‹ La ville et l'acropole d'Athènes aux diverses époquesChapitre 3 sur 7 · DUCS D ATHENES · texte numérisé non relu

DUCS D ATHENES

1205-1225. Othon de la Roche.

1225-1263. Gui I de la Roche.

1263-1280. Jean de la Roche.

1280-1287. Guillaume I de la Roche.

1287-1308. Gui H de la Roche.

1308-1311. Gautier de Brienne, qui réside en Argolide.

Les Catalans,

1311. Roger Deslor.

1312. (Manfred) : Estagnol.

1316-1338. — Alonzo Fadrigo.

1361. Roger Loria.

Matteo Moncad.

Gui d'Enghien (à Nauplie).

Les Florentins.

1385-1394. Nerio I Acciaiuoli.

1394-1435. Antonio Acciaiuoli.

1435. Nerio II Acciaiuoli.

1435-1456. Franco Acciaiuoli.

ACHAÎE.

illehar-

1209. Guillaume de Ghamplitte.

1210-1218. Geoffroi I de

douin.

1218-1245. Geoffroy II de Villehar-

douin.

1245-1278. GuiUaume n deVUlehardouin.

Nota. ~ En 4200, Guy de la Roche administre la principauté d*Achaîe.

Guillaume de la Roche a le titre

de bailli d'Achale.

Après lui, Nicolas de Saint-Omer.

1289-1297. Le Florentin

1297. Isabelle de Villehardouin.

1306. Gui II de la Roche gouverne i'Âchaîe pour Philippe de Savoie.

(Philippe de Tarente).

1316. Louis de Bourgogne.

1318. Gravina.

1346-1364. Robert de Tarente.

1364. Philippe de Tarente.

1380. Les Navarrais.

A l'époque où les Latins s'emparèrent de Constantinople, il se produisit dans tout Tempire un trouble immense et comme un mouvement de rupture. Pendant que les seigneurs français et italiens se partageaient les rôles^ des chefs de bande grecs cherchaient aussi à se créer de petits gouvernements. Athènes ne passa pas sans difficulté entre les mains de Boniface de Montferrat, qui eut d'abord à lutter contre un de ces conquérants privés, nommé Léon Sgouros. « Ce Sgouros, dit Nicétas Choniate, était de Nauplie ; profitant de la confusion, il grandit comme un torrent. Il s'empara d'Argos, puis vint mouiller devant Athènes avec des navires de guerre et une armée venue par l'isthme. Il nourrissait l'espérance de pouvoir aisément occuper l'Acropole, ou que du moins, en y appliquant des machines (ùt7eokuç\ il en effraierait la garnison non aguerrie. » L'évéque Michel Ghoniate l'exhorta éloquemment à ne pas guerroyer contre des Hellènes ; mais il ne put le persuader et se mit en mesure de défendre la citadelle. On échangea des pro* jectiles. Sgouros, découragé, tourna sa fureur contre la ville et la livra au pillage et à l'incendie. Puis il se jette sur Thèbes et court aux Thermopyles pour y dresser une embûche au marquis de Montferrat. On voit par le texte de Nicétas que la ville d'Athènes fut pillée par ce chef de bande, mais que, si les murs de l'Acropole reçurent quelque dommage, il ne fut pas assez grand pour que le chroniqueur ait cru devoir le mentionner. S'il y eut une église de la Panagia pillée par lui, ce ne fut pas le Parthénon, puisqu'il ne put entrer dans l'Acropole.

Sgouros écarté, le marquis de Montferrat mit une forte garnison dans la citadelle d'Athènes et confia le gouvernement d'Attique et de Béotie à Othon de la Roche, seigneur

bourguignon. Ce seigneur avait le titre de grand sire d'Athènes et de Thèbes^ en grec ^70; Kv/>. Il saisit les biens et revenus des évéques d'Athènes; Michel Ghoniate, archevêque à cette époque, quitta le pays et alla mourir en 1215 dans un couvent de Céos. Les droits des ëvéques grecs sur le clergé de la province furent remis en 1206 au nouvel évéque latin Bérard; mais Othon, soumettant réglise à des impôts qu'elle était hors d'état de payer, Bérard se rendit à Rome pour s'en plaindre. En 1209, Innocent III écrivit à Othon une lettre où il lui donnait l'ordre de ne réclamer aucun tribut des archevêques d'Athènes; en même temps il étendait la juridiction de Bérard de Mégares aux Thermopyles. Othon se soumit. Dans sa lettre, le pape représentait l'antique Athènes comme l'honneur de l'humanité, et exprimait le désir que toute sa dignité ecclésiastique lui fût rendue et que l'église de la Mère de Dieu (le Parthénon), sur l'Acropole, redevînt aussi brillante que jamais. Cette lettre est du 13 février 1209.

En 1212, Othon prêta secours à Geoffroy de Yillehardouin contre Nauplie et Corinthe ; il reçut en retour la suprématie de l'Attique.

Pendant la domination latine, on vit s'élever des châteaux-forts sur beaucoup de points de la Grèce et des îles. Geoffroy II de Yillehardouin, fait prince d'Achàie par l'empereur de Constantinople, Pierre de Courtenay, construisit à l'angle nord-ouest du Péloponèse le château trèsfort de Glarenza, dont le donjon existe encore ; ce château portait alors le nom de Clairemonty en grec Chlomoutzi, et prit plus tard celui de Castel Tornèse. C'était la résidence habituelle du prince.

Quelques années auparavant, les Vénitiens avaient for-

tifié l'acropole de Naxos, et construit au milieu le palais de Marco Sanuto et une église métropolitaine qui porte encore les armes de ce seigneur.

Guillaume II de Yillehardouin, dont le séjour ordinaire était Calamata en Messénie, construisit la ville et le château de Misthra sur un monticule attenant au Taygète. La ville et le château sont maintenant en ruines et offrent un curieux exemple de la façon de bâtir à cette époque ; ils sont de l'année 1248, ainsi que les forteresses de Maïna et de Levtron. C'est un genre de construction qui ressemble bien peu à tout ce que Ton voit à l'Acropole d'Athènes. La cour de Guillaume se tenait tantôt à Calamata, tantôt à Misthra; les chroniques du temps la représentent comme splendide et nous montrent les princes de Morée menant la vie la plus heureuse.

Le titre de duc ne fut jamais porté par Othon de la Roche. C'est le roi de France, Louis IX, qui le donna en 1260 à Gui, son successeur. Le fils de ce dernier, Jean de la Roche, duc d'Athènes et de Thèbes, ou duc de Béotie, possédait en outre Nauplie et Argos. Il s'enrichissait en faisant la piraterie dans la mer Egée, aux dépens des Grecs et des Vénitiens à la fois. Le couvent de Daphni date de cette époque. Les ruines qui existent encore montrent combien les constructions de ce temps étaient grossières, quoique ayant une certaine solidité. On composait une colonne d'un fût monolithe emprunté à quelque ruine de la décadence et d'un chapiteau, grec ou byzantin, provenant de quelque autre édifice ; sur des colonnes ainsi constituées, on élevait des arcades en ogives^ la plupart du temps dissemblables et d'une maçonnerie imparfaite. Le mur d'enceinte du couvent n'est pas mieux construit, quoiqu'il paraisse avoir

été destine à repousser une altaque, au moyen de son cheimin de ronde et de ses créneaux. C'est aussi vers ce temps que Tancienne église byzantine, qui existe encore, fut remaniée, que son narthex fut ajouté à la nef et que l'on construisit un autre narthex en avant de celui-là, un caveau au-dessous et un clocher sur la façade septentrionale. Au temps des de la Roche, ce lieu s'appelait l'abbaye de Delphine, nom plus exact que celui de Daphni, puisque l'église byzantine avait été construite sur l'emplacement d'un temple d'Apollon delphien ou delphinien.

Si l'on compare aux constructions de Daphni celtes que l'on voit encore à l'Acropole d'Athènes, on n'y trouve quelque trait de ressemblance que dans le mur du recinlo basso de Vernéda, c'est-à-dire dans cette clôture en arcades qui réunissait les deux théâtres. Mais ce mur offre, dans ses bouts de colonnes couchées dans la maçonnerie, telles quelles et sans avoir été équarries, un caractère qui est absolument turc.

11 y a deux ou trois ans, on déblaya le terrain qui s'étend à l'est de l'Acropole, entre le jardin royal et le temple de Jupiter Olympien, pour y construire un palais de l'industrie. Cette fouille mit à découvert d'anciennes fondations qu'à leur imperfection et à leur masse on jugea appartenir au palais des ducs d'Athènes. Mais bientôt on reconnut qu'elles provenaient de thermes établis au temps d'Adrien, et dont la description parait même se trouver dans un ouvrage de Lucien. On fit quelques recherches dans les écrivains grecs et français du moyen âge, et l'on ne put pas établir que les ducs de la Roche aient jamais eu un palais, dans Athènes. D'ailleurs il était bien peu vraisemblable que ce palais, si jamais il eût existé, se fût retrouvé dans les ter-

rains de la plaine, et encore dans un lieu qui n'a jamais été protégé par aucune fortification. Les habitations des seigneurs féodaux en Grèce ont été généralement construites sur des lieux élevés, entourées de murs et souvent protégées par l'enceinte de la ville qui s'étendait au-dessous. Si les ducs français avaient eu un palais dans Athènes, c'est sur l'Acropole qu'ils l'auraient construit. Or, au temps de la guerre de l'indépendance, avant que l'Acropole fût déblayée, on n'apercevait aucun vestige d'une telle construction.

Les ducs d'Athènes et de Béotie tenaient leur cour à Thèbes et venaient quelquefois visiter Athènes et même le Péloponèse, quand il leur arriva d'en avoir l'administration. Les événements mirent en effet le gouvernement de la Horée entre les mains de Guillaume de la Roche, qui fut remplacé dans cette charge par Nicolas II de saint-Omer. Celui- . ci possédait une moitié de la ville de Thèbes, l'autre moitié appartenant aux ducs de Béotie et d'Athènes. Sur la partie de la Cadmée dont il disposait, Saint-Omer fit construire un château magnifique, qui passait pour le plus beau de tous ceux que les seigneurs latins avaient élevés dans le Levant. C'est lui aussi qui bâtit le château de Navarin, démoli en 1827. Guillaume de la Roche, qui tenait à Thèbes une cour brillante, avait, quelque temps auparavant, relevé le fort ruiné de Carytaina; ce dernier nom, en vigueur aujourd'hui, venait de l'ancien mot Gortyn^ et avait été corrompu au moyen âge en celui de Scorta. Le château de Saint-Omer à Thèbes fut détruit en 1331 par Alonzo Fadrigo, qui gouverna Athènes pendant vingt-trois ans pour le roi d'Aragon, dont il était le bâtard ; il n'eut donc pas même cinquante ans de durée.

On voit, dans tous les écrits du XIIP et du XIV siècle où il est parlé de l'histoire des peuples latins dans le Levant, qu'Athènes ne joua pendant la période des ducs français qu'un rôle tout à fait secondaire et effacé. C'est Thèbes qui» mieux située, plus industrieuse, plus commerçante et plus riche, occupe constamment la première place. L'Attique, ravagée dans les anciens temps et en majeure partie dépeuplée, n'offrait pas dans son sol fort pauvre un attrait qui pût retenir les conquérants occidentaux. Il en était autrement de la Béotie, de la Messénie, de l'Ai^olide même, et des riches plaines qui de Patras et de Glarenza s'étendent jusqu'au-delà de Pyrgos. Ce sont des causes historiques qui amenèrent par étapes successives les ducs florentins à Athènes et qui les y fixèrent. Mais les ducs français furent au contraire poussés vers Thèbes par les événements, et c'est là qu'ils fixèrent leur résidence, depuis le premier jusqu'au dernier.

Par le fait, on ne trouve, ni à l'Acropole d'Athènes, ni dans la ville, aucune construction, aucune ruine qui puisse leur être attribuée avec vraisemblance. S'ils y firent quelque chose, leur travail dut se borner à de simples réparations des anciens murs. Il se peut que ce soit eux qui aient bouché les brèches faites aux murs de couronnement de la citadelle : ces murs sont en pierres de taille dans leurs parties anciennes ; les réparations sont en pierres beaucoup plus petites et portent la trace de plusieurs remaniements successifs. Mais on n'aperçoit aucun travail d'ensemble, aucun bastion qui puisse être attribué aux ducs de la Roche.

Après eux vint une période de misère et de barbarie, non seulement pour Athènes, mais pour le reste de la

Grèce. C'est la période de la domination catalane, qui dura soixante-quinze ans (1311-1385), entre les ducs français et les Acciaiuoli. Cette conquête avait commencé par un immense désastre, la grande bataille du Copais. Gautier de Brienne, qui gouvernait TAttique avec l'Âi^olide, avait réuni autour de lui un grand nombre de seigneurs latins et formé par leur concours une armée de 15,000 hommes. C'était beaucoup, pour le temps et pour le pays. Les Catalans, qui venaient du Nord, s'étaient campés sur la rive septentrionale du Copaïs, là où les gouffres naturels, nommes catavothres^ engloutissent sous un sol élevé et rocailleux les eaux du lac. Les soldats de Brienne s'avancèrent au travers des terrains marécageux et glissants laissés à découvert par les eaux ; ils y furent mis en déroute et massacrés. Là périrent, avec la fleur de la chevalerie française, Gizi, Pallavicini d'Eubée, Stromoncourt de Salona ; Boniface de Vérone et Roger Deslor, qui avait pris parti pour Gautier, furent faits prisonniers. Les Catalans s'emparèrent de Thèbes et d'Athènes, et choisirent pour duc ce même Roger, qui épousa la veuve de Stromoncourt.

La période catalane forme avec celle des ducs français un contraste frappant. Les ducs de la Roche avaient peu fait pour Athènes, mais beaucoup pour le pays gouverné par eux, et surtout pour Thèbes et la Béotie. Il y avait chez eux une douceur de mœurs, une élégance de manières et un sentiment du droit et de la justice qui leur avaient valu la sympathie, l'amour même des populations helléniques. Si quelque chose avait pu naturaliser en Grèce le système féodal, c'est certainement cette noble famille qui aurait fait ce miracle. Avec les Catalans, le pays tomba de la civilisation dans la barbarie : la servitude, le pillage,

la violence firent cesser, avec la sécurité, Fagriculinre, Tindustrie et les échanges, qui seuls enrichissent un pays. C'est une des époques les plus néfastes de l'histoire d'Athènes.

Pendant ce temps, en fort peu d'années, la principauté d'Achaïe passait de mains en mains. Philippe de Tarente épousa en 1313 Catherine de Valois, dernière héritière des droits au trône de Constantinople. Louis de Bourgogne épousa Mathikle de Florence^ fille d'Isabelle de Yillehardouin, et devint prince d'Achaïe. Arrivé en 1316 dans le Péloponèse, il mourut presque 'aussitôt. Sa veuve Mathilde est forcée d'épouser Jean Gravina, frère de Robert, roi de Naples; Gravina devient prince d'Achaïe en 1318; Mathilde cède tous ses droits à la maison d'Anjou. Deux ans après, Andronic Paléologue avait reconquis une grande partie du Péloponèse. La maison d'Anjou n'en possédait plus que le rivage du nord-ouest, avec Glarenza pour chef-lieu. La maison de Brienne occupait encore le nord-est et, nominalement, l'Attique. Mais pour défendre ses droits, Gravina était forcé d'emprunter, et c'est en lui prêtant de l'aident que les banquiers florentins, Acciaiuoli, s'établirent et avancèrent progressivement dans la Morée.

Le gouvernement militaire d'Alonzo Fadrigo (Alphonse Fadric), qui dura vingt-trois ans (1316-1338), ne semble pas avoir laissé aucune construction dans Athènes. Du moins on n'en voit aucun vestige reconnaissable ni dans la ville, ni sur l'Acropole. Il est certain cependant que les chefs des Catalans, aussi bien que les ducs de la Roche, quand ils s'arrêtaient à Athènes, avaient une habitation quelque part, et qu'ils ne se tenaient point dans un lieu découvert, mais au chdleauy c'est-à-dire à rAcfq)ole, comme le faisaient dans toute l'Eu-

rope les seigneurs féodaux. La citadelle était assez Ibrte par elle-méine et assez bien protégée par les anciennes fortifications pour suffire aux besoins de cette époque. Une maison sur quelque point de sa surface suffisait à ces seigneurs, qui, proches parents des rois d'Europe, n'en étaient pas moins des chefs de bandes fort indisciplinées. Aujourd'hui que les constructions légères élevées dans la citadelle ont presque entièrement disparu, ce serait en vain qu'on y chercherait une trace de la domination catalane, en supposant qu'elle y en eût laissé. Thèbes avait d'ailleurs continué d'être le lieu le plus important de la Grèce orientale : les guerres des étrangers sur le sol béotien et la dépopulation qui en avait été la conséquence n'en avaient pas entièrement banni l'industrie, surtout celle de la soie ; Thèbes continuait d'approvisionner encore les cours de l'Ckx^ident et les républiques italiennes de ces étoffes splendides dont il nous reste encore la représentation sur d'anciens tableaux. C'est à Thèbes que, le 5 avril 1331, la paix fut signée entre Alonzo et la république de Venise ; mais c'est alors aussi que furent volontairement rasés les remparts de cette ville et le magnifique château de Saint-Omer, sur la Cadmée. On démolissait donc plutôt qu'on n'édifiait.

