IL
à Marollcs entre les réquisitionnaires du Mans et ceux de Mamers. — Les boulangers cessent de cuire. — Pillage des grains dans les campagnes et sur le marché (novembre 1795). — La force armée est envoyée à Marolles pour appuyer les réquisitions (janvier 1796). Nouveaux arrêtés pour les réquisitions de grains dans les communes.
Durant la période révolutionnaire de nombreux troubles furent occasionnés par la disette des grains et, comme conséquence, par le prix élevé du pain ; même dans certains jours la famine éprouva cruellement le peuple. Cette malheureuse situation, qui fut encore aggravée par la surexcitation des esprits, était due i)lus aux intempéries des saisons qu'aux événements politiques ; à plusieurs reprises avant la Révolution, le pays avait déjà éprouvé de nombreuses privations attribuées aux mêmes causes. A Mamers, par exemple, les années 1776, 1783 et 1788 avaient été particulièrement désastreuses, et les adminislrations durent organiser des secours publics que complétèrent les efforts de la charité privée. Ainsi dans l'assemblée générale des habitants de Mamers, tenue le 18 décembre 1788, assemblée dans laquelle le Tiers-Etat, en opposition aux tendances du Clergé et de la Noblesse, défendait ses droits et revendiquait une place plus large pour sa représentation aux Etats-Généraux, Pélisson de Gennes, lieutenant de police, représente aux habitants assemblés « que la rigueur de la saison donne lieu de craindre que la ville ne se trouve dépourvue de la quantité de farines suffisante pour subvenir à la su])sistance des habitants ». Les habitants répondirent à cet appel en autorisant « les officiers municipaux à prendre les moyens nécessaires pour faire venir de& farines du pays chartrain ou de tout autre endroit où on en pourrait trouver ».
Il fut également repi'ésenté « que la même cause exige des secours pressants pour les malheureux, pour quoy lesdits habitants ont requis et prié MM. Pélisson de Gennes et de Barville de vouloir bien faire une quête et d'en employer le produit en achats de pain, bois et autres choses de première nécessité, et de prier également Mesdames de Beauvais, Maignée, Gorget et Veuve Moreau (qui eurent la Chanté en 1776 et 1783) de vouloir bien aider dans l'administration des secours, de concert avec M. le Curé, M. Chartrain, père, et mesdits sieurs Pélisson de Gennes et de Barville ' ».
Pélisson de Gennes sut par son zèle et sa prudence, son désintéressement et ses « sacrifices pécuniaires » maintenir l'ordre dans la
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre D, n» 1. 18 décembre 1788.
ville et dans les marchés, alors que toutes les villes voisines étaient troublées. Le peuple fut nourri et secouru, grâce aussi aux générosités de plusieurs bienfaiteurs ; la duchesse de Beauvilliers envoya trois cents livres pour les pauvres de Mamers ; M. de Nogué, douze
cents ; M. de Courcival, deux cent quarante '. Malgré tout,
lesprit de révolte qui agitait les communes voisines pénétra aussi dans la ville de Mamers ; le marché du 8 septembre 1789 fut troublé par plusieurs individus qui voulurent piller les sacs de blé amenés aux halles ; la force armée dut donner pour l'établir le bon ordre, et un nommé Loriot fut enfermé dans la prison pour rébellion et comme chef du désordre.
Cette première alerte à Mamers décida de suite l'administration à prendre des mesures jjréventivcs. 11 fut décidé que deux membres du comité se rendraient immédiatement dans les ditlérentes paroisses du ressort pour réunir des renseignements « sur la force et le produit de la récolte ». Ils étaient accompagnés par deux cavaliers de la maréchaus.sée ou deux dragons, {[ui devaient leur prêter main-forte en cas de besoin. Ils s'adressèrent aux municipalités et aux décimateurs de chaque paroisse, pour « avoir des instructions certaines tant sur la récolte actuelle que sur la différence qui se trouve entre elle et celle de l'année dernière ». Un membre de la municipalité des paroisses qu'ils visitaient, les accompagnait dans leurs recherches. En outre ils avaient à prendre « secrètement des connaissances sur l'enlèvement clandestin des grains, pour ensuite prendre les moyens de l'emédier à cet abus, et faire punir les coupables suivant la rigueur des lois- ». Le 15 septembre la municipalité de Mamers décida que a les personnes des communes voisines qui viendraient acheter des grains aux marchés de Mamers, devraient être munies d'un certificat de leur municipalité, qui constaterait le besoin et la nécessité où elles étaient d'acheter des diiTérentcs espèces de grains •' ». C'était une première mesure contre l'accaparement et l'enlèvement des grains de la région, elle ramena le calme dans le pays ; la misère y resta grande cependant malgré les secours qui furent apportés ; ainsi le 27 juin 1790, les pauvres de Mamers touchèrent deux cent trente livres de riz
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre E. 13 août 1789.
(2) Archives de h\ Mairie de Mamers. Rcfjislre E. 11 septèmhre 1789.
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre E. 15 septembre 1789.
sur la quantité qui avait été accordée par le gouvernement à la commission intermédiaire du Maine.
La présence des marchands de grains, dits blatiers, après que la récolte eut été faite, ramena dans les marchés quelques moments d'inquiétude ; à la tin de septembre pour arrêter la surexcitation, il fut décidé que trois conseillers municiiiaux assisteraient à chaque marché, pour y maintenir le bon ordre ; cette mesure suffit et la question des grains ne souleva pas d'incidents nouveaux jiendant deux ans.
Le 4 septembre 1792 plusieurs habitants viennent se plaindre à l'administration « de ce qu'ils ne peuvent plus se procurer à Mamers le pain qui leur est nécessaire pour leur subsistance et pour celle de leur famille, que les boulangers, auxquels ils se sont adressés, ont répondu que l'aflluence des blatiers qui se trouvent aux halles les ayant empêchés de s'approvisionner de grains, ils n'ont pu cuire le pain nécessaire aux besoins de la ville ».
Le conseil général décida immédiatement que ses membres se rendraient chez les boulangers de la ville pour « y constater la quantité de farines et de grains qu'ils ont chez eux, afin de les contraindre à cuire du pain pour que les citoyens ne puissent en manquer ». Il fut aussi arrêté que dorénavant les jours de marché, deux membres du conseil se transporteraient sous les halles de la ville « pour faciliter les boulangers dans l'achat des grains dont ils auraient besoin pour la semaine, de préférence- aux blatiers et autres étrangers '».
Quelques jours plus tard des commissaires furent nommés par la municipalité de Mamers pour faire l'inventaire des grains vieux de toute espèce, qui poui-raient encore exister chez les cultivateurs et chez les propriétaires. Cette mesure avait été arrêtée le 28 septembre par le district et devait être appliquée dans toutes les communes, car la disette de grains se faisait aussi sentir dans les campagnes. Elle se manifesta d'une manière tout imprévue à Neufchàtel, le G octobre. Les ouvriers de la forêt de Perseigne s'étaient, le matin de ce jour, transportés en grand nombre dans le bourg de Neufchàtel, pour jfaire, suivant leur usage habituel, leur provision hebdomadaire de pain. Mais ils durent tous se retirer sans aucune provision ; cette disette subite souleva de nombreuses plaintes -.
(1) Arcliives de la Mairie de Mamers. Registre H, f» 30 r".
(2) Arcliives de la Sartlie. L, 479.
Le conseil général de la commune de Mamers résolut, dans sa délibération du 11 octol)re, de combattre de suite la disette de grains qui se faisait déjà sentir dans les marchés de la ville et qui par conséquent produisait une augmentation considérable dans le prix du pain. 11 estimait « qu'il est de son devoir de rechercher tous les moyens possibles, sinon de faire cesser, au moins de rendre plus supportable cette disette momentanée ». Parmi tous les moyens qui se présentaient il choisissait celui qu'il avait déjà précédemment employé en semblables circonstances et dont les effets avaient été salutaires. Il consistait à acheter dans la Beauce, et à faire conduire à Mamers, des farines que l'on convertissait en pain ; cette manière d'agir avait un double avantage, celui de coml)attre la disette, et celui de faire baisser le prix des grains sur les marchés de Mamers, et comme conséquence recherchée, de diminuer aussi le prix du pain.
Un officier municipal, Louis Peuvret, fut nommé commissaire pour se transporter en Beauce, afin d'y acheter soixante sacs de farine qu'il ferait conduire immédiatement à Mamers et déposer à la maison commune, ('es farines devaient être distribuées à prix coûtant, suivant le besoin, aux l)oulangers de la ville. Une som ne de trois mille livres, avait été remise au cpmmissaire pour le paiement de ces achats.
Trouver cette somme de trois mille livres avait été un problème assez complexe pour la commune de Mamers qui ne possédait plus aucuns capitaux. Elle avait bien une réserve de fonds, la garantie des billets de confiance émis par la ville précédemment, mais cette réserve n'était pas disponible, (^'pendant, tout en reconnaissant « que ces fonds étaient un dépôt qui ne devait pas être détourné » elle décida d'y faire l'emprunt nécessaire parce que « la revente des farines mettrait à portée de rétablir promptcment ce dépôt ». D'autre part, pour éviter toute atteinte au crédit de l'émission de la ville, « chacun des membres du conseil général de la commune prit l'obligation de fournir personnellement les assignats de cinq livres nécessaires pour rembourser ceux qui rapporteraient à la maison commune des billets de confiance émis par la municipalité ' ».
