‹ La ville et le district de Mamers durant la Révolution, 1789-1804Chapitre 3 sur 21 · II · texte numérisé non relu

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Châteauneuf-en-Thimerais. Aussitôt en possession de cet arrêté, il s'était transporté dans la ville de Chàteauneuf où il avait réquisitionné les grains nécessaires, avec l'aide de son collègue Guérin. 11 avait en même temps réquisitionné les voitures pour le transport de ces grains jusqu'à Regmalard. Il ne restait plus à la municipalité de Mamers qu'à envoyer chercher les grains amenés dans cette dernière ville. Le conseil général « vota d'abord des remerciements aux citoj'ens de Gennes et Guérin, du zèle et de l'activité qu'ils ont mis dans une commission qui intéresse aussi essentiellement la commune de Mamers » ; puis furent réquisitionnés « tous les voituriers, roulliers et meuniers de la commune », auxquels on adjoignit des fermiers et des cultivateurs réquisitionnés aussi dans les communes voisines. Ils partirent tous dès le lendemain matin six heures, sous la direction de Julien Dubois, commissaire nommé pour surveiller le convoi '.

Un autre arrêté du 22 ventôse, pris également par le Comité des subsistances de la Convention, accordait en plus, à Mamers, six mille quintaux de grains à prendre sur le district de Sablé. L'administration du district de Mamers, à cette nouvelle, se déclara « satisfaite de l'activité, du zèle et du dévouement des citoyens Pélisson et Guérin, en ce que ces deux citoyens n'ont rien négligé, et que même ils ont sacrifié leur repos pour accélérer la mission qui leur était confiée, et arrête la mention civique et la reconnaissance qui leur est due » ^.

Les six mille quintaux de grains, prélevés sur le district de Sablé, furent ainsi répartis, entre les diverses communes du district de Mamers : La Fresnaye, 500 quintaux ; Ancinnes, 250 ; Neufchàtel, 250 RouUée, 200 ; Villaines, 150 ; Saint-Rigomer, 200 ; Lignières, 60 Aillières, 40 ; Montigny, 35 ; Vezot, 20 ; Chenay, 35 ; Contilly, 120 Chassé, 60 ; Elèves, 50 ; Beauvoir, 70 ; Saint-Paul, 40 ; Louzes, 60 Les Aulneaux, 80 ; Mézières, 100 ; Scévola (Saint-Aignan) , 100 Mamers, 3580 ; Livet, 40 3.

Les sept cent cinquante quintaux de blé transportés de Chàteauneuf à Mamers revinrent, tous faux frais compris, à vingt-trois livres le quintal ; en conséquence « la tourte de douze livres a été taxée à cinquante-quatre sols » ''.

(1) Arcllives de la Mairie de Mamers. Registre L 26 ventôse an II (16 mars 1794).

(2) Archives de la Sarthe. L, 483. 26 ventôse an II (16 mars 1794).

(3) Archives de la Sarthe. L. 483, 30 ventôse an II (20 mars 1794).

(4) Archives de la Mairie de Mamers. Registre G. 3(1 ventôse an II (20 mars 1794).

Les six mille quintaux de blé délivrés au district de Mamers par celui de Sablé, ayant été répartis entre les communes qui en avaient un pressant besoin, le soulagement qu'ils apportaient ne devait pas être de longue durée. D'après les recensements faits dans les communes du district de Mamers, dont la population atteignait le chiffre (le trente-deux raille individus, il ne restait plus environ que vingtcinq livres à consommer par tête avant la prochaine récolte. D'autre part pour l'ensemencement des terres, il fallait: « 1752 quintaux d'orge ; 145 quintaux d'avoine ; 14 quintaux de mouture du Mans ; 2 quintaux de pois ; 1/2 quintal de sanasin et 200 quintaux de pommes de terre ». Il était donc nécessaire de demander encore un secours de trente mille quintaux de grains.