La paix de Thèbes fut suivie, pour l'Attique et la Béotie, de quelque repos. Brienne fit celte année même une expédition stérile pour reprendre la Béotie et la rendre à la suzeraineté de Philippe de Tarente. Celui-ici mourut aussitôt, et sa veuve, Catherine de Valois, fit céder à son fils Robert, par son beau-frère Jean Gravina, la principauté d' Achaîe ; mais ce fut un acte inutile, puisque Catherine étant morte en 1346, Robert lui succédait comme suzerain d'Achaïe et héritier des droits à l'empire, venus, par les femmes, de

Beaudoin IL C'est ce Robert qui en 1357 fit Nicolo Acciaiuoli baron de Gorinthe, lui donnant à la fois la forteresse de l'Acrocorimbe, la ville et les territoires environnants. Il y avait à cette époque plus de mille baronnies dans le Péloponèse ; mais déjà aucune n'^alait celle du banquier florentin. Partis du sud-ouest« les Acciaiuoli étaient maintenant sur l'isthme, et ils touchaient Athènes.

Avant qu'ils y fussent établis, cette malheureuse ville avait encore plus d'un assaut à soutenir. Les Turcs depuis longtemps déjà paraissaient çà et là dans les iles et sur les rivages de la Grèce, moins en conquérants qu'en pillards. Roger Loria, qui gouvernait en 1361 pour la maison d'Aragon, occupant le pays avec les Catalans, s'était allié avec Mourad contre les Vénitiens d'Eubée; Hourad avait pris Thèbes et ravagé la Béotie. Remplacé par Matteo Moncad, Loria avait été repris par lui comme lieutenant. En 1367, il repoussa une attaque des Turcs contre Athènes, mais il ne put empêcher dans Thèbes un désordre et un soulèvement.

D'un autre côté. Gui d'Ënghien, parent et successeur de Brienne, avait de Nauplie dirigé une attaque contre l'Attique, expédition qui n'eut aucun succès. La grande assemblée, réunie en 1373 à Thèbes par le pape Grégoire XI, et à laquelle assistèrent tous les seigneurs latins de la Grèce, de la Morée et des iles, n'eut aucun résultat, quoique son objet, qui était d'agir en commun contre les Turcs, intéressât toute la chrétienté. L'action personnelle des seigneurs avait seule de temps en temps quelque succès ; mais leurs rivalités empêchaient toute action commune.

En 1374, Nerio Acciaiuoli tenta d'envahir l'Attique, prit Bl^ares, qui était fortifiée, et battit les Catalans ; mais il dut

retourner à Corinthe. La bande navarraise, qui dans ses commencements était plus forte que le banquier florentin, vint en 1380 pour chasser les Catalans de TAttique; mais elle ne put prendre TAcropole d'Athènes ; elle se détourna vers risthme, suivit le rivage méridional du golfe, prit Yostitza, Pylos auquel elle laissa comme souvenir le nom de Navarin, Androussa en Messénie et presque toute la partie du Péloponèse appartenant aux Acciaiuoli. Ceux-ci n'en conservèrent que le nord-est; le reste était partagé entre les Vénitiens, les Grecs et la bande navarraise, qui y resta plus de cinquante ans, à partir de 1383.

Ce fut seulement deux ans après, en 1385, que Nerio Acciaiuoli envahit une seconde fois TAttique, renversa la puissance catalane, et parvint enfin (1387) à s'emparer de l'Acropole. Son successeur eut même de la peine à la con* server en 1396, lorsque Bajazet, appelé par les Grecs, s'empara de la Thessalie^ de Salona, de la Béotie, et vint pour occuper l'Attique. Ce qui sauva les seigneurs florentins, ce fut l'arrivée à Nicopolis de la grande armée chrétienne.

Ces incursions répétées et ces assauts n'avaient pas laissé aux détenteurs passagers d'Athènes beaucoup de loisir ni beaucoup d'ai^ent pour en réparer les ruines. Quand on voit dans quel état se trouvaient les murs de Thessalonique, ville beaucoup plus importante qu'Athènes, lorsqu'en 1430 Mourad II en fit le siège et l'attaqua avec de l'artillerie, on peut juger que les fortifications d'Athènes étaient fort délabrées. Les Acciaiuoli, en s'y établissant, trouvèrent certainement l'Acropole beaucoup plus faible que Justinien ne l'avait laissée. Les brèches des murailles avaient dû être remplies par cette maçonnerie en petites pierres qui dure encore, malgré son état ruineux, et qui porté la trace de

plasienrs mains. En avant des Propylées, il n'y avait que le bastion, accolé du temps de Justinien à celui qui est audessous de la Pinacothèque et auic ressauts de mur auquel M. Beulé a donné le nom de tours. La porte découverte par ce ^vant n'existait pas; un mur plein et crénelé devait s'étendre depuis là jusqu'au pyrgos, ne laissant d'autre entrée que celle qui existe aujourd'hui. Enfin, tout l'espace compris entre la porte de M. Beulé et les Propylées était vide et n'offrait aux yeux que la pente du rocher plus ou moins cachée sous des décombres déjà anciens. C'était la fortification même de Justinien, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.

IL Quoique le premier duc florentin d'Athènes ait été Nerio Acciaiuoli et n'ait eu légalement ce titre qu'en 1 394, cependant il est plus vrai de remonter jusqu'à l'année 1334, époque où son oncle Nicolo Acciaiuoli fut substitué à tous les droits de l'impératrice Catherine de Valois sur la Morée, car dès l'origine cette famille eut en vue l'acquisition de toute la Grèce et l'établissement à Athènes d'un' centre de gouvernement florentin. La période dont je vais parler se termine en 14S6, date à laquelle le dernier duc florentin livra Athènes et la Grèce aux musulmans ; c'est donc en tout cent vingt-deux ans.

Ce siècle est celui qui vit s'opérer les plus grands changements dans les places fortes de toute l'Europe et particulièrement dans celles de la Grèce, car c'est celui où l'artillerie prit place parmi les moyens d'attaque et de défense. On ne tient jamais assez compte de ce fait capital dans l'histoire de l'Acropole d'Athènes. Cependant il est bien certain que les andennes fortifications, si l'on en

— es —

excepte le mur méridional sur la moitié de sa longueur, seraient hors d'état de résister au canon, du moment où la poudre Jancerait coatve elles des boulels de fer et des bombes. Les travaux accumulés à l'ouest, en avant des portes, avaient été faits en vue des anciennes machines, que le moyen âge était loin d'avoir perfectionnées. Ni le bélier, ni la catapulte, ni la baliste ne pouvaient facile* ment atteindre la couronne des murs, qui était trop haut placée ; ces engins pouvaient être amenés du côté de l'ouest, jusque dans le voisinage des anciens bastions, mais non pas même jusqu*au pied. Us lançaient, à la vérité, des projectiles très-lourds, puisque ceux-ci atteignaient jusqu'à cent cin* quante kilogrammes ; seulement ils les lançaient à une petite distance et ne frappaient pas aisément des tours construites sur des pentes qu'ils ne pouvaient gravir. Mais lorsqu'une force explosive eut été emprisonnée dans des tubes directeurs, ceux-ci, de mieux en mieux construits, parvinrent non seulement à lancer des projectiles petits, lourds et rapides contre les faibles tours de l'antiquité, mais même a jeter par dessus de hauts remparts et au milieu des acropoles des sphères creuses remplies de matières incendiaires.

Il fallut alors doubler ou tripler l'épaisseur des anciennes murailles, en construire de nouvelles pour les protéger, élever des épaulements, des terre-plains et des terrasses où l'on pût placer des canons, construire des casemates à l'intérieur des forteresses, c'est-à-dire changer entièrement le système de défense et le proportionner à celui de l'attaque. L'antiquité et plus encore le moyen âge avaient vu s'élever de toute part les hautes tours et les donjons, auxquels on avait ajouté les créneaux et les mâchicoulis,

car dans cette première période l'attaque avait lieu de près et le plus souvent par escalade. Il fallait donc que la défense eût lieu de haut en bas, et Ton estimait qu'il fallait au mur au moins dix mètres d'élévation pour ne pouvoir pas être facilement escaladé.

Dans les temps primitifs, où le fer n'était pas en usage, on n'avait pas même d'échelles pour franchir un obstacle; on faisait les murs des acropoles avec d'énormes pierres que l'on choisissait sans pouvoir les tailler; un assaillant ne pouvait pas enjamber d'une pierre sur l'autre ; l'occupant le frappait d'en haut, soit à coups de pierres qu'il lançait ou qu'il faisait rouler sur lui, soit à coups de flèches dont la pointe était un silex ou une obsidienne. Aux portes on se battait avec la lance, armée pareillement d'une pierre dure.

Quand on fut en possession des métaux et surtout du fer, on put en même temps tailler les pierres dont on formait les murailles, et les assembler assez bien pour qu'un homme n'y pût pas grimper; mais on put aussi fabriquer des échelles pour franchir nuitamment ces murailles, des forets pour y creuser des trous, et des clous que l'on y plantait pour s'accrocher, même à pic, avec les mains et les pieds. On eut alors intérêt à construire les remparts avec des pierres dures et solides parfaitement assemblées, et à leur donner une assez grande élévation. Je vais citer un exemple de la perfection qui fut atteinte à une certaine époque par les anciens Grecs. Il existe encore dans l'île de Salamine, sur la colline en avant du village d'Ambélaki, des ruines ayant appartenu à la ville du même nom. A mi-côte on rencontre plusieurs lignes de fortifications détruites. Une d'entre elles se compose encore dans certains endroits de plusieurs

assises superposées. Quoique les pierres en soient souvent taillées sous des angles obtus, Fassemblaee en est si exact, que les lignes de contact disparaissent, comme au Parthénon, aux Propylées et au temple de Thésée. Il n'est pas probable que ces ajustements coûteux aient été faits par un amour en quelque sorte idéal de la perfection ; mais on estimait que mieux les pierres seraient jointes, moins il serait facile d'entamer le rempart.

Dans la suite, on s'aperçut que cette perfection dans la bâtisse n'empêchait pas les murs des places fortes de céder devant des engins de destruction plus puissants ou plus habilement conçus. Le moyen âge tout entier s'appliqua à écarter l'ennemi du pied des murailles en jetant sur lui les projectiles les plus variés, des pierres, des herses, des liquides bouillants, sans compter les flèches, qui frappaient d'assez loin. Les hautes tours avaient, outre l'avantage de servir comme des observatoires, celui de mettre les défenseurs presque hors de la portée du trait.

C'est au commencement du XIV siècle qu'apparurent les nouvelles armes, de guerre. Edouard III, roi d'Angleterre^ employa le canon en 1327 contre les Écossais. En France, il fut utilisé en 1338 devant le Puy-Guilhem, en 1340 contre le Quesnoy, et employé en 1346 dans la bataille rangée de Grécy. Ce n'étaitjencore, du moins dans les deux premiers cas, que des bombardes et cejque l'on appelait des bâtons à feu. Les bombardes lançaient des boulets de pierre. Les boulets de fonte ne parurent que vers le milieu du XV' siècle. A partir de cette époque, l'ancienne bombarde, devenant plus étroite et] plus portative, se changea peu à peu en une arme nouvelle qui fut l'arquebuse ; celle-ci ne parut à la guerre qu'en 1524. Les bombes avaient paru

soixante-dix ans plus tôt, car Charles VII s'en était servi en 1462, au siège de Bordeaux.

Les armes nouvelles n'étaient pas inconnues des Orientaux. Je ne parle pas du feu grégeois ou grec, employé, diton, au siège de Gonstantinople parles musulmans en 1453, et dont la nature et l'usage sont loin d'être bien connus ; mais il est certain que le conquérant de cette capitale, Mahomet II, fit usage de bombes en 1481, et qu'il avait pour cela à son service des iugénieurs italiens.

J'ai dû rappeler les faits qui précèdent et citer les dates qui s'y rapportent, pour bien faire comprendre que la période des ducs florentins en Grèce est précisément celle où l'artillerie apparut et reçut ses premiers développements. Si l'usage de la poudre les avait devancés seulement d*un siècle, et qu'à leur arrivée elle eût été ce qu'elle fut vers le milieu du XV% nous n'eussions vu à l'Acropole d'Athènes aucune des constructions qu'ils y firent, et qui supposent encore l'ancien état de choses qui allait finir. La grande tour n'eût servi de rien contre le canon; les Propylées, au lieu d'être changés en un palais, eussent été j)ro* t^és par de fortes murailles ; on eût environné toute cette partie de la citadelle de bastions garnis, non de créneaux, mais d'embrasures ; au lieu d'escaliers faciles, on eût ménagé des chemins tortueux flanqués de terrasses et protégés par des batteries. Si l'on avait senti la nécessité d'une enceinte basse, on l'eût composée de plates-formes, dominées elles-mêmes par les feux de la citadelle.

Mais l'artillerie comnience avec les Acciaiuoli ; pendant leur règne, elle reste très-faible et pour ainsi dire au berceau ; ce n'est qu'au temps du dernier d'entre eux qu'elle se montre assez forte en Orient pour y dompter en peu de

temps toutes les vieilles citadelles de Tantiquité. C'est donc alors seulement que celles-ci commencèrent à subir une transformation complète. Nous ne connaissons pas exactement les motifs secrets qui poussèrent le dernier des ducs à se retirer dé la lutte et à céder son duché aux Musulmans. Mais il est bien probable qu'il eut le sentiment trèsnet de l'impossibilité où il était de défendre contre le canon de Mahomet II une forteresse impuissante, dont toutes les défenses reposaient encore à cette époque sur les anciennes idées. En effet, en possession de FAcropole, les Ottomans se mirent bientôt à y construire des bastions épais, des terrasses pour des batteries, et des refuges intérieurs contre les projectiles à tir parabolique. Les enceintes basses ne leur étaient pas inutiles, car, se trouvant presque au niveau de la campagne, elles pouvaient servir à installer des feux rasants qui la balayaient et tenaient l'ennemi à distance. Au temps de la guerre de l'indépendance, les Grecs défendirent, au moyen de petites batteries, la fortification basse de FHypapanti, que les Turcs ne purent prendre de vive force tant que les munitions et les vivres ne manquèrent pas aux assiégés. Ces enceintes basses avaient le même avantage que les tours et les murailles de la ville ; nous voyons en effet par les plans qu'elles en étaient la continuation et le complément.

Ainsi tout le travail qui fut fait a l'Acropole de 14S6 à 1637 le fut dans le système de l'artillerie. Quoique exécutées grossièrement, ces constructions purent cependant tenir contre les premières attaques. Mais comme on n'avait pas prévu suffisamment les effets de bombes qui allaient se perfectionnant, on n'avait pas construit de poudrières à répreuve de ces projectiles. Il ne parait pas non plus que

les Turcs, à la fin du XVIP siècle, eussent à leur service des ingénieurs militaires bien habiles et réellement au courant de leur art, car ils laissèrent en 1687 les Vénitiens et les Allemands installer leurs mortiers à portée de rAcropole. Les bombes de Kœnigsmark, parties d'un endroit voisin du monument de Lysicrate, plongèrent dans le Partbénon et firent sauter la poudre que les Turcs y tenaient en dépôt. La même incurie avait causé la ruine des Propylées* L'année 1687 montra donc les effets de bouches à feu déjà perfectionnées et habilement servies. Les Turcs n'ayant presque rien ajouté à la fortiûcation après le départ des Vénitiens, et n'ayant fait pour ainsi dire que réparer des brèches, l'année 1826 et celles qui suivirent complétèrent la démonstration et prouvèrent que, si l'on voulait conserver les œuvres d'art de l'antiquité et les soustraire à la puissance destructive des armes nouvelles, le seul moyen était de détruire toutes les fortifications modernes et de renoncer à la forteresse. •

La période florentine est donc à la limite du moyen âge, mais elle fait partie du moyen âge. Elle précède immédiatement l'usage général et régulier de l'artillerie. Aucun des ouvrages construits par les Acciaiuoli n'a en vue la résistance au canon. C'est encore le vieux système de la défense de haut en bas, par le moyen de créneaux et de tours.