Les habitants de Mamers furent ainsi protégés contre la famine et ne se laissèrent pas entraîner par l'esprit de révolte qui souleva de nombreuses populations des campagnes et des villes, et les poussa à la taxe des grains. Ils s'opposèrent même à l'cnvaliissement de leur commune
(1) .archives de la Mairie de Mamers. He>;istre H, f" 56.
par les insurgés des autres cantons. Nous ne rapporterons pas ici à nouveau les longues péripéties de la résistance de Mamers le 2G novembre 1792, et les succès qui suivirent, nous les avons déjà longuement développés '. Mais il ne suffisait pas de repousser les taxateurs de grains, il fallait surtout faciliter les transactions et approvisionner les marchés. La commune de Mamers ne produisait rien par ellemême, les communes environnantes seules pouvaient apporter des grains à ses marchés.
Après le passage des insurgés à Mamers et à Bellème, les boulangers de Mamers n'avaient pu s'approvisionner des grains nécessaires, et le 4 décembre ils vinrent informer le conseil général de la commune « que le grain et les farines leur manquent, ce qui les met dans l'impossibilité de cuire du pain, et d'approvisionner la ville, notamment pour le jour de la foire de jeudi prochain ». La ville, sans action directe sur les campagnes, demanda l'appui de l'administiation du district pour faire approvisionner ses halles ; celle-ci autorisa l'envoi de gardes nationaux « dans les paroisses les plus voisines de Mamers, afin d'engager les citoj'ens cultivateurs qu'ils croiront les plus approvisionnés, ou qui leur seront désignés par les officiers municipaux de chaque commune qu'ils consulteront, à faire conduire à la halle de cette ville pour le lendemain midi, le plus de grains qu'ils pouiTont livrer, pour être les dits grains vendus au prix courant sous la sauve-garde de la loi » 2.
De son côté le conseil général de la commune, reconnaissant que les boulangers ont beaucoup de farines de Chartres, de première qualité, qu'ils ont acheté très cher ces farines dans un temps où. le cours en était plus élevé et que par conséquent ils ne pouvaient les employer pour en faire un pain dont la taxe était trop réduite, décida d'augmenter exceptionnellement le prix du pain pour le jour de la foire, afin que la ville fut suffisamment approvisionnée. La livre de « pain blanc ou mollet fut taxée à trois sols neuf deniers au lieu de trois sols six, prix de la dernière taxe faite par la municipalité ; à condition que les dits boulangers tiendront leurs boutiques suffisamment garnies de pain michard et de pain bis qui sera, ainsi que le pain blanc, de bonne qualité » ■*.
(1) Voir ci-dessus, cliapitre IV, t. I, p. 158-173.
(2) Archives de la Sartlie. L, 479. 4 décembre 1792.
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre H. 4 décembre 1792.
Malgré ces mesures les halles de Mamers furent encore moins approvisionnées que dans les marchés précédents et le prix des grains resta très élevé. Le district craignant que « cette augmentation fournisse matière de plaintes et des inquiétudes de la part de la classe indigente », jugea que la situation devenait de plus en plus critique^ et qu'il était instanl d'aviser aux moyens de faire mettre à exécution la loi sur le recensement des grains ; cette opération négligée par les municipalités, malgré des injonctions souvent renouvelées, devenait indispensahle. En attendant qu'elle put produire ses effets, le Directoire décida d'envoyer à nouveau le commissaire Peuvret faire des achats dans les environs de Chartres. Il lui remit des lettres pour les municipalités de Regmalard, La Loupe, Pontgouin, Courville et Chartres à l'effet de protéger la liberté de la circulation des farines destinées à Mamers '.
Avec ces lettres le district remit de l'argent au commissaire, mais cet argent avait été réquisitionné, sans autorisation, dans la caisse du receveur, et prélevé sur l'argent provenant de la vente des biens nationaux. Le district n'avait par lui-même aucune ressource disponible et il s'était permis cet emprunt forcé illégal, jugeant que nécessité vaut loi; mais le ministre n'avait pas des théories financières aussi faciles, comme le prouve cette lettre -.
Paris le 23 décembre 1792, l'an I»' de la République.
Le Ministre de l'Intérieur,
Aux administrateurs du district de Mamers, département do la Sarttie.
Vous exposés par votre lettre du 7 de ce mois qu'après avoir pris toutes les mesures convenaljles pour repousser les agitations de votre enclave et y faire renaître la tranquilité, vous avez cru devoir, pour prévenir la disette de grains, ordonner un achat de 80 sacs de farine et autoriser le receveur-caissier de votre district à en avancer le prix sur le produit des domaines nationaux, sauf le remboursement dans sa caisse, au fur et à mesure de la vente de cette denrée.
J'aime à continuer d'honorer le courage des habitants de Mamers, ainsy que leur respect pour les loix, et sans doute le conseil exécutif verra toujours dans eux les mêmes sentiments et la même énergie ; mais je dois vous observer que la
(1) Archives de la Sarthe. L, 479. 7 déccnd^re 1792.
(2) Archives de la Mairie de Mamers, Lettre originale.
marche que vous avez tenue pour les achats de farine que vous avez commandés n'est point régulière ; vous ne pouviez sans en avoir préalablement l'autorisation, disposer pour cet objet des deniers nationaux, et c'est à tort que vous vous êtes crus en droit de le faire ; veuillez donc vous concerter avec l'administration de votre département sur ce qui sera avisé être le plus convenable dans la circonstance où vous vous trouvés, et j'aime à me persuader que désormais vous ne prendrez, dans tous les cas, que les moyens indiqués par les loix.
Qnant à la demande que vous faites de canons et de poudre, j'en conférerai avec le ministre de la guerre, et je vous ferai part de sa détermination sur cet objet.
Roland.
La mission de Peuvret fut difficile et ce ne fut qu'après huit jours d'efforts et de démarches qu'il put se procurer les quatre-vingt-seize sacs de grains qu'il avait été chargé d'acheter.
Le directoire du district et le conseil général de la commune décidèrent le 21 décembre 1792, d'unir leurs efforts « pour entretenir les subsistances de la ville de Mamers, prévenir les accaparements qui pourraient s'en faire, et maintenir le bon oi'dre dans la dislriliution des grains qui se vendent aux lialles de la ville ». Ils adressèrent aux habitants une proclamation pour les engager à n'acheter que la portion de grains al)solument nécessaire pour la consommation « afin de ne pas priver leurs frères de subsistances, et d'inviter les citoyens des campagnes à ne vendre leur grain, autant qu'ils le pourront, qu'en jn-oportion des besoins de chacun, et par portion divisée afin que tout le monde puisse en avoir ». Des commissaires furent nommés pour sui-veiller les acquisitions et les ventes sur les marchés ; des iwtrouilles de gardes nationales en armes devaient circuler sur le marché tant que durait la vente.
Le commissaire Peuvret devait de son côté continuer ses acquisitions de farines à Chartres. Le conseil l'engageait « de continuer de donner à la ville des marques de son dévouement», il l'autorisait à faire toutes les acquisitions qu'il croirait nécessaires et même ajoutait pour sa décharge « que dans le cas où les grains viendraient à diminuer par l'abondance que procureraient les farines, la perte sur le prix des farines sera supportée par la commune » *.
Les administrations écrivirent en ])lus au ministre de l'intérieur
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre H. 21 décembre 1792.
pour lui exjjoser les besoins urgents de la commune de Mamers, et l'engager à lui faire parvenir des gi-ains.
Comme il avait été reconnu qu'une des causes qui nuisaient à lapiirovisionnement des halles, était le mauvais état des chemins, rendant les charrois impossibles, le directoire du district envoya Tordre aux juges de paix de se transporter sur tous les chemins impraticables existant dans l'étendue de leur juridiction, d'en constater le mauvais état conformément à la loi du 0 octobre 1791 K De leur côté les municipalités furent avisées de cette action des juges de paix, et invitées à ordonner aux propriétaires des terrains adjacents aux mauvaises routes, de faire les ouvertures nécessaires pour faciliter les transports des grains *.
Tout l'hiver se passa sans troubles motivés par la disette de grains; les approvisionnements paraissent avoir été suffisants ; mais dès les j)remiers jours de mars 1793 les boulangers sont surveillés par l'administration, qui le 14 « enjoint sous les peines les plus sévères aux boulangers de la ville, de tenir en tout temps, pour la fourniture du public, leurs boutiques suffisamment garnies de pain de bonne qualité et du poids de l'ordonnance » ; défenses très expresses leur sont faites de hausser le prix de leur pain au delà du prix fixé par l'administration et, pour assurer l'observation de ce règlement, de fréquentes visites sont ordonnées chez les boulangers, avec menaces de poursuites en cas de contravention 3.
Cependant la disette devient bientôt complète et le 28 mars le corps municipal charge à nouveau Peuvret d'acheter, à Chartres, autant de voituies de farines qu'il pourra en trouver. Les fonds nécessaires pour j)ayer ces farines lui sont délivrés par l'officier municipal Lanos, chargé de recevoir les souscriptions des citoyens qui se sont volontairement présentés pour en faire l'avance. L'ne généreuse initiative particulière pioduit ce que le gouvernement n'a pu accorder, mais la charité privée va bientôt rester sans effet ; elle sera même écartée ; le règne de la suspicion commence ; la misère dès lors devient affreuse.
Dès le 17 avril on affiche dans toutes les campagnes une délibérail) Duvcrgicr, Lois et Décrets, t. III, p. 442, art. 41. Décret concernant les biens et usages ruraux et la police rurale. (28 seplenibrc-C octobre 1791).
(2) Archives de la Sarthe. L, 479. KJ décembre 1792.
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre G. 14 mars 1793.
tion, prise par le conseil général du district et par celui de la commune de Mamers réunis, pour rechercher les causes de la disette des grains et pour découvi'ir les remèdes que l'on peut y apporter. Dans cette proclamation < on explique au peuple que cette disette n'est qu'apparente, et que les auteurs en sont les prêtres rebelles et les ci -devant nobles, ainsi que l'on peut s'en convaincre par l'extrait suivant :
Citoyens,
Une calamité effrayante, menace plusieurs villes du département, principalement celle de Mamers.
