit qu'aujourd'hui. Quand le roi de Sparte Pausanias vint y camper contre Trasybule, celuici occupait les hauteurs de Munychie, et son adversaire arrivait par l'hamaxitos. Vhamaxitos était la route carrossable qui, partant de la porte Piraïque ou peut-être aussi duDipylon, suivait à l'extérieur le Long-Mur du nord. Pausanias arrivait par conséquent au fond du port du Pirée, et là se trouvait l'Halipédôn, où il établissait son camp. On ne voit pas comment ces faits pourraient s'accorder avec l'hypothèse que l'Ualipédon n'était autre que les marais de la baie de Phalère. (Cf. Leake, T(yp. of Alhen^ p. 389.)
Nous avons dû nous arrêter un instant sur ces éléments de la topographie des ports, que l'on a pris à tâche d'obscurcir, et qui se trouve liée avec celle de la ville, de ses murailles et de ses divisions intérieures. Pour ce qui concerne ces dernières, il est un principe sur lequel on peut toujours s'appuyer et que confirme la formation des vil lages, que nous voyons en Grèce se créer spontanément sous nos yeux : c'est que les hommes s'établissent d'abord
le long des ravins, là où ils trouvent do Teau pour leur usage, et que les rues suivent la pente, de manière à attein* dre le plus facilement possible le col situé au-dessus d elles. La topographie de l'ancienne Athènes confirme pleinement cette sorte de loi. En effet, sa principale porte, le Dipylon, était dans sa partie la plus basse^ et sa principale rue suivait le bord du ravin, dont une pente montait à la citadelle et Tautre au Lycabette. Cette longue voie, pareille à ce que dans beaucoup de villes et de villages d'Occident on nomme la grand'rue, conduisait d'Eleusis à Sunium. Une autre voie qui fut également très-fréquentée fut celle de la Cœlé (pi. VIII). Ses vestiges encore visibles démontrent son importance. Elle passait par la porte Mélitide et descendait dans la vallée haute qui sépare l'Acropole et l'Aréopage du Musée et du Pnyx. Elle devait nécessairement passer entre les deux premières de ces quatre collines, comme elle passait entre les deux autres, et se rencontrer avec la grande rue sur un point voisin de l'Agora. Mais la rue qui de la porte Piraïque (18) suivait le fond de la vallée haute et aboutissait à la porte n° 20 ne put avoir dès l'origine autant d'importance que la grande rue, parce qu'elle ne menait directement à rien, et parce qu'il n'était pas facile d'y avoir de l'eau. On y a creusé dans le roc un puits très-profond, dont un gardien vend l'eau aux promeneurs. Du côté de la ville moderne, au contraire, c'est-à-dire sur la pente nord de l'Acropole et sur le versant du Lycabette, on trouve de l'eau en abondance à une petite profondeur. En outre, la source Clepsydre, qui est au pied du rocher de la citadelle, en fournissait d'assez bonne dans la partie haute de la ville, sur le bord du chemin venant de la Cœlé et des ports. Cette eau, jusque dans ces derniers temps,
était amenée par des canaux dans TÂgora. Enfin il y a quelque part, dans la partie creuse de la vallée qui forme la vieille ville moderne, une filtration d'eau souterraine trèsconsidérable, car un ruisseau intarissable est amené, par des conduits dont on ne connaît pas Torigine, jusqu'au dehors du Dipylon. On n'a pas assez tenu compte, dans les discussions relatives à remplacement primitif d'Athènes, de la distribution naturelle des eaux. Les hommes ne s'établissent jamais là où il n'y a pas d'eau, à moins qu'ils ne puissent y en amener sans trop de peine une quantité suffisante. Là où l'eau se réunit et se donne elle-même, là s'établit le premier centre de la population et par conséquent le premier marché. Rien ensuite n'est plus difficile que de transporter le marché sur un autre point, parce que les chemins et les rues se sont naturellement dirigés vers le lieu primitivement occupé. Nous ne pouvons pas à cet égard comparer les villes anciennes à nos villes où des tuSes, faits suivant des lois scientifiques et dans de puissants ateliers, permettent, au moyen de la pression, de conduire les eaux où l'on veut. Les Romains, beaucoup plus avancés que les Grecs
pour tout ce qui regarde l'administration des villes et le bien-être matériel, ont employé les arcades et la pente naturelle des eaux, qu'ils allaient quelquefois chercher à de grandes distances. Nous ne voyons pas que rien de semblable ait été fait dans Athènes avant l'époque d'Adrien. On n'y faisait usage que de puits et de citernes, et l'on n'y creusait des puits que dans la partie septentrionale et dans le voisinage de la porte Piraïque, où il en existe encore un fort beau.
Quand on considère que la rue de la Cœlé qui, en entrant dans la ville, traversait le quartier de Mélite et passait
entre TAréopage et TAcropole, coupait la grande rue à Tendroit où est aujourd'hui le marché, et qu'ensuite elle se prolongeait directement vers la porte d'Acharnés (12); que de la porte Piraïque pour aller par la porte Dioméia vers Marathon et la Mésogéa, on passait par ce même point, on voit que là se trouvait certainement un grand carrefour qui réunit les marchands dès l'origine et qui devint avec le temps l'Agora. Il est donc bien difficile de supposer que celle-ci ait été dans un autre endroit que celui où elle est, et surtout dans la vallée haute et dépourvue d'eau qui est
entre l'Acropole et le Pnyx. Nous voyons qu'aujourd'hui même, quoique la ville nouvelle, les familles riches et les étrangers se portent du côté du nord, et que l'aqueduc d'Adrien restauré amène de l'eau dans tous ces nouveaux quartiers, la rue d'Adrien et la rue d'Éole sont encore les plus fréquentées. La première répond à peu près à ce que j'ai nommé la grande rue; la seconde représente la partie septentrionale de la rue qui a dû conduire de la porte du Pirée à la porte Acharnienne, en passant par le marché. La rue d'Hermès est absolument artificielle et n'a été construite, malgré ses grands défauts, que pour servir d'avenue au palais du roi Othon.
Quant aux quartiers, qui étaient au nombre de six, le Céramique^ Mélile^ les Kydalhénéens^ la Dioméia^ les Scambônides et Collylos^ il n'y a pas, ce nous semble, deux manières de concevoir leur formation, et par conséquent leur distribution dans l'enceinte de la ville. En effet, si l'on admet qu'il se soit créé un premier centre au point de croisement des chemins venant de l'extérieur, les habitations se sont certainement établies le long de ces chemins. La ville a dû ressembler pendant un grand nombre d'années
a une sorle d eioilerayonnante, dont TAgora était le centre. Le8 populations groupées le long de ces rues divergentes ont pris chacune un nom particulier, qui est resté comme nom de déme ; c'est plus tard que ce3 populations grossissant ont rempli les secteurs compris entre elles et ont fait de la ville un réseau. La fortification dans laquelle elles s'enfermèrent eut nécessairement ses portes au passs^e des rues divergentes. Il en résulte que, même de nos jours, il doit suffire de connaître la situation des portes et le centre où convergeaient les rues principales pour connaître la distribution générale des démes.
Or, il n'y a guère de doutes sur la place de quelquesunes des portes, de la porte Mélitide, du Dipylon, de la porte Âcharnienne et de la porte Dioméia. D'un autre côté, les textes indiquent avec certitude que le CoUytos était un déme central dans lequel se trouvait l'Agora. La situation du Céramique ne laisse aucun doute ; celle de Mélite peut aussi être regardée comme certaine. Les Kydathénéens étaient, de l'aveu de tous, à l'est de l'Acropole. Il ne reste donc à fixer que la place de la Diocharis et des Scambônides. Si la première était le long de la voie qui menait de l'Agora vers le passage entre le Lycabette et le Saint- Ëmilien, les Scambônides seraient nécessairement le long d'une grande rue conduisant à la porte d'Acharnés, c'est-à-dire vers le nord. On aurait donc le plan idéal de la planche VIII.
Le nom de Céramique était souvent appliqué à l'ancienne Agora» Mélite contenait la Macra-Stoa, l'Hephaistiéum, l'Eurysakeion, le colonos-agoraios. La Diomie se prolongeait au dehors vers le Cynosarges. CoUytos, au centre de la ville, était traversé par une rue étroite, contenait l'Agora et étai
recherché comme habitation (Plut., De Ex. y 6). Les Scambônides contenaient une rue que Ton appelait rueMyrmex, c'està-dire rue de la Fourmi. Les Trépieds étaient une rue probablement parallèle S) la grande rue et allant du Prytanée au théâtre.
Quant à la circonscription de chacun des quartiers, il n'est pas probable qu'on puisse jamais la déterminer avec précision ; il faudrait pour cela que Ton trouvât dans les déblaiements à venir des bornes indiquant les limites de chacun d'eux. Gela n'est guère à espérer.
La rue des Trépieds fut suivie par Pausanias quand il se rendit à l'Acropole. J'ai déjà parlé des objets qui frappèrent son attention depuis le théâtre de Bacchus jusqu'aux Propylées. La place d'aucun d'entre eux n'est encore bien connue, parce que le terrain dans tout cet espace est recouvert par les énormes remblais qui ont été rejetés du haut de l'Acropole. La Société archéolc^ique d'Athènes a pris l'heureuse initiative de dépenser là une centaine de mille francs pour l'art et pour la science. Beaucoup de problèmes se trouveront résolus.
Le dernier' édifice cité par Pausanias, avant son arrivée en face des Propylées, est le temple de Déméter-CUoé^ c'està-dire Gérès-Verdure, et de la Terre-courotrophos ou nourricière des héros. Dans la scène d'Aristophane (Lf^5t><., 720) entre Cinésias et sa femme Myrrhine, scène dont il sera question tout à l'heure, on voit clairement que ce petit édifice était à droite des Propylées, au pied du pyrgos, tout près du lieu où sont aujourd'hui les maisons des gardiens. Or, dans la cour de ces derniers, précisément au-dessous de la Victoire-aptère, on voit une petite esplanade carrée (pi. XII, 2) taillée sur le rocher au pied de l'escarpement. Ce point
répond fort bien aux textes de Pausanias et d'Aristophane. Quand on examine la manière dont les anciens Grecs préparaient la place où devait s'élever un édifice, on voit clairement que cette esplanade a supporté une construction. Elle est trop grande pour un autel ou pour une statue ; ses dimensions sont à peu près celles du temple de la Victoire. J'avais pensé qu'il y avait peut-être là quelque tour ; mais le mur passait au-dessus de l'escarpement, et cette tour eut é(é isolée et inutile. Pour unie maison de gardiens, la place est trop petite et située trop loin de l'angle où se trouvait la porte. Enfin ce point est le dernier où un édifice ait pu être bâti, en avant de la porte d'entrée de la citadelle. Il est donc très-vraisemblable que là s'élevait le temple de Cérès-Chloé. La situation était, du reste, fort bien choisie, car de là on domine la campagne qui, dès l'hiver, est tapissée d'orges vertes et s'étend à perte de vue du côté de la mer et des rivages de l'Âttique.
Nous ne savons pas à quelle époque remonte la fondation du temple de Déméter-Chloé. Il est probable cependant qu'il existait longtemps avant l'époque de Périclès, car cette déesse était, après Athénâ, la principale divinité des Athéniens : les Thesmophories et la procession d'Eleusis n'étaient égalées ou dépassées que par la fête des Panathénées. Il est à remarquer que Déméter n'avait pas ses temples sur les sommets des montagnes ou des collines, mais sur leur penchant. A Eleusis, son petit temple était sur une saillie du rocher, à 12 mètres au-dessous du faite de l'acropole, à l'endroit où est aujourd'hui l'église de la Panagia. Son grand temple, YAnacloron^ était beaucoup plus bas, au pied de rochers taillés à pic, dans une situation analogue à celle du temple de Démêter-Chloé. Nous consi-
dérons doDc comme irès-probable la situation de ce dernier, telle que je viens de l'indiquer.
Tout le monde, M. Beulé lui-même, admet qu'à Tangle du pyrgos de la Victoire se trouvait une porte, que cet archéologue réserve aux victimes. Nous avons déjà vu que, selon toutes les apparences, le grand escalier découvert par lui en 1853 fut construit par Acciaiuoli comme moyen d'accession au palais florentin des Propylées; ce fait admis, la date de la porte n'est postérieure que de quelques années à celle du grand escalier ; cette porte est une réparation faite rapidement et sans beaucoup de goût a celle que Nerio avait fait exécuter, et dont le seuil était au niveau de son escalier. Pour nous rendre compte de l'état des lieux aux époques helléniques, nous devons faire abstraction de cette porte, ouverte violemment dans un mur qui existait auparavant, et de ce mur lui-même, qui n'est pas hellénique, mais qui est peut-être byzantin et de la même date que le mur latéral du nord, élevé par Justinien. D'un autre côté, il est incontestable que les salles à droite et à gauche de la porte sont helléniques, celle du sud sur ses trois côtés extérieurs, celle du nord sur deux côtés seulement; le côté ouest de cette dernière se perd dans la maçonnerie des temps postérieurs. Il est hors de doute que la salle ou tour méridionale se rattachait par un mur à l'angle sud-ouest du pyi^os de la Victoire : tout cet intervalle, d'un accès facile pour l'ennemi, est encore occupé par une construction massive où plusieurs époques ont laissé des traces. Quand on la démolira, il n'est guère douteux que l'on retrouvera dans son épaisseur des assises ayant appartenu à l'enceinte hellénique. En effet, si l'on se place dans la cour des gardiens, on remarque dans la maçonnerie moderne
l'angle externe du pyi^os, qui descend jusqu'à une c^taine hauteur, soutenu par des assises qui se continuent jusqu'à la porte G (pi. XII, 3). De l'autre côté de cette porte paraissent quelques autres assises qui sont la continuation des premières et qui se perdent '.dans la maçonnerie moderne* Il est à peu près certain qu'elles se continuaient sur le bord du rocher et qu'elles allaient rejoindre la tour méridionale située à un niveau inférieur.
Nous avons vu tout à l'heure que la tour septentrionale n'a que deux côtés visibles et que son angle nord-ouest plonge dans le mur turco-byzantin. Celui-ci, comme wms l'avons dit au précédent chapitre, a été redoublé à l'intérieur par une maçonnerie grossière et plusieurs fois réparée ; à l'extérieur, les intervalles de ses contreforts. ont été également remplis. Il en est résulté une muraille extrêmement épaisse, dont l'intérieur nous échappe et dont la partie basse peut cacher une construction antique. L'extré* mité orientale de ce mur, attribué par nous à Justinien, s'appuie à un mur antique M, d'une grande importance historique, et sur lequel nous aurons plusieurs fois à revenir. Vu du dehors, ce mur antique présente sur la gauche son angle externe assez bien conservé ; du premier coup d'œil, si on le compare à la substruction (portion antique non réparée) de la Pinacothèque (11), on voit clairement qu'il est de la même époque et pour ainsi dire de la même main : même matière, même travail » même coloration brune, même usure. A cet angle, qui malheureusement menace ruine^ succède à droite une faille produite par la chute du parement extérieur, et au fond de laquelle on aperçoit le noyau antique du mur; ce noyau est formé de cette pierre plus friable provenant du Pirée, que l'on nommait
ww/Boç et qui porte encore ce nom. Au-delà et au-dessus de cette cavité, la surface du mur est une réparation moderne; mais vers la droite reparait le noyau constitué de la même manière. Le mur a été exhaussé, il y a peu d'années, au moyen de pierres antiques simplement superposées.