Pour se figurer l'Acropole, telle qu'ils la firent, il faut avant tout supprimer tout ce qui fut l'œuvre des Turcs : les enceintes basses, les revêtements extérieurs des murs, les bastions épais et relativement de médiocre hauteur. Ainsi le recinto basso entre les deux théâtres n'existait pas ; il devait y avoir là des pentes de terre beaucoup plus petites que celles d'aujourd'hui ; l'énorme remblai de quinze mètres

de hauteur moyenne est postérieur aux ducs^ puisqu'il s'est formé des terres rejetées d'en haut et qui sont venues se buter derrière le mur de cette enceinte. Mais il est probable que le portique d'Eumène, presque ruiné, était déjà à peu près enseveli, ainsi que le théâtre de Bacchus et la scène du théâtre d'Hérode.

Le passage était libre entre ce dernier théâtre et le rocher : le mur dans lequel est la voûte où l'on passe aujourd'hui n'existait pas. Les maisons des gardiens sont des ouvrages turcs ; la haute muraille qui est en face de leurs portes, et qui tient au pyrgos de la Victoire, était peut-être moins élevée, moins forte et probablement crénelée. Quant à la porte .G, qui en cet endroit donne entrée dans ce que Vernéda appelle la première enceinte, elle existait certainement et était, comme elle l'a toujours été, la plus fréquentée.

Si nous supposons terminée la destruction du gros bastion turc, coupé en deux par M. Beulé, ce qui reste derrière existait évidemment au temps des Âcciaiuoli. Quant au bastion de feau^ nous avons vu qu'il date de 1822. Il y avait donc là un vide dominé par le rocher de la Pinacothèque et par le bastion antique qui y est adossé. La porte H a-t-elle été faite par les ducs florentins? Pittakis l'affirmait implicitement en disant, comme nous l'avons vu dans le précédent chapitre, qu'ils avaient là un bastion, détruit plus tard par les Grecs, oublié parles Turcs et refait à neuf par Odyssée. Cette interprétation n'est pas invraisemblable; malheureusement Pittakis ne l'appuie d'aucune autorité. Il est certain, d'après la légende du plan de Vernéda, qu'il n'y avait là aucune construction, puisque la porte H était murée, et qu'au dehors on n'apercevait qu'une pente rapide du pied de laquelle naissait une petite source. Cette pente

cachait la Clepsydre, la chapelle des Saints-Apôtres bâtie au-dessus et Tescalier de Pan, débouchant auparavant dans le bastion H, mais alors totalement obstrué et recouvert de décombres. Dans le bastion H, il y avait deux maisons ados* sées au rocher et à la substruction de la Pinacothèque.

Mais ces faits, qui prouvent l'antériorité de la porte H par rapport à Yeméda, ne disent pas qu'elle ait été faite par les Florentins, ni que ceux-ci eussent un bastion là où s'éleva plus tard celui d'Odyssée. Il est à remarquer que l'église des Apôtres est elle-même antérieure à la porte H, car elle se raccorde très-bien avec l'escalier de Pan, qui passe dans le même mur que cette porte, mais bien audessous d'elle. Cette porte donna donc accès ^u dehors sur un terrain assez élevé et qui recouvrait déjà l'escalier de Pan, l'église et la fontaine. Or, si Ton examine la porte avec quelque soin, on voit (pi. XX) qu'elle a été percée violemment dans le mur antique du bastion. Ses jambages sont formés de deux pièces de marbre d'un travail ancien, mais médiocre; son linteau est byzantin. Ainsi, d'une part, elle est postérieure aux destructions des anciens ouvrages byzantins ; de l'autre, elle est antérieure à l'arrivée des Turcs. Elle a donc été construite, selon toute vraisemblance, entre le IX* et le XV* siècle. Date-t-elle de la période florentine ou lui est-elle antérieure? Nous verrons tout à l'heure que les Acciaiuoli ont beaucoup bâti sur l'Acropole, mais qu'ils y ont peu employé les matériaux anciens et surtout les matériaux byzantins, sans les transformer. On est donc porté à croire que les Florentins ont, eux aussi, trouvé cette porte murée, ou que, l'ayant trouvée ouverte et jugeant qu'elle ne servait à rien, ils l'ont fermée d'un^ mur en maçoimerie. Si cette conjecture^ dont rien ne dé*

montre absolument la solidité, mais qui parait vraie, Test en effet, il faudrait reporter la construction de la porte jusqu'au-delà des ducs français d'Athènes et penser que de leur temps il y avait là une construction militaire, peu solide du reste, ou une montée conduisant de la ville à la citadelle. Avec cette disposition, la porte H se trouvait être une des entrées de T Acropole ; vis-à-vis s'en trouvait une autre, celle qui sert encore aujourd'hui. Vraisemblablement ces deux entrées sufiSsaient, et la fortification déblayée par M. Beulé était continue et totalement fermée.

On ne voit pas à quoi eut pu servir la porte H au temps des Florentins, puisque rien n'indique qu'à cette époque il y eût au dehors un bastion sur lequel elle conduisit. Si l'on admet, ce qui nous parait à peu près certain, que le grand escalier et par conséquent la porte déblayée par M. Beulé servaient aux ducs italiens, et que d'un autre côté la porte actuelle était aussi à leur usage, ce qui est incontestable, il faut penser que la porte H n'avait pour eux aucune raison d'être, et que l'ayant trouvée ouverte sur le vide extérieur, ils la fermèrent. Par conséquent nous attribuerions cette porte, singulièrement située en apparence, non aux ducs français, mais à de plus anciens possesseurs.

Nous avons vu, dans le précédent chapitre, que du pyrgos de la Victoire au piédestal d' Agrippa les Turcs avaient un mur qui fermait une enceinte appelée par Vernéda recento di mezzo. Elfe occupait la partie haute du grand escalier, dont la partie basse, couverte d'un remblai, formait la première enceinte de l'ingénieur vénitien. Ce mur qui les séparait avait une porte près du piédestal et souien«it un remblai dont la moitié supérieure de l'escalier était couverte; l'antre moitié, située à on niveau ii

était pareillement remblayée. Les Turcs ne passaient point dans les Propylées, mais suivaient un chemin qui aboutissait à une porte située au sud de la grande tour. Comme on s'accorde à voir dans ce mur de séparation, démoli en 1835, l'œuvre des Turcs, nous devons, pour remonter au temps qui les a précédés, admettre qu'il n'existait pas alors et nous représenter comme libre tout l'espace occupé par l'escalier de M. Beulé. Dans ces conditions, le pyrgos delà Victoire cessait d'être accessible directement; à l'endroit où est le petit escalier de marbre qui monte au temple de la Victoire, il y avait un vide, et ce vide ne pouvait être comblé, s'il n'y avait pas au-dessous un mur de soutènement pour maintenir le remblai. Or, un tel mur n'existait pas.

En outre, l'espace entre la grande tour et le temple de la Victoire est un peu étroit pour faire passer un chemin de citadelle. Je sais qu'il a suffi quelque temps aux Turcs, puisqu'en 1667 Wheler vit encore ce temple. M. Beulé attribue (p. 60) à Nerio Acciaiuoli la destruction partielle de l'aile droite des Propylées et l'établissement du chemin dont nous parlons ; mais c'est une accusation purement arbitraire qu'un fait considérable contredit. Voici ce fait : quand on construisit la grande tour sur l'aile sud de l'édifice antique, on conserva intacts, non seulement les murs extérieurs de celte aile, mais deux de ses colonnes, ses antes, ses triglyphes, son architrave ; on ne détruisit rien ; on se contenta de doubler l'épaisseur des murs et de murailler la colonnade. Or, il est bien certain que si l'on n'avait eu aucun respect pour l'œuvre de l'antiquité, on eût au moins démonté ces deux colonnes, qui se raccordaient mal avec la maçonnerie de la tour, nuisaient plus qu'elles ne servaient à sa

solidité et eussent été avantageusement remplacées par des pierres de taille. Il est donc probable que la colonne détruite l'était déjà quand on bâtit la tour.

Celle-ci en offrait d'ailleurs une autre preuve indirecte. Si la colonne détruite eût été condamnée par ceux qui ont bâti la tour, on l'eût démolie avant de commencer la construction, car elle eût certainement embarrassé par sa présence des ouvriers conûnés dans un petit espace. Démolie, elle eût fourni des matériaux qui eussent été immédiatement employés sur place et que nous retrouverions aujourd'hui dans les parties basses de la tour. Or, il n^en est rien. Les fragments de cette colonne ont été utilisés dans la maçonnerie, lorsque celle-ci avait déjà plus de dix mètres de haut. Il faut donc croire qu'ils gisaient à terre, non sur la plateforme du pyrgos, mais au pied, dans quelque endroit d'où on les a tirés quand on en a eu besoin.

Ces faits tout matériels ne s'accordent pas avec l'acte d'accusation de M. Beulé contre Nerio Acciaiuoli ; mais ils contribuent à nous faire penser que le chemin^ au temps des ducs, ne passait pas encore au pied de la tour et ne montait pas sur le pyrgos, comme cela eut lieu plus tard. Aucun remblai n'existant alors dans l'espace occupé aujourd'hui par les restes du grand escalier, nous sommes forcés d'admettre que la voie, partant de la porte G, au pied du pyrgos, arrivait en face des Propylées et y montait en ligne directe par le plan incliné dont il existe encore des fragments. Nous y reviendrons tout à l'heure.

Que la tour soit l'œuvre des Florentins, c'est ce dont il est difficile de douter, si l'on considère son usage, son architecture et les habitudes des princes italiens de la même

ëpoque. Les tours qui se Toient encore dans un grand nombre de villes, et même dans les canipagnes en Italie, n'étaient pas seulement des clochers. On leur donne quelquefois le nom de campanile; mais le plus souvent on les appelle torre. Lors même qu'on y plaçait des cloches, soit pour des usages religieux, soit pour sonner Falarme, elles servaient en même temps d'observatoires militaires. On les élevait assez haut pour dominer les habitations et découvrir la campagne ou la mer. Leur hauteur exigeait qu'elles fus* sent massives à leur base et trës-solidement bâties. On les composait de pierres de taille très*fortement cimentées. Dans les terres profondes, comme celles de la Toscane, il leur arrivait quelquefois d'écraser leurs propres fondements et de s'incliner. Pise offre de nombreux exemples d'édifices penchés, dont le plus célèbre est le campanile, plusieurs fois ramené, mais vainement, à la verticale dans ses étages supérieurs.

Ces tours pouvaient recevoir tous les ornements de l'architecture, comme on le voit à Pise, à Florence, à Venise ; mais le plus souvent elles étaient d'une simplicité extrême se composant uniquement de murs unis, dépourvus de toute saillie capable d'en rendre la surface moins monotone. Telles sont par exemple, à Bologne, la tour des Asinelli et la Garisenda.

Quant à leur hauteur, elle dépendait de la place où elles étaient édifiées. Quand elles étaient dans une ville plate ou sur le bord de la mer, on avait intérêt à leur donnçr assez d'élévation pour qu'elles dominassent les plus hautes liaisons ou permissent d'apercevoir les navires arrivant du lai^e.

Voici quelquçs-unçs de ççs hauteurs :

Le caxopamle de la place Saiut-Marc, h Venise, mesure. . 98^ »

La tour des Asinelli, à Bologne 89 d

Le campanile de Florence 84 t^

Le campanile ou tour penchée de Pise 54 60

La Garisenda, & Bologne 49 ]»

La tour des Acciaiuoli à Athènes ne mesurait que 26 me* très environ ; mais elle était élevée sur un rocher qui domine la plaine, et dont le point culminant est à 154 mètres audessus du niveau de la mer. Sa base était à 13"" 50 plus bas que le stylobate du Parthénon. Elle était moins haute à son sommet que le faite de cet édifice, mais elle dominait le rocher de la citadelle de plus de 1 1 mètres. Ainsi donc elle permettait de découvrir la campagne environnante, sauf dans le secteur caché par le Parthénon ; ce secteur comprenait une partie du mont Hymelte d'où Tennemi ne peut pas venir. La vedette qui se tenait sur la petite terrasse au nord-est de TAcropoIe complétait la sur* veiUance.

Comme on vient d'abattre 1^ tour florentine, je consignerai ici quelques faits qu'il ne sera pas inutile aux historiens de connaître. La largeur de la tour, à l'extérieur» était de 7"* 80 du sud au nord, et de 8™ 77 de l'est à l'ouest. Ses murs, à la base, avaient une épaisseur de 1"" 75. Elle était composée de grosses pierres de taille, les unes tirées des carrières du Pirée, les autres du Pentélique, et toutes em-* pruntées aux anciennes constructions de l'Acropole. Comptées du dehors, les assises étaient au nombre de cinquante et une, ce qui donne en moyenne environ 50 centimètres d'épaisseur à chacune d'elles. Elle avait sur sa face septentrionale, à une assez grande hauteur^ une tourelle carrée en 9aîUie; elle se terminait en haut par une voûte et par

une terrasse sur laquelle les Turcs avaient mis deux petits canons d'àlarniie.

Son entrée, qui était fort endommagée, se trouvait à Touest en face du petit temple de la Victoire. Quand on pénétrait dans l'intérieur qui était fort obscur, on apercevait les restes d'un escalier de bois qui montait par des suites rectilignes de degrés appuyés aux parois de la tour. C'est le mode de construction de toutes les tours carrées de l'Italie. A Venise, la montée du campanile est un plan incliné, praticable pour les chevaux. Quand on avait atteint la plateforme de la tour d'Acciaiuoli, on avait autour de soi tout \ le panorama de la plaine d'Athènes. Du côté de la terre on

pouvait suivre du regard jusqu'à l'horizon la route venant de Sunium ; celle qui, entre l'Hy mette et le Penlélique, vient de Marathon ; la route d'Eubée, qui, passant entre le Pentélique et le Parnès, entrait dans Athènes par la porte du nord ; la roule de Morée> qui traversait l'isthme de Corinthe et suivait le bord de la mer par M(%ares et Eleusis ; enfin la route du Pirée. De ce côté, l'œil des sentinelles découvrait la mer depuis le fond du canal de Salamine jusqu'au cap Zoster, à gauche, dominant ainsi tout le golfe et apercevant les navires au moment où ils débouchaient derrière la pointe d'IIydra. L'Acrocorinthe est en face de l'Acropole d'Athènes ; on la distingue facilement à sa forme de dôme ou de cloche, au-dessus de la dépression de terrain qui divise l'Ile de Salamine en deux presqu'îles. Comme les ducs florentins étaient seigneurs de Corinthe et possédaient la Morée jusqu'à Calamata, il n'était pas impossible de correspondre au moyen de grands feux de i'Acrocorinthe à la tour des Acciaiuoli •

La construction ijitérieure de la tour n'était pas sans

intérêt, surtout à sa partie inférieure. Elle était établie sur le stylobate de l'aile droite des Propylées, qui lui-même repose sur une substruclion très-solide et sur le rocher. Le duc qui la construisit, et qui avait la prétention de passer pour un ami des muses, se garda d'enlever une seule pierre à ce qui restait de l'édifice antique. Les murs méridional et oriental de cette aile, qui sont en marbre du Pentélique, furent conservés ; mais comme leur épaisseur était trop faible pour soutenir une aussi haule tour, on les redoubla à l'intérieur par une construction composée de grands blocs. Le côté occidental, qui était ouvert et faisait de l'aile droite une sorte de portique, fut muré à neuf, et c'est là qu'on fit la porte, qui eût été certainement mieux placée dans le mur opposé donnant sur la citadelle. Le quatrième côté, tourné au nord, offrait deux colonnes doriques avec leurs chapiteaux et leurs entablements. Il eût été plus avantageux de les détruire et de construire à leur place un mur plein, composé d'assises régulières. On ne toucha point à l'œuvre de l'antiquité. On remplit les intervalles des colonnes d'une maçonnerie formant sous-œuvre au-dessous des architraves. A l'extérieur le mur paraissait fait à neuf ; mais dans l'intérieur on apercevait les cannelures des colonnes qui efileuraient la maçonnerie, et tout le reste de l'appareil architectural. Ainsi fut conservée par des hommes pru* dents et amis des arts, mais que l'état social obligeait à se fortifier dans les anciennes citadelles, une œuvre que d'au* très barbares, musulmans ou chrétiens, ont moins respectée. Je devais ces paroles d'éloge à des hommes en réalité fort distingués, amis des plus grands artistes de l'Italie, et qu'un amour exclusif, affecté peut-être, de l'antiquité a fait quelquefois couvrir d'injustes anathèmes.