Les subsistances de première nécessité sont totalement épuisées dans cette cité ; déjà la faim fait gémir un grand nombre de citoyens qui sont sans pain et sans farine.
D'où vient donc cette disette apparente?
La campagne est-elle dénuée de grains ? Non. Le cultivateur égoïste dort au milieu de l'abondance. Des monstres avides de sang humain, sous un masque criminel, sont parvenus à le tromper sur ses propres intérêts ; les prêtres rebelles, les ci-devant nobles, et leurs perfides agens ont su décréditer les assignats de la République Française; ils ont fait accroire aux habitants des campagnes que les assignats seraient bientôt anéantis, et qu'ils feraient bien de conserver leurs grains chez eux, et de ne pas s'exposer à perdre leurs fortunes.
Citoyens magistrats du Peuple, il est grand temps que vous preniez des mesures pour détromper ces cultivateurs, et pour leur faire connaître les malheurs dont ils sont menacés.
Examinez avec attention l'insouciance d'un grand nombre de municipalités de votre district, sur l'exécution des Lois, et vous verrez combien leur négligence est préjudiciable aux intérêts de la République et à la tranquillité des citoyens.
Vous leur avez adressé la loi du 25 février, relative aux prêtres déportés et aux émigrés ; cette loi les obligeait à faire des visites domiciliaires dans les maisons suspectes, hé bien ! Qu'ont-elles fait, ces municipalités? rien, toutes se réunissent à dire qu'elles ne connaissent point de maisons suspectes : pourtant il existe des coupables.
Vous avez été prévenus. Citoyens, que des prêtres, des émigrés, et des mal-veillants déguisés s'étaient rendus ■ dans différentes communes de votre territoire. Où sont-ils ces vampires destructeurs de la Liberté et de l'Égalité'! Où sont-ils ces monstres qui veulent soulever les villes contre les campagnes ? Enfin où sont-ils ces scélérats qui osent décréditer nos assignats, qui tentent à affamer les villes, à exciter les citoyens aux guerres civiles, en un mot, à les faire égorger les uns et les autres ?
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Affiche imprimée.
Pourtant ces féroces ont des asiles.
Eh bien, citoyens, hâtez-vous de les découvrir pour les livrer au glaive de la justice ; nommez dans votre sein des commissaires, envoyez-les parcourir les campagnes ; donnez leur des pouvoirs pour faire des visites domiciliaires dans les maisons suspectes ; chez les fermiers des émigrés, des prêtres déportés, des ci-devant nobles, leurs agents, etc.
Chargez vos commissaires de faire de scrupuleuses recherches et vous verrez qu'ils découvriront des coupables.
Chargez-les encore de dire aux cultivateurs, que leurs calculs avares doivent cesser ; que la halle de la ville de Mamers, n'est point approvisionnée d'une quantité de grains suffisante pour nourrir les citoyens.
Que vos commissaires leur disent encore que cette cité qui s'est si vertueusement montrée pour faire exécuter les lois et protéger la libre circulation des grains, manque entièrement de subsistances, tandis que l'abondance règne dans les campagnes.
Chargez enfin vos commissaires, d'inviter les cultivateurs, au nom de l'humanité et de la tranquillité publique, à approvisionner suffisamment la halle de Mamers, en les assurant que les citoyens de cette ville, les recevront comme des libérateurs.
Que vos commissaires disent encore aux cultivateurs, que les scélérats qui les ont conseillés h ne pas vendre leurs grains, sous le faux prétexte de l'anéantissement des assignats, ne tendent à rien moins qu'à les faire égorger et piller leurs propriétés.
Je vous propose donc, citoyens administrateurs, de prendre en considération ma demande et d'aviser sur-le-champ aux moyens de procurer à la ville de Mamers les subsistances de bouche dont elle a un si pressant besoin.
Sur cette requête les administrations réunies ordonnèrent des perquisitions dans les campagnes, afin de rechercher dans les maisons suspectes « le grand nombre de prêtres déportés, d'émigrés et autres malveillants répandus dans les campagnes sous un costume déguisé ». Ces « êtres liberticides » étaient accusés « de décréditer les assignats de la République Française et de solliciter les cultivateurs à ne pas vendre leurs grains ». Les perquisitions devaient être faites particulièrement chez les fermiers des ci -devant nobles, des émigrés et des prêtres déportés.
Pour diriger ces visites domiciliaires l'administration du district nommait trois commissaires : Coupvent, Touzard et Gaulier, administrateurs de district ; le corps nuinicipal désignait pour les mêmes fonctions : Dubois, juge du tribunal, Rocher, Chesneau fils, Renard, procureur de la commune, Boucher et Duneubourg.
Cet arrêté devait être lu « aux prônes des messes paroissiales, pendant trois dimanches consécutifs, et affiché partout où besoin sera ».
Ces perquisitions ne donnèrent aucun résultat, les approvisionnements furent toujours rares, et le prix, du grain resta élevé, ce qui jiroduisit des mécontentements et des menaces. Le 29 avril l'administration fit arrêter sur le marché un nommé Etienne Gobin qui criait • sous les halles « qu'il irait avec les gens de la forêt dans les greniers piller le grain et le prendre pour rien ». On lui avait demandé, disait-il, treize livres dix sols d'un boisseau de grain, et il voulait le faire taxer. Le maire, Guernon, refusa et condamna Gobin à trois jours de détention.
Comme les halles de Mamers restaient toujours dénuées de grains, et que la famine menaçait de plus en plus la ville, le conseil général de la commune, reconnaissant « que le district de Mamers n'est pas assez approvisionné de grains pour la subsistance de la ville de Mamers », résolut de faire acheter à Chartres pour cinquante mille livres de farines ; ces achats se feraient successivement suivant les nécessités de l'approvisionnement. L'argent nécessaire pour le paiement de ces farines devait être demandé aux citoyens aisés qui seraient remboursés aussitôt après la vente des farines. Mais la souscription volontaire ne produisit que huit mille cinq cents livres'. Les trois commissaires nommés passèrent immédiatement à Charti'es huit traités d'achats de farines s'élevant à pareille somme.
Pour maintenir l'agitation dans le peuple, contre le clergé et la noblesse, des individus cherchaient à faire croire que plusieurs habitants de la ville voulaient les affamer et détruisaient les gi-ains. Ce fut ainsi que dans la nuit du 14 mai 1793 « des gens mal intentionnés et qui cherchaient à soulever le peuple et le porter à des excès, ont jeté méchamment du grain dans le réservoir de Balavoine-Desvaux, à dessein sans doute de l'exposer à la fureur du peuple ». La quantité de grains ainsi jetée dans la rivière représentait environ une mesure et demie 2.
Dans ce même lemi^s le conseil général du département de la Sarthe fixa le maximum pour le prix de vente des divers grains ; il
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre L 4 mai 1793.
(2) Arcliives de la Mairie de Mamers. Registre I. 14 mai 1793.
lavait déterminé d'après la moyenne des divers marchés ; le quintal, ou cent livres de froment, ne pouvait pas être vendu durant le mois de mai au-dessus de 15 livres 10 sous 9 deniers : ce maximum subissait ensuite successivement une réduction d'un dixième pour le mois de juin, d'un vingtième pour le mois de juillet, d'un trentième pour le mois d'août et enfin d'un quarantième pour le mois de septembre. Le boisseau de froment à Mamers, qui pesait soixante -dix livres, devait donc être vendu 11 livres 9 sous 11 deniers, tandis que celui du Mans qui ne pesait que trente et une livres était vendu 5 livres 11 sous 8 deniers.
Ce règlement pour les prix des grains, établi le 24 mai par le conseil général du département conformément au décret de la Convention du 4 mai ' suscita quelques diflicultés dans l'application. Les Ijoulangers de Mamers qui avaient acheté, antérieurement à ces cours, des farines à des prix plus élevés, protestaient contre la taxe du pain établie sur ces nouvelles l)ases. La municipalité fut dès lors obligée de prendre des mesures pour assurer la fourniture du pain en ville. « Considérant que la première de toutes les lois est le salut du peuple et que les intérêts particuliers doivent disparaître devant l'intérêt de tous », elle décida que les boulangers continueront à cuire pour le pul)lic et en quantité suffisante, du pain des trois qualités ordinaires ; dans le cas on ils refuseraient de cuire, ou n'auraient pas, jjour les besoins du public, du pain des trois qualités, ils seront poursuivis et condamnés à l'amende.
D'autre part, reconnaissant que « les boulangers de Mamers ont rendu un service essentiel à la ville par l'approvisionnement des farines dans un temps où resj)èce paraissait manquer, et qu'il en lésultc pour eux une perte considérable dont ils peuvent espérer une indemnité », le conseil général de la commune décida d'envoyer une adres.se à la Convention nationale pour solliciter, en faveur de la municipalité et des boulangers de Mamers, une indemnité des pertes ([ui résultent de la disproportion du prix du pain avec celui des achats qui ont été faits des l)lés et des farines "-.
Les Ijoulangers firent encore quelques oppositions, mais cédèrent enfin devant l'énergie de l'administration, qui surveilla le nombre de
(1) Duvcrgicr, Lois et Décrets, t. V, p. 332.
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Heaistrc I. 27 mai 1793.
fournées de pain cuites chaque jour, et qui condamna ceux qui n'en faisaient pas en nombre suffisant.