Nous donnons (pi. XX) le dessin exact du mur en retour qui, à partir de Fangle exterae, va s'appuyer au rocher sur lequel est la Pinacothèque. Il en reste douze assises, visibles de l'intérieur du bastion d'Odyssée (A); mais à droite, c'est-à-dire vers l'angle externe, elles plongent dans la maçonnerie de ce bastion ; vues du dehors, elles sont au nombre de vingt-deux. Dans ce mur antique fut percée la porte qui existait au temps de Vernéda, et que son linteau orné de croix fait remonter aux temps chrétiens. La partie supérieure du mur est plus moderne et appartient elle-même à deux époques très-différentes. La moitié de gauche est composée de grandes pierres empruntées à d'ancienS édi- Gces et assez bien assemblées; elle peut dater du temps de Justinien. La portion de droite parait être byzantine; elle est formée de couches alternatives de briques et de pierres carrées, construction qui se retrouve dans presque toutes les anciennes églises grecques. Enfin, à l'endroit où les assises inférieures du mur touchent le rocher de l'Acropole, on a laissé une ouverture pour le passage de l'escalier de Pan, dont je parlerai au chapitre suivant. Cette ouverture n'est pas une porte; il n'y avait point de jambages; c'est un simple Irou^ désigné dans Aristophane et aujourd'hui même par le mot ènh.
Nous pouvons atteindre l'intérieur de ce bastion antique soit en montant par l'escalier de Pan, qui y aboutit (pi XIX),
soit par la porte des gardiens, en traversant le grand escalier d'Âcciaiuoli et en passant près du piédestal d* Agrippa. On remarque que ce piédestal est en quelque sorte à cheval sur le troisième mur du bastion, lequel a, en cet endroit, une grande épaisseur et y est formé de pierre pôrique. C'est là que vient se raccorder le mur de Justinien.
Il résulte de cet ensemble qu'il y avait au-dessous de la Pinacothèque un bastion antique faisant pendant au pyrgos de la Victoire, mais à un niveau inférieur, un peu plus haut cependant que le seuil de la porte G. Si les deux constructions antiques qui flanquent la porte d'Âcciaiuoli sont réellement des tours (ce qui est extrêmement probable), on doit penser que celle du nord se raccordait par un mur au bastion qui vient d'être décrit, et que ce mur a été simplement reconstruit dans un autre style à l'époque de Justinien. La tour du nord n'était donc a proprement parler qu'un angle formé par le retour de ce mur. Il en était de mémade la tour méridionale. 'Enfin, l'intervalle entre elles, où fut établie la porte florentine, était lui-même occupé par un mur qui complétait cette enceinte basse dans la période hellénique. On sait en efl^et, et l'on constate au mur d'enceinte de la ville entre l'Olympiéum et le mont de Musée, que là où il n'y avait pas d'escarpements inaccessibles, les anciens Grecs multipliaient les angles et les saillies le long des remparts. Par cette disposition, ils forçaient l'ennemi à multiplier le nombre de ses assaillants, tandis que les défenseurs pouvaient, en quelques pas, se porter à droite ou à gauche des tours.
Mais le bastion M (pi. XII) n'était pas tel qu'il est aujourd'hui. Exhaussé de huit assises, il fut en outre remblayé à l'intérieur. L'escalier de Pan, qui était à fleur de rocher,
se trouva obstrué dans sa partie supérieure ; il fallut donc le couvrir d'une voûte supportée par un mur de refend, et le prolonger de quelques marches débouchant sur la surface du nouveau remblai. Le trou laissé pour son passage au bas du mur^prouve que dans Fantiquité le bastion était vide et que Tescalier taillé dans le roc était en usage. Si l'exhaussement du mur date du commencement du moyen âge, toute cette transformation a dû se faire simultanément, car une partie en entraine une autre. Gela reporterait à une date assez ancienne la construction de la chapelle des Saints- Apôtres, malgré la grossièreté de son ornementation. En effet, la voûte qui couvrait l'escalier de Pan, voûte que j'ai démolie en 1874, avait été faite pour assurer aux défenseurs de l'Acropole l'eau de la Clepsydre, que l'on allait puiser dans la chapelle. Le gros mur de Valérien (pi. XIX, 4) aboutissait à la Clepsydre, qu'il comprenait dans son enceinte, et cette voûte suffisait pour garantir l'escalier qui menait à l'eau. Mais dans la période hellénique aucune de ces défenses n'existait. Le bastion M, sous la Pinacothèque, formait l'extérieur de la fortification et appuyait l'enceinte basse en avant des Propylées. L'escalier de Pan y pénétrait par le trou, oth}.
Une raison sérieuse avait dû engager les anciens Grecs à construire cette enceinte basse. M. Beulé a trouvé au dedans, à l'angle nord-ouest de son grand escalier, un puits antique (pi. XII, 4) taillé dans le roc. Le haut du tube est seul moderne et date probablement de la même époque que l'escalier lui-même, dans le palier inférieur duquel il fut ménagé. Nous verrons aux chapitres suivants qu'avant l'époque de Périclès ce puits, s'il existait alors, était tout à fait au dehors de la fortification. Gomme il donne de
Teau loute l'année, aussi bien que la Clepsydre, on dut trouver un grand avantage à l'enfermer dans la muraille de la citadelle, et l'enceinte extérieure fut pour cela reportée quelques mètres plus bas et garnie de saillies en forme de tours.
Quant au remaniement en sous-œuvre dont parle M. Beulé, j'ai appelé sur ce ppint l'attention de nombreux architectes. Aucun n'a pu le constater. Si cet archéologue a vu du mortier dans les jointures des pierres de ces substructions, c'étaient des parcelles provenant de la maçonnerie turque qui y était accolée; ces parcelles ont disparu. Les substructions des tours ne sont pas plus grossières que celles du Parthénon. On sait que celui-ci fut établi sur le soubassement du Parthénon de Pisistrate. Mais l'édifice tout entier ayant été reporté de plusieurs mètres vers le nord, il fallut compléter la substruction en l'élargissant. Or, cette portion ajoutée par l'architecte Ictinos est d'une maçonnerie encore plus n^ligée que la substruction des deux tours. On ne peut tirer de là aucune conséquence : un remaniement en sous-œuvre est une pure hypothèse que rien ne con* firme. M. Beulé dit (p. 112) que primitivement on n'avait point poussé les fondations des tours jusqu'au rocher. Cela n'est pas admissible, en présence de travaux pareils à celui de Cimon sur l'Acropole et de l'immense développement des Longs-Murs, des murs de Phalère, de Munychie et du Pirée : est-il croyable qu'au moment de fortifier le point faible de l'Acropole, on eût négligé de creuser le sol jusqu'au rocher pour épargner quelques mètres carrés de maçonnerie? Il faut donc admettre que, dans cet endroit, non seulement le sol antique n'était pas plus haut que le sol moderne, mais au contraire la substruction des tours.
comme le reste des murs, posait sur le rocher, qui se trouvait dénudé à l'extérieur. Je ne crois pas que Ton puisse citer un seul exemple de fortifications helléniques où, dans des circonstances pareilles, il en ait été autrement. Pour s'expliquer la possibilité du grand escalier dans les temps antiques, il faudrait donc admettre ou qu'il était plus raide que celui d'Acciaiuoli et atteignait en bas le niveau inférieur des tours (mais le rocher n'a pas été abaissé, et cette hypothèse est impossible), ou bien que Ion avait, comme le suppose M, Beulé, remblayé le sol à l'extérieur, ce qui diminuait d'autant la force militaire de la fortification. Il ne reste aucune trace d'un pareil remblai.
Nous allons maintenant gravir (pi. XII) la pente qui s'étend devant les Propylées et où fut établi au moyen âge le grand escalier. Le premier quart, à gauche en montant, formait un grand vide entre le mur polygonal et la muraille de Justinien. Le quart de droite était occupé par une saillie du rocher. La moitié supérieure est entièrement rocheuse, en pente rapide et fort inégale.
Quand on atteint la hauteur du piédestal d'Agrippa, on observe que la substruction de la Pinacothèque se prolonge en saillie vers ce piédestal et se termine par une ante (8), an-dessus de laquelle il n'y a jamais eu rien. Au pied de cette ante on voit plusieurs pierres de taille encore en place et qui, par leur assemblage^ sont évidemment antiques. Elles paraissent être l'amorce d'un mur transversal se dirigeant vers lepyrgos. L'an te n'est en marbre qu'à sa partie supérieure, huit assises seulement; les quatre assises inférieures sont en pierre du Pirée. A cette ante en répond une autre, qui termine la terrasse de l'aile droite des Propylées, au droit du petit escalier de marbre de la Victoire. Cette autre ante
n'a aussi que huit assises de marbre blanc ; il y a doue de part et d'autre une parfaite symélrie (pi. XII, 1 et 2).
La disposition du petit escalier de la Victoire (pL XII, 9) a arrêté tous les architectes. Il est en effet comme suspendu en l'air (pi. XIII, 2), et Ton ne voit pas de quelle manière il a pu se continuer vers le bas. M. Beulë (p. 431) a tranché d'un mot celle difficulté en disant : « On monte au temple de la Victoire par un escalier qui se raccorde avec l'escalier des Propylées par un petit soubassement. » Malheureusement, ce raccord ne pouvait avoir lieu, soit que le petit escalier tournât à sa sortie du pvi^os, soit qu'il se continuât en ligne droite. Le « soubassement» dont parle M. Beulé consiste en un massif de pierres de taille faisant partie du pyi^os, et qui n'ont pas été ajoutées après coup dans cet endroit. Elles ne se terminent pas en carré ; elles ressemblent plutôt à des pierres d'attente ayant appartenu à une construction disparue. Nous pensons donc qu'elles se raccordaient, non avec un grand escalier dont elles auraient interrompu la régularité, mais avec les restes de construction qui sont au pied de l'ante septentrionale. Si cela est, il faudrait coûcevoir une sorte de mur d^appui traversant d'une an te à l'autre l'espace qui est en avant des Propylées. Dans l'angle formé par ce muret par le pyr^os, il y avait un massif de maçonnerie, dont une portion subsiste encore. Le mur et le massif allaient jusqu'au bas des anles de marbre, c'est-àdire jusqu'au niveau inférieur du petit escalier. L'ensemble formait donc une sorte de terrasse, de laquelle on montait facilement au temple de la Victoire. Enfin ce mur devait s'interrompre sur un point, probablement dans le voisinage de la Pinacothèque, pour laisser passer le chemin (pi. XII, 8).
Le remblai dont je parle explique à la fois le prolongement sous forme d'ante des substructions de l'aile gauche, les pierres antiques qui sont encore au pied de ce prolongement, le massif en saillie qui est au-dessous du petit escalier de la Victoire, la disposition même de cet escalier, qui autrenient est inexplicable, enûn la dilTérence de niveau entre le chemin creux des Propylées et le rocher extérieur.
H y a des personnes qui s'imaginent que les anciens Grecs
ne faisaient point de remblais soutenus par des murs. Je ne m'arrêterai pas à discuter cette opinion. On peut^ sans sortir de l'Acropole, en fournir plusieurs fois la réfutation. Toutes les esplanades dont elle se composait étaient terminées vers le bas par des murs de soutènement, dont certaines parties existent encore. Qu'est-ce que le mur de Cimon, sinon un énorme mur d'appui, soutenant un remblai de seize mètres de profondeur? Dans la ville, la ligne d'enceintes sépulcrales qui commence au tombeau de Dexiléôs est une suite de petites terrasses soutenues par des murs d'appui. Enfin le péribole du temple de Jupiter Olympien est pareillement soutenu par une forte muraille dont beaucoup de pierres ont un petit canal pour l'écoulement des eaux d'infiltration. Ainsi, rien de plus naturel qu'une disposition de ce genre en avant des Propylées. Le vieux temple d'Apollon, découvert par nous à Délos, offre des exemples remarquables de pareils terrassements. En avant de cet édifice, le plus antique peut-être de toute la Grèce, on voit une terrasse spacieuse soutenue par un mur d'appui, à laquelle on monte par un escalier -taillé dans le roc. Au pied de ce umr et au bas de l'escalier aboutit un chemin formé lui-même en terrasse au moyen d'un mur d'appui et descendant vers le bas de la montagne.
On voit qu'à toutes les époques de l'antiquité l'on a construit de pareils chemins et des terrasses élevées. On peut donc admettre sans hérésie qu'il y avait quelque chose d'analogue en avant des Propylées, et qu'un chemin artificiel dont le mur d'appui a laissé deux amorces conduisait jusqu'au passage du milieu.
Nous n'entrerons pas dans les Propylées sans faire remarquer au lecteur que le soubassement de leurs ailes se compose à sa partie supérieure de belles pièces de marbre r^u- \ lièrement appareillées, et à sa partie inférieure d'assises
moins régulières de pierre. L'ante terminale du soubassement de gauche a huit assises de marbre; cette hauteur du marbre se continue un peu vers la droite, puis elle va diminuant, et quand on parvient à l'angle de la montée, il n'y a plus qu'une assise de marbre. Il est évident que toute la partie de pierre devait être cachée ; mais il n'est pas probable qu'elle l'ait été au moyen de plaques de marbre, comme Ta cru M. Beulé. Les anciens Grecs ne faisaient point usage de cette décoration fragile ; ils bâtissaient en gros blocs. Ce sont les Romains qui, voulant unir le luxe à l'économie, ont commencé à se servir du placage. M. Beulé a été induit en erreur par certains trous de scellement qui se voient le long des substnictions ; il y avait là certainement des stèles appliquées au mur, comme il y en avait par centaines sur l'Acropole. Si l'on considère seulement les pierres du Pirée qui forment la partie inférieure du soubassement (pi. XII, 1) et que l'on fasse passer une ligne droite par leurs angles -supérieurs, cette ligne atteint le fût du piédestal d'Âgrippa. Mais si l'on admet un mur d'appui montant jusqu'à la première assise de marbre, à l'angle du soubassement, toute difficulté disparaît, parce que
les pierres grises se trouvaient ainsi couvertes par le remblai.
Ce remblai nous mène au chemin creux qui traverse les Propylées (pi. XII). Ce chemin, non plus que les Propylées eux-mêmes, n'a jamais été fini. Les plaques de marbre striées et grossièrement jointes qu'on y voit encore ne sont point antiques et datent de la même époque que le grand escalier, si même elles ne lui sont pas postérieures. En montant, on voit que le rocher, dans le passage, n'a point été ravalé, et qu'à plusieurs endroits il fait même saillie sur le pavé de l'édifice. Il n'est pas admissible que le chemin fut resté en cet état, si la construction des Propylées eût été menée à bon terme ; mais il ne l'est pas non plus que l'on eût songé à faire un grand escalier de marbre avant de terminer l'édifice, et sans commencer par aplanir le chemin qui le traverse.
Enfin si Mnésiclès, architecte des Propylées, eût eu même en projet ce grand escalier, il eût certainement élevé l'édifice tout entier, non sur des degrés pareils k ceux des temples, mais sur des marches. Au Parthénon, les d^[rës sont (dus hauts que ceux des Propylées ; mais à sa façade orientale, leur hauteur était partagée en deux par des prismes formant escalier, dont les traces se voient encore devant les deux péristyles latéraux et devant la grande porte du temple. Aux Propylées les degrés sont trop hauts pour des marches, trop bas et trop étroits pour avoir pu être partagés en deux. Ils n'étaient donc pas destinés à servir d'escalier.
Admettons cepeudant que tel ait pu être leur usage. Voici donc le peuple, auquel les entrées latérales ne peuvent suffire, qui s'avance en masse serrée par la porte d'Ac-*
ciaiuoli. Il se répand sur la vaste étendue du grand escalier ; mais pendant ce temps la procession entre par les escaliers latéraux, avec ses instruments de musique, ses vases d*eau, ses taureaux, ses béliers. Ses deux lignes se rencontrent au milieu du palier, pour monter de là par le chemin creux des Propylées. Le peuple est donc arrêté par elles et ne peut, sans y porter le désordre, gagner les degrés des Propylées. Supposons néanmoins qu'il y parvienne. Là, plus de la moitié des assistants se heurte de front contre les six grosses colonnes doriques de la façade, qui sont à quelques centimètres du bord supérieur des degrés.