Les officiers municipaux de Mamers adressèrent dans ce sens cette pétition au district de Mamers ' :

Citoyens administrateurs,

L'attention particulière, que vous avez donnée jusqu'à présent à l'objet important des subsistances, a sauvé le district de Mamers des horreurs de la famine dont il était menacé ; déjà il éprouvait les besoins les plus pressants, et il ne voyait dans un avenir prochain que des sujets d'inquiétude la plus alarmante.

Sensibles à nos maux, vous avez été empressés d'en alléger le poids et d'en prévenir les suites funestes. Vous avez exposé avec confiance nos besoins à la Convention Nationale, sa tendresse maternelle a été vivement touchée de notre situation, et nous avons reçu un secours provisoire en grains, mais les ressources du moment qu'ils nous ont procurées seront bientôt épuisées, nos inquiétudes vont renaître avec nos besoins, si par des précautions que votre sagesse et votre amour pour le peuple vous dicteront, vous n'obtenez des secours en grains de la Convention Nationale.

C'est pourquoi le Conseil de la Commune de Mamers demande, citoyens

administrateurs, que vous vouliez bien, en continuant l'ouvrage que vous avez

«i utilement commencé, solliciter de la Convention Nationale un secours de

rente mille quintaux de grains pour le district de Mamers, et prendre toutes les

mesures capables d'assurer le succès de cette demande.

L'administration de district, faisant droit à cette requête, reconnut ' que la disette des subsistances est telle dans le district de Mamers

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, f" 524. 13 germinal an II 1 avril 1794).

3fl MA MERS DURANT LA REVOLUTION

qu'il est absolument nécessaire d'envoyer un commissaire pour présenter la pétition » à la Commission des subsistances et approvisionnements de la République pour en obtenir de nouveaux secours.

Le commissaire désigné était « le citoyen Pélisson de Gennes dont le civisme est connu, et qui dans toutes les circonstances a donné

des preuves de son dévouement à la chose pul)lique » Il est chargé

de se transporter immédiatement à Paris pour présenter la jjétition des habitants de Mamers à la commission des subsistances, et pour obtenir aussi « la délivrance des semences qui sont nécessaires aux cultivateurs du district de Mamers, et sans lesquelles leurs terres resteraient incuKes ». 11 devait encore se présenter devant l'administration générale des subsistances militaires, pour l'éclamer les huit cent quatre-vingt-sept quintaux de grains, fournis à titre de i^rét aux bataillons des volontaires stationnés à Mamers^ et que le représentant du peuple Lehault avait déjà précédemment réclamés. On lui conseillait d'intéresser à sa demande les représentants Lehault et Levasseur*.

En attendant l'arrivée de nouveaux secours, le conseil général de la commune de Mamers arrête que « vu la disette actuelle des suljsistances, les bureaux réserveront pour les consommations journalières de la commune, les blés, orges, méteil, mouture et seigle, qui sont ou seront déposés au grenier du district de Mamers, et qu'il ne sera délivré pour semence que les six cents quintaux d'avoine qui ont été promis à cet effet par la Convention Nationale ».

Malgré ces mesures de précaution il ne restait plus en magasin, le 20 germinal, que soixante quintaux de grains, quantité à peine suffisante pour nourrir pendant un jour les habitants du district. Des cinq voitures envoyées au Mans chercher du grain promis sur le district de Sablé, une seule revenait chargée, le pain allait donc encore manquer ; l'administration se résolut à avoir encore recours au district d'Alençon et à « solliciter au nom de l'humanité et de la fraternité un prêt de cinq voitures de grains pour quelques jours ». A cet effet elle envoya un commissaire vers les administrateurs du département de l'Orne. La commune d'Alençon accueillit favorablement cette demande, mais elle-même n'était pas riche en grains, elle promit d'en envoyer quand elle aurait reçu ceux qui lui étaient annoncés. « Mue par les principes de la nature qui doit guider tous les hommes et commander

(1) Arcliives de la Sartlie. L, 483. 15 germinal an II (4 avril 1794).

impérieusement de se soulager réciproquement, oubliant sa prévoyance ordinaire et ne pensant qu'à l'état afîreux où se trouvent ses frères de Mamers, elle arrête d'une voix unanime que tous les moyens dont elle peut faire usage seront employés pour une nouvelle preuve de l'amitié fraternelle des ha])itants dAlençon à ceux de Mamers, que n'ayant dans ce moment aucun blé dont elle pouvait disposer, mais en devant recevoir, soit aujourd'hui, soit demain, de Ponteaudemer, elle le fera passer sur le champ et dès leur arrivée au conseil général de la commune de Mamers » '.