Cette question des grains amena un conflit entre l'administration du district et la municipalité de Mamers, qui voulait administrer la ville sans tenir compte des ordres du district. En efl"et dans une lettre au district, en réponse à son arrêté du 28 mai sur les subsistances, le corps municipal avait répondu : « La municipalité spécialement et exclusivement chargée de la police de la ville n'avait pas besoin d'injonction pour faire son devoir » ; et il avait passé outre. Le 3 juin les administrateurs du district voulurent faire comparaître devant eux les membres de la municipalité de Mamers, mais ceux-ci refusèrent de se présenter; le conseil du district resta en permanence; à onze heures du soir on envoya à nouveau chercher le procureur de la commune, qui ne vint pas ; à quatre heures du matin deux autres délégués se rendirent chez le maire, « mais on souleva en vain plusieurs fois le marteau de sa porte, personne ne vint ouvrir », et les délégués i-entrèrent rapporter le résultat négatif de leurs démarches. Enfin à neuf heures du matin « l'assemblée ne pouvant plus supporter le poids de la fatigue se dissout ajournant la suite de la discussion * ».
Le lendemain, le maire, Guernon, avec son corps municipal, adressa au district une nouvelle lettre de protestation contre son ingérence dans l'administration de la ville ; un seul passage suffira pour faire comprendre sur quel ton elle était écrite : « Comme la première des lois est de respecter les lois, nous ne dépasserons jamais les pouvoirs qui nous sont confiés, mais nous ne soufi"rirons jias qu'il y soit porté atteinte. Ardents à soutenir nos droits, nous savons respecter ceux des autres, que chacun reste à sa place et tout ira bien » 2.
Le district, en dehors de son président, répondit en suspendant de leurs fonctions, le maire et le procureur de la commune de Mamers ^.
Ces disputes entre administrations ne pouvaient améliorer la situation des habitants de Mamers. Le 9 juin, le conseil général de la commune est prévenu que la ville est totalement dénuée de farines, que les boulangers en manquent et qu'ils craignent de ne plus pouvoir cuire bientôt assez de pain, pour satisfaire à tous les besoins du public.
(1) Archives de la Sarthe. L, 481. 3 juin 1793.
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F. 4 juin 1793.
(3) Archives de la Sarthe. L, 481. 5 juin 1793.
Les habitants des communes voisines n'apportent plus assez de grains pour la nourriture des habitants de Mamers et des gens qui y séjournent pour leurs afTaires.
11 est alors décidé d'envoyer à Chartres deux commissaires avec pouvoirs d'acheter pour soixante mille livres de grains et de farines ; une somme de douze mille six cent trente livres leur est immédiatement remise ; à cette somme une souscription volontaire vint encore ajouter deux mille huit cents livres. D'un autre côté il est écrit à l'administration de district pour l'engager « à aviser en sa sagesse aux moyens de faire approvisionner les halles de Mamers par les habitants des camjjagnes de ce district » ; on lui demandait en même temps de solliciter du département un emprunt de soixante mille livres pour l'achat des grains et farines. Ces farines achetées par la ville de Mamers ne devaient être distribuées qu'aux seuls habitants de la ville, et non dans les autres communes ; les prix en étaient fixés à 83 livres pour la première qualité, et à 72 livres pour la seconde qualité *.
La taxe du maximum appliquée aux grains amenés sur les marchés avait produit un effet entièrement opposé à celui que l'on attendait ; et le 22 juin le conseil général de la commune de Mamers constatait « que depuis la taxe des grains, cette denrée de première nécessité a disj)aru dans presque tous les marchés de la République ». Le déparlement de l'Orne et plusieurs départements limitrophes ayant fait la même constatation « avaient levé cette taxe désastreuse afin de faire renaître l'ajjondance ». La ville de Mamers comprit aussitôt que si elle « ne suivait pas l'exemple des villes voisines qui ont levé la taxe des grains, les habitants des campagnes conduits par l'intérêt certain, qui les attendait dans une halle étrangère, y conduiraient leurs grains de i)référence, et que celle de Mamers s'en trouverait totalement
dépourvue Si le grain sera plus cher, au moins sera-t-on sûr d'en
trouver, et il est préférable d'en avoir à un prix plus élevé que de n'en point avoir du tout ». Considérant donc qu'il n'y a pas d'autre moyen pour faire renaître l'abondance dans les halles que de lever « la taxe impolitique qui en a été faite », il est arrêté qu'à partir de ce jour la taxe sur les grains n'aura plus lieu dans les halles de Mamers, et qu'il est permis de vendre et d'acheter les grains « à prix défendu » -.
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, n" 551. 19 juin 1793.
(2) Le conseil général du département de la Sarthe prendra un semblable arrêté le 28 juin, base sur les mêmes considérants, qu'il confirmera le 11 août, malgré une pétition de la Société populaire du Mans.
Par le même arrêté la livre de pain blanc est taxée à quatre sols et demi, « la tourte de pain michard à quarante et un sols ; la tourte de pain bis à vingt-huit sols ».
Pour assurer le service des subsistances il est formé un comité, dit de subsistances, composé de six membres choisis au scrutin parmi les membres du conseil général. Le maire et le procureur de la commune sont membres de droit ; les autres membres devaient être renouvelés tous les mois.
Ce comité était spécialement chargé de faire le samedi de chaque semaine un recensement général des subsistances existant chez les habitants de Mamers ; aucun habitant ne pouvait plus acheter de farines sans présenter un bon délivré par le comité et signé par trois membres. Les distributions de farines se faisaient le mardi et le vendredi de chaque semaiiie, et les habitants de la ville avaient seuls droit à cette répartition ^
Les acquisitions de grains et de farines à Chartres ne s'effectuaient pas toujours sans difficultés, ainsi Mamers recevait le 24 une lettre de Clouet, meunier à Chartres, qui lui annonçait « qu'il avait l'intention de se dédire du marché qu'il a contracté avec les citoyens commissaires du conseil de la commune ». Cette nouvelle était inquiétante pour Mamers, car la ville se trouvait totalement dépourvue de subsistances, et si les envois de farine, attendus de Chartres, étaient interrompus un seul instant, la ville était menacée d'être livrée aux horreurs de la famine. Le commissaire Dubois fut alors aussitôt désigné, pour se rendre à Chartres avec tous pouvoirs, pour agir contre le meunier Clouet, et pour faire de nouveaux achats.
Cette nouvelle expédition n'eut pas des résultats plus heureux pour la ville de Mamers, le département d'Eure-et-Loir ayant mis « eml)argo » sur les grains et farines que le commissaire de la commune de Mamers avait achetés. Ne pouvant plus se procurer de grains à Chartres, un commissaire fut aussitôt envoj'é au Havre qui, à cette époque, était abondamment approvisionné : le commissaire envoyé était Bazin, procureur-syndic du district de Mamers; mais Bazin fut arrêté à Argentan, sur les ordres de Thirion, comme chef fédéraliste. N'ayant pas encore réussi de ce côté, le conseil général de Mamers se retourna à nouveau vers Chartres et y envoya un commissaire permanent.
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre I, 22 juin 1793.
Tous ces incidents produisaient en plus une augmentation sur les prix des grains, et le conseil général dans sa séance du 26 juin 1793, décide que « le sac de farine sera vendu, pour ce qui en reste, la somme de cent livres pour la première qualité, et le sac de la deuxième qualité, quatre-vingt-dix livres ». La conséquence inévitable de cette augmentation fut que les boulangers refusèrent de cuire « parce qu'ils trouvaient la farine trop chère et que la taxe du pain n'était pas assez forte ». Un grand nombre d'habitants se trouva ainsi sans pain. Le maire et les officiers municipaux se transportèrent alors chez les boulangers pour constater leurs refus et les inviter à approvisionner de pain leurs boutiques ; plusieurs se soumirent à ces ordres, mais un lioulanger refusa absolument tout travail. Il fut poursuivi et « condamné pour la première fois à quarante sols d'amende, avec défense de récidiver sous plus grande peine, avec injonction de tenir à l'avenir sa boutique suffisamment garnie de pain » '.
Les villes voisines n'étaient guère mieux approvisionnées, car le 17 juillet la ville d'Alcnçon en est réduite à venir emprunter à Mamers six sacs de farine ; ils sont accordés au commissaire d'Alençon, « à la condition expresse qu'ils seront rendus en nature et aussi promptement (pie ])ossible ». Cette clause était de toute nécessité pour Mamers, car les approvisionnements étaient toujours très difficiles; en effet, le 2 août, le comité de subsistances constatait que la ville était approvisionnée seulement pour huit jours, et que les halles étaient entièrement dépourvues de grains. De plus, les grains achetés à Chartres ne pouvaient être enlevés « attendu que les corjjs administratifs de Chartres ont refusé les acquits à caution, les pouvoirs du commissaire de Mamers ne leur paraissant pas suffisamment justifiés » *.
La rareté des grains faisait toujours augmenter leurs prix de vente ; le bureau de police municipale dut en conséquence augmenter le prix du pain, « considérant que les boulangers seraient en perte si le prix du pain n'était pas augmenté, et qu'il leur serait impossible d'en fournir une quantité suffisante ])our l'approvisionnement du public ». La livre de ])ain blanc fut taxée à cinq sols et demi, la tourte de pain niichard à (luarante-huit sols et la tourte de pain bis à trente-six sols '^.
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre I. 26 juin 1793. Registre G. ,3 juillet 1793.
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, n» 565. 2 août 1793.
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre G. 16 août 1793.
Cette élévation du prix du pain « nécessitée par les circonstances malheureuses où se rencontre la ville » produisit, aussitôt qu'elle fut connue, un grave mécontentement qui ne tarda pas à susciter des rassemblements inquiétants. Des meneurs égaraient le peuple, en lui faisant croire que la disette des grains était créée par des accapareurs, habitant la ville en grand nombre. Pour répondre à cette accusation la municipalité décida aussitôt de faire des visites domiciliaires dans toutes les maisons de la ville, et de dresser un état exact de toutes les subsistances. Ces perquisitions n'eurent d'autre résultat que d'amener l'arrestation d'un prêtre *.