Voici enfin la foule qui pénètre sur TAcropole par les quatre portes latérales des Propylées, pendant que la procession chemine par celle du milieu. Au sortir de Tédifice, de nouveaux et plus grands obstacles se rencontrent. La voie striée part du chemin creux des Propylées et s'allonge sur le rocher de r Acropole dans la direction du Parthénon. A droite, le rocher a été coupé à pic et surmonté d'un mur dont une partie existe encore. Au-dessus était Fesplanade d'Artémis de Brauron. Au bout de ce mur, qui se dirige parallèlement à Taxe des Propylées, on voit des degrés taillés dans le roc et montant à cette esplanade. La voie striée va obliquement rejoindre cet escalier ; elle circonscrit donc entre elle, les Propylées et le rocher taillé à pic, un triangle dans lequel la moitié de la foule va s'engager. Mais ce triangle est rempli de petits monuments et de stèles entre lesquels elle devra passer. En outre, il est garni le long de la voie d'une rangée de ces stèles, si rapprochées les unes des autres qu'elles'forment une véritable muraille, muraille sacrée et inviolable. Il y aura donc là un tumulte indescriptible, causé par l'imprévoyance de Mnésidès, car c'est
lui qui aura conçu Tidée du grand escalier sans en pressentir les conséquences.
Ainsi la disposition des lieux exclut la conception que depuis plus de vingt ans on prête à Tarchitecle des Propylées. On se rend compte de Tusîige que pouvait avoir un escalier monumental au temps où cet édifice était devenu un palais italien, car alors il n'entrait à la fois qu'un petit nombre de seigneurs, auquel rendaient honneur des piquiers et des hallebardiers rangés en deux groupes sur la montée. Mais le désordre eût nécessairement accompagné la cérémonie antique dans laquelle la procession serait entrée par les côtés et le peuple par le milieu, à moins d'admettre, ce qui serait encore plus singulier, qu'ils entrassent l'un après l'autre.
Enfin, peut-on croire que l'administration athénienne ait eu la pensée de faciliter à ce point l'accès de l'Acropole aux ennemis? On pourra contester, si l'on veut, que les Propylées aient pu servir de défense en cas de guerre. Il est du moins certain que du temps des Grecs l'Acropole n'a pas cessé un instant d'être citadelle. Périclès, qui en faisait construire les grands édifices, savait mieux que personne de quelles guerres Athènes était menacée, et il n'ignorait pas que sa ville pouvait, dans un revers de fortune, être prise par les Lacédémoniens, comme elle l'avait été par les Perses. Il eût montré, lui et ceux qui administraient Athènes comme archontes, bien peu de sagacité, s'il eût fait construire ces immenses degrés par lesquels des bataillons entiers pouvaient monter sans peine et presque sans danger a la forteresse. Ainsi, d'aucun côté, l'idée prêtée a l'architecte par l'archéologue français ne peut se soutenir. Elle est, du reste, depuis longtemps réfutée dans
Tesprit de tous ceux qui ont TÎsité ayec réflexion rAcropale d'Athènes.
Je n'ai pins qne quelques mots à dire sur l'entrée de cette citadelle, après la transformation qu'elle subit sous Périclès. Le travail qui fut fait alors est un travail d'ensemble^ qui fut même coordonné avec les monuments de TAcrapole, L'orientation des Propylées est celle du Parthénon, à un degré près. Cette petite différence peut tenir à quelque imperfection dans les moyens de détermination alors employés, et nous admettons que réellement on voulut que les axes des deux édifices fussent parallèles entre eux. Ce parallélisme se prolonge en avant et en arrière des Propylées, en avant dans le mur intérieur du pyi^os, en arrière dans le pan de rocher taillé à pic et surmonté par l'esplanade d'Artémis. Tout cet ensemble r^arde le Pirée : cependant j'ai exposé dans ma Légende athénienne les raisons astronomiques et nullement topographiques pour lesquelles on donna aux Parthénons l'orientation si précise que nous y découvrons. Le parallélisme de leurs axes avec celui des Propylées est une preuve que la direction des premiers entraîna celle de ce dernier édifice, et que s'il regarde le Pirée, c'est par un accident comme il peut s'en produire ailleurs. Les anciens Grecs ont quelquefois profité de faits semblables pour approprier leurs légendes à la fois aux faits astronomiques et à la topographie. Ainsi, vu de Syros, nom qui parait signifier l'Ile du soleil {Sûrya en sanskrit), le soleil se lève aux équinoxes sur l'île de Délos, qui à cause de cela reçut le nom d'Ortygie, c'est-à-dire l'île de l'aurore. De là vint l'application à ce pays de la légende d'Apollon, que tout le monde connaît. Si nous nous transportons vers l'occi* dent à peu près sur le même parallèle géographique, nous
rencontrons la ville de Syracuse en Sicile, dont le nom rappelle celui de Syros. A lorienl équinoxial de cette ville se trouve la petite ile qui, comme celle de Délos, avait pris le nom d'Ortygie et où s'étaient localisées les mêmes légendes. Mais aucune relation de ce genre n'a existé entre le Pirée et l'Acropole d'Athènes ; du moins nous n'en avons rencontré aucune trace,, et nous devons penser que c'est Taxe du Parthénon qui a entraîné celui des Propylées. Ce fait est d'autant plus à signaler qu'avant la reconstruction de ces édifices sous Périclès, l'entrée de TAcropole, comme nous le verrons ci-après, avait une tout autre orientation*
La disposition des Propylées entraîna celle du pyi^os, à moins qu'on n'admette avec M. Beulé l'hypothèse que le pyrgos formait un massif qui fut recoupé verticalement pour s'aUgner avec le nouvel édifice: hypothèse peu probable, car ce recoupement eût réduit la moitié des pierres à une épaisseur insuffisante, et les hommes qui |bàtissaient les murs immenses dont j'ai parlé plus haut n'eussent pas com* mis une telle faute à Tentrée même de la citadelle. Il est donc plus naturel d'admettre que le pyrgos fut construit en même temps que les Propylées et fit partie de leur plan général. Quant au petit temple^ de la Victoire, il doit dater aussi de la même époque, car la face antérieure du pyi^os est orientée en vue de cet édifice. Il y avait, pour diriger son axe autrement que celui du Parthénon et de Minerve Poliade, des raisons que j'ai laissé entrevoir dans ma Légende athénienne. Ces raisons étant d'un ordre supérieur, il ne parut pas possible de changer l'orientation de la Victoire comme on changeait celle des Propylées, et l'on dut reconstruire le pyi^os de manière qu'il satisfît à ces conditions « Si le pyt^os est contemporain des Propylées, il s'ensuit que
le temple de la Victoire est contemporain ou postérieur à cet édifice et qu'il ne peut en aucune façon lui être antérieur, ou bien il faudrait admettre la retaille, si peu probable, supposée par M. Beulé.
Je n'ai à fournir pour le reste de l'Acropole aucun renseignement nouveau qui ne soit déjà dans mon ouvrage cité plus haut. Je donnerai seulement une idée sommaire de la disposition des stèles et des statues sur la superficie du rocher. On les avait placées en général le long des chemins et dans les angles, où le passant ne pouvait pas les endommager. M. Beulé laisse croire quelque part qu'elles avaient une sorte de mouvement d'ensemble par lequel elles regardaient l'orient. H n'en est rien. Aujourd'hui une grande partie du rocher est mise à nu, et voici ce que Ton y observe (pi. XII).
La trace d'une stèle consiste en une cavité creusée dans le roc, dont la longueur est le plus souvent de quarante centimètres à peu près et la laideur de dix ou douze. Dans cette cavité était mise debout et scellée une plaque de marbre portant soit une simple inscription, soit une inscription et un bas-relief. On a trouvé sur l'Acropole un certain nombre de plaques de ce genre, les unes entières, les autres mutilées. Les stèles étaient réunies par groupes et formaient des alignements, comme les tombeaux dans nos cimetières. Les principaux groupes se trouvent : l"" à droite en entrant dans la citadelle; 2^ entre l'escalier qui monte à l'esplanade d'Artémis et l'angle du mur d'appui de l'esplanade d'Athénaergané ; 3^ sur le bord septentrional de cette seconde esplanade; V sur les degrés (16) qui la séparent de celle du Parthénon. On voit qu'elles étaient en général le long du chemin qui se reconnaît facilement aux stries dont le rocher est
couvert. Le premier groupe était mêlé de monuments d'une autre sorte, qui pouvaient être des statues, et dont la trace consiste en un espace carré plus ou moins grand, où le rocher a été picjbé au marteau et aplani horizontalement. On distingue dans cet endroit au moins onze emplacements de cette nature, dont le plus grand, situé en face de l'autel d'Hygie, conserve encore une partie du monument. Beaucoup de stèles étaient élevées sur une banquette et adossées au pan artificiel du rocher, parallèle à l'axe des Propylées. En avançant vers l'escalier d'Àrtémis, qui est au bout de ce mur, on commence à voir les creux des stèles rangés en lignes le long du chemin; quelques-unes garnissaient la droite de cet escalier.
Le deuxième groupe n'est pas moins intéressant. Il se compose de trois lignes de stèles disposées alternativement, de telle sorte que celle de derrière répond à l'intervalle des deux qui sont devant elle, et que celle de la troisième ligne répond à celle de la première ; c'était une sorte de quinconce fermant l'espace qui sépare l'escalier du mur d'appui de l'esplanade supérieure. Ce mur, en cetendroit, se termine par un emplacement carré assez grand et par deux autres plus petits.
Le troisième groupe est moins fourni que les deux premiers ; il offre vers son second tiers un alignement de sept stèles, parallèle aux degrés dont je vais parler.
Ceux-ci (16), qui forment le quatrième groupe, sont au nombre de dix, d'inégale longueur et complétés au moyen de pierres de taille partout où le rocher a fait défaut. Voici comment les trous des stèles sont distribués sur les gradins : le premier en bas n'en porte aucun ; le deuxième en a deux ; le troisième, deux ; le quatrième, onze ; le cinquième, sept ;
le sixième, neuf; le septième, cinq et l'empreinte des pieds de deux statues, dont une avait un pied levé ; le huitième, cinq; le neuvième, un; le dixième, quinze, rangés sur deux lignes, et la trace des pieds de plusieurs statues ; la moitié de droite, c'est-à-dire du sud, de ce dernier gradin est composée de blocs rapportés, plus larges que les autres gradins ; trois de ces blocs, en face de la cinquième colonne du Parthénœi, sont même en saillie et occupent, outre leur propre gradin, toute la largeur du neuvième ; ils ont des cavités dont la forme ou la disposition indique les pieds des statues qui les ont surmontés.
Il y a donc là une véritable étagère parallèle au Parthénon, dont elle n'est séparée que de quelques mètres. M. Beulé s'est demandé si les statues, sur l'Acropole, n'avaient pas un mouvement commun vers l'orient. Non. Les pieds des statues posées sur le septième et le dixième gradin prouvent qu'elles regardaient l'occident et tournaient le dos au temple, comme toutes les stèles auxquelles ces statues étaient mêlées. La disposition souvent curviligne des cavités qui composent les autres groupes prouve que les stèles regardaient le chemin, de façon qu'on pût les lire en pas-* sant. Par conséquent, les autres monuments qui y étaient mêlés r^ardaient aussi le chemin ; comme celui-ci n^aUait pas en ligne droite et qu'il y avait en outre des escaliers ou des entrées à chaque esplanade, il s'ensuit qu'il y avait des statues tournées dans toutes les directions.
Puisqu'on ne trouve pas de stèles ailleurs que sur le bord des chemins, et qu'en général les Grecs plaçaient tous les petits monuments le long des passages les plus fréquentés, la présence de cavités ou de scellements de stèle annonce l'existence d'un ancien chemin. On peut donc admettre, au
moins avec vraisemblance, que les monuments de TAcropole qui semblent dispersés n'ont cet aspect que par suite de la disparition des voies le long desquelles ils étaient placés. Tel est le bloc noir (17) portant l'empreinte de deux pieds, situé sur la gauche, un peu au-delà de la grande étagère : ces pieds regardent l'est. Tel est encore sans aucun doute le piédestal en partie conservé de la grande Athéna-Promacbos, dont il sera question au chapitre suivant^ et qui regardait le sud-ouest. Nous pouvons affirmer, d'après ces faits, que les monuments élevés en l'honneur des hommes n'étaient soumis à aucune orientation astronomique. Il en était probablement de même des statues des dieux, quand elles étaient isolées : leur direction était déterminée par les convenances locales.
En avançant vers l'est, on se trouve entre le Parthénon et l'Érechthéum, qui sont séparés par une distance moyenne de 45 mètres. La moitié de cet espace monte en pente douce vers le Parthénon ; c'est le rocher dans son état naturel ; ce qui prouve qu'il n'était garni d'aucun remblai, c'est une inscription taillée dans le roc en face de la septième colonne et portant th KApno*opa kata manteian en lettres d'une époque relativement moderne. L'autre moitié est remblayée jusqu'à la base de l'Érechthéum au moyen d'un pavé (18) composé de plusieurs assises de blocs polygonaux superposés. Cet ouvrage fut exécuté évidemment après le temple ou en même temps que lui : or, l'inscription (n"" 160 du Ck)rp.) conservée au Musée britannique prouve qu*il n'était pas encore terminé en 409, c'est-à-dire vingt ans après la mort de Périclès. Les blocs dont se compose le pavé proviennent du rocher même de l'Acropole et ont du être obtenus quand on a formé les diverses esplanades con-*
sacrées à Minerve ou à Diane. A l'ouest de rÈrechthéum, ce pave se termine par un mur de vingt-quatre mètres de longueur, dont l'angle s'est écroulé et qui se continue en retour dans la direction de l'angle occidental du Parthénon. Telle était l'esplanade supérieure de rÉrecbthéum en avant des Caryatides. Le tracé qu'en donne le plan, d'ailleurs trèspeu véridique, de M. Beulé est presque entièrement imaginaire et contredit par les restes encore existants.
L'antiquité attribue à Thémistocle la construction de la muraille du nord, et à Cimon celle de la muraille du sud. Je reviendrai plus loin sur la première. Quant à celle de Cimon, elle comprenait principalement l'angle oriental de l'Acropole. Le mur qui forme cet angle n'a pas moins de quatre mètres d'épaisseur sur une hauteur de quinze à seize mètres. C'est un ouvrage très-fort et dont la dépense dut être médiocre, car il est entièrement composé de pierres empruntées aux édifices détruits parles Perses. Je ferai remarquer que, malgré sa hauteur, ce mur n'arrive pas au niveau de l'esplanade du Parthénon. Quand il n'existait pas, il y avait dans toute cette partie du rocher une dépression profonde, qui peut-être n'était pas comprise dans l'enceinte de la citadelle. Quand on le construisit, on remplit le vide avec les menus débris laissés par les Perses, les terres inutiles, les cendres, les vases et objets sacrés hors de service ; les écailles de marbre qui provinrent plus tard de la construction des nouveaux temples y furent déposées, ainsi que huit gros blocs de marbre destinés à faire des tambours de colonnes et mis au rebut en cet endroit. On obtint par. ce remblai un accroissement notable de la forteresse, qui, dès lors, domina la ville et la campagne plus qu'auparavant et devint tout a fait inaccessible de ce côté. Les archéologues
ont admis que sur ce mur étaient les bas-reliefs de Marathon, d'Attale, des Amazones et la Gigantomachie. Ce fait est signalé par Pausanias, qui emploie l'expression nphç t&î TEt^se, c'est-à-dire contre le mur et non sur le mur.