Il n*e8t pas non plus vraisemblable que les autres parties des Propylées aient été endommagées par les ducs florentins, car en les transformant en un palais, ils étaient les premiers intéressés à en conserver Taspect architectural. M. Beulé dit (I, p. 60) que Nerio Âcciaiuoli « gâta les Propylées, découvrit Faile septentrionale, éleva sur ses murs de nouveaux étages, perça des portes et des fenêtres, ajouta un escalier, démolit en partie l'aile méridionale pour agrandir le chemin qu'on voulait faire passer devant le temple de la Victoire ; sur ses murs et les deux colonnes qui restèrent éleva une haute tour. »

Nous avons vu que les ducs florentins ne démolirent aucune partie de l'aile droite et ne firent point passer de chemin entre la tour et le petit temple ; je viens d'expliquer aussi comment, en construisant une tour qui leur était nécessaire, ils sauvèrent cependant l'aile droite des Propylées. Quant aux portes et aux fenêtres dont parle M. Beulé, les ducs n'en ont percé aucune, puisque les murs de l'édifice sont intacts. Il y a seulement dans la Pinacothèque des meurtrières destinées à des soldats armés de fusils, et conséquemment d'une date postérieure aux Âcciaiuoli. Les trous carrés percés à une petite hauteur dans les murs des Propylées, à l'intérieur, et destinés à recevoir les soliveaux des planchers, ne peuvent pas non plus leur être attribués, car ces planchers, qui coupaient en deux les colonnes et les pilastres sur leur hauteur, sont en contra^ diction manifeste avec le goût architectural des Italiens à cette époque. Il faut donc les attribuer à des mains plus modernes, à des gens entièrement dénués de goût, comme Font été les Turcs tant qu'ils n'ont pas fait venir d'Europe leurs architectes.

- voies Propylées ëtaient-ils couverts de leur toiture atitique lorsqu'arrivèrent les Florentins? Nous n'avons là-dessus aucun document, et nous considérons comme gratuite l'ac* cusation élevée contre eux d'avoir découvert l'aile gauche. Il n'est pas vraisemblable qu'une charpente de bois, même avec les réparations dont elle put être l'objet à différentes époques, ait pu subsister pendant tant de siècles, et que, négligée pendant une grande partie du moyen âge, elle ne se soit pas d'elle-même effondrée.

Quoi qu'il en soit, il est certain, d'aptes les documents publiés par Buchon et les papiers appartenant à la famille Ricasoli, qui descend des Âcciaiuoli, il est certain que les ducs habitaient les Propylées et qu'ils en avaient fait un fort beau palais italien. C'était une bonne fortune pour ces riches seigneurs, amis du luxe et de la somptuosité, de trouver sur une citadelle un édifice de cette nature dont ils pouvaient tirer un excellent parti. Â cette époque, les colonnades étaient intactes, car les chapiteaux brisés et les tambours tombés h terre ont été, en 1835, trouvés dans les vestibules eux-mêmes, au milieu des décombres provenant de l'explosion ; il est bien certain que ces vestibules, formant les salles du palais florentin, étaient dégagés de tout décombre et dans un parfait état de propreté. Il est bien certain aussi qu'avant 1830 on n'avait pas rapporté ces grandes pièces de marbre au pied des colonnes dont elles avaient fait partie. C'est donc lors de l'explosion des Propylées, au XVIP siècle, que ces colonnes furent disloquées et décapitées, et que leurs architraves furent jetées à terre et ensevelies.

Nous devons avoir en vue les palais italiens du XIV* et du XV^ siècle, quand nous cherchons ce qu'a dû être

celui des Âcciaiuoli. Étant donné le plan de l'édifice antique, rien n'était plus simple que sa transformation, car ses deux vestibules^ Tun étroit du côté de l'Acropole, l'autre lai^e donnant sur la campagne, étaient coupés dans leur milieu par le chemin central et figuraient ainsi quatre salles. Il suffisait, pour les compléter, de fermer les entre-colonnements par des murs percés de fenêtres ; la grosseur des colonnes doriques permettait de les laisser saillir au dedans et au dehors et de leur donner l'aspect de colonnes engagées. La Pinacothèque fournissait une autre belle salle, éclairée par deux fenêtres antiques et précédée d'un vestibule supporté par trois colonnes élégantes.

Comme les murs et les architraves des colonnes étaient intacts, il était facile de leur faire supporter un plancher et de construire au-dessus un étage qui doublait le nombre des pièces d'appartement et les portait à dix ou douze. C'est ce qui fut fait. Le désir de laisser voir les colonnes au dehors de l'édifice et au dedans des salles, et le besoin de donner en même temps aux murailles une épaisseur capable de soutenir l'étage supérieur, expliquent la remarque faite par Dodwell au commencement de notre siècle. Il vit les murs florentins qui fermaient les entre-colonnements, et il observa qu'ils ne laissaient pas voir la moitié des colonnes. C'^st ce que l'on peut constater encore par la trace blanche que ces murs ont laissée dans les cannelures.

Que les murs vus par Dodwell, et plus tard encore par Wiikins en 1816 et par Leake en 1821, eussent été construits par les Florentins, c'est ce dont on ne pourrait douter; car les Turcs ne prirent pas l'Acropole par la violence; elle leur fut remise par Franco. Ni l'expédition de Nicolo Canale, ni le bombardement de Kœnigsmark n'at-

teignirent les Propylées. L'explosion avait détruit le palais italien où les Turcs avaient remplacé les ducs florentins; mais elle laissa des ruines que Ton se contenta de réparer, de transformer en petites salles * et de créneler sur leur façade antérieure. Ces créneaux se voient clairement sur le dessin de Gockerell (pi. II), où ils couronnent la troisième muraille. La première rangée de créneaux en avant était sur le gros bastion, la deuxième sur le mur transversal allant du pyrgos au piédestal d' Agrippa, la troisième sur Tentre-colonnement des Propylés, c'est-à-dire sur les ruines réparées du palais Âcciaiuoli.

Nous devons maintenant dire ce que c'était que ces seigneurs florentins qui transformèrent ainsi les Propylées et y tinrent leur cour pendant près d'un siècle.

Leur nom d' Acciaiuoli indique une ancienne famille de marchands, enrichis dans le commerce de l'acier. Nous ne savons rien de ses premiers représentants. Elle ne devient historique qu'avec Nicolo qui, ainsi que je l'ai rappelé cidessus, fut en 1334 substitué à tous les droits de l'impératrice de Constantinople sur la Morée. Comme grand sénéchal de Jeanne P, reine de Naples, il eut l'occasion de ménager à cette femme élégante, lettrée et voluptueuse, le retour dans ses États, d'où elle avait été chassée en 1347, après l'assassinat de son premier mari, André de Hongrie, et son mariage avec l'assassin, son amant. Nicolo s'installa dans la Grèce en la prenant par le midi ; il fortiûa à ses frais la plaine de Calamata, en Messénie, puis il acquit tour à tour à prix d'argent des droits sur d'autres parties de la Grèce. Il fit réparer ou construire à neuf plusieurs fortifications en Morée, et surtout dans la Gorinthie. Son testament, fait en 1358, donne une liste de ses constructions et

de ses fondations, et Ton peut juger par elle de l'esprit qui animait la famille des Acciaiuoli à cette époque.

Je ne m'arrêterai pas sur ce sujet, parce que Nicolo ne posséda point Athènes et n'eut jamais l'occasion de rien édiGer dans cette ville. Je rappellerai seulement qu'il fonda et construisit en grande partie la chartreuse de Florence, qu'on appelle la Certosa in val d'Ema, édifice qui coûta des sommes d'argent considérables, qui ressemble à une forteresse et qui est l'œuvre d'Orcagna. C'est en 1341 qu'elle fut commencée ; là se trouvent les tombeaux de la famille des Acciaiuoli, particulièrement celui de Nicolo, mort le 8 novembre 1365, à l'âge de cinquante-cinq ans.

Nicolo était, comme beaucoup de seigneurs de ces tempslà, un grand constructeur d'édifices; il bâtit plusieurs maisons, des chàteauK et des villas ; je n'en citerai que deux, qui se voient encore aujourd'hui dans le royaume de Naples : le château de Nocera, grande et belle œuvre où conduit aujourd'hui le chemin de fer de Pompéi, et le château de Lettere, dans une situation merveilleuse, à l'est de Gastellamare. Le grand sénéchal Acciaiuoli était un homme fort lettré, de mœurs élégantes et somptueuses. Il fut longtemps l'intime de Boccace. Ami du luxe et du faste, il vivait entouré des femmes les plus distinguées de son temps et de Grecs que son autorité en Morée attirait autour de lui : il s'était composé ainsi une sorte de cour. Il voulait par dessus tout, nous dit Boccace dans sa correspondance, avoir la réputation d'un ami des Muses.

Il mourut sans enfants, après avoir fait son neveu Nério (Renier) Acciaiuoli capitaine de Corinthe en 1362. C'était l'époque des incursions guerroyantes des bandes catalanes. Après avoir battu les Francs en Béotie, elles avaient pillé

et brûlé Thèbes et Athènes. Le danger qu'elles faisaient courir à toute la Grèce fut pour Nério un motif de passer risthme et de les poursuivre à travers TAttique et la Bëotie. Mieux servi et plus civilisé que ces bandes, jadis mercenaires et toujours indisciplinées, Nério les chassa jusqu'en Thessalie. En 1387, il avait le titre, non pas de duc, mais de seigneur du duché d'Athènes; c'est en 1394 seulement que le titre dé duc lui fut donné.

€ Ritornato in Atene, dit Fanelli {Alêne allica^ p. 293), applico Tanimo suo pronto e grande non meno per ben ordinar li suoi stati, che ad accrescere le magniGcenze di quella capitale con sontuosi edificii e strade spaziose. » Nério avait donc les mêmes goûts que Nicolo, son oncle, et ne dérogeait en rien aux coutumes des princes italiens de son temps. Mais Nicolo, à cause de ses fonctions de sénéchal et de ses relations avec la cour de Naples, avait presque constamment habité Titalie. Son neveu, au contraire, était fixé dans sa seigneurie de Corinthe et d'Athènes ; il eut donc à faire dans ce pays ce que Nicolo avait fait en Toscane et dans le royaume de Naples : un de ses premiers soins iîit de mettre en état l'Acropole d'Athènes et de s'y

construire le palais que j'ai décrit tout à l'heure, autant du moins qu'il peut être décrit d'après l'aspect des lieux et d'après des documents qui datent tous du temps des Turcs. Il est certain que la fortune des Acciaiuoli allait grandissant et que leur situation en Grèce tendait à les rendre indépendants de Naples et de Florence, comme ils l'étaient devenus de Constantinople. Ce fut Ladislas ou Lancelot, de la famille de Duras, qui, comme roi de Naples et prince d'Achaïe, créa en 1394 Nério duc d'Athènes. Cçlui-ci mourut la même année et fut enseveli dans l'église Sainte-Marie

d'Athènes, c'est-à-dire dans le Parthénon. Les historiens ne nous ont pas laissé de renseignements précis sur les ouvrages qu'il fit exécuter dans cette ville, et nous n'aurions que le passage bien vague de Fanelli, si M. Buchon n'avait publié le texte de son testament, tel qu'il existe dans les papiers de la famille. En voici les principales dispositions ; elles montreront que Nério était fort préoccupé de. tout ce qui pouvait contribuer à Fembellissement de l'Acropole et illustrer son règne.

Il laissait à l'église de la Vierge, c'est-à-dire au Parthénon^ depuis longtemps changé en église, les revenus de la ville d'Athènes et ses dépendances, ainsi que ses propres chevaux. Il laissait cent ducats à l'archevêque pour la location de l'église, qui était une église grecque et byzantine; outre les chanoines et les prêtres ordinaires, il y établissait vingt autres prêtres de foi catholique et du rite latin, afin d'y officier pour son salut; ces vingt prêtres devaient être payés sur les revenus de la ville d'Athènes. Il pourvoyait à la réparation de ladite église ; lui faisait rendre, après les avoir rachetés, tous les vases, ornements et objets précieux qui avaient été enlevés ; enfin il faisait doubler et orner d'argent les portes de cet édifice.

Il n'est pas douteux que Nério avait eu durant sa vie le même faste et le même amour des lettres, des arts et de la vie élégante que son oncle Nicolo, et qu'il les avait transportés dans Athènes, autant que cela était possible à celte époque. Son palais d'Acropoli, comme on disait alors, était ' le rendez-vous d'une société élégante et intrigante que la Grèce et l'Italie fournissaient, il avait certainement réuni dans ce château tout ce que le pays pouvait lui fournir des commodités et des agréments dont la vie italienne était dès

ce temps abondamment pourvue. Je ne puis croire que Nério laissât les belles clames et les élégants seigneurs, qui formaient sa cour, gravir jusqu'à sa porte, nuit et jour, par des rochers escarpés et raboteux. Et quand je vois d'une part les châteaux et les autres édifices splendides, construits par son oncle en Italie, édifices pourvus d'avenues et de montées faciles, de riches perrons et de vastes escaliers ; d'un autre côté les constructions dont il est luimême certainement l'auteur, et les legs somptueux qu'il a foits à l'église du Parthénon, je ne puis guère hésiter à lui attribuer le grand escalier, soupçonné par Titeux et mis au jour par M. Beulé.

Nous avons vu en efiet que, du temps des ducs florentins, la montée ne conduisait pas sur le pyrgos, comme à l'époque musulmane, qu'il n'y avait ni mur ni remblai sur cette pente, et que par conséquent elle aboutissait, comme aujourd'hui, à la substruction des Propylées. On entrait donc par le milieu dans le palais florentin, et on le traversait pour pénétrer dans la citadelle. Quand Nerio le construisit, tout l'espace qui est en avant était libre, borné au sud par le pyrgos et par un mur qui y faisait suite, au nord par la fortification qui existe encore et qui est d'une date plus ancienne, à l'ouest par les deux constructions antiques qui sont à droite et à gauche de la porte trouvée par M. Beulé. Cet ensemble figurait déjà un quadrilatère en pente rapide et allongé de l'est à l'ouest, tout à fait propre à recevoir des degrés.

Les degrés, tels qu'ils sont, n'ont aucun caractère antique. Ils ne sont pas joints avec exactitude et ne rappellent en rien les constructions helléniques de l'Acropole. Ils sont même moins bien assemblés dans leurs parties que les

assises du mur septentrional, qui, ainsi que nous le rerrons, appartient au temps de Justinien. Ce vaste escalier témoigne d'un certain faste dans sa disposition générale et d'une certaine pénurie de matériaux : en effet, il est formé, non de pierres équarries posant à plat sur un massif horizontal, mais /de prismes triangulaires dont Thypoténuse pose sur une surface taillée en glissoire. La partie nord de la moitié inférieure pose sur un remblai moderne.

Tout l'escalier était compris entre des constructions plus ou moins anciennes, avec lesquelles il ne se raccordait pas. Qu'il soit conçu suivant un plan tout autre que celui de Mnésiclès, c'est ce que démontrent plusieurs discordances qui seront examinées ci-après. Ce qui nous intéresse particulièrement ici, c'est sa postériorité par rapport au mur septentrional, qui est du temps de Justinien. L'examen attentif de l'angle nord-ouest (pi. VII), au bas de l'escalier, la démontre avec évidence, car la partie supérieure du mur latéral situé au nord est composée d'assises alternatives de pierres et de briques, ancien usage byzantin qui dure encore. Sa partie inférieure, qui fait corps avec la construction de Justinien, repose sur une première assise, dont deux pierres seulement sont obliques, et dans son ensemble elle n'a aucune adhérence, aucune relation architecturale avec les marches de l'escalier, oelui-ci a donc été posé après coup dans une sorte de caisse préexistante.

Celte caisse est elle-même fort inégale et n'a point la régularité que l'on suppose, car non seulement les parois latérales de la partie inférieure ne font pas suite exactement aux sttbstructions de la Pinacothèque et du pyrgos, mais celles de la partie supérieure sont interrompues par le piédestal d'Âgrippa^ qui est posé obliquement, et par les

saillies de gros blocs faisant partie du pyrgos de la Victoire (pi. XIII, 2, d).

Si Ton admettait que le grand escalier fût de l'époque de Justinien, il faudrait admettre en même temps que les ingénieurs de ce prince, qui changeait la Grèce entière en une place forte, ménageaient cependant aux barbares un moyen facile de monter à la citadelle athénienne, ce qui est contraire au sens commun. Et si Tescalier existait déjà de son temps, il faudrait admettre qu'il Ta laissé subsister, ce qui n'est guère plus raisonnable.

Quand on suit l'histoire à partir de Justinien, qui vivait au VP siècle, on ne rencontre plus aucune époque où l'oi^ puisse placer la construction du grand escalier avant celle des ducs florentins. Et quand on se reporte à ce qui se faisait alors dans toute l'Italie, à ce qu'ils y ont fait euxmêmes, à leurs habitudes princières^ au luxe et au bienêtre dont ils s'entouraient, on ne peut guère hésiter à leur attribuer ce grand escalier, construit après coup, et dont ni eux ni leur cour ne pouvaient se passer. Du reste, je reviendrai plus tard sur cette question du grand escalier, et l'on verra clairement qu'autant il s'accorde avec les usages italiens du temps des républiques, autant il est en contradiction avec ceux de toute l'antiquité grecque. Il restera démontré que nous pouvons, avec une extrême vraisemblance, qualiGer ces degrés du nom A'escalier d'Ac-cimuoli ou d'escalier florentin.