D'autre part les administrateurs du directoire du district de Mamers, résolurent d'agir contre les campagnes qui ne répondaient pas à leur appel et n'amenaient pas de grains sur les marchés. Pour les effrayer d'abord, ils adressèrent la proclamation suivante - aux cultivateurs des cinquante-deux municipalités du district de Mamers :
Citoyens,
Il fut un tems où les habitans de la ville de Mamers eurent la consolation de voir approvisionner leur halle.
Il fut un tems où les cultivateurs s'empressèrent de partager leurs moissons aux citoyens de cette cité.
Où est-il ce tems d'abondance ?
Que sont donc devenus ces cultivateurs humains qui ravitaillèrent notre ville ?
Gobourg ne les aurait-il point fait assassiner ?
Que disons-nous ? Pitt ne les aurait-il point corrompus avec son or ?
Brunswick, avare du sang humain, serait-il parvenu à discréditer chez eux nos assignats.
Eh ! cultivateur égoïste crois-tu que l'existence n'est due qu'à toi?.... Crois-tu avoir la faculté de garder chez toi les grains que tu as l'écoltés ?. . . . Apprends que tu n'en es que le distributeur, et qu'ils appartiennent au peuple entier.
Cultivateurs avares, auriez-vous la témérité de croire que les habitans des villes vous verront, d'un œil serein, vivre au milieu de l'abondance, tandis qu'ils sont dévorés par les horreurs de la famine ? Seriez- vous assez barbares pour ne pas vous empresser de procurer à vos frères de Mamers, les grains dont ils ont un si pressant besoin ! Sachez qu'il existe en cette ville, environ sept mille individus, prêts à se venger do vos projets liberticides, si vous êtes insensibles à leur misère.
(1) Voir ci-dessus, chapitre IV, t. I, p. 204.
(2) Archives de la Sarthc. L, 481. 17 août 1793.
Habitants des campagnes, écoutez la voix de vos magistrats qui vous disent que les citoyens de Mamers ne peuvent souffrir plus longtemps les horreurs de la famine. En vain direz-vous que vos occupations ne vous ont pas permis de battre ; depuis l'ouverture de la moisson les jours ont été sereins, vous auriez pu détacher un ou deux individus pour se livrer au battage d'une portion de vos grains, et l'envoyer à la ville. Vous n'avez plus à balancer, cessez d'être égoïstes, nous vous en conjurons, soyez confians dans les assignats de la république, ils sont hypothéqués sur toutes les propriétés nationales, hâloz-vous donc de rassasier l'appétit de nos frères dont la santé est déjà altérée par la famine ; d'ici lundi il ne vous reste qu'un très court délai, hé bien ! employez-le à faire battre vos grains, faites en sorte que la halle de Mamers soit approvisionnée abondamment ; vous y serez protégés, sans quoi vous forcerez les citadins à violer une loi qu'ils ont juré de respecter. Rappelez à votre mémoire ce vieux proverbe qui dit : que la faim fait sortir le loup des bois ; tâchez qu'il n'ait pas son exécution.
Le conseil général de la commune de Mamers fut obligé, le 19 août 1793, de rapporter l'arrêté qu'il avait pris, en opposition au décret du 4 mai 1793 sur les subsistances, par lequel il avait supprimé la taxe des grains. Le conseil général du département de la Sarthe lui avait signifié que l'arrêté pris le 28 mai, fixant le maximum du prix des grains, devait être exécuté, et que d'autre part ses arrêtés du 28 juin et du 28 juillet sur la liberté de la vente des grains étaient rapportés. En conséquence il est décidé que le décret du 4 mai sera pleinement exécuté ainsi que l'arrêté du département qui lixe le prix du boisseau de blé, pour le mois d'août, à huit livres, dix-neuf sous, dix deniers *.
Celte mesure pouvait faire craindre que les habitants des campagnes ne voulussent plus amener leurs grains au marché de Mamers ; la commune demanda donc au district d'enjoindre aux municipalités rurales d'envoyer des grains en quantité suffisante pour lapprovisionnement des marchés, surtout de ceux qui précédaient les foires. Au dernier marclié il n'avait été amené que quatre boisseaux de grains sous la halle. La gendarmerie est chargée de porter dans les campagnes des états qui fixent le nombre de boisseaux de grains que doit amener chaque propriétaire ; ce nombre est fixé d'après la quantité possédée par chaque individu.
La petite quantité de grains amenés sur le marché, produisait aussi du trouble dans la vente ; « plusieurs citoyens par leur empres-
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre l. 19 août 1793.
sèment à se saisir des poches qui renfermaient le grain, occasionnaient
de la confusion sous les halles et dégoûtaient les cultivateurs Les
citoyens qui n'avaient pas un besoin aussi pressant de subsistances que d'autres citoyens, étaient ordinairement ceux qui parvenaient à s'en procurer une plus grande quantité ». Pour prévenir ces désordres et ces abus, il fut interdit à tout habitant d'entrer sous la halle avant l'heure fixée pour la vente ; de plus les grains ne furent vendus que sur la présentation d'un bon délivré par le comité de subsistances ; ce bon était proportionnel aux besoins de l'acheteur. La garde nationale était en plus chargée de maintenir l'ordre par des patrouilles.
Le 27 août, le conseil général du district de Mamers prit un arrêté par lequel il déclarait en état de réquisition tous les grains du district de Mamers. 11 décidait qu'il serait fait incessamment un recensement général au domicile de tous les habitants des cinquante-deux municipalités du district de Mamers. Il enjoignait aussi « à toutes les municipalités et à tous les bons citoyens d'arrêter et de faire arrêter tous particuUers trouvés conduisant des sommes de grains de bourg à bourg, à moins que ces citoyens ne soient porteurs des acquits à caution » ^
Une réquisition imprévue vint encore compliquer la situation déjà si difficile : le 13 septembre, le district de Mamers recevait Tordre de fournir quatre cents sacs de grains destinés à l'armée des côtes de la Rochelle ; il en fit la répartition suivante entre les communes :
Mamers 3, Gommerveil 5, Contilly 2, Marollette-S'-Aubin 2, Montrenault 3, Le Val 1, Panon 3, Pizieux 5, S'-Longis 4, Vezot 3, Villaines 2.
Gourgains 30, Ancinnes 6, Avesnes 12, Les Môes 7, Livet 1, Louvigny 10, Monhoudou 16, S'-Calais 12, S'-Réray-du-Plain 6, Sonnes 6, Thoigué 8.
Marolles 43, Dangeul 28, Disse 16, Mézières 10, Peray 9, Ponthouin 9, S'-Aignan 10.
La Fresnaye 2, Aillières 1, Beauvoir 1, Elèves i, Chenay i, Les Aulneaux 1, Lignières 2, Louzcs 1, MoiiLigny 1, Chassé 1, Neufchâtel 1, Rouessé 1, S'-Paul 1, S'-Rigomer 1.
S'-Cosme 30, Ghampaissant 10, Gontres 2, Moncé 16, Nauvay 6, Si-Pierredes-Ormes 10, S'-Rémy-des-Monts 18, S'-Vinceut 20.
Les municipalités étaient chargées de faire la répartition entre les cultivateurs et propriétaires de grains de leur territoire. Le poids du
(1) Arcliivcs de la Sartlic. L, 481.
sac de grains était fixé à cent quatre-vingts livres. Tous ces grains devaient être amenés par les communes à Mamers, dans un délai maximum de huit jours ; ils seraient payés à la livraison d'après le tarif fixé par le département le 24 mai précédent*.
Le lendemain une nouvelle réquisition de cent vingt-cinq boisseaux de blé était encore ordonnée par le département de la Sarthe, pour la subsistance du contingent de Mamers dans la levée des quatre cents hommes qui devaient marcher contre les troupes de la Vendée.
Toutes ces réquisitions augmentèrent nécessairement la disette dans la ville de Mamers, et les habitants étaient obligés de parcourir les campagnes pour se procurer les grains qui leur étaient nécessaires ; les ouvriers perdaient ainsi tout leur temps, ne pouvaient plus travailler, de là une misère générale qui préoccupait, par les conséquences qu'elle pouvait avoir, le conseil général de la commune. Celui-ci, pour tenter d'améliorer la situation du peuple, demanda à l'administration de district laulorisalion de créer un magasin de grains dans la ville, et d'emprunter, sur la caisse du district, une somme de cent mille livres pour faire l'achat des grains à déposer dans le magasin -.
Sur ces entrefaites la ville du Mans, qui souffrait également de la (iiselle des grains, envoya dans le district de Mamers deux commissaires, avec l'ordre de requérir dix-neuf cents boisseaux de grains, ainsi répartis : 8(M) dans la commune de Marolles, 600 dans celle de Courgains et 500 dans celle de Dangeul. Mais le district de Mamers s'y opposa « considérant que la majeure partie des citoj'ens de Mamers, entièrement dépourvus de subsistances, jiarcourent depuis plusieurs jours, avec des bons déUvrés par la municipalité et visés par le district, différentes paroisses sans pouvoir y trouver les subsistances dont ils ont un très-pressant l)esoin 3 ».
Les commissaires de Mamers pan'inrent cependant à recueillir des grains, mais ces grains étaient d'espèces variées, ils se composaient de blé, d'orge, de seigle et de méteil. Il fut décidé qu'ils « seront mêlés en monceaux dans l'église de la Visitation, lieu provisoirement choisi pour la tenue du marché aux grains de ce jour. Le prix de chaque boisseau, calcul fait des différents prix desdils grains est fixé à huit
(1) Archives de la Sarlhc. L, 482. 13 septembre 1793. — Ces grains n'étaient pas encore livrés le 19 octobre 1793. Ibid.