Dans le même temps quatre mille quintaux de grains sont mis à la disposition de Garnier (de Saintes), par le Comité des subsistances, j)our être répartis entre les districts du département de la Sarthe. Mamers nomme aussitôt deux commissaires, Pélisson de Gennes et Juchereau fils, pour se rendre auprès du représentant du peuple, en ce moment à La Ferté-Bernard, à l'effet de l'inviter « à fixer promptement le contingent que le district de Mamers a droit d'espérer dans les 4000 quintaux de grains accordés au département de la Sarthe sur le district de Louviers » -. Garnier (de Saintes) accorda cinq cents quintaux à prendre dans les magasins de Caen.

La Commission des subsistances avait aussi, le 20 germinal, autorisé le district de Mamers à tirer de celui de Chartres, mille quintaux d'orge nécessaire pour l'ensemencement. Le prix du quintal d'orge de première qualité était fixé à neuf livres ^.

Au Mans, la disette se faisait également sentir et le 26 germinal un commissaire envoyé par cette ville venait demander à Mamers « deux mille quintaux de grains à titre de prêt, à prendre sur pareille quantité qui reste encore à livrer par le district de Sablé à celui de Mamers ». L'administration du district de Mamers refusa cette autorisation, « considérant que si la disette est grande au Mans, elle n'est pas moins extrême dans toute l'étendue du district de Mamers ». Elle accorda cependant cent quintaux à la ville du Mans, mais à titre de prêt.

Garnier (de Saintes), qui avait pu apprécier par lui-même les effets de la famine à Mamers et dans la région, avait réclamé des secours en grains au Comité des subsistances et obtenu pour le département de

(1) Archives ilc la mairie de Mamers. Registres F et L 20 germinal an II (9 avril 1794).

(2) Archives de la Sarthe. L, J83. 23 germinal an II (12 avril 1794).

(3) Archives de la Sarthe. L, 483. 23 germinal an II (12 avril 1794).

la Saithc vingt-six mille quintaux sur les magasins de Caen. A cette bonne nouvelle le district de Mamers chargea immédiatement « le citoyen Pélisson de Gennes, qui s'est toujours conduit avec intelligence et zèle dans les différentes opérations dont il a été chargé par le district pour les subsistances », de se rendre dans le plus bref délai auprès du représentant Garnier, en ce moment à Sablé, pour l'inviter « à fixer le contingent que le district de Mamers a droit d'espérer dans les vingt-six mille quintaux de grains accordés au département de la Sarthe, sur les magasins de Caen, et dont le dépôt doit se faire à Alençon dans le cy-devant couvent des filles de Sainte-Claire » '. Garnier (de Saintes) accorda deux mille quintaux, que l'administration se pressa d'envoyer chercher, car le district ne possédait plus de vivres que pour oieux jours.

Ces grains accordés ne parvenaient que lentement à leurs destinations, les sommes d'argent nécessaires pour les payer étaient difficilement réunies par les communes qui n'ayant plus de fonds disponibles étaient obligées d'emprunter ; à Mamers la commune était obérée, elle avait déjà depuis longtemps pris à l'hospice tout ce qu'il possédait ; elle devait plus de vingt mille livres à la caisse du district, et cependant plusieurs habitants de la ville avaient à maintes reprises fait de généreuses avances ; aussi le commissaire, chargé d'aller chercher à Caen les grains disponibles pour Mamers, vit-il son départ retardé de plusieurs jours, et il ne put qu'à grand'peine rassembler les fonds indispensables pour ces acquisitions, et cependant la commune n'avait plus de grains que pour trois jours.