La porte inférieure était (paiement florentine, puisqu'elle donnait accès au palais. La porte déblayée par M. Beulé n'existait pas encore au temps de Nério. Les degrés s'arrêtaient en bas à un palier long et étroit sur lequel donnait une porte placée au même niveau. Cet ensemble est net-

tement indiqué par un bandeau de marbre noir formant une faible saillie à la partie inférieure du mur. Plus tard, l'entrée qui existait au temps de Nério, et qui était contemporaine de son escalier, fut ruinée et transformée en une brèche ouverte. Quand on la répara, soit que Ton manquât de matériaux, soit que Ton fût pressé par le temps, ou pour toute autre raison, on ne releva point le seuil à la hauteur qu'il avait ; la porte fut abaissée, et l'on se trouva devant un vide que l'on franchit au moyen de quelques marches faites h la hâte sur le côté droit de la nouvelle porte. Cet état de choses est très-exactement décrit par M. Beulé et bien représenté dans le plan qui accompagne son exposition.

On trouve dans ce coin de l'Acropole des débris de toutes les époques et des ouvrages toujours ajoutés les uns aux autres : les constructions helléniques, figurant comme deux tours à droite et à gauche de la porte ; le mur qui, [k l'intérieur, forme leur quatrième côté, et qui est contemporain du grand escalier, comme le prouve le bandeau noir; la porte avec la portion de ce même mur construite en assises de marbre blanc et surmontée ridiculement de deux rangées de triglyphes superposées; enfin le bastion turc qui formait l'extérieur de ces constructions.

Il ne peut pas s'être écoulé beaucoup d'années entre la construction de la première porte et celle de la seconde, car la première étant, de l'aveu de tout le monde, contemporaine de Tescalier, et celui-ci ayant été enseveli sous terre par les Turcs dès le commencement de leur domination en Grèce, il ne reste, si l'escalier est l'œuvre de Nério, que soixante ans pour expliquer la destruction de la première porte et la construction de celle qui existe. Or, dans cet intervalle, compris entre les années 1394 et 1456, y a-

t-il des faits historiques qui puissent expliquer ce changement?

L'histoire des derniers ducs florentins nous répond. Le successeur immédiat de Nério, Antonio, orna beaucoup la ville d'Athènes, et même autant qu'il le put, nous dit Ghalcocondyle (p. 216, dans le Corp. hyz. hisL). Ce fut lui qui fit placer au Pirée, sur le quai d'embarquement, les deux lions antiques qui sont maintenant à la porte de l'arsenal de Venise. Mais les bonnes dispositions de ce duc furent contrariées par un acte Gnal de son prédécesseur. En mourant, Nério avait transféré le titre de légat de TAttique à la république de Venise et n'avait laissé que Thèbes et les pays circonvoisins à son fils naturel Antonio. Celuici n'accepta pas le transfert et vint assiéger Athènes. Les troupes vénitiennes, dit Fanelli (Al. all.^ p. 29i)y avançaient d'Eubée vers la ville, quand elles furent détournées par Antonio et se retirèrent. Le siège continua. Des traîtres lui ouvraient les portes ; mais lui n'en continua pas moins à abattre la forteresse avec une féroce constance. En peu de jours, il la soumit et resta proclamé duc d'Athènes. » Il fit ensuite sa paix avec Venise.

Le récit qui précède répond à la question qui nous occupe, car lorsque Fanelli raconte qu'Antonio abattait la forteresse, il ne saurait être question des remparts de couronnement, qui n'étaient pas accessibles. Nous voyons encore aujourd'hui que les murs latéraux, attribués à Justinien, n'ont soufiert qu'à leur partie supérieure. 11 ne reste donc à envisager que la portion vraiment accessible do la forteresse, c'est-à-dire l'espace compris entre la porte G et l'angle nord-ouest de l'escalier, mais surtout la porte d'Acciaiuoli. C'est donc elle, selon toute apparence, qui fut battue en

brèche par Antonio, et c'est lui qui dut la réparer dès qu'il fut muni du titre de duc. J'ajoute qu'il dut faire cette réparation à la hâte, car à cette époque Âmurat était en Phocide. La fin des Acciaiuoli d'Athènes ne fut ni heureuse ni glorieuse. Antonio étant mort en 1435, eut pour successeur un jeune homme de vingt-deux ans, Nério II. Franco, qui vint après, ne sut point conserver sa paix avec le sultan. Mahomet il envoya contre lui Omar, qui assiégea Franco dans l'Acropole et le força enfin à la rendre. La reddition se fit à l'amiable, et le duc florentin reçut en échange Thèbes et la Béotie, qui déjà étaient au pouvoir des Ottomans. Plus tard une conspiration se forma dans Athènes pour en chasser les musulmans et y rétablir Franco ; mais elle fut découverte. Les principaux citoyens furent transportés à Byzance, et le chef Dimitrios fut interné à JEuos avec une forte pension payée sur les revenus de cette ville. Quant à Franco, le sultan l'envoya h Zagan, gouverneur du Péloponèse, avec l'ordre de le faire mourir. {Chalc.y p. 483). C'est au mois de juin de l'année 1456 que la ville et l'Acropole d'Athènes avaient été remises entre les mains des musulmans {Pelile Chron.^ p. 520).

y' ÉPOQUE

ou ÉPOQUE DE JUSTINIEN

Sylla avait pris Athènes le 1^' mars de Tannée 86 avant J.-C. Depuis cette époque jusqu'en 1204, date de la conquête de Constantinople par les croisés et de la fondation de l'empire latin, il y eut trois moments principaux où les constructions antiques furent réparées et où la ville se vit embellir d'édiCces nouveaux : ce sont les époques d'Adrien, de Valérien et de Justinien. Entre Sylla et Adrien, l'histoire ne mentionne que peu de constructions nouvelles ou de réparations. Après Justinien, c'est-à-dire pendant plus de six siècles, Athènes est abandonnée, et la Grèce est presque sans interruption assaillie ou traversée par des envahisseurs barbares qui ne laissent après eux que la dépopulation. Cette dernière période ne semble pas avoir rien édifié dans Athènes; du moins on n'y trouve aucune ruine^ si ce n'est peut-être une ou deux chapelles, qui puisse lui être attribuée. Cependant ce fut vers le milieu du VIP siècle que le Parthénon fut transformé en une église de style byzantin^ construite dans son intérieur. Nous en parleronsi ci-^rès.

Le sac d'Athènes par Sylla et la destruction de ses murailles ouvrirent la ville au premier venu et la mirent hors d'état de tenter la moindre résistance. Fufius Galenus, lieutenant de César, y entra sans difficulté en 47^ et soumit promptement Mégares et tout le Péloponèse.

Après la bataille de Philippes, Antoine était resté quelque temps à Ampbipolis pour y lever le tribut; puis il était venu s'établir à Athènes. Il était d'un caractère doux et de mœurs faciles. Il rendit à cette ville plusieurs îles de la mer Egée et se fit aimer des Grecs. Il y passa avec Octavie l'hiver qui suivit le traité de Brindes. C'est alors qu'il épousa Minerve en grande cérémonie et se fit donner une dot de mille talents. C'est d'Athènes aussi qu'il répudia Octavie. Le 4 septembre 31 eut lieu la bataille d'Actium.

La Grèce était épuisée par plusieurs siècles de guerre et de servitude, et par les prodigalités romaines. Octave, qui vint à Athènes après la victoire d'Actium, donna au pays quelques immunités; mais la fondation de Nicopolis, à l'entrée de ce qu'on appelle aujourd'hui le golfe d'Arta, montre que l'on attachait peu d'importance aux anciennes villes et que Rome songeait avant tout à son propre intérêt. Il y avait certainement chez les Romains un courant d'idées défavorable aux Hellènes : c'est ce que prouve l'animosité de Virgile contre ce peuple, et le parti qu'il prend sans cesse pour les Troyens auxquels Rome, et en particulier la famille des Jules, faisait remonter son origine.

Agrippa avait été chargé de pacifier le Bosphore, et avait été gouverneur de Syrie. En l'an \ 9, Auguste lui donna en mariage sa fille Julie, veuve de Marcellus. Il mourut sept ans après. C'est en son honneur que fut élevé le piédestal, alors surmonté de sa statue, qui existe encore en avant de

la Pinacothèque. Pausanias, qui eii parle avec dédain, dit en passant qu'il ne sait pas si sur ce piédestal il n'y a pas eu des statues élevées aux fils de Xénophon. Il devait bien le savoir: car il suffit de jeter .un coup d'œil sur cette construction pour voir qu'elle n'est pas d'époque hellénique. Non seulement elle est dépourvue d'élégance et mal proportionnée; mais en outre elle est formée, comme beaucoup de constructions romaines, d'assises alternativement hautes et basses, dont les unes sont posées à*plat pour la solidité, et les autres mises de champ et comme un revêtement pour économiser le marbre. Ce marbre est d'ailleurs de qualité médiocre, se détruisant par écailles et incapable de résister à l'usure du temps. Les Grecs des beaux siècles de l'art construisaient en blocs égaux formant des assises épaisses et solides dont les pièces étaient parfaitement assemblées. C'est à une époque de décadence relative que l'on se mit à bâtir de l'autre façon et à prodiguer le marbre bleuâtre de THymelte, beauccnip moins solide que le marbre blanc du Pentélique. Le portique d'Âttale, dont les ruines se voient dans la ville, au sud-est du temple de Thésée, est déjà construit à la manière grécoromaine.

La disposition du piédestal d 'Agrippa, en avant et à l'angle de la Pinacothèque, prouve qu'à cette époque il n'y avait point d'escalier devant les Propylées et que l'on n'avait pas la pensée d'y en construire un. En effet, il est placé de biais par rapport au plan général, et il empiète notablement sur l'espace qui aurait appartenu à cet escalier. Rien n'eût été plus facile que de le reculer d'une quantité suffisaiite pour ne point gêner les marches et de le mettre dans l'alignement. Si cela ne fut pas fait, c'est que l'idée même d'un

grand escalier n'existait pas, soit comme projet pour Tavenir, soit comme tradition. Comment admettre d'ailleurs qu'un tel escalier, qui eût été sans doute construit avec un aussi grand soin que les autres édifices d'Athènes, eût complètement disparu au temps d'Agrippa ? Si, établi par Périclès, il eût subi peu après quelque dommage, n'eût-ii pas été réparé au temps de Lycurgue? Et peut-^n croire que les parties latérales, beaucoup moins fréquentées et moins usées que le milieu, n'eussent pas subsisté sur une assez grande étendue pour forcer le piédestal à s'aligner avec les degrés ? Il faut donc penser qu'au temps d'Auguste l'espace qui s'étend devant les Propylées, entre leurs deux . ailes et au-dessous, était libre et non recouvert par un escalier. Le piédestal est à la distance de 1°" 60 de Tante de la Pinacothèque. En outre, il est pour ainsi dire à cheval sur les fortes assises d'un mur antique dont nous parlerons ciaprès, et qui avançait en saillie un peu plus que lui. Il faisait ainsi une sorte de pendant au pyrgos de la Victoire aptère, et il était assez haut pour que la statue . du gendre d'Auguste fût à peu près au niveau de celle de la déesse et de son petit t^nple. C'étaient deux divinités protectrices qui se présentaient, comme la grande Minerve Promachos, aux regards de ceux qui montaient à l'Acropole. On passait d'aboi*d sous le pyrgos, ensuite sous le piédestal. De loin on apercevait à la fois l'un et l'autre. Rome a mis ainsi partout où elle est allée le cachet de son autorité.

A la même époque ou à quelques années plus tard se rapporte le petit temple circulaire de Rome et d'Auguste dont une portion d'architrave et d'inscription se voit encore à terre, à l'est du Parthénon. Il est certain que ce pcAît édifice était sur l'Acropole, car plus tard on n'y eût pas

monte bes grands blocs de marbre, qui ne pouvaient ehtrer aisément dans aucune construction. Mais dans l'état présent de la surface du rocher, il'est impossible d'en reconnaître la place. M. Beulé Ta mis par hypothèse non loin de Tangle septentrional du Parthénon. Il s'est trompé. Cette partie de l'Acropole est totalement déblayée ; là se trouve une partie plus haute du rocher^ qui n'a jamais été entamée et n'a porté aucune construction en pierres de taille. Cette éminence fut coupée en ligne droite pour former une esplanade devant le Parthénon ; mais la partie qui fut laissée intacte avec toutes ses inégalités naturelles est précisément le point que choisit M. Beulé pour y placer le temple de Rome et d'Auguste. Quand on volt le lieu adopté pour le piédestal d'Agrippa, lieu choisi de telle sorte que la statue du gendre d'Auguste] fil pendant à la Victoire aptère, on serait porté à croire que ce petit temple n'était pas loin du lieu où l'on voit encore son architrave, et qu'on l'avait élevé entre l'autel de Minerve et le Parthénon : de cette manière les honneurs rendus à la déesse s'adressaient en même temps à Rome et au fondateur de l'empire. C'était une sorte de profanation, mais à laquelle les Grecs et les Romains étaient également habitués. Un Grec, longtemps auparavant, n'avait-il pas établi ses femmes dans le Parthénon? Antoine, tout récemment, n'avaît-il pas célébré son mariage avec Minerve? Toutefois, je ne propose cette place que comme une hypothèse, que l'état des lieux ne contredit pas et qui est d'accord avec les idées romaines de ce temps.

Les princes qui suivirent Auguste ne firent rien pour Athènes ; il faut atteindre le règne d'Adrien pour irouver une époque d'activité dans les travaux publics. Je ne parle pas en effet de la tentative faite par Néroa d'ouvrir un

canal à travers l'isthme de Corintbe. Si celle entreprise eût réussi, elle eût certainement changé les destinées, non seulement du Péloponèse, mais aussi d'Athènes, dont elle eût ranimé le commerce et qu^elle eût mise à l'extrémilé de la Grèce orientale, tandis qu'Athènes a vu pendant plus de mille ans les invasions passer sous ses murs sans s'y arrêter. Mais Néron, en essayant de couper l'isthme, avait en vue l'intérêt des Romains et non celui des Grecs. En outre, la superstition l'arrêta dès le début de son entreprise.

Adrien (117-138) fit beaucoup dans Athènes (pi. VIII). Mais il fit peu pour les Athéniens ; il ne fit rien pour la défense de la ville et la reslauralion de l'Acropole. Son contemporain, Hérode Alticus, fit plus que lui pour ses compatriotes. La porte à laquelle on a donné le nom d'Adrien séparait, comme le témoigne l'inscriplion qu'elle porte, la ville grecque de la ville romaine. La première s'étendait au pied de ^Acropole comme dans l'antiquité ; elle ne semble pas avoir jamais dépassé l'enceinte de murs dont on peut suivre encore la trace sur les collines et jusqu'au mur d'appui de l'Olympiéum. A partir de ce poinl, elle a suivi à peu près la même direction que la muraille turque dont j'ai parlé. Il n'est donc pas très-difficile de concevoir ce que c'élait que la ville romaine dont l'inscriplion donne une des limites. Au-delà de la Porte d'Adrien^ du côlé de l'est, le terrain va en descendant vers l'Ilissus, qui est trèsprès de là, et se relève rapidement sur Tautre rive de ce ruisseau. A parlir de celte porte, le mur hellénique allait s'écartanl de la rivière vers le nord et vers le sud, et laissait entre elle et lui un espace de plus en plus large. C'est là que s'étendait la ville romaine.

Pendant mon long séjour à Athènes, j'ai parcouru pas à

pas toute cette surface, et je Tai examinée sur toute son étendue. Quoique les ruines existantes se réduisent a peu de chose, on peut reconnaître encore, à la composition du sol, les points qui ont été occupés par des constructions et ceux qui sont restés libres. En outre, les Romains avaient Fhabitude de décorer leurs maisons et leurs autres édifices de plaques de marbre, surtout de marbre de couleur, scié en feuilles et poli sur sa face extérieure. Cet usage parait avoir duré beaucoup de siècles; il a été adopté par les Byzantins, pratiqué probablement par les Latins au moyen âge, et il l'est encore par les musulmans. Quand on a transformé a toutes les époques modernes les constructions anciennes en carrières, on a utilisé ces placages pour orner des salles, des vestibules, des bains, et pour faire ces petits cubes dont on composait les mosaïques. Les feuilles de marbre ont été brisées, et de nombreux fragments sont restés dans les décombres dont se compose le sol d'aujourd'hui. Ainsi, le long de Tllissus, sur ses deux rives, les fragments de poterie et de tuiles, dont le caractère antique se reconnaît aisément, indiquent les habitations ; les fragments de marbre de couleur indiquent les habitations romaines.