Il n'y a aucun motif d'attribuer à Cimon, fils de Miltiade, la construction de la partie occidentale du mur du sud, à partir de l'endroit où il cesse d'être épais. Dans cette partie, comme on peut s'en convaincre en le regardant du dehors aux endroits où les revêtements modernes se sont écroulés, il est formé de pierre porique, tendre et grenue. Au contraire, la partie épaisse, faite avec les débris des temples, est en pierre dure du Pirée. Il n'est pas probable qu'en utilisant ainsi des ruines encore récentes, on ait choisi pour un mur de peu d'épaisseur les pierres qui offraient le moins de résistance. Ajoutons que la pierre porique n'était pas employée dans la construction des temples. Il est donc vraisemblable que cette partie du mur méridional est un reste des temps antérieurs, et que la partie supérieure du mur fut seule réparée au temps de Cimon.
Quand on parvient à son extrémité occidentale, on le voit changer de direction et tourner un peu vers le sud, pour former le pyi^os de la Victoire aptère. Puisque ce pyrgos est de la même époque que les Propylées, il y a le long du mur un endroit où il a dû être raccordé avec ce dernier. Quand on démolira les revêtements modernes du mur hellénique, on découvrira peut-être ce raccordement.
Il me reste à rendre compte des déblaiements que j'ai exécutés en 1874 au nord-ouest de l'Acropole, et dont le résultat a été de rendre à la lumière Tescalier pélasgique. Celui-ci avait été, au moyen âge, recouvert d'une voûte que j'ai démolie et qui allait de la chapelle des Saints- Apôtres
(pi. XIX 5 a) au mur antique M. Celte voûte supportait un énorme massif de maçonnerie exécutée en 1822 par le général Odyssée. Dans l'épaisseur de ce massif il y avait un escalier, construit de la façon la plus bizarre et aboutissant dans un petit réduit voûté (pi. XIV, b). Au centre de ce réduit, il y avait un tube de puits dont le bas s'ouvrait -dans l'abside des Saints-Apôtres; cette ouverture existe encore. Au-dessous d'elle, dans le sol de la chapelle, se trouve une margelle de puits et une sorte de tube (d, e) par lequel on puise l'eau d'un bassin souterrain f. Le niveau de cette eau est à six mètres au-dessous de la mai^elle ; l'eau a elle-même deux mètres de profondeur au printemps.
Avant la construction de la chapelle, il y avait en cet endroit un espace taillé entre deux rochers et d'une largeur de deux mètres environ. Cette entaille tournait à angle droit vers le sud et donnait accès à l'escalier de Pan. Quand celui-ci, ainsi que l'entaille dont nous parlons, eurent été recouverts d'une voûte, ils tombèrent dans une obscurité profonde. Comme cet escalier datait des temps péiasgiques, se trouvait fort endommagé et d'ailleurs était très-long, les Grecs de 1822 se décidèrent à construire l'escalier supérieur, qui n'existe plus.
Pendant la démolition des voûtes, je descendis, au moyen d'échelles et muni de lanternes, dans le réservoir /'(pi. XIV), jusqu'à la surface de l'eau. Je constatai que le tube du puits a été fait en deux fois. La partie supérieure, d, haute d'un mètre environ, est en maçonnerie de pierres et de mortier ; elle a la forme d'une cruche sans fond. Elle repose sur une embouchure carrée très-étroite, par laquelle j'eus quelque peine à me glisser. Au-dessous de cet étranglement, le tube e, qui est en briques, devient plus spacieux et débouche dans
une sorte de caveau, qui est le réservoir lui-même. Le réservoir a 6" 60 de long environ, sur une largeur moyenne de 2 mètres. Il est orienté du nord 14 degrés ouest, au sud 14 degrés est. Celle de ses parois qui regarde Touest, c'està-dire le dehors, est formée de sept assises de maçonnerie isodome, dont la dernière en haut est de marbre et plus épaisse que les autres ; sa hauteur est de plus d*un mètre. Le paroi du sud est pareillement en maçonnerie; dans son angle sud-ouest, elle a au-dessus du niveau de l'eau un conduit g (pi. XV) de plus d'un mètre de haut, qui s'enfonce sous les rochers de l'Acropole. Le grand côté de l'est est formé par les rochers, qui offrent plusieurs anfractuosités profondes. Enfin la paroi du nord, qui est la plus petite et n'a guère plus d'un mètre de larçe, est formée par le rocher, qui dépasse à peu près d'un mètre le niveau de l'eau. Sur le rocher est construite (pi. XVI) une petite porte dont les jambages et le linteau sont de marbre ; le linteau porte comme inscription ♦PtNixor en caractères d'une époque non éloignée d'Alexandre le Grand. C'est probablement l'archonte Phrynichos, ce qui donne la date de la construction. Le fond de cette petite porte est .muré, de sorte qu'elle ressemble h une niche propre à recevoir une petite statue, 'a moins que cette porte n'ait dû servir pour le curage du réservoir ; mais cette dernière hypothèse n'est pas vraisemblable, puisque la niche parait adossée à un rocher. L'usage de placer des statues dans l'intérieur des réservoirs existait chez les anciens : il y en avait au moins deux dans celui d'Adrien au Lycabette. Le capitaine Karpos Papadopoulos, racontant dans l'ouvrage cité plus haut la découverte et le curage de la Clepsydre en 1822, dit que le plafond du réservoir (»tait fait de plaques de marbre, et qu'au milieu il y avait un cro-
chet auquel était suspendue une statue dont les pieds plongeaient dans l'eau.^ C'est une simple fable: le réservoir est recouvert par les rochers, qui figurent une sorte de caverne, et auxquels rien n'a jamais été suspendu.
L'existence de cette voûte de rochers, qui forment deux des côtés du réservoir, prouve que la paroi de l'ouest tournée vers le dehors avait à l'extérieur une façade, aujourd'hui cachée par la maçonnerie du bastion d'Odyssée. Je l'aurais mise au jour, si j'avais été autorisé à démolir le bastion. Les blocs dont cette paroi se compose, surtout ceux de l'assise supérieure, n'auraient pu être introduits par l'ouverture du puits, qui est trop étroite. On les a donc posés par le côté, qui se trouvait en conséquence entièrement ouvert. M. Boettîcher (Untersuch.^ p. 221) écrivait en 1862 : « On peut démontrer que jusqu'à la fin du XVP siècle cette source eut une libre issue au dehors au moyen de tuyaux de plomb fermés par des robinets. Us furent enterrés avec leurs amorces dans le bastion construit en 1822 par le capitaine Odyssée. » Le même archéologue pense que la Clepsydre est en relation avec le puits qui est à l'angle nord-ouest de l'escalier d'Acciaiuoli. Je ferai seulement observer que le fond de ceipuits esta 44"" 40 au-dessous du stylobate ouest du Parthénon, et que le fond du réservoir est à 59" 90, ce qui donne entre eux une différence de 15" 50. M. Beulé avait déjà eu la même idée que M. Bœtticher sur la relation possible entre le puits et la fontaine. Les anciens allaient beaucoup plus loin, puisqu'ils supposaient à la source du réservoir un cours souterrain qui en conduisait les eaux jusqu'à Phalère ; on racontait l'histoire d'une cruche qui, y étant tombée, se retrouva en cet endroit, non loin de la mer. (5cAo/., Oiseaux à* Xvist^ 1694).
En 1821, M. Leake ne vit au pied des rochers qu'une petite source sans aucune apparence de réservoir. Il comprît que cette source alimentait dans Tantiquité l'horloge à eau d*Andronicos Cyrrhestès, nommée aujourd'hui lourdes vents j et il expliquait le nom de Clepsydre par la tradition relative au cours souterrain des eaux. En réalité, le mot grec Tù^^fxx, désignait tout appareil distributeur de l'eau, toute construction servant à l'emmagasiner et à en régulariser l'écoulement. Wheler, qui vint à Athènes en 1657, vit encore la fontaine « à la mode des Turcs avec un ou deux robinets, » à laquelle M. Bœtticher fait allusion (Wheler, Fo2/., II, 165,éd. de LaHaye, 1723). Guillet de Saint-Geoi^es (la Guilletière), qui vit Athènes en 1669, n'en parle pas; le plan des Capucins, qui ne l'indique pas non plus, appelle grotte d'Apollon la caverne qui est au-dessus du théâtre de Bacchus, et donne à la grotte de Pan le nom de caverne du trépied sacré. Mais Fanelli, qui assista au bombardement de l'Acropole en 1687, dit : « En avançant derrière la porte du château et dirigeant sa route vers le bazar ou place de la ville, peu éloignée de l'endroit où furent disposées les galeries au moment de l'attaque, on trouve une petite fontaine de construction turque, qui sans doute émet des eaux natives, car les eaux ne pourraient monter naturellement jusqu'en un lieu si élevé. » Ainsi la fontaine existait encore vers la fin XVIP siècle.
En 1752, Stuart ne trouva plus la fontaine, qui avait disparu durant les soixante-cinq dernières années. A sa place il y avait deux petites sources qui unissaient leurs eaux à peu de distance de là (Stuart et Revett, Ant. d'Alh.^ I, 35). Les deux ruisseaux formés par ces sources sont marqués sur le plan de MM. Leake et Cockerell. En 1874, j'exécutai
une tranchée commençant à une quinzaine de mètres du bastion d'Odyssée et se dirigeant vers le réservoir. A une profondeur de 6" KO environ^ plus bas que le niveau actuel de*reau, je trouvai un petit canal en ciment, couvert de briques, convexes et qui, par un mouvement sinueux, paraissait se diriger vers la tour d'Ândronicos. Ce canal est luimême sous une sorte de tunnel d'un mètre de haut, creusé dans les schistes ; il passe sous le mur de Valérien. Entre ce mur et le rocher qui porte 1^ bastion d'Odyssée, le tunnel est couvert de grandes pierres formant une sorte de dallage (pi. XV, d). Quand j'eus enlevé les terres fines qui bouchaient ces conduits, Teau commença à couler et à se répandre sur les pentes de TAcropole. En enlevant les terres au pied du bastion, j'avais trouvé un grand nombre de fragments de cruches, avec des anses timbrées au nom des Cnidiens. Enfin, au-dessous du mur de Valérien, sous l'angle du bastion, j'avais mis au jour un mur hellénique e, presque parallèle au plus petit côté du réservoir ; peutêtre soutenait*il une sorte d'esplanade en avant de la fontaine antique.
tes textes relatifs à la Clepsydre sont assez nombreux. Pausanias en indique clairement la situation (Att.^ 28) auprès de la grotte de Pan et d'Apollon, au bas de la descente et presque sous les Propylées. Puis il ajoute : « Là aussi est l'Aréopage, » texte qui fixe à la fois la place de ce dernier et celle de la fontaine. Le voyageur grec cite (IV, 31 et 33) une autre source du nom de Clepsydre, située sur lacropoie du mont Ithome, et dont Teau alimentait la fontaine Arsinoé, sur la place du marché de Messène.
L'historien Istros, environ 230 ans avant J.-C, parlait de la Clepsydre d'Athènes et racontait sur le cours souterrain
de ses eauK la fable que j'ai citée plus haut {Schol.^ Ois.^ Arist., 1694).
Le scholiaste d'Aristophane (Lys.^ 913) rapporte que la Clepsydre se nommait auparavant Empédô^ c'est-à-dire souterraine ou creusée dans le sol. Le même nom est rappelé par Hésychius au mot Klepsydra ; mais il ajoute aussi le nom simple de fédà^ qui peut avoir une autre signification.
Enfin Aristophane emploie le mot Clepsydra (£^5., 720) pour désigner la fontaine dont il s'agit; le texte prouve qu'elle était tout près de la grotte de Pan. Mais si la construction du réservoir date de l'archontat de Phrynichos, la Clepsydre du temps d'Aristophane pouvait avoir une disposition différente, et consister simplement en une petite cavité au pied des rochers.
La disposition observée à Messène avait certainement de l'analogie avec celle d'Athènes, puisqu'il y avait un réservoir supérieur situé dans l'acropole et alimentant une fontaine dans l'agora. L'eau de la Clepsydre athénienne fut amenée de même par un aqueduc, dont une partie existe encore, dans l'horloge d'Andronicos, qui servait également aux gens du marché et leur donnait en même temps l'heure sur un cadran hydraulique. Cette tour fut construite immédiatement après le sac d'Athènes par Sylla ; mais l'invention des horloges à eau était beaucoup plus ancienne, puisque Scipion Nasica, collègue de Lœnas, en 1 59 avant J-.C, en avait établi une dans Rome ; celle-ci divisait en parties égales les jours et les nuits. On appelait ces appareils horologium sub teclo^ par opposition aux cadrans solaires (Plin., Hist. nat.^ 7, 60).
Au temps des Turcs, l'eau de la Clepsydre était recueillie
dans un petit canal qui la menait dans une mosquée près de la tour des Vents; ce canal est probablement celui que j'ai retrouvé sous le mur de Valérîen.
Quant à la grotte de Pan, la scène de la Lysislrate d'Aristophane, où il en est question, offre plusieurs particularités intéressantes. Cette scène se passe entre Cinésias et sa femme Myrrhina : les femmes se sont enfermées dans la citadelle et en ont barricadé les portes au moyen de pieux et de branches. Cinésias aborde l'Acropole par le temple de Démêter-Chloê, et delà converse avec Myrrhinejqui est sur le pyrgos de la Victoire. Ensuite, en un moment, Myrrhine se trouve près de lui et, sans rencontrer dobstacles, ils s'en vont près de la grotte de Pan. Pour que ce mouvement puisse s'exécuter, il faut admettre que l'intervalle entre ces deux points était libre et que Cinésias, après avoir franchi la porte sous le pyrgos, traversait avec Myrrhine l'enceinte basse et en ressortait avec elle par l'escalier pélasgique. De là, ils atteignaient la grotte de Pan située au-dessus. Il eût été beaucoup trop long de faire le tour de cette enceinte.
Le récit de Lysistrate, au vers 720, jette un nouveau jour sur cette, question et contient un mot que la vue des lieux explique maintenant très-clairement. Elle raconte comment les femmes cherchent déjà à sortir de la citadelle pour retourner chez leurs maris, et elle dit : c J'en ai d'abord surpris une faisant choix de l'ouverture, 07rr/v, qui est à l'endroit où se trouve la bergerie de Pan ; une autre se laissant glisser au moyen d'une poulie, etc. » Le scholiaste dit : ^M^cyouffav tyjv Mv, $co/»ûrrou(Tav. Ccttc cxpUcation Serait possible si le mot ^laX^youtrav pouvait signifier déblayer ; mais cela n'est pas. En outre, il n'y a ni dans la grotte de Pan, ni dans son voisinage, aucune ouverture qui commu-
— ils —
nique avec l'intérieur de l'Acropole ; celle de TAgraulion (pi. XII, 21) est beaucoup trop loin pour que le poète ait pu dire : « là où se trouve la bergerie de Pan ; » il aurait parlé d'Agraulos et non de ce dieu. Il n'y a qu'une seule ouverture dont il puisse être ici question: c'est celle du bastion antique au haut de Tescalier de Pan. Le texte d'Aristophane prouve donc à la fois l'existence à son époque du bastion sous la Pinacothèque et du trou par lequel y entre l'escalier pélasgique. La Lysistrale est de l'année 41 1 avant J.-C.