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, iv> 581. 19 septembre 1793.
(3) Archives de la Sarthe. L, 482. 20 septembre 1793.
livres dix sols, pour cette fois seulement, attendu l'urgence de la distribution ». La distribution des grains est faite aux citoyens en raison de leurs besoins, et la municipalité inscrit sur son registre les fournitures qui sont délivrées à chaque individu.
Le 25 septembre le district de Mamers, d'accord avec la commune, arrêta l'organisation provisoire d'un grenier d'abondance dans l'ancienne église de la Visitation, et il adressa des réquisitions aux cultivateurs et aux propriétaires de grains, dans l'étendue du disti-ict, pour qu'ils contribuent à l'approvisionnement de ce grenier. Mais cet appel n'ayant produit aucun résultat, le district se décida à agir plus énergiquement ; le 27 septembre il ordonna une réquisition de 1105 boisseaux de grains, dont 600 de blé ; les commissaires chargés de cette réquisition étaient autorisés à se faire accompagner par une force armée de cent hommes choisis dans la garde nationale de Mamers ; ils avaient le pouvoir, en cas de besoin, de faire battre les grains en gerbe pour assurer leur approvisionnements
Le grenier d'abondance de Mamers fut transféré le 30 septembre dans l'église Saint-Nicolas, et les bureaux du comité de subsistance furent établis dans la maison de la Providence qui était située tout auprès.
Dans le district de Mamers, toutes les communes ne pouvaient pas conti'ibuer à l'approvisionnement du grenier d'abondance, car plusieurs d'entre elles pouvaient à peine suffire à leur alimentation, et même demandaient des secours à Mamers. Ainsi des habitants de La Fresnaye se présentèrent en grand nomljre à Mamers, dans les derniers jours de septembre, pour s'approvisionner au grenier de subsistance de Mamers, mais ils durent repartir, après trois jours d'attente, sans pouvoir rien emporter, le grenier étant vide. Pour subvenir à leurs pressants besoins, le conseil général du district leur donna une réquisition de soixante boisseaux de grains sur les communes de Lignières et de Chenay. Ces grains devaient être répartis suivant les besoins entre les habitants de La Fresnaye, soit pour l'alimentation, soit pour l'ensemencement des teri-es.
L'application de la loi sur le maximum avait fait baisser le prix du pain : le 8 octobre le corps municipal de Mamers fixait d'api'és le prix des grains, la livre de pain à deux sols et neuf deniers. Mais ce
(1) Arctiives de la Sartlie. L, 482.
pain était de mauvaise qualité, et la municipalité reçut de fréquentes réclamations sur ce « que le pain que les boulangers font actuellement est d'une qualité bien inférieure à celui qu'ils fabriquaient ci-devant, vu que les grains qu'on leur délivre sont plus forts en orge qu'en blé ». De plus ces grains de toutes provenances étaient de mauvaise qualité, et même avariés. L'administration reconnut qu'avec ce pain on ne pouvait nourrir les malades, les vieillards et les enfants, et elle désigna un boulanger auquel le comité de subsistances remettrait du froment pur destiné à faire du pain pour les malades ; mais ce pain ne serait délivré qu'aux malades et aux enfants du premier âge, sur un certificat de médecin '. Du reste toute la distribution du pain chez les boulangers, aux habitants des villes et des campagnes, ne pouvait être faite que sur la présentation d'un bon numéroté et délivré par la municipalité. Chaque soir les boulangers devaient rapporter ces bons.
Malgré ces mesures d'ordre et les réquisitions continues dans les campagnes, le grenier d'abondance était toujours insuffisant. Le 16 octobre, le comité informe le district « que le grenier d'abondance était entièrement dégarni et que les habitants de Mamers allaient incessamment manquer de pain, si le directoire ne prenait des mesures promptes et efficaces ». Un courrier est aussitôt expédié pour presser les municipalités de Marolles, Dangeul, Disse, Ponthouin, Avesnes, Monhoudou, Saint-Calais , Courgains, de remplir les réquisitions qu'elles ont reçues. De leur côté les officiers municipaux se rendent chez les meuniers pour leur enjoindre de convertir en farine les grains qui leur ont été remis par le grenier d'abondance ; les boulangers sont également requis de convertir en pain, le plus promptement possible, toute la farine qu'ils ont chez eux et celle que leur remettront les meuniers -.
La ville de Mamers dut cependant, malgré cette disette, fournir les trois sacs de froment auxquels elle avait été imposée pour les armées des côtes de la Rochelle, le 13 septembre. Le district enverra encore deux autres voitures de grains à Angers, le 3 novembre.
Pour éviter les erreurs et les fraudes, la ville fut divisée en douze quartiers ; à chacun de ces quartiers un boulanger fut attribué, et les habitants de ces quartiers durent se fournir chez le boulanger qui leur
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, n» 599.
(2) Archives de la Sarthe. L, 482.
était désigné ; le contrôle était ainsi rendu plus facile pour les commissaires chargés de vérifier les fournitures de pain. Cette surveillance devenait de jour en jour plus nécessaire ; le 29 octobre le comité de subsistance informait en effet le district « qu'il n'existe au grenier d'abondance de Mamers, qu'environ six quintaux de tous grains, de manière que la ville ne peut vivre que pendant vingt-quatre heures au plus, au moyen de ce qu'il a été distribué aujourd'huy deux quintaux à chacun des boulangers ». D'oii nouvelle réquisition de sept mille quintaux de grains dans les communes, avec ordre de les remplir dans un délai de trois semaines au plus, soit un tiers par semaine. Les communes protestèrent contre cette réquisition qu'elles trouvaient exagérée , notamment la commune de Courgains. Les officiers municipaux de cette dernière commune furent mandés devant le district pour expliquer leur conduite et les accusations qu'ils avaient formulées dans leurs procès -verljaux contre l'administration de Mamers K
Dans ce temps de dures nécessités, les cultivateurs n'étaient pas libres de suivre et d'approvisionner les marchés de leur choix ; ils faisaient partie d'une circonscription déterminée dont ils ne pouvaient pas sortir. Ainsi un conflit s'était élevé entre les districts de Bellesme et de Mamers pour la revendication des communes de Saint-Fulgent, Origny-le-Roux, Chemilly, Sure, Montgaudry, Pervenchères, La Perrière et Pouvray ; ces communes appartenaient bien au département de l'Orne, mais le district de Mamers les réclamait pour l'arrondissement du marché de cette ville, parce que ces communes avaient de tout temps l'habitude d'approvisionner ce marché, et que d'autre part la commune d'Alençon avait réclamé pour son marché dix communes du district de Mamers. Le 30 octobre Bellesme consentit à abandonner Origny-le-Roux, Sure, Montgaudry et Pervenchères, mais réclama les autres communes pour son marché -.
A la disette des grains et des farines s'ajoutait toujours la disette d'argent ; la commune ne possédait aucuns fonds disponijjles ; toutes ses ressources étaient épuisées depuis longtemps ; le 16 brumaire an H, elle en est réduite à vendre les débris de l'arbre de la liberté pour payer du pain aux pauvres ; le bois est vendu pour 37 livres et les
(1) Arcliivcs de la Sarthc. L, 482. 29 octobre 1793.
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, f" 370.
cercles de fer qui l'attachaient pour 10 livres 10 sols ; avec cette somme on put faire cuire et distribuer aux pauvres de la ville, deux cent quatre-vingt-treize livres de pain K Le comité de subsistances fait de son côté un nouvel appel aux citoyens aisés, enfin que par une souscription volontaire ils avancent des fonds pour payer les grains ; la souscription produit trois mille cent cinquante livres, et cependant il faut diminuer le prix du pain ; la livre de pain taxée à deux sols neuf deniers est abaissée le 26 brumaire à deux sols quatre deniers.
Le canton de La Fresnayc était aussi éprouvé que celui de Mamers, et le 28 brumaire le district de Mamers accordait sur le grenier dabondancc quarante quintaux de grains à la municipalité de La Fresnaye et semblable quantité à celle de Roullée ; ces grains étaient spécialement destinés aux pauvres de ces communes. Le district de Mamers avait accordé ces grains sur une réquisition du représentant du peuple Lelourneur, résidant alors à Alençon, qui répondait ainsi à une demande de secours que lui avait adressée la municipalité de La Fresnaye.
Chez les boulangers de Mamers la répartition du pain entraînait chaque jour de grands désordres ; malgré la division de la ville en section pour chaque boulanger, les gens cherchaient à s'en procurer partout, ([uoique sous la surveillance incessante des commissaires, qui veillaient à ce que les livraisons de grains soient faites régulièrement aux lK)ulangers suivant le recensement de la population, et qui s'assuraient que ceux-ci avaient toujours individuellement l'approvisionnement nécessaire pour au moins vingt-quatre heures.
Sur CCS entrefaites le Mans rappelait à Mamers sa réquisition de quatre cents quintaux de grains, nécessaires pour les troupes qui se rassemblaient au Mans contre les armées de Vendée. Le district en expédia deux cents quintaux qu'il prit dans le grenier d'abondance 2.
Le l}() frimaire (20 décembre) le grenier d'abondance était vide et ce jour devaient arriver à Mamers huit cents hommes de réquisition du département de l'Orne ; l'occupation du Mans par les Vendéens avait bouleversé le pays. Des réquisitions furent d'abord faites dans toutes les communes des environs de Mamers, aussi bien dans celles appartenant au département de l'Orne que dans celles de la Sarthe, puis quelques jours après le district fit une nouvelle réquisition de
(1> Arcliivcs de la Mairie de Mamers. Registre F, n» 372. G novembre 1793. (2) Arcliivcs de la Sarthe. L, 482. 19 frimaire an II (9 décembre 1793).