Près de la porte d'Adrien, le quartier romain parait avoir été composé de maisons et d'édifices agglomérés. A mesure que l'on s'éloigne, soit en amont, soit en aval de la rivière, les habitations sont de plus en plus écartées les unes des autres. En aval, la ville romaine descendait jusque vers l'endroit où est aujourd'hui un abattoir, là où l'Uissus passe dans une sorte d'embrasure entre la colline de l'ouest et un chaînon qui se rattache au mont Hy mette. En amont, elle remplissait tout l'espace occupé aujourd'hui par le

jardin royal et qui s'étend au-delà jusqu'au château de la duchesse de Plaisance; elle montait le long des pentes du Lycabelte et n'offrait plus sur l'autre rive que des maisons éparses, au milieu de jardins ou de champs étages. En résumé, la ville romaine occupait les deux rives de l'Uissus, ayant son principal centre vers la porte d'Adrien.

C'est d'elle surtout et de son bien-être que cet empereur se préoccupa, car c'est dans cet espace que Ton trouve les restes des édifices construits sous son gouvernement. Le temple de Jupiter Olympien ; les Thermes^ dont les fondations el les bassins ont été récemment mis au jour ; le grand bâtiment, quel qu'il soit, dont faisaient partie les mosaïques du jardin royal ; le grand égout qui, traversant l'avenue du Stade, descend à main gauche vers l'Ilissus, avaient en vue l'embellissement et la commodité du quartier romain. C'est aussi pour le bien-être des Romains, habitants de cette ville nouvelle, qu'avait été construit l'aqueduc récemment découvert et réparé par l'administration athénienne. Ses eaux, recueillies dans le vallon qui s'étend au pied du mont Hymette, étaient amenées par un conduit souterrain jusque sur le penchant du Lycabette, à une altitude de cent quarante-six mètres ; de là une série d'arcades, dont il existait encore des débris au temps des Turcs, les amenait dans la direction du jardin royal et du temple de Jupiter, là où se trouvait la principale agglomération romaine. Quant à la sloa ou portique d'Adrien, personne n'en connaît la situation dans Athènes. Ëtait-il dans la ville grecque ou dans la ville nouvelle? N'était-ce pas ce grand bâtiment où nous reconnaissons des thermes? La mosaïque du jardin royal n'en faisait-elle point partie? Est-il croyable enfin que ce portique, fait certainement en vue des jeunes Romains qui

continuaient de venir compléter leurs études à Athènes, ait été construit loin de leur pohée, dans une vieille ville qui ne répondait plus aux besoins de la civilisation italienne?

Hérode Âtticus pensa plus qu'Adrien aux Grecs dont il était le compatriote. Néanmoins le Stade^ qu'il garnit de sièges de marbre, était aussi dans la ville romaine au bord de rilissus. VOdéon de Regilla^ qu'il construisit au pied de l'Acropole, du côté du sud, était dans la ville de Thésée, mais pour ainsi dire au contact des quartiers romains. Ainsi toute la vie intellectuelle de l'Athènes impériale se concentrait du côté de l'est, sur les bords de Tllissus. Au contraire, l'ancienne ville s'était dirigée de plus en plus vers l'ouest, c'est-à-dire vers la plaine et les ports, où le commerce l'attirait. La vie des Romains d'Athènes était une vie d'études et de diteltantisme que le commerce et la guerre ne pouvaient que troubler. On habitait des maisons avec des jardins et des terrasses, sur le penchant des collines, en vue de la mer. De là, on r^ardait l'Acropole et ses temples, sans se préoccuper du rôle de citadelle qu'elle ne jouait plus. Depuis que les Grecs avaient en grand nombre émigré vers l'Egypte et ensuite vers Rome, Athènes n'était plus qu'une ville de peu d'importance, comme place de guerre ou de commerce ; la vie politique y était éteinte. Ce n'était plus que la ville des souvenirs, où continuait de fleurir le professorat.

La grande extension de la puissance romaine et sa forte oi^anisation militaire avaient refoulé la guerre vers les frontières et passé en quelque sorte par dessus la Grèce, que ses propres tyrans avaient dès longtemps ployée à la servitude. On fortifiait l'empire à ses extrémités : Adrien, qui faisait construire dans Athènes des temples, des aqueducs

et des portiques, élevait aussi cette grande muraille de quatre-vingts milles qui séparait TËcosse de TAngleterre et devait arrêter dans leurs incursions les Pietés et les Calédoniens* Mais depuis l'époque où Sylla avait renversé les murs d'Athènes, aucun Romain n'avait eu la pensée de les réparer. S'il est vrai que des brèches furent faites alors aux murs de l'Acropole et que l'entrée en fut démantelée, elles restaient certainement ouvertes sous Adrien comme sous ses prédécesseurs. Il est curieux d'observer que le voyageur grec Pausanias, qui vint deux fois h Athènes pendant le règne de ce prince, ne dit nulle part que l'Acropole fût Une citadelle fermée et en état de défense. Il ne parle ni de portes fortifiées, ni de gardiens armés. Il y entre et il en sort avec une entière liberté, comme si l'Acropole était déjà un musée.

Son séjour à Athènes est partagé en trois journées^ comme dirait un voyageur anglais. En venant du Pirée à la ville par la route extérieure qui portait le nom d'hamaxilos^ c'està-dire carossable, il voit sur sa droite les ruines du mur de Conon, qui faisait partie de la grande enceinte, et il entre par la porte Piràique. A peine dans la ville, il se trouve au lieu nommé Pompeion^ où se conservait le matériel de la fête des Panathénées. Comme cet édifice a été probablement remplacé chez les chrétiens par l'église, aujourd'hui disparue, de sainte Paraskévî^ on peut considérer comme un fait certain que la porte Piraïque et le point de départ de la route du Pirée étaient dans la dépression du terrain entre la colline de l'Observatoire et celle de Saint-Anastase, là où est aujourd'hui un parc aux bœufs. Le dessin de M. Lacroix montre que la muraille turque ne s'étendait pas jusque-là, et qu'après avoir touché l'angle occidental du

temple de Thésée elle se dirigeait vers la crête de l'Aréopage. Mais la porte turque nommée Arslan kapousi s'ouvrait dans la même direction. A partir du Pompeion, Pausanias traverse le Céramique intérieur, passe au Bouleutérion, à rodéon, et va jusqu'à TEnnéacrounos, qui était située non loin de l'Ilissus, assez près du temple de Jupiter.

La seconde journée du voyageur grec le mène du Céramique au Stade. Il passe par la Pécile et l'Agora ; il laisse au-dessus de lui, à sa droite, le sanctuaire d'AgrauIos dont la situation n'est pas douteuse. Il touche au Prytanée : selon toute vraisemblance, cet édiûce était situé sur la rue moderne d'Adrien, non loin d'un ancien bain turc, peutêtre à la maison Gaspary. Pausanias franchit ensuite le col qui réunit l'Acropole à la petite éminence de l'église Saint- Nicodème et descend vers le temple de Jupiter Olympien. Là, il s'arrête un instant pour énumérer les édifices construits ou achevés par Adrien, puis il traverse le quartier des jardins et va jusqu'au Cynosarge, qui était sur la rive droite de l'Ilissus, là où est le monastère des Asômati. En revenant, il rencontre le Lycée, traverse la rivière, voit le quartier des Agrai, c'est-à-dire des chasses, et s'arrête au Stade. Il a donc traversé toute la ville d'Athènes; il en est sorti par la porte d'Adrien ; il est passé là où se trouve aujourd'hui le jardin royal; il a suivi le chemin qui menait au Cynosarges, et il a dû atteindre cette route non loin d'une des portes de la ville. Et cependant il ne parle ni de portes où il serait passé, ni de murs qu'il aurait vus. Ne devonsnous pas en conclure que l'enceinte de la ville était alors à peu près dans l'état où elle est aujourd'hui? Deux siècles en effet s'étaient écoulés depuis que Sylla l'avait démolie. Il avait pu sans doute se contenter d'y faire de larges

brèches. Mais par le fait, les murs ne pouvant et ne devant plus servir a la défense de la ville, et la cité romaine s'élevaut sur d'autres terrains, les pierres et les briques des remparts durent servir pour d'autres constructions, et les murs disparurent avec le temps. En outre, toute la partie septentrionale de Tenceinte était, à partir d'une certaine hauteur, construite en briques crues. Comme on cessait de l'entretenir, il ne fallut pas beaucoup d'années pour transformer la fortification en une longue bande de terre, qui finit elle-même par s*aplanir. Ainsi nous avons des raisons sérieuses de penser qu'au temps de Pausanias, Athènes était une ville ouverte, du moins en grande partie, et que, si elle était entourée d'un mur, c'était d'une sorte de mur d'octroi et non plus d'une fortification.

La troisième journée du voyageur grec est consacrée aux parties hautes de la ville. Il part du Prytanée, dont j'ai indiqué tout à l'heure la situation probable. Il suit la rue des Trépieds dont un point est marqué par le monument de Lysicrate et un autre point par des constructions solides mises au jour en 1875, un peu au nord-ouest de cet édifice, et aujourd'hui renfermées dans une cave. Pausanias passe au théâtre de Baccbus, au-dessus duquel H signale la grotte consacrée maintenant à la Panagia. Sur le mur de l'Acropole, qui est le mur de Cimon et qui regarde le midi, il aperçoit une égide, probablement en marbre, au centre de laquelle était une tête dorée de Méduse. Remarquons en passant que cette égide devait se trouver vers l'angle de l'Acropole, puisque Pausanias la cite avant la caverne, qui cependant n'est éloignée de cet angle que de quelques mètres. La tête de Méduse devait regarder le levant et réfléchir les rayons du soleil quand il paraissait au-dessus de

THymette. Mëduse était en effet une des formes secondaires de l'aurore ; Âtbéna en était la figure principale, comme je l'ai établi dans ma Légende athénienne. Autrement on ne s'expliquerait par la présence de cette égide isolée su^ le bord de la fortification.

Pour comprendre l'état des lieux à l'époque où Pausanias y passa, nous devons supposer enlevés les immenses talus de terre qui se voient entre les deux théâtres ; il faut aussi faire abstraction de la muraille turque qui les réunit et qui faisait partie du recinlo basso au temps de Vernéda. La masse de décombres accumulés dans cet espace est à peu près de cent mille mètres cubes. Le tombeau de Talôs ; le sanctuaire d'Asclépios, avec sa fontaine ; le temple de ThémiS) avec le tumulus d'Hippolyte situé devant lui ; enfin l'Aphrodite-pandémos, étaient selon toute apparence dans l'intervalle compris entre les deux théâtres. Celui d'Hérode n'était pas encore construit lors du premier voyage de Pausanias. Il n'est pas possible que, pour établir cet édifice, on ait occupé quelqu'un de ces lieux consacrés. Au-delà du théâtre d'Hérode, il y avait un terrain montant sur lequel pouvait, à la rigueur, se trouver l'Aphrodite-pandémos. Mais nous ne savons pas où passait le chemin suivi par Pausanias, ni même s'il ne passait pas au-dessus du théâtre, entre son mur de clôture et les rochers de TAcropole. Ce problème se résoudra peut-être quand on entreprendra le dégagement définitif de la citadeUe (pi. IX).

Avant d'arriver aux Propylées, Pausanias rencontre un petit sanctuaire de la Terre-courotrophos et de Dêmêtercbloé. Comme il en est question dans Aristophane et qu'il appartenait évidemment à une époque ancienne, nous en

parlerons au chapitre suivant. Disons seulement ici que cet édiGce, d'une dimension sans doute analogue à celle du temple de la Victoire aptère, devait être situé au pied du pyrgoSj au dehors delà fortiûcation.

De la le voyageur grec se trouve tout d'un coup devant les Propylées. Par conséquent, s'il y avait alors pour entrer a l'Acropole une porte extérieure autre que celles de cet édifice, elle était nécessairement soit au pied du pyrgos, là où se trouve la porte G, soit plus loin, à l'angle de la Pinacothèque, dans un mur qui aurait fermé le passage entre les deux ailes des Propylées. Pausanias ne parle ni de l'une ni de l'autre ; il est à supposer qu'il n'y en avait pas de son temps et que du dehors on arrivait, sans être arrêté, jusque dans le chemin creux du bâtiment central. C'est ce qui explique son expression : « 11 n'y a qu'une entrée à l'Acropole, » expression difficilement intelligible dans toute autre hypothèse. Après avoir visité la citadelle, il redescend par le même endroit, et il se trouve à l'escalier de Pan, situé en avant de la Pinacothèque, et dont je parlerai au chapitre suivant. Il passe auprès d'une fontaine, la Clepsydre, d'un hiéron d'Apollon et de Pan, situé dans une grotte, et il se rend aussitôt à l'Aréopage ; c'est un rocher situé en avant et au-dessous de la citadelle. Sur sa cime Pausanias trouve un autel d' Alhena-areia dont j'ai parlé dans ma Légende athénienne. Je rappellerai seulendent ici que ce surnom de Minerve parait être identique à l'épithète aryâ que l'on donnait dans l'Inde et la Perse à un grand nombre de divinités, ainsi qu'à la race aryenne. Athéna n'avait avec Mars (Ares) aucune relation qui puisse expliquer raisonnablement ce terme. Enfin c'est probablement Athéna-areia, et non Mars, qui donna son nom à l'Aréopage, quoiqu'une

partie des auteurs anciens et presque tous les modernes interprètent ce nom par colline de Mars.

Quoi qu'il en soit, Pausanias continue sa route vers le nord-ouest et atteint le sanctuaire des Semnai ou déesses vénérables, c'est-à-dire des Euménides, sanctuaire dont Tenceinte renfermait un monument d'OEdipe. Il voit le vaisseau sacré qui servait à la pompe des Panathénées. Puis il passe à l'Académie.

Il est clair, par la description de Pausanias, que presque toutes les constructions de l'antiquité existaient encore de son temps. Son silence relativement aux portes et aux murs de la ville nous autorise à croire que l'enceinte avait presque entièrement disparu pendant les deux siècles qui le séparent de Sylla. EnQn l'entrée même de l'Acropole parait avoir été dépourvue alors de toute clôture extérieure. S'il y eût eu là un grand escalier, même en ruines, c'eût été un ouvrage unique dans toute la Grèce, et qui eût contrasté singulièrement avec les habitudes des Hellènes. Peut-on croire que Pausanias l'eût passé sous silence, lui qui parie de cette masse difforme qu'on nomme piédestal d' Agrippa? En outre, au lieu d'entrer, comme on le fait aujourd'hui, en passant sous le pyrgos de la Victoire, il eût vraisemblablement abordé les Propylées par le bas de ce grand escalier et par une porte, détruite plus tard, à laquelle aurait succédé la porte des Acciaiuoli. Il y aurait eu là un ensemble de constructions assez important pour que Pausanias l'eût remarqué et en eût dit quelque chose. Il est probable au contraire que les ouvrages extérieurs découverts par M. Beulé étaient en ruines et en partie cachés sous terre quand le voyageur grec visita l'Acropole, et que deux montées seulement y donnaient accès : celle du sud, qui sert

encore aujourd'hui, et celle du nord ou escalier de Pan, que j'ai déblayé en 1874. Ces deux montées se réunissaient quelque part, près du piédestal d' Agrippa ; et de là, par un seul chemin, on arrivait aux Propylées.

Les fortifications d'Athènes ne commencèrent à préoc* 4:uper de nouveau les esprits qu'à Tépoque où les barbares menacèrent la Grèce. Les invasions avaient commencé dès la fin du règne de Caracalla, c'est-à-dire environ quatrevingts ans après Adrien. Trente-deux ans plus lard, en 250, Décius fermait aux Gotbs les passages du Danube. Néan* moins, trois ans après, sous le règne de Gallus, ils descendaient jusqu'en lllyrie, où ils étaient battus parËmilien. Un peu auparavant^ ils avaient pénétré dans la Thrace et la Macédoine. Pendant le règne de Yalérien, les Goths faisaient sur la mer Noire, le Bosphore et la Propontide ce que firent plus tard les Normands sur d'autres rivages : ils venaient par mer, divisés en petites bandes, faisaient une descente à l'improviste sur quelque point mal gardé, pillaient une ville, une campagne et se retiraient chargés de butin.

Ce fut une grande faute de la part des Romains d'avoir démantelé toutes les villes et les forteresses pour mieux assurer leur propre domination. Quand ils changèrent la Grèce et TAsie en province romaine, le monde hellénique était habitué à la servitude ; lès insuirections y étaient d'autant moins à craindre que la civilisation grecque étant épuisée, chacun ne désirait plus quç la paix. La Grèce n'avait plus d'habitants : Plutarque dit que, de son temps, toute la contrée n'aurait pu armer plus de 3,000 hoplites, tandis que Sicyôn et Mégares en avaient envoyé chacune autant à Platées. Lucien^ dans la seconde moitié du

deuxième siècle, oppose la vie paisible et honnête des Athéniens au luxe et à l'extravagance de Rome (Nigrin). De tels sujets n'étaient pas difficiles à contenir. Mais quand les peuples du Nord, avec toute l'énergie de races jeunes et barbares, fondirent sur l'empire romain, il fallut refaire précipitamment les fortiûcations autrefois démolies et abandonnées pendant plus de trois siècles.