La place de la grotte de Pan et d'Apollon est très-nettement indiquée dans plusieurs passages de VIon d'Euripide. Il dit au vers 938 : « Creuse. Ëcoute donc : tu connais un antre tourné au nord dans cette roche cécropienne que nous nommons les Longs-Rochers? Le Pédagogue. Je le connais; là est le sanctuaire de Pan et des autels auprès. » — Au vers 492, on lit : « siège de Pan, pierre voisine des Longs-Rochers, où les trois filles d'Agraulos foulent du pied en dansant de verts espacés, en avant des temples de Pallas, lorsque tu fais résonner sur tes chalumeaux des airs variés, ô Pan, dans tes cavernes, là où une vierge ayant enfanté de Phébus, l'infortunée, livra en pâture aux oiseaux et en sanglant aliment aux bêtes Tenfant, fruit injurieux d'un amer hymen ». Ces textes indiquent qu'il y avait là plusieurs antres consacrés à Pan et à Apollon. Celui qui est connu de tout le monde sous le nom de Grotte de Pan est tout garni de petites entailles où étaient des ex voto; à gauche il en existe un autre où l'on ne remarque aucun signe de consécration. Le déblaiement de l'escalier pélasgique en a dégagé un troisième situé à droite, et devant lequel il y a plusieurs degrés taillés dans le roc.
Le texte d'Ëuripide signale aussi des espaces aplanis, ffT«ata, et couverts de verdure en avant des Longs-Rochers et des grottes, espaces assez grands pour que les femmes pussent y danser. On les retrouvera quand on fera le déblaiement général de TÂcropole. Vlon est de Tannée 420 avant J.-C.
Enfin le texte d'Hérodote (VI, 105) raconte dans quelles circonstances, pendant la guerre médique, les Athéniens établirent en cet endroit un culte en Thonneur du dieu Pan ; à partir de cette époque, on faisait pour lui des sacrifices annuels et un feu de joie, v^^*- J^ fei^ remarquer en finissant que le culte d'Apollon avait précédé dans ces grottes celui de Pan. D'après le texte d'Euripide, c'était ÂpoUon-Phœbus, c'est-à-dire, selon toute apparence, le soleil de midi ; le dieu tournait sa face vers le nord. ADélos, où l'on adorait sous le nom d'Apollon le soleil levant, le dieu regardait vers l'occident, comnae le prouve son temple découvert et déblayé par nous en i 873, et sa statue dont les pieds sont encore en place sur le bloc non taillé (oiufoàôç) qui lui servait de base.
Iir EPOQUE
ou ÉPOQUE DE PKISTRATE
La prise d'Athënes par les Perses est la plus entière catastrophe que cette ville ait eu à subir. Sylla, qui la prit du côté qui regarde THeptachalcos, c'est-à-dire du côté du nord-ouest, fit un grand massacre des habitants : « Le sang versé sur l'Agora, dit Plutarque (5y/., 14) remplit le Céramique intérieur jusqu'au Dipylon. Bon nombre même assurent qu'il ruissela par les portes jusque dans les faubourgs.» 11 faut entendre par là que les ruisseaux de la ville qui des** cendaient de l'Agora vers le Dipylon furent rougis par le sang versé. Nous avons vu la même chose au coup d'État exécuté par Louis Bonaparte : le sang des morts ruisselait le long de plusieurs rues qui descendent du boulevart. Quant à la ville, Sylla n'y commit point de grands dégâts. Pour y entrer, il avait fait abattre la muraille et ni-^ vêler le terrain entre le Dipylon et la porte Piralque ; mais il ne détruisit pas les édifices publics ; il emporta cependant des colonnes du temple de Jupiter Olympien, alors en cons-^ truction. L'Acropole fut défendue par le tyran Aristion et
prise par Gurion, lieutenant de Sylla ; mais il ne parait pas que le yainqueur ait fait autre chose que de pratiquer des brèches à ses remparts, car les édifices étaient encore intacts ap temps de Pausanias et longtemps après lui.
Les Perses, qui étaient d'une religion hostile au polythéisme et qui voyaient à peu près du même œil les Grecs et les Indiens, ravagèrent Athènes de fond en comble. Les restes de Tincendie se voient encore sur TAcropole, dans le massif de décombres dont fut rempli le Gimonium, c'està-dire la grande dépression de l'angle oriental. Aujourd'hui, parmi les ruines de la citadelle, un petit nombre seulement, et encore n'est-ce que des fondations, remontent à une époque plus ancienne que la prise d'Athènes. Dans la ville, aucun monument ne lui est antérieur, si ce n'est peut-être une petite portion des murs près du Dipylon et le Dipylon lui-même : encore celui-ci dut-il être renversé par les Perses, en supposant que la grande enceinte de la ville existât déjà, et qu'après la guerre médique on l'ait seulement reconstruite dans de meilleures conditions.
Les musées et les collections privées d'Athènes renferment un grand nombre d'objets qui sont certainement antérieurs à la prise d'Athènes. Je n'ai pas à en parler ici. Pour en avoir la collection complète, il faudrait y ajouter ceux qui sont répartis entre les différents musées de l'Europe et chez les particuliers. G'est un travail d'une toute autre nature que le mien, qui a surtout pour objet la topographie d'Athènes.
Au temps de Pausanias existait encore la fontaine que l'on appelait Èvvfax/>owoç, c'est-à-dire aux neuf tuyaux ; elle était près de l'ancien Odéon, qui lui-même n'était pas trèséloigné de l'Ilissus. On en attribuait la construction à Pisis-
trate. Elle a dispara ; mais quand aa déblaiera toute cette partie de l'ancienne ville, où il n'y a aujourd'hui que des maisons de peu de valeur, la partie basse de FOdéon et la Fontaine aux neuf becs se retrouveront peut-être. C'était, dit Pausanias, la seule fontaine d'Athènes. Il y avait cependant aussi la fontaine Clepsydre, dont il parle dans un autre chapitre, et celle d'Esculape.
La plupart des édifices qui existaient alors étaient des reconstructions d'édifices antérieurs aux Mèdes. 11 est probable cependant que presque tous furent reconstruits avec plus d'élégance et généralement en marbre. Ce n'est pas que le marbre ne fut pas employé avant la guerre médique ; mais sans contredit il ne l'était que rarement et en petite quantité, car presque tous les fragments d'édifices de marbre qui se trouvent à Athènes appartiennent par leur style aux époques postérieures. On n'amenait donc que peu de matériaux du Pentélique, de l'Hymetteou de Paros avant ces guerres. Les immenses carrières de Munychie fournissaient une pierre plus solide, quoique plus grossière que le marbre; elles fournissaient aussi la pierre pôrique pour l'intérieur des massifs et même une pierre coquillière analogue à celle de Mégares. Il faut donc se représenter l'Athènes de Pisistrate comme une ville de pierres, et celle de Périclès comme une ville de marbre. Je remarquerai en passant qu'un phénomène analogue s'observe aujourd'hui. La ville du moyen âge et la ville turque étaient de pierres et de briques; on n'y employait de marbre que celui qui restait encore de l'antiquité. Hais aujourd'hui l'Hymettc et le Pentélique, régulièrement exploités, fournissent une grande quantité de marbre dont on fait les nouvelles maisons et les trottoirs même de la ville.
Pisistrate commença le temple de Jupiter Olympien pour remplacer un antique sanctuaire ; mais il ne put Tachever. Cependant il dut, lui ou ses fils, en construire la cella, car Phidias orna de peintures l'édifice inachevé.
Les Perses ne détruisirent pas le temple de Bacchus près du théâtre, ni celui de Dioscures. Il en fut de même probablement des temples de la Terre-Nourricière, d'Aphrodite, d'Héphaistos, d'Ares et des Euménides. C'étaient de petites chapelles de pierre, qui purent échapper à l'ennemi.
Le Pry^anée datait vraisemblablement de Solon.
Les fils de Pisistrate construisirent le temple d'Apollon Pythien, travaillèrent à celui de Jupiter Olympien et probablement à l'Odéon.
On ne peut guère douter qu'avant la guerre médique l'ensemble de la ville ne fût le même que celui de la ville reconstruite, et que les points occupés par des édifices sacrés ne soient toujours restés ce qu'ils étaient à l'origine. Thémistocle et ses successeurs ne firent pas une ville nouvelle; mais ils relevèrent dans de meilleures conditions celle qui existait auparavant. Nous pouvons donc, d'après la ville de Périclès, nous faire une idée assez exacte de celle de Pisistrate. Seulement les guerres médiques démontrèrent que la vie maritime avant tout devait être recherchée par les Athéniens. Il en résulta un grand mouvement commercial et par suite un accroissement de la population urbaine. Celle-ci était certainement très-compacte au temps de Périclès ; elle était plus rare sous Pisistrate et Solon, et devait présenter des vides dans les secteurs compris entre les principales rues. En construisant ou en refaisant l'enceinte des murs, Thémistocle la renferma dans un cercle assez borné. En édifiant les Longs-Murs, Périclès lui permit de s'étendre en
long dans un espace protégé qui la conduisait à la mer. Enfin les murs qui entouraient toutes les collines maritimes lui laissaient un vaste champ pour se construire des maisons, des ateliers et des magasins à proximité de la mer. C'est ce qui arriva, comme le démontrent surabondamment les traces de maisons que j'ai relevées en 1849 dans le faubourg de la Gœlé, et celles que Ton pourrait encore relever sur le sol accidenté et rocheux des ports.
Des changements plus grands furent faits à TAcropole. Pour s'en rendre compte, on doit faire abstraction de tous les ouvrages construits après la guerre des Mèdes et, autant qu'il est possible, remettre idéalement en place les débris de ceux qui existaient auparavant. Commençons par le Parthénon.
Il est vraiment surprenant que l'on ait mis en doute et discuté l'existence d'un Parthénon antérieur à celui de Périclës. Le soubassement de cet ancien édifice existe tout entier, sans qu'il y manque une seule pierre, sous l'édifice de marbre auquel il sert de base. L'étude analytique de ces deux monuments, de leur orientation et de leur position par rapport aux levers solsticiaux et équinoxiaux du soleil, m'a permis de retrouver même la date de la fondation du plus ancien: elle eut lieu en 554, pendant la deuxième administration de Pisistrate. Tout le détail de cette analyse se trouve dans ma Légende athénienne. Pour voir ce qui subsiste du Parthénon de Pisistrate, il faut examiner la substruction du temple du côté de l'ouest. On y observe de belles assises de pierres du Pirée ornées d'un chanfrein qui les entoure et leur donne plus d'élégance. Ce soubassement, qui forme un ensemble comf^et, fut, au temps de Périclès, exhaussé au moyen de pierres beaucoup moins belles, sur lesquelles re-
pose rédifice de marbre. Sur le côté du nord, il fut élarçi d'environ quatre mètres par des assises également négligées^ Du côté du sud (pi. XII), au contraire, il déborde d'un mètre et demi sur toute la longueur de l'édifice et y dessine une sorte de trottoir. Ainsi le temple fut, lors de sa reconstruction, déplacé dans son ensemble ; les deux axes sont distants l'un de l'autre de 2"* 81. Les deux parements posent Terticalement l'un sur l'autre du côté de l'ouest. Mais si l'on suit le côté du sud jusqu'à la façade orientale, on s'aperçoit que le vieux temple déborde sur le nouveau. Il se peut qu'il y eût en avant de la colonnade un espace laissé libre sur l'ancien soubassement. Il se peut aussi que le temple de Pisistrate fût plus long que celui [de Périclès. C'est ce qu'il est impossible de savoir, du moins quant à présent.
En se plaçant vers l'angle méridional, on aperçoit trèsfacilement la courbure de toutes les assises du vieux temple, sur sa longueur et sur sa largeur. Avec des instruments appropriés, on peut mesurer ces courbes, et l'on reconnaît qu'elles ne difierent pas^ beaucoup de celles du temple supérieur. Dans un mémoire publié en 1875 par la Revue de Varchileclure el des travaux publics^ j'ai donné de ces courbes une explication qui est considérée comme définitive; je ne puis que renvoyer le lecteur à ce travail. Il est remarquable toutefois que la loi de la déformation d'une ligne droite par des obliques qui la coupent en sens contraire les unes des autres fut connue longtemps avant l'époque ^le Périclès, et nous devons constater simplement que les architectes du V siècle, à qui l'on a fait honneur de l'emploi des courbes, en avaient reçu l'usage de leurs prédécesseurs. Le Parthénon de Pisistrate n'était certainement pas le premier édifice où elles fussent employées, car elles s'y montrent
très-bien étudiées, et prouvent qu'au milieu du VP siècle la géométrie architecturale était une science très-approfondie. Il serait par conséquent d'un très-haut intérêt que les artistes de nos jours recherchassent dans les ruines des temps antérieurs à Pisistrate les courbes qui peuvent s'y trouver et en fissent l'histoire, si toutefois elle peut encore se faire.
Les fragments de colonnes, d'architraves et de corniches qui sont encastrés dans le mur septentrional de l'Acropole proviennent de l'ancien Parthénon ; c'est l'avis de tous les architectes qui, depuis Penrose et Paccard (1847), les ont étudiés. Quand on examine la largeur et l'écartement des triglyphes, ainsi que la grandeur et la distance des abaques des chapiteaux qui leur correspondaient, on s'assure que la largeur du vieux Parthénon ne comportait que six colonnes de façade, au lieu des huit qui existent au temple nouveau. S'il n'y en avait eu que treize sur les côtés, comme il y en a dix-sept à ce dernier, l'ancien édifice eût été beaucoup plus petit que le nouveau ; mais il est possible qu'il y en ait eu beaucoup plus de treize aux colonnades latérales. 11 existe plus d'un exemple de temples ainsi allongés.
Nous ne savons rien sur l'Érecbthéum qui existait avant la guerre des Mèdes. Peut-être les fouilles à venir et la recollection de tous les -fragments dispersés sur l'Acropole ou rejetés au dehors en feront-elles découvrir quelques débris. J'arrive à la fortification.
Le mur de l'est appartient depuis sa base à Cimon. Le remUai qu'il soutient dans son angle profond est entièrement composé de débris antiques, de fragments de pierres, de cendres, de vases brisés et de métaux oxidés ou fondus, qui proviennent de l'incendie allumé par les Perses. Ce
massif de terre n'a été remué dans les temps postérieurs que pour la construction du long bâtiment dont on voit encore les fondements. Par conséquent, nous avons une raison sérieuse de penser que la dépression du rocher en cet endroit, dépression qui à l'angle de TAcropoIe met la base du mur à IS"* 77 au-dessous du stylobate du Parthénon, n'était pas comprise auparavant dans l'enceinte de l'Acropole et donna lieu à un agrandissement artificiel opéré par Cimon. Ce fut le Gimonium, to KcfM&vcov.
C'est certainement sous l'administration de Pisistrate que furent exécutées les esplanades sur le rocher de la citadelle. Du moins n'y a-t-il pas de doute pour celle du Parthénon, puisqu'elle ne fut exécutée que pour l'établissement de ce temple ; mais l'une dut entraîner l'autre. En effet, cette esplanade s'étend sur un grand espace, et laisse pourtant sur son côté septentrional une portion de rocher en saillie à laquelle on ne toucha pas. Cet aplanissement fournit une portion des blocs dont est fait le pavé au sud de l'Érechthéum; mais il ne les fournit pas tous. Si nous descendons sur l'esplanade d'Artémis, qui est ^la troisième en allant vers les
Propylées, nous y trouvons un reste, dernièrement découvert, du soubassement du temple de cette déesse, et nous y reconnaissons une époque de beaucoup antérieure à Périclès. Cette esplanade paraît être de la mêm^ date que celle du Parthénon de Pisistrate et avoir fourni des pierres pour le même usage. Un travail du même genre et qui peut être du même temps fiit exécuté dans l'enceinte de Minerve-ergané ; mais ici le rocher était en pente plus rapide, et quand on enleva l'énorme prisme qui disparut de cet endroit, fin put ménager les degrés en forme d'étagère que j'ai décrits au précédent chapitre.