1003 boisseaux sur les communes de son ressort. Mais en attendant que cette mesure ait son plein effet, la municipalité de Mamers envoja chercher vingt-huit quintaux de grains chez les neuf cultivateurs qui existaient dans la commune de Mamers, en taxant chacun d'eux suivant l'importance de sa terre.
Les cultivateurs n'amenaient pas volontiers leurs denrées aux marchés, parce qu'ils avaient souvent à subir les violences des acheteurs. La Société populaire de Mamers signalait celte situation au conseil général de la commune dans sa séance du 13 nivôse an II. Elle constatait « qu'il se commet des abus dans la vente et les achats des denrées de premier besoin ; que les cultivateurs et les citoyens de cette ville, loin de se conformer au règlement de police concernant les marchés, vendent et achètent, soit dans les rues ou dans les auberges, que certains particuliers vont même au-devant des citoyens des campagnes et les forcent souvent à vendre leurs denrées à un prix
inférieur à la taxe qui en a été faite » Le Conseil général reconnut
l'exactitude de cette réclamation et ajouta même que « si on éprouve depuis quelque temps une disette considérable de certaines denrées, on doit moins l'attribuer à la rareté ■ réelle qu'à la conduite indécente de certains particuliers à l'égard des habitants des campagnes ; qu'aussitôt que ces derniers se présentent dans les rues ou sur les places publiques, on s'empare à force ouverte des denrées qu'ils apportent, que souvent on leur en fait perdre le prix et qu'ils se voient réduits à la nécessité d'abandonner les paniers et autres effets qui les renferment pour se soustraire aux violences qu'on exerce contre eux ».
Ces voies de fait fréquentes déterminaient les cultivateurs à porter leui-s provisions sur les autres marchés voisins; pour leur assurer la liberté de la vente, le conseil général rappela les règlements qu'il avait déjà publiés concernant les marchés et en décida la stricte application ; il stipulait entre autres articles que les habitants devaient faire leurs acquisitions avant les marchands et les commissionnaires étrangers, qu'il était défendu de s'emparer par force des denrées et qu'elles devaient être payées suivant le tarif fixé * .
Les réquisitions de grains dans les communes se faisaient avec les plus grandes difficultés, malgré l'emploi de la force armée. Le 17 nivôse, les commissaires nommés pour faire les réquisitions au nom
(1) Arcliives de la Mairie de Mamers. Registre F. f» 421. 13 nivôse an II (2 janvier 1794).
de la ville de Mamers, rentraient sans avoir pu remplir leur mandat, et ramenaient avec eux pour les « incarcérer les citoyens GaiTouis de Thoigné et René Chamballu de Saosnes, Lallouet de Saint-Vincent, le maire de la commune de Peray, l'agent national de Ponthouin et le premier officier de la même commune, Gallet de Courtangis, et Saint- Lot d'Harriers, commune de Marolles ». Ils sont rendus responsables des sommes dues pour les salaires de la force armée et pour ses dépenses qui se montent à trois cent cinquante-huit livres : ils ne pourront être élargis sans au préalable avoir payé cette somme, sauf leur recours contre les citoyens de leurs communes respectives.
Le même jour le district de Mamers recevait deux arrêtés de la commune du Mans et du représentant du peuple Garnier (de Saintes), qui réclamaient à Mamers les grains que les communes n'avaient point fournis aux réquisitions précédentes. Le district de Mamers répondit « qu'avec la meilleure volonté il se trouve dans l'impossibilité de pouvoir subvenir aux besoins des citoyens du Mans, puisque ceux des citoyens du district de Mamers ne sont pas moins pressants » *. La commune d'Alençon venait déjà de requérir cinq cents quintaux de grains dans le district de Mamers pour approvisionner l'armée stationnée à Alençon (11 nivôse). La réquisition de sept cents quintaux par semaine, faite par le district de Mamers pour approvisionner son grenier devenait donc insuffisante, d'autant plus que dans le canton de La Fresnaye ses malheureux habitants ont épuisé toutes les ressources, et voient leurs besoins de jour en jour plus pressants. Le district décida alors de requérir dans trois communes de l'Orne, Sure, Origny et Saint-Fulgent, cinquante quintaux de grains à amener chaque décade au grenier de Mamers ; la commune de Sure était taxée à vingt quintaux, celles d'Origny et de Saint-Fulgent, à quinze quintaux chacune.
Le 23 nivôse un inspecteur des vivres vient à nouveau réclamer à Mamers « trois cents sacs de deux cents livres pesants » pour les magasins militaires du Mans ; le district est obligé de répondre qu'il est dans l'impossibilité de le faire parce que les habitants de Mamers n'ont même pas les grains nécessaires pour eux et qu'ils ont déjà « eu la douleur de voir enlever par la garde nationale du Mans, qui parcourait plusieurs communes de ce district avec deux pièces de canon, la quantité de seize cents boisseaux de froment et seigle ».
(1) Archives de la Sarthe. L, 482. 17 nivôse an II (6 janvier 1794).
A cet enlèvement des grains, il fallait encore ajouter les réquisitions précédentes de quatre cents sacs pour l'armée de l'Ouest, quatre cents quintaux pour la commune du Mans lors de l'arrivée des Vendéens, cinq cents quintaux pour les magasins militaires d'Alençon, trois cents quintaux pour Alençon requis par le représentant du peuple Letourneur, toutes réquisitions fournies en moins de deux mois, dans une année où le district de Mamers avait vu ses récoltes j^erdues par les intempéries des saisons, « les pluies continuelles ayant empêché l'année dernière les ensemencements de Ijeaucoup du terrain du district de Mamers, destiné à recevoir le froment ; la sécheresse du printemps dernier étant tellement vive avait étouffé les orges naissants, de manière, que la recette dernière a été très inférieure aux années précédentes. De plus un fléau particulier, celui de la grêle, qui a ravagé la majeu'e partie des communes du canton de La Fresnaye, a détruit les suhsislances de plus de six mille habitants de ce canton, auxquels les autres communes de ce district ont été obligées de donner plus de quinze cents quintaux de froment ou seigle pour l'ensemencement de leurs terres » ^.
Le procureur syndic du district de Mamers écrivait encore au département le 5 pluviôse : « Il n'y a pas de dépôt de grains parce que le malheureux pays a été en partie ravagé par la grêle, et les réquisitions faites pour l'armée de l'Ouest et de la Mayenne ont tellement épuisé le peu qui nous restait, que bientôt nous éprouverons une disette absolue - ».
La commune de Mamers fit parvenir aussi ses réclamations au district, en ex2)osant les motifs auxquels elle attribuait la disette de tous les produits qui lui manquaient, et en demandant l'élévation des prix du maximum, comme seul moyen d'y remédier ; non seulenient elle adressa cette pétition à l'administration du district, mais encore elle la fit imprimer, distribuer et afficher dans les communes voisines 3. Voici la teneur de cette pétition :
Aux citoyens administrateurs du district de Mamers.
Le Conseil de la Commune du même lieu représente que les horreurs de la disette des comestibles, la plus absolue et la plus affreuse, se font sentir de toutes
(1) Archives de la Sarthe. L, 482. 23 nivôse an II (12 janvier 1794).
(2) Archives de la Sarthe. L, 498. 5 pluviôse an 11(24 janvier 1794).
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, f" 458. 8 pluviôse an II (27 janvier 1794).
parts. Les marchés où le cultivateur intéressé, et peut-être bienfaisant, apportait ses denrées, sont déserts. La mère de famille y attend avec impatience, mais inutilement, les subsistances qu'elle veut payer, elle y promène ses regards inquiets et n'aperçoit qu'une affligeante solitude ; elle se retire désolée et elle ne rapporte au sein de sa famille que la consternation suivie de plaintes de la douleur, la privation qui double l'action des besoins parait la seule ressource offerte pour les calmer.
Tel est en raccourci le déplorable mais trop fidèle tableau de la misère publique.
Eh, quelles en sont les funestes causes ! les ressources de l'abondance seraient-elles donc taries dans notre pays, ou les canaux qui l'y apportaient sont-ils obstrués ou interrompus !
Ah ! n'en doutons pas, la nature n'est point devenue marâtre, et les moyens ne sont point épuisés ; à l'homme, oui à l'homme seul il faut attribuer nos maux.
L'iasatiable cupidité du barbare égoïste provoquait une loi qui le rappelât au devoir et au sentiment de l'humanité ; la Convention nationale décréta le 29 septembre dernier qu'il y aurait un maximum pour le prix des denrées de première nécessité ; les districts furent chargés de fixer ce maximum, sur les bases établies par le décret; vous vous êtes empressés, citoyens administrateurs, de faire jouir le peuple des avantages de cette loi sollicitée par la nécessité, dictée par la sagesse ; un tarif du prix des denrées a été arrêté et publié sans délai, mais chaque district s'est isolé pour se livrer aux mêmes opérations.
De là est née cette différence de prix pour la même denrée, dans toutes les grandes communes environnantes ; mais par un résultat que les estimations ont sans doute produit, le prix des denrées est inférieur dans le district de Mamers à celui fixé respectivement pour les districts voisins ; les vendeurs se sont repliés sur leur intérêt particulier qui ne calcule pas les distances, ils ont abandonné les marchés de Mamers et sûrs de trouver une augmentation de prix, ils portent à des marchés étrangers toutes les productions de leur sol.
Voilà, citoyens administrateurs, la cause odieuse des privations que nous éprouvons, privations d'autant plus désolantes qu'elles frappent encore sur la viande et sur la chandelle.