« Valérien, dit Zosime (I, 29), s'efforçait de remettre les choses en bon état. Les Scythes étaient en mouvement, et les Marcomans aussi faisaient des irruptions aux frontières de l'empire ; Thessalonique courait le plus grand danger ; la résistance énei^ique des habitants en fit lever le siège, mais la Grèce était pleine de trouble. Les Athéniens s'occupaient de leur mur, qui n'avait été jugé digne d'aucun soin depuis que Sylla l'avait détruit. Les Péloponésiens coupaient l'isthme par une muraille. » Ce texte ne nous fait connaître que d'une manière bien vague les réparations ou les constructions nouvelles exécutées au temps de Valérien. L'expression too tUxwç peut se rapporter également à l'Acropole et à l'enceinte de la ville. On croit généralement que l'œuvre de cette époque consista dans la construction d'un nouveau mur qui commençait au pied du rocher sous la Pinacothèque, descendait au portique d'Attalë, et là, tournant à l'est, enfermait une étroite portion de terrain sur la pente nord de la citadelle. Les ruines de ce mur existent en effet; il était garni de tours dont plusieurs existent encore sur les ruines du portique. A sa partie supérieure, il aboutit au pied du bastion d'Odyssée, sous la maçonnerie duquel il pénètre. Mais comme je n'ai point été autorisé à démolir ce bastion, je n'ai pu voir le raccordement du mur avec les rochers de la citadelle. A l'endroit où il s'engage sous

le bastion, le mur dit de Valérien n'a pas moins de trois mètres d'épaisseur : il est formé de deux parements de pierres de taille dont Tintervalle est rempli par des pierres plus petites et de la terre. Ce qui indique Tépoque assez récente de sa construction, c'est que les tailles des parements sont unies par du mortier. Ce mode de construction a fait croire à M. Bpetticher {Untersuch. auf d. Acropolis^ 1862, p. 221) que ce n'était point là un mur de fortification, mais seulement le reste d*un canal de la Clepsydre. L'opinion du savant allemand n'est pas seulement contredite par les textes de Yitruve, qui recommande de construire ainsi les enceintes des places fortes ; elle est en opposition avec les faits, puisque les murs antiques d'Athènes, dont la société archéologique de cette ville a déblayé récemment la partie attenante au Dypilon, n'étaient pas construits autrement. On remarque le même mode de construction aux fortifications du Pirée, à celles de Sunium et dans beaucoup d'autres endroits. Celles de Sunium ont 2"" 75 d'épaisseur; elles sont formées de deux parements de grandes pierres remplis de pierrailles et de terre.

Les fortifications turques, destinées à résister au canon, étaient d'une maçonnerie plus solide que le mur dont nous parlons, qui est certainement antérieur à 1456. Le mode de construction qui vient d'être décrit n'est pas non plus italien ou français, et ne rappelle en rien ce que le moyen âge a laissé en Occident ; il nous force donc à remonter audelà de 1205 et de l'arrivée des Latins. Il faut remonter beaucoup plus haut dans l'histoire pour trouver une époque où cette sorte d'enceinte basse ait pu être construite. Le bastion (pi. IX, 4) dont je parlerai tout à l'heure, et auquel a été pour ainsi dire accolé celui des Turcs en avant de la

porte des Âcciaiuoli, est selon toute probabilité de Tépoque de Justinien et indique un changement notable dans la manière de construire une fortlficalion ; ce changement nous rejette au-delà du VP siècle. Or nous avons vu que les empereurs romains, comme cela est attesté par Zosime, n'avaient rien fait d'analogue depuis Sylla jusqu'à.Valérien. L'époque relativement moderne du mur en question est en même temps attestée par l'existence au-dessous de lui d'une construction hellénique (pi. XV), qui le coupe en biais au-dessous de l'angle du bastion d'Odyssée. J'ai mis cette construction au jour en 1874. Tous ces faits réunis nous amènent en effet à l'époque de Yalérien. Si nous attribuons à ce temps le mur dont il est question, nous devrons admettre que touteUa ville d'Athènes ou du moins sa partie défendable se réduisait à la petite portion de terrain qu'il enfermait sur le versant nord de l'Acropole ; l'ancienne ville hellénique avait été diminuant, et la population, en partie composée de Romains, s'était fixée sur les bords de TUissus, sans muraille pour la protéger contre un ennemi dont on n'avait pas prévu les irruptions.

C'est ici le lieu de parler d'une médaille (pi. X) conservée au Cabinet des médailles de Paris et dont on a tiré des conséquences bien arbitraires. Sa largeur est de 23 millimètres ; elle porte en relief le mot aohn, c'est-à-dire AeHNAiaN, en caractères de l'époque impériale. Elle représente l'Acropole d'Athènes : sur le rocher se voit, du côté gauche, le Parthénon ; à droite du Parthénon, la grande statue de Minervepromachos, et tout à fait à droite les Propylées, auxquels monte un escalier continu formé de deux séries de marches dont l'une incline vers la gauche et celle de dessus vers la droite. A gauche de l'escalier, on aperçoit une grotte

dans laquelle, au moyen d'une loupe, on distingue une petite statue assise portant la main vers son visage. Les six objets que je viens d'énumérer sont aisément reconnaissables. Sur le rocher, le Parthénon, la grande statue, les Propylées, la grotte avec son petit personnage, personne ne saurait hésiter. Mais quand Tescalier de Pan n'était pas encore déblayé, on a pu élever quelques doutes sur celui qui est ici représenté et y voir le grand escalier dont la construction doit être attribuée aux Florentins. Depuis Tan^ née dernière, où j'ai mis au jour l'escalier antique taillé dans le roc et auparavant caché sous la maçonnerie du bastion d'Odyssée, on ne peut plus méconnaître celui des deux qui est ûguré sur la médaille. En effet, celle-ci représente l'Acropole du côté du nord, puisque le Parthénon y est à gauche et les Propylées à droite, et que Ton y distingue la grotte et la statue de Pan. Si le dessin représentait le grand escalier, les Propylées seuls s'apercevraient au centre de la Qgure, ou bien, en supposant l'Acropole vue de loin, la Promachos serait au-dessus des Propylées, ainsi que le Parthénon, dont on n'apercevrait que la partie supérieure à droite. Il n'est donc pas douteux que la médaille représente la face septentrionale de l'Acropole, ce que l'on appelait les Macrai Petrai^ les Longs-Rochers. Or, dans cette direction, il serait absolument impossible d'apercevoir le grand escalier, puisque, si on le regarde comme antique, il était caché derrière le mur et les tours dont il était encadré. De plus, la médaille ne le figurerait pas brisé de cette manière, mais droit ou même brisé dans l'autre sens. Enfin, si l'artiste avait eu à représenter ce grand escalier, dont la longueur et la laideur ne sont pas fort différentes, il n'en eût point fait une sorte d'échelle, étroite

et l(»igue. Il Teût mis, comme on Ta fait pour une autre médaille figurant le théâtre de Bacchus, au centre de là figure, avec les édifices antiques à sa partie supérieure. C'est donc l'escalier de Pan, avec sa double montée, qui se voit sur cette représentation.

Ce fait étant établi, nous pouvons en conclure que le grand escalier n'existait pas quand fut frappée la médaille. Autrement peut-on supposer que l'artiste eût préféré y mettre le maigre escalier de Pan, qu'un si grand ouvrage de marbre eût sans contredit fait tomber depuis longtemps dans l'oubli, ouvrage qui eût été une des merveilles de la Grèce et qui fournissait au dessinateur un motif plus grandiose? Le chétif escalier de Pan étant hors d'usage, l'idée même de le reproduire ne fût pas venue à l'esprit de celui qui a commandé la médaille ni de l'artiste qui l'a exécutée. On est donc en droit de conclure qu'à cette époque le grand escalier n'existait pas et qu'il est bien réellement de l'époque florentine.

Il resterait à déterminer l'âge de la médaille. Nous avons dit que la forme des lettres indique la période des empereurs. M. Ch. Lenormantla considérait comme postérieure au r^ne d'Adrien, se fondant principalement sur le style et l'imperfection du dessin. M. l'architecte Donaldson, dans son Àrchileclura numismalica^ donne la reproduction de quatre-vingt-dix médailles représentant des édifices. Quatrevingt-six sont des empereurs romains ou de leurs femmes et portent leurs noms. Sur ce nombre, huit sont antérieures à J.-C, et de ces huit sept sont d'Auguste et une d'Antio-chus VIII. Vingt et une sont du premier siède, vingt et une du second, trente et une du troisième et une seulement du quatrième.

La plus ancienne médaille grecque de la série est du temps de Claude et reproduit le sanctuaire de Diane à Ëphèse. Une autre, du temps de Domitien, figure celui de Junon à Samos. Il faut ensuite passer à Tannée 138, commencement du règne d'Antonio, où Ton trouve une médaille figurant le phare d'Alexandrie.

La Grèce proprement dite n'est représentée que par trois médailles, une de Gorintbe, qui reproduit le temple de Mélicerte ; les deux autres d'Athènes figurant, l'une le théâtre de Bacchus, l'autre la face septentrionale de l'Acropole. M. Donaldson considère ces deux dernières comme étant du troisième siècle : non seulement c'est ce siècle qui offre les plus nombreuses empreintes de ce genre; mais les deux médailles se rapportent à cette époque par leur style et leur genre de fabrication. Nous ne serions peut-être pas loin de la vérité en supposant que la seconde fut frappée en souvenir des travaux exécutés à l'Acropole, c'est-à-dire au temps même de Yalérien. Nous y trouverions la preuve qu'à cette époque il n'y avait pas de grand eocalier devant les Propylées et que l'escalier de Pan était à ciel ouvert ; que par conséquent la voûte que j'ai démolie n'existait pas et que la porte byzantine H, déjà signalée par Yernéda, n'était pas encore percée ; enfin nous aurions la certitude qu'au troisième siècle l'escalier taillé dans le roc à droite de la grotte de Pan conduisait encore aux Propylées.

Valérien mourut en 259. L'année suivante, les Allemands descendaient jusqu'à Ravenne. Sous Gallien, qui lui succéda, les Goths, que les chroniqueurs byzantins appellent des Scythes, suivirent l'Uellespont, pillèrent les îles de la mer Egée, les côtes d'Asie Mineure, celles de Grèce et vinrent à Athènes. Zosime rapporte qu'ils la prirent d'assaut,

ixKohopxifitmfTWy cc qui siippose que ses murs avaient été relevés. En effet, Tannée précédente/en 267, un officier nommé Cléodamos avait été envoyé de Byzance à Athènes pour réparer les fortiûcations. Il reste peut-être au Dipylon quelques traces du travail exécuté alors (I, 39). Cédrénus, moine chroniqueur du XP siècle, qui rapporte le fait précédent au règne de Claude II, dit qu'après avoir pris la ville, « ils réunirent tous les livres pour les brûler, lorsque Tun d'eux, mieux avisé que les autres, les en empêcha en disant qu'en s'occupant de ces livres les Romains négligeaient la guerre. » Si ce fait, qui se serait passé en 268, est vrai, nous pourrons en conclure qu'a la fin du \\V siècle Athènes était une ville d'études; elle le fut encore pendant deux siècles et demi. Zonaras, écrivain du XIP siècle, rapporte (I, p. 635) qu'un militaire athénien, nommé Dexippos, avec quelques gardiens de l'Acropole et des habitants de la ville, forma un corps de deux mille hommes, qu'il posta dans le bois d*oliviers, et qu'ensuite il cerna les Goths et les força de quitter Athènes. C'est avant de partir qu'ils auraient tenté de brûler les livres.

Le règne d'Aurélien fut marqué par des guerres heureuses sur toutes les frontières de l'empire, contre les Allemands, contre Zénobie et contre Tétricus ; son époque fut un temps de luxe et de faste. Mais on ne dit pas qu'il se soit occupé d'Athènes. Probus exécuta de grands travaux, par exemple le mur de Germanie, long de soixante lieues et fermant tout l'espace entre le Rhin et le Danube.

Lorsque Constantin eut fait de Byzance la seconde capitale de l'empire, en 330, la grande destinée de cette ville détourna définitivement tous les regards de la bourgade qui se nommait Athènes. Mais Constantinople était presque

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à la limite du monde gréco-romain. Les empereurs sf". virent contraints d'accueillir les uns après les autres les peuples barbares que la civilisation et les richesses du monde romain attiraient. Depuis leur origine, les Romains avaient toujours suivi cette politique d'étendre les droits de citoyen aux peuples qu'ils rencontraient devant eux et de les intéresser par là à la fortune de Rome. Mais ils ne donnaient ces droits à un peuple qu'après l'avoir vaincu. A partir de Constantin, les empereurs furent forcés de donner des terres aux barbares, après avoir été vaincus par eux. On vit ainsi les populations redoutables du nord descendre peu à peu vers le midi et s'installer dans les capitales de l'antiquité, qu'ils trouvaient mal défendues et presque abandonnées.

Valens, en 375, établit en Thrace les Visigoths, que les Huns poussaient devant eux. Peu après, ils se révoltent, le battent et le tuent à Adrianopolis. Battus à leur tour par le jeune Théodose au temps de l'empereur Gratien, ils sont refoulés et deviennent sur le Danube les auxiliaires de l'empire. Ils avaient alors pour roi Athanaric, 378.

Alaric passa les Thermopyles en 393, traversa la Béotie et ravagea l'Attique. Zosime prétend quMl fut détourné de saccager Athènes par Tapparition de Minerve. Ce conte signiûe*t-il que l'on fit connaître au roi goth la gloire de cette antique cité et qu'il en tint compte? ou bien n'est-il pas plus vrai de dire qu'il passa près d'Athènes, comme tant d'autres le firent, parce que le sac d'Athènes ne lui offrait aucun intérêt ? Le fait est qu'il l'épargna pour une proie plus riche que lui offrait le Péloponèse. Mais cernés par Stilicon sur le Pholoé, en Arcadie, les Goths durent prendre la fuite. Plus tard, Alaric les conduisit en Italie;

Rome était le but principal vers lequel aspiraient tous les barbares.

Il faut atteindre le règne de Justinien pour voir Athènes sortir un instant de Toubli et réparer ses ruines. La chute précipitée de Tempire d'Occident, consommée en 476, était certainement pour les empereurs de Byzance un avertissement. Leur empire était entouré d'ennemis, qui pour la plupart menaçaient de l'envahir ou ressayaient depuis deux siècles et demi. Une réparation rapide avait été faite aux murs de l'Acropole et de la ville du temps de Valérien ; peut-être avait-on construit cette enceinte extérieure dont j'ai parlé plus haut. Mais depuis lors il ne semble pas qu'aucun ouvrage sérieux y eût été exécuté. Un immense effort eut lieu sous le règne de Justinien (527-565). Ce prince couvrit littéralement l'empire de fortiCcations, d'églises et de monastères, constructions faites pour la plupart avec les pierres des anciens monuments. Procope, dans son traité Des édifices^ explique comment, dans Tintérieur des places fortes, on construisit ce qu'il nomme des fjysotrhpw, c'est-à-dire des bâtiments qui pussent résister, lors même que la place serait prise d'assaut. C'était l'inauguration du système des donjons^ qui a régné pendant tout le moyen âge et qui aujourd'hui même est encore pratiqué sous une autre forme. Outre ces donjons, les places eurent des dépôts de vivres, (jiTwva,-. et des réservoirs pour les eaux ; ces réservoirs étaient couverts, comme l'indique l'expression de Procope, vSorw I^ut/)«. Chaque forteresse devait renfermer au moins deux mille hommes.

L'auteur, qui était contemporain de ces ouvrages, énumère beaucoup de lieux ainsi fortifiés par Justinien. Il n'est pas nécessaire de les citer ici. J'indiquerai seulement la

manière dont on conçut alors la défense de la péninsule hellénique. La topographie nous la montre construite à peu près comme Tltalie, c'est-à-dire parcourue sur sa longueur du nord-oue;st au sud-est par une chaîne de montagnes presque infranchissables. Les ennemis qui viennent par terre des pays du nord sont forcés de suivre une des bandes de terre comprises entre la montagne et les deux mers. Du côté de Test, la chaîne ne laisse pas d'autre passage que celui des Thermopyles. A l'ouest, on est forcé de passer par la ville moderne de Joannina; mais d'Avlona jusqu'à cette ville, le chemin suit la rivière d'Argyrocastro, dont le cours inférieur passe dans une embrasure de rochers. Il y a donc là un autre défilé analogue à celui des Thermopyles. Entre les deux s'étend un large massif de hautes montagnes. Les Thermopyles et la Glisoura furent défendues par une puissante fortification; cette dernière consistait en un fort barrage qui transformait en un lac la partie de la vallée située en amont. La Grèce se trouvait ainsi abritée dans son ensemble.