En général, il est naturel de penser qu'une fois admise ridée de dresser les espaces où devaient s'élever les temples, on appliqua ce système à toutes les parties du rocher. Or, il n'est pas douteux que la grande esplanade supérieure fut faite par Pisistrate pour y construire son Partbénon ; il est donc vraisembable que les autres le furent aussi, soit .par lui-même, soit par ses successeurs immédiats. Les petits temples d'Âthéna-ergané et d'Ârtémis, détruits sans doute par les Perses, furent donc également construits vers cette époque et rétablis après la guerre médique sur les mêmes emplacements. On eut, par cette transformation de la surface du rocher, une abondance de matériaux excellents dont on fit plus tard le pavé au sud de TÉrecbthéum.
Le massif de pierre du Pirée où s'élevait l'autel d'Athéna, en avant du Partbénon, doit remonter aussi à la même date que Fancien teoqple, à moins qu'on n'admette, ce qui est peu probable, que cet autel ait été déplacé au temps de Périclès et qu'il était beaucoup plus près de l'ancien édifice. Si, dans ces temps antérieurs, le Cimonium n'était pas compris dans l'Acropole, l'autel et le temple étaient sur le bord du rocher dont ils dominaient l'escarpement ; l'enceinte de la citadelle était beaucoup plus petite de ce côté qu'elle ne le fut plus tard. La dépression à l'est du temple commence devant la première colonne du Partbénon ; le soubassement de l'ancien édifice, comme on l'a vu par une excavation faite en 1836, descend jusqu'à sept mètres de profondeur sur toute la ligne du sud ; les pierres en sont taillées de manière à former un beau parement qui devait être vu. Ainsi donc, les faits encore existants indiquent que la bande de terrain entre le Partbénon et le mur d'enceinte n'était pas remblayée et qu'elle le fut seulement après la guerre
des Perses. Rien n'empêche toutefois que le mur, moins élevé et moins épais qu'il ne le fut depuis lors, ne suivît la même ligne que le Cimonium, formant ainsi à Test du Par*thénon une sorte d'enceinte moyenne dominée par le temple et l'autel. Cette dernière disposition du mur au temps de Pisjstrate est d'autant plus vraisemblable, que depuis la grande plateforme le rocher descend en pente assez douce dans la dépression, tandis que le pourtour de cette dernière est escarpé et domine la ville.
Si l'on examinait attentiventent le mur septentrional, que l'on appelle mur de Tkémistacle^ on y distinguerait des parties antérieures à ce grand homme de guerre. On en reconnaîtrait aussi qui lui sont postérieures : ainsi, peut-on réellement démontrer que la longue rangée de tambours de marbre encastrée dans cette muraille ait été placée là au temps de Thémistocle ? Le Parthénon de Pisistrate était en pierre du Pirée; celui de Périclès ne date que de 445. D'où peuvent donc provenir ces énormes blocs de marbre, sinon, comme ceux dont j'ai parlé plus haut, de rebuts utilisés après la reconstruction du Parthénon? En résumé, de ce mur septentrional, tel qu'il est aujourd'hui, une bien petite part provient de l'époque de Thémistocle. Il faut néanmoins lui attribuer sans hésitation la partie où se trouvent enchâssés les triglyphes et les architraves du Parthénon de Pisistrate. Il n'est pas croyable non plus que l'enceinte détruite par les Perses Tait été jusqu'à la dernière pierre. Ce n'est pas une opération facile et de courte durée que la destruction totale d'un mur de fortification. J'ajoute qu'elle est inutile, surtout quand ce mur n'est que le couronnement d'un roc escarpé et sert de garde-fou plus encore que de défense militaire. Comme on construisait avec une grande perfection long-
temps avant la guerre mëdique, Thémistocle a dû conserver des anciens noiurs ce que les Perses en avaient laissé. Il faudrait, pour reconnaître ce qui appartient à chaque époque, étudier l'enceinte pierre par pierre, et non la considérer dans son ensemble.
J'arrive à la partie occidentale occupée aujourd'hui par les Prc^ylées. Supposons cet édiûce enlevé, ainsi que le temple de la Victoire et le pyrgos sur lequel il repose. Supposons aussi que le rocher à droite, en entrant dans l'Acropole par l'aile droite des Propylées, n'a pas encore été coupé à pic comme il le fut au temps de Périclès. Les tours de l'enceinte basse, non plus que le mur refait par Justinien, n'existaient pas encore, puisqu'on les attribue, un peu arbitrairement sans doute, à l'époque de Conon. Enfin nous devons faire de même abstraction du bastion septentrional dans lequel aboutissait l'escalier de Pan, et qui fait saillie audessous de la Pinacothèque. Voilà le rocher d^agé des constructions de Périclès et de celles qui y furent ajoutées plus tard. Sur sa surface, dans le chemin creux des Propylées, vers le haut, nous remarquons (pi. XII) des entailles en forme de degrés dirigées du nord-ouest au sud-est, obliquement par rapporta l'édifice. Leur largeur totale est de deux mètres et demi environ. Quand on les examine attentivement, on reconnaît à leurs saillies que ce ne sont point des marches, mais des coupures préparées pour recevoir des pierres de taille et porter un mur de cette même épaisseur. Ce mur existait avant la construction des Propylées, car les entailles passent sous le dallage dp cet édifice et se retrouveraient probablement, si l'on fouillait jusqu'au rocher derrière la Pinacothèque; mais celle-ci est posée sur une saillie du rocher et s'oppose à toute excavation.
Entrons dans l'Acropole, et faisons à droite le tonr de l'édifice, de manière à nous trouver derrière Taile droite, dans Fangle formé par elle et par le beau mur du vestibule. Dans ce réduit (12), incomplètement déblayé, nous observons les restes d'une construction de marbre, qui vient s'appuyer à angle aigu contre le mur des Propylées. Les blocs dont elle se compose, ne sont pas d'une grande épaisseur, mais ils sont d'une largeur et d'une longueur plus grandes que les blocs correspondants de l'édifice ; ils paraissent donc avoir formé le parement d'un mur beaucoup plus fort, caché encore sous les décombres. A l'extrémité de ce mur magnifique, il y a une portion en retour d'angle dans laquelle il est aisé de reconnaître le jambage d'une porte. Cette extrémité s'appuie à une portion de mur cyclopéen, bien des fois signalée.
Si l'on dresse le plan de ces ruines, on s'aperçoit que l'orientation des entailles et celle de ce pan de mur sont les mêmes, et qu'en prolongeant celui-ci au travers des Propylées il rencontrerait ces entailles à angle droit.
Que tout cet ensemble soit antérieur à Périclès, c'est ce qui ne peut laisser aucun doute, puisque ces anciennes constructions ont été coupées pour faire place à celle de Mnésiclès. On les a coupées alors autant qu'il l'a fallu ; mais on a respecté ce qu'il était inutile de détruire. Le pan de mur cyclopéen qui existe encore en cet endroit a été de même expressément conservé, puisqu'on a ménagé un pan coupé à l'angle du mur des Propylées, pour ne pas endommager cette sorte de relique des vieux temps. On a usé de la même circonspection pour un autre monument qui se voit de l'autre côté de cet angle, entre le mur cyclopéen et
celui du nouvel édiCce, monument sans doute de la même date que la porte dont nous parlons.
On ne peut guère douter que cette belle construction, cette entrée ornée de blocs de marbre grandioses et parfaitement assemblés, ne soit Tœuvre de Pisistrate. Que le vieux Parthénon fût son œuvre, c'est ce que j'ai démontré dans ma Légende athénienne. Quoique ce grand et superbe édiCce fut de pierre, on y avait cependant aussi employé le marbre dans certaines parties: les métopes qui se voient encore dans le mur de Thémistocle étaient revêtues extérieurement de plaques de marbre. C'était donc un procédé usité à cette époque où le marbre, venant de loin, devait être fort cher, d'en former néanmoins des revêtements; mais ces revêtements n'étaient point des feuilles de placage, comme les Romains les prodiguèrent : c'étaient des blocs, souvent de dimensions très-vastes et d'une assez forte épaisseur. Cet usage était aussi bien suivi pour les métopes sous Périclès ; mais quand les carrières du Pentelique furent en pleine exploitation, le marbre ne fut plus employé qu'en blocs dans la construction des murs.
Si ces raisons paraissent concluantes, nous regarderons les ruines qui nous occupent comme faisant partie de l'entrée de l'Acropole sous Pisistrate. Il est évident que le jambage encore existant en appelle un autre, qui a été détruit pour faire place aux Propylées. La place de cet autre jambage est sous le dallage de cet édifice. Il avait la même saillie que le premier et devait être comme lui accompagné d'un mur de marbre tout semblable, disposé parallèlement à l'autre, et allant retrouver le mur d'enceinte indiqué par les entailles du rocher. La configuration des lieux ne permet pas de supposer qu'il y eût là des Propylées de grande
dimension con^me œux de Périclès. Il y avait seulement une sorte de Dipylon, c'est-à-dire deux portes consécutives séparées par une petite cour qui pouvait être couverte ; cette cour devait avoir une dixaine de mètres de large, peut-être un peu plus, et égaler en largeur une des deux moitiés du vestibule des Propylées (pi. XVII, e).
Ainsi, quand Périclès fit construire ce dernier édifice et que son axe fut tracé parallèlement à celui du Parthénon, il se produisit un changement complet dans Torientation de l'entrée de la citadelle et dans l'aspect qu'elle présentait. Au temps de Pisistrate, on apercevait devant soi la Minerve-promachos, fj qui fut refaite par Phidias, posée sur le même emplacement et dans la même direction. L'orientation de cette statue paraît singulière, puisqu'elle r^arde, non le milieu, mais l'aile droite des Propylées ; elle cesse de l'être du moment où on la rapporte à l'ancienne entrée que je viens de décrire, et devant laquelle elle était directement située.
Pour le reste de la fortification, en avant de la porte principale, nous sommes réduits à des conjectures. Le pyrgos de maçonnerie n'existait pas au temps de Pisistrate, puisqu'il fait partie du plan général de Mnésiclès. Il est probable cependant, il est même à peu près certain que le rocher noyé dans sa masse servait déjà comme bastion et portait un petit sanctuaire de Minerve- Victoire, A, où l'on conservait sa statue de bois, Scmxvov. Quant à la forme anguleuse du pyi^os, elle se trouva nécessitée par Forientation du temple, et celle-ci le fut probablement par celle du sanctuaire qui existait auparavant. Il est à remarquer que le temple d'Athénâ-nikê, nommée plus tard Victoire sans ailes, est orienté, sauf une différence d'un
degré quarante-trois minutes nord, de Test h Touest, tandis que les deux grands temples d'Athénâ, le Parthënon et rÉrechthéum, présentent des déclinaisons beaucoup plus grandes que j'ai exposées ailleurs et expliquées. La position oblique du temple de la Victoire par rapport aux Propylées s'explique également par une tradition qu'il n'était pas permis à l'architecte de changer.
La saillie du rocher où était ce sanctuaire l'avait nécessairement fait entourer d'une fortification sous laquelle on devait passer pour monter à la grande porte de la citadelle. Une autre saillie se trouvait au-dessous de ce pyrgos, saillie qui fut taillée en pente pour la conslraction du grand escalier au moyen âge. Celle-là aussi dut être fortifiée, comme elle l'avait été aux époques pélasgiques. Par conséquent, sous Pisistrate, ainsi qu'au temps de Périclès, il y avait une porte (b) au pied du pyrgos de la Victoire, là où elle est encore de nos jours. A partir de ce point, le chemin montait en s'arrondissafft sur la pente du rocher, puis il tournait vers le sud, et enfin vers l'est et le nord-est, pour atteindre la grande porte de Pisistrate. Du côté opposé existait depuis longtemps l'escalier de Pan; mais alors ses degrés étaient à ciel ouvert jusqu'au haut de la montée et rencontraient le chemin du sud, non loin du point où Ton fit le piédestal d' Agrippa. Tout ce côté se trouvait défendu par Id muraille qui, partant de la grande porte, devait ceindre le rocher à l'endroit où sont aujourd'hui l'aile gauche des Propylées et la Pinacothèque. Il n'est pas probable que l'escalier de Pan n'aboutit pas luimême à une porte simple et petite (c), car si l'on tient compte des usages suivis par les anciens Grecs dans l'établissement de leurs fortifications, il n'est guère possible que
Tespace entre le bastion inférieur situé sous le pyrgos et celui qui couronnait le rocher à l'endroit de la Pinacothèque ne fut pas fermé par un mur de jonction passant sur l'escarpement où fut élevé plus tard le piédestal d' Agrippa.
En résumé, l'Acropole de Pisistrate présentait un aspect plus simple, mais aussi plus militaire, que celle de Périclès. Les murs suivaient naturellement le bord des rochers, sans empiéter sur leurs pentes, et devaient offrir aux yeux un grand nombre de sinuosités, comme en offre encore le mur septentrional ou mur de Thémistocle. Le temps développa l'art de bâtir, et les malheurs de la guerre démontrèrent qu'il pouvait être utile d'augmenter le nombre des défenseurs de l'Acropole. L'exemple des Perses, qui avaient pénétré sur la citadelle par une ouverture naturelle dans la voûte de la caverne d'Agraulos, prouva qu'un mur vertical valait mieux que des rochers, si escarpés qu'ils fussent. Cimon forma donc à l'est la grande terrasse soutenue par le mur qui a gardé son nom. Au temps de Périclès, le mur du pyi^os, celui de la Pinacothèque, le bastion au-dessous, enfin, à la même époque ou peu après, l'enceinte basse avec ses deux tours, s'élevèrent du pied de leurs rochers respectifs, de manière à créer des défenses verticales, à surfaces unies, à angles réguliers, du haut desquelles on pouvait tenir l'ennemi à distance, et qui enfin agrandissaient notablement la superficie dont on pouvait disposer.
ir ÉPOQUE
ou ÉPOQUE PÉLASGIQUE
NoDS ne poavons savoir combien de temps a duré la période désignée par les noms de Cyclopes et de Pélasges. Les monuments épars en très-grand nombre sur le sol de la Grèce montrent un art rudimen taire qui va lui-même se perfectionnant et aboutit aux commencements de l'art hellénique. Les plus anciennes murailles de cette période sont faites de pierres, souvent très-grosses, qui furent choisies de manière à pouvoir s'assembler solidement. On obtenait ce résultat en faisant pénétrer aussi exactement que possible les angles naturels d'une pierre dans le vide laissé par celles de l'assise placée au-dessous. S'il restait dans celui-ci un espace qui ne fût point rempli, on le comblait au moyen d'une petite pierre. Cette première période cyclopéenne ne porte la trace d'aucun travail exécuté au moyen d'instruments quelconques. Cependant on ne pourrait pas en conclure qu'à cette époque l'usage des métaux fût encore à créer, car dès le commencement de l'humanité on s'est servi de marteaux de pierre dure avec lesquels on pouvait.
par éclatement, donner à un bloc naturel une forme appropriée à sa destination. Les maisons et les murailles de temps antérieurs à l'histoire grecque, comme celles que nous avons découvertes à Santorin et celles de Troie mises au jour par M. Scbliemann, sont faites de pierres non façonnées, réunies au moyen de terre délayée dans de Teau. Cependant, à Tépoque où ces constructions furent faites, on connaissait le bronze^ c'est-à-dire le cuivre et Tétain, le plomb et les métaux précieux, et Ton savait faire, avec des pierres dures, des marteaux et des ciseaux très-bien conditionnés. On ne peut donc tirer de la grossièreté des constructions primitives aucune conséquence certaine touchant rétat de la civilisation.