Le boucher qui achète à haut prix les bœufs, les vaches, les moutons et les veaux sur pied, et dont le maximum n'a point été déterminé, ne peut les détailler qu'au prix du maximum fixé ; ce prix en détail qui n'atteint pas la somme totale de l'achat sur pied fait pencher la balance du commerce contre l'intérêt du boucher, la certitude de sa perte et de sa ruine ne pressent et ne justifient-elles pas la cessation de son commerce.
De son inaction dérivent le défaut de viande et de suif et de chandelles.
Mais à quoi servirait d'indiquer la cause du mal si le remède n'en était pas présenté.
Le remède est dans le mal même, l'intérêt particulier a appelé la disette à la place de l'abondance, eh bien, que le vil intérêt né de l'égoïsme fasse succéder l'abondance à la disette.
Pour opérer ce changement important et désiré, le conseil de la commune demande, citoyens administrateurs, qu'après les avoir pesées dans votre sagesse vous arrêtiez les mesures suivantes :
1° Le maximum du prix des bœufs, vaches, moutons et veaux sur pied sera déterminé par le district, à l'exemple du district du Mans, qui par son arrêté a fixé un maximum au prix des bestiaux sur pied.
2» La viande et les suifs seront taxés en raison du prix de l'achat des bestiaux sur pied et du profit que le boucher a droit d'attendre.
3» Il sera fait incessamment un nouveau tarif qui déterminera un maximum au prix de toutes les denrées.
4" Ce prix sera au moins égal à ceux qui ont été fixés par les districts voisins, de manière que les vendeurs puissent donner aux marchés de Mamers le même avantage qui leur est assuré dans les marchés des autres communes environnantes.
5" La chandelle sera taxée proportionnellement au prix des suifs et au profit qui doit rester au chandelier
L'administration de district protesta contre l'affichage par la commune de cette pétition et exigea des explications à ce sujet. La niuniciiDalité répondit qu'elle n'avait eu d'autres motifs que de prouver au peuple que la commune s'était occupée de « la demande qu'est venu faire à la maison commune le peuple en foule pour faire fixer le maximum de toutes les denrées et comestibles de première nécessité, à un prix au-dessus de celui qui existe ; qu'après lui avoir promis que sa pétition serait prise en considération, il fut arrêté qu'il en serait fait une au district pour l'engager à faire jouir la commune de Mamers des mêmes avantages dont jouissent les communes de Bonnétable, Le Mans, Mortagne et autres districts qui ont fixé leur maximum beaucoup plus haut que celui de Mamers » i.
Le peuple avait manifesté parce que le grenier d'abondance était complètement vide ; la municipalité avait dû réquisitionner quelques boisseaux de grains chez les habitants. Le district constatait lui-même qu'il ne possédait plus rien pour l'approvisionnement de la ville et des quinze communes dont il avait la charge ; il se décida donc à
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, f» 477. 26 pluviôse an II (14 février 1794).
envoyer la force armée dans les campagnes « afin de forcer les cultivateurs en retard à fournir leur contingent ».
Ces réquisitions ne produisirent pas le résultat espéré, les cultivateurs résistèrent à la force armée et plusieurs d'entre eux furent amenés à Mamers, pour refus de livraisons de grains, par les commissaires accompagnant la force armée. Ils furent condamnés à payer chacun quarante livres pour indemniser la force armée et pour ne pas être incarcérés. Il fut aussi décidé que chaque municipalité serait chargée de faire elle-même les réquisitions partielles à la place du district *.
Le district de Mamers avait bien été compris pour 3000 quintaux dans une répartition de grains que le département de la Sai'the devait recevoir des environs de Bourges, mais cette répartition n'avait pu avoir lieu parce que les communes du Berry s'étaient opposées à l'enlèvement de ces blés. L'administration de Mamers chargea donc les citoyens Lehault, député à la Convention, et Pélisson de Gennes qui se trouvaient à Paris, de « faire ensemble ou séparément toutes réquisitions et remontrances auprès de la commission des subsistances de la Convention, pour obtenir dans le plus bref délai possible les grains nécessaires au district, tant pour la subsistance que pour l'ensemencement des terres, ensemencement qui dans plusieurs communes devrait déjà s'effectuer ».
Le député Lehault répondit le 3 ventôse que « l'administration de district doit se retourner vers le département de la Sarthe, comme étant le centre d'où doivent lui parvenir les secours en grains ». Pour se conformer à cet ordre, le district envoya immédiatement un commissaire au Mans afin d'en obtenir des subsistances. Quelques jours après, deux voitures chargées de grains, à destination d'Alençon, passèrent par Mamers ; à cette nouvelle le conseil général de la commune décida de les arrêter et de s'en emparer « considérant qu'il ne se trouve plus au grenier d'abondance du district de Mamers, que huit quintaux de grains.... ; que huit quintaux ne sont pas à beaucoup près suffisants pour alimenter pendant plusieurs jours la commune de Mamers, que non seulement cette
commune puise ses provisions eu grains dans le grenier d'abondance du district de Mamers, mais encore que vingt-deux communes du district en tirent journellement leurs subsistances, qu'elles ne peuvent
(1) Archives de la Sarthe. L, 482. 26 pluviôse an II (14 février 1794).
se procurer ailleurs....; que la plupart des communes du district, qui jusqu'à présent avaient contribué, par leurs envois périodiques et déterminés, à alimenter le grenier d'abondance, sont absolument épuisées de grains ». Deux commissaires furent envoyés à la municipalité d'Alcnçon pour la prévenir dé cette arrestation des voitures, et pour obtenir l'autorisation de garder les grains, autorisation sur laquelle on comptait, car « dans tous les temps les frères d'Alençon ont donné des preuves non équivoques de fraternité et d'attachement particulier » aux intérêts de la commune de Mamers *.
Depuis plusieurs jours l'administration était très inquiète de la situation du peuple ; les habitants totalement dénués de subsistances se rassemblaient aux portes des boulangers, et ils étaient à grand'peine maintenus en ordre par la gendarmerie. On en était réduit à convertir en farine les avoines emmagasinées pour le sei'vice militaire, car « les secours jDromis par la Commission des subsistances de la République
n'arrivaient point et que le fléau de la famine se faisait sentir de
plus en plus dans la ville de Mamers » 2. La municipalité s'était
résignée à cette mesure, « quoiqu'il soit pénible d'être obligé de recourir à la nourriture des chevaux pour en faire du pain », parce qu'elle estimait que « cependant il est moins douloureux encore d'avoir du mauvais pain que d'en avoir point du tout ».
Pour apporter un terme à cette affreuse disette la Société populaire de Mamers nomma deux commissaires, Louis-Gabriel Guérin et Guillaume-Joseph Pélisson, tous deux cultivateurs, qu'elle investit de pouvoirs illimités afin de procurer des grains à Mamers. Sous cette qualification de cultivateurs, il est difficile de reconnaître l'ancien maire de Mamers, député à l'Assemblée législative, non plus que l'ancien bailli de Mamers, député à la Constituante. Ces commissaires avaient ordre de faire toutes les « démarches, demandes et sollicitations pour procurer le plus promptement possible des subsistances au district de Mamers, d'abord auprès du directoire du département de la Sarthe et en cas de non succès auprès du citoyen Garnier représentant du peuple à Blois, ensuite auprès de l'administration du département d'Eure-et-Loir, auprès de la commission des subsistances et appro-
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, f" 492. 11 ventôse an II (ler mars 1794).
(2) Archives de la Sarthe. L, 482, 13 ventôse an II (3 mars 1794).
visionnements de la Répuljlique, même auprès de la Convention Nationale, et partout ailleurs où besoin sera » '.
Pélisson de Gennes obtint de suite, près de l'administration de la Sarthe, un secours provisoire de deux cents quintaux de blé pour le district de Mamers ; et la municipalité les envoya aussitôt chercher au Mans par des voitures qu'elle y lit conduire avec les sacs nécessaires. Ce secours assurait l'approvisionnement du grenier pour une durée de trois jours -. Afin de ménager ces faibles subsistances, l'administration de district avait déjà, dès le 12 ventôse, licencié les volontaires de première réquisition, qui composaient le bataillon stationné à Mamers.
Les frais de transport et d'acquisition des grains avaient élevé le prix du blé à quatre sols neuf deniers la livre ; quand ce prix fut connu en ville, il détermina immédiatement un soulèvement important, plus de deux cents femmes, accompagnées d'hommes, se présentèrent devant l'administration et exigèrent que le prix du pain fut réduit à trois sous ; l'émeute dura toute la journée, et les administrateurs ne purent rétablir le calme qu'en accordant le prix provisoire de trois sous, conformément au maximum^.
Le conseil général de la commune se servit du prétexte de cette émeute, pour exposer à l'administration du département, que la disette affreuse, éprouvée par Mamers, provenait « des fournitures considérables faites tant aux armées de la Rochelle, que de Tours, etc., en vertu des
proclamations et réquisitions des représentants du peuple de
l'épuisement qu'a fait la commune d'Alençon de tous les grains dans
huit à dix communes de ce district de la fourniture journalière
faite par le grenier d'abondance au bataillon stationné à Mamers »
Cette dernière fourniture s'élevait, à elle seule, à cinquante six mille trois cents livres.
Le 26 ventôse, le lendemain de l'émeute, Pélisson de Gennes rentrait à Mamers et venait rendre compte à la municipalité de la mission dont il avait été chargé par la Société populaire. Il avait obtenu, du Comité des subsistances de la Convention, un arrêté du 23 ventôse, qui accordait provisoirement au district de Mamers sept cent cinquante quintaux de grains à prendre dans le district de
(1) Archives de la Sarthe. L, 482. 17 ventôse an II (7 mars 1794).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre G. 24 ventôse an II (14 mars 1794).
(3) Pour les détails do cette émeute, voir tome I, chapitre IV, pages 235 et
suivantes.