En outre, dit Procope, Justinien ût réparer ou « renouveler les fortifications de toutes les villes. A Gorinthe, les murailles avaient été ruinées dès longtemps par de violents tremblements de terre; celles d'Athènes, de Platées et des places de la Béotie avaient succombé aux efforts du temps, et personne au monde ne s'en était occupé. Le prince ne laissa aucune d'elles en élat d'être prise et sans garnison. Il jugeait que si les barbares couraient aux Thermopyles, quand ils apprendraient que, ce rempart franchi, cela ne leur servirait à rien, puisque tout le reste de la Grèce était garni de murailles, ils se décourageraient aussitôt en voyant qu'ils auraient à faire le siège de chaque ville. »

Les villes da Péloponëse étaient également démantelées. Cependant Justinien ne les fortifia pas de nouveau ; il se contenta de fermer Tisthme, où presque tout était en ruine, d'y construire des forteresses et des donjons, et de le mettre en état d^arréter longtemps un ennemi.

Nous n'avons pas la description des ouvrages exécutés à Athènes par Justinien ; mais quand nous voyons les immenses travaux faits par lui dans tout Tempire, nous sommes en droit de penser que ceux de l'Acropole ne manquèrent pas d'importance. D'un autre côté, nous connaissons la manière de bâtir et le genre. des fortifications de cette époque. Gomme on se servait uniquement des anciennes armes, pour la défense comme pour l'attaque, celle-ci se faisait par le bas, et la défense avait lieu d'en haut. On n'avait pas encore besoin de remparts très-épais, quand les machines de guerre ne pouvaient pas y être appliquées. Enfin les barbares, contre lesquels Justinien prémunissait l'empire, arrivaient à l'improviste et ne traînaient pas avec eux de pareilles machines. Nous ne devons, parmi les nombreux ouvrages qui se voient encore à l'Acropole d'Athènes, rapporter à cette époque que ceux qui remplissent ces conditions.

En avant des Propylées (pi. IX) existe une fortification basse (4) qui se rattache d'une part au bastion antique H, dans lequel aboutit l'escalier de Pan, et de l'autre aux bâtisses entre lesquelles se voit la porte de M. Beulé. Cette muraille élevée n'a qu'une faible épaisseur; mais elle est consolidée par des saillies très-voisines les unes des autres, comme on le voit sur le plan. L'appareil de cette construction n'approche pas des œuvres antiques; mais il est bien plus parfait que celui de la tour d'Acciaiuoli

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et surtout que les maçonneries turques ou grecques des temps modernes. Le mur fut redoublé à Tintérieur, quand on construisit le grand escalier sous les ducs florentitiâ; c*est à ce remaniement qu'appartiennent les deux ou trois pierres posées obliquement dans Tangle septentrional de cet escalier ; elles ne sont pas antiques ; elles font partie du revêtement intérieur du mur que nous attribuons à Justinien. Ce mur est formé d'assises r^ulières, dont les joints sont eux-mêmes presque régulièrement disposés. Quand on se place au pied du rocber de l'Aréopage, en face de l'Acropole, on distingue facilement les ouvrages des diverses époques. Sur le haut du rocher, on voit le mur de marbre de la Pinacothèque reposant sur une substruction en pierres récemment réparée ; en avant, mais à un niveau inférieur, un bastion antique du même âge et en tout semblable à la substruction; au-dessus de ce bastion exhaussé et revêtu, jttais fort endommagé, on voit le piédestal d'Agrippa, œuvre romaine; en avant, à angle droit avec le bastion, le mur de Justinien; au bout de ce mur et regardant l'ouest, le gros bastion turc dans lequel M. Beulé a découvert la porte des Acciaiuoli ; enûn, tout à fait à gauche et en bas, le bastion d'Odyssée. La tour florentine s'apercevait au second plan, au-dessus du rempart de Justinien.

Ce dernier fut exhaussé au moyen d'une construction de briques disposée en pente à l'extérieur, exhaussement qui se continue sur le bastion turc. En outre, les intervalles des contreforts furent remplis par de la maçonnerie, pour pouvoir résister au boulet.

Sur l'Acropole les ingénieurs de Justinien durent exécuter, comme ils le faisaient partout, les autres ouvrages indiques par Procope. Il est donc probable que le grand réservoir

couvert qui est derrière la Pinacothèque appartient à cette époque. On a généralement tenu pour antique une grande rigole taillée dans le rocher qui, derrière les Propylées, va ce Tescalier d'Ârtémis vers Tangle nord-est de cet édifice, et Ton a pensé qu'elle avait pour fonction de rejeter les eaux en dehors des Propylées. Elle parait avoir plutôt été faite pour les conduire dans le réservoir où en effet elle débouche. Quant au pbylactérion, il faut peut-être le voir dans le grand hâtiment qui occupait la dépression orientale de l'Acropole sur le remblai maintenu par le gros mur de Cimon. La construction de cet édifice offre de l'analogie avec le mur qui vient d'être décrit ; de plus, il y a dans son intérieur un bâtiment plus petit où l'on a pu garder les choses précieuses. Je présente cette interprétation comme une hypothèse qui ne manque pas de vraisemblance, quoique l'édifice en question puisse être rapporté h des époques postérieures ; on peut seulement aiBrmer que, comme il ne repose pas sur le roc, mais sur un remblai durci par le temps, il n'a aucun caractère antique et ne peut guère être reporté plus haut que Justinien.

Quand cet empereur fit mettre l'Acropole en état de défense, il dut y faire une réparation générale, boucher les brèches des murs, les exhausser peut-être, là du moins ou le remblai les avait envahis à l'intérieur. La porte d'entrée était incontestableoftent où elle est aujourd'hui, où elle était au temps des Turcs, des Florentins et de Pausanias, c'est-àdire au pied du pyi^os de la Victoire. Par conséquent, la fortification de Justinien, qui s'appuie au bastion antique sous la Pinacothèque, comprenait les tours ou saillies helléniques découvertes par M. Beulé et alors unies par un mur ; de là elle allait retrouver, par un mur G posé en biai^^

l'angle du pyrgos où est encore la porte d'entrée. Ce dernier intervalle a été l'objet de nombreux remaniements, au milieu desquels il est presque impossible de distinguer des époques précises. Nous verrons plus loin qu'en effet il y avait là un mur d'enceinte dès la plus haute antiquité, et nous voyons aujourd'hui dans toute la partie supérieure un fort ouvrage des Turcs, garni d'une et probablement de plusieurs guérites, et accessible au moyen d*un escalier. Du dehors, ce point de la fortiûcation était un des plus attaquables, surtout depuis que le sol s'était trouvé exhaussé par des démolitions successives. L'enchevêtrement des bâtisses y est extrême. Ce n'est qu'en détruisant régulièrement cette masure qu'on pourra reconnaître les mains qui avaient tra* vaille en cet endroit.

Il n'est pas démontré que Justinien ait fait relever l'enceinte de la ville. Sur toute la partie découverte, on ne voit rien qui puisse lui être attribué. Les fondations que l'on a trouvées çà et là sur plusieurs points de la ville moderne sont helléniques et non byzantines. Au Dipylon, il faut attendre que la Société archéologique d'Athènes ait poussé plus loin son louable et intéressant travail, pour entreprendre de répartir les ruines mises au jour entre les nombreuses époques auxquelles elles appartiennent. Le texte de Procope porte que Justinien remit à neuf toutes les enceintes, mpi^oiouç ; mais ce mot peut s entendre aussi bien des enceintes des forteresses que de celles des villes. Quand il dit qu'il établit deux mille hommes pour défendre chacune d'elles, évidemment il ne parle point des enceintes des villes, qui eussent demandé un bien plus grand nombre de soldats, mais uniquement des acropoles. Ainsi, jusqu'à plus ample information, nous pouvons admettre que Justinien fit mettre

en état de défense la citadelle, mais non la ville elleméme.

Justinien avait eu à lutter contre les Perses, gouvernés alors par Kbosroès Noushirvan ; contre les Vandales de Gélîmer, lulte qui en 534 amena la conquête de TAfrique par Bélisaire; contre Totila et les Oslrogoibs, et cette guerre se termina en So2 par la conquête de Tltalie et de l'Espagne; contre les Bulgares, qui avaient passé le Danube et paru sous les murs de Constantinople, et furent enfin rejetés au-delà du fleuve en 559. L'année précédente, les Avars s'étaient arrêtés en Dacie, d'où ils menaçaient j'empire. C'est alors que Justinren construisit ou restaura quatrevingts forteresses sur le Danube et six cents autres dans la Dacie, l'Ëpire, la Tbessalie, la Macédoine, la Tlirace, la Grèce, refit le mur d'Anastase joignant le.Pont-Euxin à la Propontide, fortifia tous les isthmes et la ligne entière de l'Eupbrate. Mais l'empire, garni de ses fortifications, était à moitié ruiné, parce que son avoir se trouvait de la sorte immobilisé dans des ouvrages de guerre. Dès le com* mencement du siècle suivant, les Avars étaient dans Cons-

tantinople (616), et bientôt allait s'élever un ennemi nouveau, plus redoutable que tous ceux qui l'avaient précédé. Les Arabes conquirent la Syrie en 638, l'Egypte en 640, la Perse en 652 ; assiégèrent, mais vainement, Constantinople en 672, puis en 717; prirent en 711 l'Espagne, en 717 la haute Asie, et vinrent en 732 se faire battre à Poitiers par Charles Martel. Le khalifat de Bagdad avait été établi en 750. Haroun-al-Raschid attaqua huit fois l'empire grec et lui imposa un tribut.

Les Russes, qui n'étaient pas encore chrétiens, attaquèrent Tempire grec dès 865 ; un siècle plus tard, ils essayaient

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de franchir le Danube ; mais bientôt ils se convertissaient et faisaient la paix avec les empereurs.

Quelques années après, Constantin Porphyrogénëte avoue que la Dalmatie ne pouvait plus être défendue et qu'elle allait se morceler en petites républiques indépendantes. En effet, en 998 elle fut conquise par les Vénitiens. Ceux-ci étaient déjà sur tous les rivages du Levant, et la facilite avec laquelle ils enlevaient les objets d'art et les fragments d'édiûces montr.e combien le ressort de la civilisation était affaibli dans le monde grec, pendant lé IX"", le X^ et le XP siècle. En 1085 ils avaient chassé les Normands de Durazzo ; ils reçurent, pour leurs établissements de commerce et de banque, un quartier de Constantinople. Les Grecs n'avaient même plus de marine, car pendant toutes les croisades on venait de chez eux s'embarquer à Venise pour la Palestine. Vers la fin du XP siècle, Modon, Corfou, Céphallénie, tombèrent aux mains de Robert Guiscard. Corintbe, Thèbes, Athènes, Négrepont (Chalcis) furent ravagées (voy. Nicétas, 11, 4). Le chef normand dépeupla la Grèce pour la Sicile. Au siècle suivant, les Normands poussèrent jusqu'à Constantinople (1147). Venise finit par traiter avec eux (1 1 S4) et cessa de secourir les Grecs. Trompés par les Comnène, Vénitiens et Normands s'unirent pour les punir : Guillaume II de Sicile prit Durazzo et Thessalonique ; les Vénitiens occupèrent la Propontide.

De Justinien à Isaac Comnène, les Vénitiens avaient mis sept siècles à s'établir peu à peu dans tout l'empire grec et à pénétrer dans toutes les parties de la société byzantine. Au commencement du XIP siècle, ils avaient des colonies commerciales dans tout le Levant : parmi elles nous voyons

beaucoup de villes de la Grèce, Athènes, Tbèbes^ Chalcis, Gorintbe, Nau|Jie, MëgalopoUs, ckées dans les cbrysobulles. Mais toutes s'effacent également durant ce long intervalle de temps, absorbées dans la vie commune et la décadence générale de Tempire byzantin. Depuis Tépoque (529) où Juslinien ferma les écoles laïques et en dispersa les pro*fesseur^, lantiquité cessa d'être. Les siècles qui suivirent ne furent qu'une longue élaboration de la civilisation moderne; mais c'est en Occident qu'elle se faisait. Assailli de tous côtés, l'empire de Byzance pouvait à peine se. dé* fendre et se voyait disparaître par lambeaux. Tout changeait autour de lui, Ja navigation, les arts, les métiers, le commerce, la manière de faire la guerre. A partir de Justinieu, il cessa même de réparer ses ruines, et l'on vit les anciennes capitales du monde hellénique réduites à l'état de bourgades négligées et abandonnées.

Les temples furent changés en églises. C'est en 630, d'après l'inscription citée par Pittakis, que fut, non pas restaurée (comme le dit M. Beulé), mais inaugurée l'église de la Divine-Sagesse, c'est-à-dire le Parthénon : le mot iyMu^vMn ne signiûe pas qu'on le remit à neuf, comme si l'inscription portait anPtM<u6>7 ; cyxonvim siguille la cérémonie d'inauguration d'un édifice. Il faut observer que jusqu'en l'année 529 où parut l'édit de Justinien contre les écoles helléniques, celle d'Athènes avait été florissante, et que cette ville continuait encore d'adorer les anciennes divinités. Quand l'apôtre Paul y était venu prêcher la religion nouvelle, on l'avait écouté d'abord avec un silence respectueux; mails quand il avait parlé de la résurrection des corps, cette population avisée et quelque peu sceptique n'avait pu retenir son rire et l'avait regardé comme un fou. Paul avait quitté Athènes

et n'y ëtait jamais revenu. Pendant les siècles qui suivirent, Athènes avait continué d'être le rendez-vous des hommes instruits, des artistes et de ceux qui, dans Tempire romain, voulaient recevoir une éducation complète et él^ante. L'école d'Athènes lutta, souvent avec avantage, contre celle d'Alexandrie. Ses plus célèbres professeurs furent précisément ceux dont Justinien renversa les chaires. On peut donc penser avec quelque raison qu'il fallut quelque temps encore pour abolir totalement dans Athènes le culte des anciens dieux, qui avait fait sa force et sa gloire. La date de 630, donnée par l'inscription (Pittakis, Ane. Alh.^ p. 387) comme étant celle où le Parthénon devint une église et où la Viei^e fille du ciel fut remplacée par la divine Sagesse, s'explique très-naturellement.

Il est probable que l'Ërechthéum devint à la même époque une église de la Mère de Dieu, quoique l'anonyme du XV* siècle, pubHé dans l'ouvrage de M. Delaborde {Athènes aux XF% XVP et XVIP siècles)^ donne ce titre à l'église du Parthénon. J'ai ramassé au pied de l'Acropole un fragment d'inscription latine portant les mots ...isac ma/m, c'est-àdire virginis ac malris; le reste se trouve sur l'Acropole et provient de l'église de l'Ërechthéum. C'est donc celui-ci qui était l'église de la Mère de Dieu. En outre, cette inscription, qui est en latin et qui date du moyen âge, semble indiquer ou que l'église de l'Ërechthéum ne date que de la domination latine et probablement de l'époque des ducs de la Roche, ou qu'elle fut à cette époque totalement (restaurée. La sainte table ou balustrade du chœur, qui existe encore en place, date de la même époque que l'inscription ; c'est du moins ce que son style annonce.

Quant au Parthénon, il éprouva alors de grandes modifications. On ne peut guère admettre que la colonnade intérieure existât encore et qu'on Tait détruite pour faire réglise. Celle-ci fut construite dans Tintérieur de la colonnade externe, qui lui servit comme d'enveloppe . L'abside semi-circulaire s'éleva dans la partie orientale de la cella, à l'endroit où était la porte du temple. Le mur qui séparait la cella de l'opislbodome fut détruit ou avait déjà disparu. Dans le mur occidental on ouvrit la porte qui existe encore et qui fait illusion aux voyageurs non avertis. Nous avons vu les restes de l'abside ; ils ont été enlevés dans ces derniers temps. Il ne reste plus de l'église que des fragments de peintures murales, assez belles du reste, qui ornaient les parois de la nef. Ces peintures achèveront à leur tour de disparaître, parce qu'elles sont maintenant exposées à toutes les intempéries des saisons. Quelques inscriptions tracées à la pointe sur les murs et les colonnes du Parthénon seront les seules traces que le christianisme aura laissées sur l'Acropole*.

L'Église, qui avait chassé les professeurs d'Athènes par la main de l'empereur, en 529, accueillit les barbares qu'elle espérait convertir. Mais quand les temps furent accomplis, ces empereurs théologiens durent eux-mêmes céder la place aux barbares qui se civilisaient à leur façon en Occident. L'église d'Orient et les empereurs de Byzance ne furent pas plus forts en présence des musulmans, qui vinrent deux siècles après. Quatre cents ans de servitude ont dû être une rude mais suffisante leçon pour les populations helléniques, et leur apprendre à compter sur la science réelle plutôt que sur les définitions théologiques. Les barbares, que les Turcs avaient tenus à l'écart, ont encore les

ytux tournés vers Gonstantinople. Les temples et les remparts d'AtJbèDes tomberont-ils encore une fois, et ponr toujours peut-être, entre leurs mains, qui leur feront subir de nouvelles transformations? Le temps nous le fera «uvoir.

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