Néanmoins, les âges suivants paraissent avoir abandonné l'usage de bâtir des murs de forteresse avec ces énormes blocs mal assemblés. Du moment où Ton put tailler la pierre, en abattant les aspérités de sa surface, on trouva quelque avantage à choisir des blocs plus petits et à perfectionner les assemblages. C'est la seconde période des constructions pélasgiques, qui dès lors prennent le nom de constructions polygomles. Les pierres employées y sont encore des pierres choisies, ^oyàScç. Mais après avoir choisi le bloc qui devait s'adapter le mieux dans la place où on allait le poser, on en aplanissait les surfaces, pour que les joints fussent meilleurs; la face extérieure était pareiUement aplanie et formait un parement ; on ne laissait intact que le côté interne, le plus souvent destiné à disparaître dans un remblai.
Ce mode de construction se perpétua longtemps encore après l'introduction de la maçonnerie hellénique; mais il alla toujours se perfectionnant. Ainsi l'on voit près d'Hagia
Trias, k Athènes, des enceintes sépulcrales soutenues par des maçonneries polygonales, où les joints sont faits avec une grande précision et qui datent des belles époques historiques. La fortijication de Salamine, dont j'ai parlé, est aussi en maçonnerie polygonale, et les pierres y sont aussi bien assemblées que celles du Parthénon. On pourrait multiplier les exemples de constructions polygonales appartenant aux meilleurs temps de Fart hellénique.
Ce qui caractérise ce dernier, c'est que les pierres des murs sont taillées à angles droits et disposées en assises horizontales. Les pierres ne sont pas toujours égaies entre elles, soit en longueur, soit en hauteur; elles ont quelquefois des parties saillantes, figurant des angles rentrants dans lesquels la pierre de dessus vient s'emboiter. Mais dans les belles constructions, elles tendent à devenir égales entre elles dans tous les sens et à former des murailles absolument isodomes. Les substructions des édifices du temps de Périclès ne sont point isodomes. On y a utilisé des pierres provenant d'édifices plus anciens, et Ton ne s'est préoccupé que de la solidité; mais les édifices eux-mêmes ont atteint une perfection que depuis lors on n'a pas même égalée. Les parties basses des monuments élevés par Pisistrate sont beaucoup mieux construites, parce qu'il n'utilisait pas les matériaux de monuments détruits. C'est ce dont les deux Parthénons superposés donnent une preuve frappante.
Comment passa-t-on de la construction polygonale à la construction horizontale ou hellénique ? C'est ce que l'on ne saurait dire, car il n'y a pas de transition possible entre ces deux systèmes. D'ailleurs une autre différence les sépare ; toutes les constructions primitives sont composées de pierres prises sur place et de même nature que le rocher
sur lequel on les édifiait. Dans TAttique^ c'est ce calcaire métamorphique rougeâtre qui s'élève en blocs énormes sur toutes les collines^ et qui forme à leur centre une sorte de noyau émergé du milieu des schistes. Cette pierre est dure; sa cassure est irrégulière ; il est difficile d'y tailler des surfaces planes et des angles droits sans brisures. Mais elle reçoit fort bien la taille polygonale et peut entrer, à cette condition, dans de très-belle maçonnerie: telles sont les enceintes funéraires d'Hagia Trias. Telle est aussi l'énorme mur qui forme la courbe extérieure du Pnyx, mur où les blocs ont souvent plus de deux mètres d'épaisseur et sont pourtant fort bien assemblés ; cette perfection des joints est même une preuve que ce mur du Pnyx est d'une époque récente et probablement postérieure aux grands édifices d'Athènes.
H est bien rare que cette pierre, rebelle au ciseau, ait été employée dans les constructions isodomes. On voit cependant un ou deux morceaux de ce genre sur l'Acropole; un d'eux se trouve vers l'angle septentrional du mur de terrasse, entre les esplanades d'Artémis et d'Athéna-ergané (pi. XII). Presque toutes les pierres utilisées dans les constructions helléniques sont des calcaires non métamorphiques ou du marbre. A Athènes, j'ai déjà signalé deux sortes différentes de matériaux provenant du Pirée : la pierre pôrique ou granuleuse et friable pour le noyau des maçonneries épaisses, et la pierre dure, plus ou moins coquillière, pour les parements exposés à l'air. Jl faut y ajouter une sorte de poudingue ou de gravier aggloméré, que l'on extrayait des bords de l'Ilissus et qui servait aussi pour Tintérieur des massifs. Le théâtre de Bacchus fut en grande partie fait de cette pierre, que l'on prendrait pour un béton
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comprime; mais cette pierre se taille et se dresse assez bien pour <Jue les lignes des joints disparaissent quelquefois. Enfin on employa le marbre : c'est un calcaire métamorphique qui s'est cristallisé à chaud et qui, au lieu d'offrir une stratification régulière, se présente en énormes massifs homogènes. C'est précisément cette égalité du grain qui permet de le tailler avec une extrême précision et de le polir. Le marbre noir d'Eleusis fut aussi employé quelquefois, mais en petite quantité, dans les édifices grecs, par exempleâux Propylées et à l'Érechthéum. Plus tard, surtout du temps des Romains, les feuilles de marbre de toute couleur et de provenances souvent lointaines furent répandues à profusion, même dans les habitations privées.
On voit, par ce court résumé, que l'art de bâtir se perfectionna avec rindustrie des transports, la métallurgie et la mécanique. Dans les temps nommés pélasgique^) ces trois choses étaient à l'état de naissance ou n'existaient pas encore. Quand on eut l'acier, on put tailler des blocs réguliers dans les stratifications calcaires et dans les roches métamorphiques : ainsi les épormes blocs dont se compose le mur du Pnyx proviennent du rocher qui est Sdu-dessus, lequel fut coupé en forme de mur. Une opération toute semblable se répéta mille fois dans le faubourg de la Cœlé pour la formation des aires des maisons. A l'Acropole, on dressa de la même manière les esplanades ; on fit les gradins a l'ouest du Parthénon, et l'on utilisa les pierres extraites de ces coupures pour en faire le pavé à plusieurs assises qui est au sud de l'Érechthéum ; le mur qui, à Touest de ce temple, limite son péribole inférieur, n'est autre chose que le parement extérieur de ce pavé; c'est pour cela qu'il est en pierre de l'Acropole.
Ces données générales nous permettent d'attribuer à la plus ancienne époque athénienne le mur (pi. XII, 12) qui est à l'angle sud-est des Propylées. Ce mur est cyclopéen, c'est-à-dire de la première espèce : il est formé de très-gros blocs choisis, mais non taillés, dont les vides sont remplis par des pierres plus petites. C'est un échantillon de la fortification primitive, qui fut conservé d'abord par Pisistrate, ensuite par Périclès, quand ils construisirent, l'un la grande porte d'entrée de l'Acropole (pi. XVII, 6), l'autre les Propylées. Ce reste du plus ancien murd'Athènesfervit à soutenir de ce côté l'esplanade d'Artémis. Périclès conserva une portion de l'œuvre de Pisistrate, comme Pisistrate avait conservé une portion du mur cyclopéen.
Il est bien difficile de dire comment se dirigeait ce mur à partir de la porte de Pisistrate. Peut-être en retrouvera-ton un autre Jfc^gment derrière la Pinacothèque, quand on déblaiera définitivement l'Acropole. Il est bien certain que tout le rocher était, au moins dans la partie occidentale, entouré d'un mur cyclopéen, et que ce mur occupait le bord de l'escarpement sur lequel est aujovird'hui la Pinacothèque. Par conséquent, il y avait une jonction entre celui-ci et le point où s'éleva plus tard la porte de Pisistrate. Si nous examinons la place et les abords des portes dans les enceintes pélasgiques encore existantes, nous voyons qu'on les plaçait dans les angles rentrants, pour que l'assaillant fût atteint de droite et de gauche parles projectiles. La porte cyclopéenne principale était donc à peu près où fut celle du VP siècle.
Il est également certain que les cultes localisés sur TAcropole le furent dès les plus anciens temps : toutes les traditions sont d'accord pour le démontrer, et nous trouvons dans Homère (//., II, 547) une mention de TÉrechthéum. Les
Aryas qui peuplèrent la Grèce y apportèrent des mythes depuis longtemps constitués dans l'Asie centrale d'où ils venaient, et conservèrent les noms aryens des divinités et des héros légendaires : c'est ce que ma Légende athénienne a mis dans tout son jour. Dire, comme M. Beulé et d'autres savants avec lui, que Gécrops s'établit sur TAcropole et s'y entoura de quelques cabanes, c'est traiter la mythologie comme on le faisait autrefois, puisque Gécrops n'est autre que le Caçyapa des Indiens, qui lui-même est une des formes mythiques et litui^iques du soleil. Il en est de même d'Érecblhée. Mais ce qui n'est pas un fait discutable,, c'est que les divinités adorées sur l'Acropole y ont conservé jusqu'à la fin la place et les attributions qu'elles y avaient reçues dès l'origine. Quand on reconstruisit le Parthénon, une nécessité astronomique, par conséquent la volonté même des dieux, força les architectes à le porter à 2°" 81 plus au nord, et l'autel de Minerve subit le même déplacement ; mais ce déplacement était très-petit. L'Érechthéum fut reconstruit vers la même époque, et ce fut au même endroit qu'auparavant. Ergané, Artémis et Niké gardèrent aussi leur place dans les enceintes qui leur étaient consa<crées. La grande Athénâ-promachos de Phidias] conserva, non seulement la place, mais l'orientation qu'elle avait eue, quoiqu'elle ne fût plus en harmonie avec celle des Propylées. Il faut donc croire qu'une tradition très-puissante et par conséquent très-ancienne était attachée à cette statue et à l'idole, qu'elle qu'elle fût, qui l'avait précédée.
Ne pouvons-nous pas coielure de ces faits et de l'épithète promachos (qui combat en avant) que Tenceinte cyclopéenne supérieure, comme on en voit dans presque toutes les vieilles acropoles, passait derrière la statue (pi. XVIII, a)
et qu'il y avait là une porte? L'enceinte dans laquelle elle donnait entrée devait s'avancer vers le nord, à partir de la statue, et gagner la saillie de rocher qui recouvre la caverne d'Agraulos. Dans le retour de celte saillie se trouve une sorte de ravin, point faible sur lequel se porta, paraitil, l'attention des Athéniens aux époques primitives, car c'est là surtout que, même encore au temps de. Pausanias, on localisait le plus grand efiort des Pélasges. On citait même leurs noms ; mais les mots Hyperbios et Agrolas sont des noms de fantaisie, que leur signification doit faire ranger avec beaucoup de noms de l'Odyssée, inventés comme eux à plaisir. Le premier signifie excessivement fort ; l'autre rappelle trop clairement le nom de la fille de Gécrops pour ne pas être une désignation du lieu où cette force excessive fut appliquée. La légende signifiait donc simplement que, dans le voisinage de l'Agraulium, les hommes d'autrefois avaient élevé un mur composé de très-grosses pierres. Il n'est pas invraisemblable que les enceintes situées plus bas, c'est-à-dire celle d'Artémis (b) et celle de Athénâ-niké (a), aient formé autant d'espaces fortifiés, qu'il fallait occuper avant d'atteindre l'enceinte supérieure. Si l'on admet' que celle-ci eût son ouverture près de la Minerve-promachos,^ elle se continuait nécessairement au delà vers le sud, séparant l'enceinte d'Ergané (c) de celle d'Artémis à l'endroit où elles furent séparées plus tard quand on en fit des esplanades. Le fragment du mur encore existant (m, pi. XVII) montre de même, et c^ans aucun doute possible, que cette. dernière ét^it séparée delà Victoire à laquelle était réservée la saillie de rocher qui devint le Pyi^os. Il n'est pas certain que cette saillie fut entourée d'un mur particulier ayant à peu près la «forme
d'un pyrgos. Toutefois, cela est extrêmement probable, car le chemin qui passe à la porte G, et qui porte la trace du pied des animaux, remonte aux temps les plus reculés et suppose qu'une entrée pélasgique se trouvait à ce même endroit. Or, rien de plus naturel que de supposer un bastion là où se trouve encore celui d'aujourd'hui, puisqu'il constituait une défense presque nécessaire de cette porte.
Dans Taxe des Propylées, en m, M. Beulé a dégagé un reste de mur polygonal dont les pierres sont taillées et ont leur parement tourné vers le nord. Ce mur ne descendait certainement pas plus bas que la saillie du rocher sur lequel fut posé l'escalier d'Acciaiuoli. D'après les observations que j'ai faites dans un précédent chapitre, il ne devait même pas descendre jusqu'à la tour hellénique, puisque toutes les constructions du grand siècle furent établies au bas des pentes, tandis que les anciens murs couronnaient Je haut des rochers. Donc, un peu plus bas que le point où il s'arrête aujourd'hui, ce mur tournait vers le sud, ceignait le rocher, puis se dirigeait vers l'est pour atteindre la porte G. A son au|;i*e extrémité, M. Beulé a constaté qu'il s'enfonce sous le grand escalier, sur une longueur de plu- . sieurs mètres. S'arrêtait-il au rocher en cet eildroit? Cela n'est pas probable, puisque ce rocher n'est pas escarpé. Il devait donc en gravir la pente et, tournant au nordest, là où est le piédestal d'Agrippa, se réunir à l'autre enceinte.
Ici était encore une autre porte. En effet, personne ne doute que l'escalier de Pan ne doit de la même époque pélasgique, c'est-^à-dire à peu près de .la même date que le mur dont nous venons de parler. Cette montée, qui compte aujourd'hui cinquante-deux marches visibles^ n'est pas en-
çore déblayée à ses deux extrémités. Peut-être les degrés ne descendaient-ils pas plus bas et commençaient-ils à un sol de terre qui plus tard fut bouleversé. Mais à sa partie supérieure, Tescalier doit avoir quelques marches de plus qui le conduisent au haut de Tescarpement, sous la terre du bastion antique. Parvenu à ce point, il avait en face de lui le mur pélasgique, qui par conséquent devait être ouvert pour lui livrer passage. Cette porte était dominée par le mur d'enceinte qui couronnait le rocher de la Pinacothèque, comme la porte G Tétait par le bastion de la Niké. Devant le parement du mur polygonal encore existant, le sol est composé de fragments modernes que les pluies y ont amenés ou que Ton y a accumulés au temps des ducs florentins. Dans les anciens temps, il y avait là un grand vide qui, espérons-le, reparaîtra un jour à la lumière. Ce vide s'étendait jusqu'au pied du rocher dans la paroi duquel fut taillé l'escalier de Pan (pi. XVIII, t). Celui-ci passait tantôt sur le bord du précipice, tantôt dans une anfractuosité. Parvenu aux quatre cinquièmes de sa hauteur, il tournait subitement à droite dans la direction de l'ouest, puis à gauche, pour atteindre enfin le haut du rocher et l'enceinte pélasgique.
Y avait-il dans ces temps reculés d'autres murailles audessous de celles que je viens de décrire? Nous ne le savons pas. Mais cela n'est point invraisemblable, puisque les modernes n'avaient pas négligé d'y en établir. Je ne parle pas du recinlo basso de Yernéda, qui fut construit sur des édifices anciens et occasionné par eux. Mais on observera que les maisons actuelles des gardiens sont sur des roches escarpées et que leur cour a formé une petite enceinte défendable, au sud du pyrgos. Le sol naturel en avant de
cette enceinte nous est inconnu, puisqu'il est encore couvert d'un remblai. Le chemin des animaux au pied du pyi^os plonge sous le sol de la cour. Si Ton abattait les masures occupées par les gardiens, et que Ton mit le rcicher à nu dans tout cet espace, il est vraisemblable que Ton trouverait la continuation de ce chemin et que plusieurs questions importantes seraient alors résolues.
Il y avait deux expressions qui demandent à être expli* quées : ce sont les mots Pélasgicon etÉnnéapylon. Le premier signifie ou bien le lieu habité par les Pélasges ou Tensemble des fortifications pélasgiques. Dans les deux cas, il ne semble pas qu'on puisse chercher le pélasgicon ailleurs que dans la partie occidentale de l'Acropole, car Pausanias qui, sauf les parenthèses, énumère les objets dans Tordre où il les voit, parle du pélasgicon au moment où, quittant la Lemnienne, il rentre dans les Propylées. Or, il n'est pas douteux que cette statue, chef-d'œuvre de Phidias, était dans la partie nord -ouest de la citadelle, entre la Minerve-promachos et les Propylées. C'est précisément de ce côté qu'était l'œuvre la plus gigantesque des Pélasges, et qu'on avait localisé la légende d'Âgrolas et d'Hyperbios. Puis Pausanias se trouve en un moment transporté à la fontaine Clepsydre, qui est en t, au bas de l'escalier de Pan. Donc Tescalier de Pan conduisait au pélasgicon, et celui-ci était l'ensemble de la fortification pélasgique en cet endroit. Mais il se peut que ce fût là toute la fortification pélasgique et que les grands escarpements des rochers ne fussent couronnés primitivement d'aucun mur.
En résumé, les enceintes du tempa de Pisistrate ne différaient pas beaucoup de celles des Pélasges quant à leur disposition. Les unes et les autres étaient commandées
parla configuration des rochers. Il en était de méine des tns seulement par une foute d'exemples 3rèce les enceintes hautes furent de bonne ts et en partie démolies. S'il y en eut une disparut entièrement, parce qu'elle obstruait la circulation; elle ne laissa pour témoignage que la grande Minerve-promachos.
Y a-t-il dans cette disposiiion générale des enceintes quelque chose qui puisse expliquer le nom d'Énnéapylon, donné à l'Acropole pélasgique ? En admettant une première enceinte là où e&t la cour des gardiens, six portes doivent être franchies avant qu'on n'arrive au Parthénon. Si l'on suppose isolées par des murs transversaux les enceintes de Minerve-Folias (g) d'Athénâ-crginé (c) et d'Artémis (b), comme l'était celle de la Victoire (a), on obtient le nombre neuf et l'explication du mot innéapylon. Mais rien ne démontre absolument l'existence ou l'utilité de ces murs dans les anciens temps. D'autre part, nous voyons le mot énnéacrounos, c'est-à-dire aux neuf becs, appliqué à une fontaine construite par Pisisirate, à laquelle un fragment du poète Gratines en attribue douze. Peut-être donc faut-il voir dans ce' nombre neuf une désignation générale indiquant un nombre'quelconque supérieur aux nombres ordinaires des objets employés en pareils cas. Ënnéapylon voudrait dire que la citadelle pélasgique avait beaucoup de portes en comparaison des autres citadelles du même temps.
r EPOQUE •
ou ÉPOQUE PRIMITIVE
Il fut un temps où TAttique et la Grèce étaient encore dépourvues d*habitants. Les forces ignées qui ont transformé une partie de Técorce terrestre agissaient là avec une ' grande énergie, car beaucoup de montagnes en sont en quel-* . que sorte les produits. J'ai signalé dans le précèdent chapitre l'absence presque totale de stratification dans les masses calcaires qui donnent au pays d'Athènes son aspect accidenté. Ces masses énormes qui en couronnent toutes les montagnes et fournirent les beaux marbres des anciens monuments ont été tenues a l'état de pâte aqueuse par la chaleur qui r^nait au-dessous d'elles, et avec le temps se sont cristallisées, tantôt en blocs immenses d'une blancheur uniforme, tantôt en une espèce de brèche rosâtre dont les fissures sont remplies de cristaux. En se consolidant, les masses calcaires, profondément enracinées dans le ^1, ont comprimé la matière schisteuse qui formait entre elles de larges* couches, l'ont relevée et plissée demille]manières. Les terres argileuses et les débris Iqb plus menus des schis- .
tes, entraînés par les pluies, ont garni les parties concaves des montagnes, les bords des torrents et le fond des plaines.
On ne trouve autour d'Athènes aucun terrain d'origine lacustre; il faut aller pour cela vers le nord, dans le pays accidenté d'Oropos. Il en résulte que le sol athénien n'a reçuwde la nature qu'une médiocre fertilité. Les masses calcaires des montagnes nourrissent des pins rabougris et clairsemés, des chênes verts buissonnants, des bouquets d'euphorbe ligneuse, certaines espèces de genêts épineux et une multitude de petites plantes odoriférantes. Plus bas,^ les calcaires nourrissent l'olivier sauvage, le lenlisque, l'arbousier et Fandrachné. Les schistes sont plus fertiles, parce qu'entre leurs feuillets ils retiennent les eaux de la pluie et de la rosée. Vues de loin, les montagnes de l'Âtti* que offrent deux zones parfaitement distinctes : celle des calcaires, qui est bleuâtre et presque dénudée ; celle des schistes, qui est au-dessous et montre des teintes noirâtres dues à la végétation.
Aujourd'hui les collines et presque toute l'étendue de ces montagnes sont un vaste désert où la trace des hommes ne se reconnaît, au milieu des thyms et des passérines des régions moyennes, que par l'abondance des fragments de terres cuites dont le sol est rempli. Les terres cuites sont les vestiges les plus durables que l'homme laisse après lui : les pierres servent à de nouvelles constructions ; les mar* bres peuvent se cuire et donner d'excellente chaux ; mais quand un vase est réduit en menus fragments, il ne peut plus servir à aucun vestige.
Voici ce que j'ai observé dans presque tous les ravins des montagnes aux environs d'Athènes. Leur partie moyenne
a été comblëe par un remblai terreux, qui a souvent plusieurs mèfres d'épaisseur. Dans ce remblai le torrent s'est creusé un lit, de sorte qu'il coule aujourd'hui entre deux parois verticales sur le rocher mis à nu. Quand on compare entre elles ces parois, on observe que les couches de remblai superposées se répondent d'un côté à l'autre, et que par conséquent il fut un temps où elles formaient un massif, uni à sa partie supérieure. Dans beaucoup d'endroits, on voit des fragments de poterie jusque dans la couche la plus basse; et comme, d'un autre côté, le torrent n'a jamais pu couler ailleurs que dans ce pli de la montagne, on est en droit de conclure qu'à une époque reculée, il n'y avait pas de remblai dans le ravin, parce que la montagne était couverte d'une végétation qui l'empêchait de se dénuder ; que des hommes s'étant établis sur les pentes et en ayant détruit la végétation, les eaux des pluies rassemblèrent dans les ravins des terres où se mêlèrent des débris de la civilisation, et dont les couches se superposèrent; qu'il y eut ensuite un temps d'arrêt où le pays fut désert et où la montagne se reboisa ; qu'enûn de nouveaux habitants étant venus, et la destruction des végétaux ayant repris avec énei^ie, de nouveaux torrents se creusèrent de nouveaux lits dans les couches de terre anciennement déposées.
C'est l'état présent ^ la stérilisation de la Grèce s'opère aujourd'hui avec une rapidité effrayante. Tandis que les bei^ers allument des incendies dans les grandes montagnes, et que leurs innombrables troupeaux de chèvres et de boucs y dévorent la v^étation naissante, d'autres destructeurs s'attaquent aux parties basses et aux collines. Les bois ayant disparu dans le voisinage des villes, et les hautes
forêts étant sîtu«^es dans des contrées privées de chemins, on s'en prend aux petits buissons dont les racines retiennent la terre. Le tableau de M. Lacroix montre les hauteurs à gauche de Tllissus couvertes d'une abondante végétation de hauteur moyenne ; j'y ai vu moi-même encore, en 1848, de nombreuses touffes de lentisques toujours verts. Il n'en reste plus une seule, et chaque jour des centaines d'ânes et de mulets entrent dans la ville, cachés sous d'énormes charges de thym, de sauge, de passérine, qui servent h chauffer les fours. Pendant ce temps, les pluies d'orage accomplissent leur œuvre, arrachant aux montagnes et aux collines le peu de terre qui leur reste et qu'elles entraînent à la mer.
La descente des terres de la montagne vers la plaine s'est produite dans tout le pays athénien dès l'antiquité. Du côté du nord-ouest, la plaine inclinée qui s'étend entre le bois d'oliviers et la chaîne du Corydalle est couverte d'nne épaisseur de terre roug^ qui atteint huit ou dix mètres, et dont les couches les plus basses contiennent des fragments de terre cuite. Il en est de même au pied du Lycabette, du Saint-Émilien et du Turco-Vouno, qui s'étendent au nord et au nord-est de la ville. Quant à la ville, j'ai déjà signalé la grande profondeur du remblai qui a recouvert les ruines antiques près du Dipylon. Tout le fond de la vallée qui, de la place du palais royal et du carrefoiy* des rues d'Adrien et du Kydathénéa, descend par la métropole vers la station du chemin de fer, est rempli de terres profondes qui s'y sont accumulées dès les plus anciens temps. NuUe part, je croisy les fouilles n'ont pénétré jusqu'au sol vierge. A Tépoque où l'on a commencé à étudier Athènes d'une manière scientifique, il y avait dans la ville vieille un grand nombre
(le puits ; on . n'en a gaëre creusé que dans la ville nouvelle^ c'est-à-dire dans un espace qui était presque tout entier hors de la ville antique. Dans ces dernières années, la découverte du réservoir et de Taqueduc d'Adrien a permis à la municipalité de distribuer de Teau par toute la ville au moyen de tubes de fonte. Enfin presque partout le remblai ei£ si profond, que le sol des caves n'en atteint pas la base, si ce n'est dans les parties hautes de la ville. H résulte de tous ces faits que Ton ne connaîtra les couches les plus basses des remblais, celles qui peuvent fournir des produits de la plus ancienne civilisation locale, que si l'on creuse exprès des puits de sondage jusqu'à la surface des rochers sous-jacents.
St donc on veut se représenter les lieux tels qu'ils étaient avant l'arrivée des habitants, il faut, comme nous l'avons fait pour les époques historiques, faire abstraction des con^ ches déposées par les siècles suivants. Mais, en outre, il faut rendre aux rochers les parties qui en ont été retranchées aux temps helléniques, le peu de terre rouge qu'ils avaient dans leurs fissures et leurs cavités, la v^étation que ces terres entretenaient. Celle-ci a totalement changé sur le sol de la ville et sur l'Acropole : les terres primitives, qui étaient des argiles rougeâtres, y ont été remplacées par une sorte de terreau d'une grande force végétative. Le parthénium (sorte de matricaire) n'a poussé abandamment sur la citadelle que dans des temps relativement modernes ; il en a été de même de la petite camomille (l'ancien amaracosy nommé e^eore aujourd'hui amorauque dans le pays de Robert Guiscard), du chardon à feuilles glauques panachées de blanc, des orties si vigoureuses dans les parties basses, des amarantes à feuilles épaisses et gluantes, des géraniums
à tige molle, de la roquette mangée aujourd'hui sous le nom de roca^ et de tant d'autres plantes qui ne croissent que dans les bonnes terres, et que Ton chercherait vainement sur les collines d'alentour. Au lieu de ces végétaux qui le couvrent aujourd'hui, le rocher, avant d'être citadelle, nourrissait le thym, la sauge, la passérine, peut-être le lentisque et l'olivier sauvage ; au printemps, il se couvrait de crocus, de muscari, de silènes à fleurs rouges, de phlomides jaunes d'or, d'anémones de toutes nuances ; il ressemblait à toutes les autres collines de la contrée.
Quant à la forme même du rocher (pL XXI), elle était certainement fort différente d'aspect de ce qu'elle est de nos jours. Les anciens Grecs y ont' t^Ué trois plateformes ; ils ont remblayé certaines autres parties ; en outre, ils ont élevé au bas ou vers le milieu des pentes supérieures ces constructions, tant de fois réparées, accrues, consolidées, qui en dissimulent les accidents. On a beaucoup de peine à se rendre compte des saillies nombreuses et des escarpements de la colline du côté de l'ouest, parce que la vue y est toujours bornée par quelque muraille, par quelque masure ou par un remblai. La grande dépression orientale a disparu derrière le mur de Gimon. Enfin, ce qui ôte au rocher de l'Acropole le plus de son aspect primitif, ce sont ces grands talus formés par les décombres tout autour de ses escarpements rougeàtres et hardis, et sous lesquels il est réellement enseveli. Pour se le représenter tel qu'il était dans sa nudité primitive, il faut enlever en esprit ces énormes remblais, ôter les murs qui le couronnent, les fortifications qui le cachent, les temples auxquels il sert de piédestal, refaire sa surface inégale et rugueuse en lui rendant les parties que les auteurs des esplanades lui ont enlevées.
Aïolis il apparaît à l'esprit, non comme un plateau, mais comme ûii itaassif escarpé, plein de saillies du côté de Touest, terminé à sa partie supérieure par une crête fortement iiiclinéé vers Tocddent, et garni dans tous ses interstices âeé plantes sauvages et des buissons dont toutes les collines un peu éloignées d'Athènes sont parées.
Tel ftft l'état de la coûtrée quand arrivèrent ses premiers habitants. De ce rochet^ désert et buissonneux, entouré de hatrteu^s dont Faspect ressemblait au sien, on n'apercevait ni champs cultivés, ni bois d'oliviers. Une végétation sauvage couvrait les vallons qui furent Mélite, CoUytos et le Céramique. DaAS des fourrés un peu maigres et très-odoriféi'ants couraient parmi les myrtes, les lauriers roses, les grandes euphorbes, les tamarix et les agnus-castus, deux ruisseaux qui furent l'ilissus et le Céphise, et dont les eaux se perdaient dans un marais sui^ les bords de la mer.
Les hommes qui vinrent peupler ces déserts y furent conduits pai* les dieux de la lumière, par ces Ggures vivantes de TastroHomie primitive, Apollon, Artémis, Athénâ, qui étaient le soleil, la lune et l'aurore. Des pays d'Éphèse, Apollon était venu à Délos, en suivant, comme Hélie, un rayon solsticial. Selon d'autres, il était né à Délos, et de là, en trois pas, comme Vishnou, il avait atteint la divine Athènes et Crissa, que frappe en effet le premier rayon de l'aurore parti de Délos au jour du solstice d'été (voy. Esch., Eum.y 1 et seq.). Artémis, sa sœur, était venue de Brauron et avait arrêté sa blanche lueur sur la crête inclinée de l'Acropole. Mais la grande divinité, fille du Ciel, qui en occupa le sommet, fut la déesse Aurore, Athénâ, qui donna son nom au pays. Là se fixèrent ces grands mythes d'Athéna et de Posidôn, de Cécrops et de ses filles, de Pandion,
d'Ërechthée, de Thésée, d'HippoIyte, des Amazones, des Eumolpides, d'CHBdipe, des Euménides, de Bacchos même et de Démêter, qui donnèrent naissance aux plus grandes conceptions de la littérature et des arts. Puis vinrent après la royauté féodale, ces libres constitutions de Solon et de Clisthènes, ces assemblées populaires, tenues sur une des collines, en face des temples des dieux, où furent discutés et définis les grands principes de nos civilisations. Les Romains, à grand peine et par la conquête, instrument si fragile, introduisirent en Grèce la notion du bien-être et de l'organisation matérielle des cités. La domination latine du moyen âge rendit aux Hellènes Tesprit militaire quilles avait quittés, les prépara à ne point subir le joug de Tislam et à le secouer dès qu'ils le pourraient, soit seuls, soit avec le secours de peuples de leur race et de même civilisation. Aujourd'hui que la Grèce est libre, les dieux et leurs temples, tout ce qui reste encore sous terre des œuvres des ancêtres, reviennent successivement au jour, et le règne de la lumière recommence. Puisse-t-il durer toujours !
EXPUCATION DES PLANCHES
PL. I. Plan d'Athènes à Fépoque des Tarc9.