Le 21 floréal, le grenier ne renferme plus que trente-trois quintaux et demi de tous grains, pour une population de huit mille âmes. Le 24 la municipalité de Mamers écrivait au commissaire d'Alençon :

« Il partira demain quatre voitures, nous t'invitons au nom de la

tranquillité de notre commune qui manque absolument, de faire charger ces quatre voitures de suite. Dans le cas où il n'y aurait point encore de grains arrivés de Caen pour nous, il faut absolument, et sans perdre un instant, remuer ciel et terre auprès de la municipalité d'Alençon, pour qu'elle veuille bien venir à notre secours, nous prêter la charge de nos quatre voitures ; aussitôt les grains arrivés de Caen tu leur rendras la même quantité. Ne perds pas un instant et pense que si tu ne nous fais pas charger demain 25 floréal nos quatre

(1) Archives de la Sartlie. L. 483. 8 floréal an II (27 avril 1794).

voitures, que nous attendons, le matin 26, nous serons tourmentés de la disette la plus afTreuse. Nous fe recommandons la plus grande célérité » '.

Le représentant Lehault avait, de son côté, obtenu cinquante quintaux de riz.

Le convoi de secours demandé à Alençon ne put arriver pour le 26, on ne l'attendait plus avant le 28, et il ne restait plus dans le grenier que dix quintaux ; la municipalité prit alors un arrêté pour rationner le pain ; elle n'accorda par jour qu'une demi-livre de pain à chaque citoyen aisé ; une livre aux citoyens peu riches et qui se livrent aux gros travaux, ainsi qu'à chaque citoyen volontaire du bataillon stationné à Mamcrs -.

Cette faible quantité de pain est reconnue insuffisante par l'administration qui, le 28, accorda par jour « une livre de pain aux gens aisés ; une livre et demie aux journaliers, volontaires, femmes enceintes et nourrices ». Mais quelques jours plus tard il fallut revenir au premier arrêté et n'accorder « qu'une livre aux journaliers et une demi-livre aux aisés. Les enfants des gens mal aisés, qui n'ont pas atteint le commencement de leur sixième année ne touchent aussi qu'une demi-livre » •'. Il ne restait plus que cent quintaux de grains dans le grenier du district. Ces mesures et ces privations produisaient une agitation inquiétante dans le peuple, les boutiques des marchands étaient envahies, et plusieurs femmes avaient pillé la boutique d'un marchand qui vendait des fèves *.

Le 17 prairial, l'administration attendait avec impatience sept voitures de grains parties de Janville et neuf cent dix quintaux expédiés par la Connnission de commerce et approvisionnement de la République, partis depuis sept jours. Ne voyant rien arriver, elle prit un arrêté ordonnant à « tout citoyen de la commune ayant des subsistances, soit en grains, soit en farines, de venir de suite à la municipalité en faire la déclaration exacte ». Plus tard elle demande encore des secours au représentant Garnier, et aussi à faire un emprunt sur la ville du Mans. On lui répondit que c'était impossible, vu la disette du district du Mans ; tout ce qu'on pouvait lui accorder

(1) Archives de la Mairie de Mamcrs. Registre R 4, 24 floréal an II (13 mai 1794).

(2) Archives de la Mairie de Mamcrs. Registre N. 2G floréal an II (15 mai 1794).

(3) Archives de la Mairie de Mamcrs. Registre N. 10 prairial an II (29 mai 1794).

(4) Archives de la Mairie de Mamcrs. Registre J. 12 prairial an II (31 mai 1794).

consistait dans une tonne de riz et cinq cents livres de savon, qui qui furent acceptées avec empressement , tant la disette générale était grande*. 11 n'y avait plus de grains au grenier du district; chez les boulangers de la commune il ne restait plus qu'environ trois cents livres de farine et deux cents livres de levain, quantité insuffisante pour l'alimentation d'un jour ; une visite domiciliaire est alors décidée « pour requérir les habitants ayant encore quelques subsistances chez eux de les bien vouloir déposer au grenier d'abondance, en retenant cependant pour chacun des individus demeurant dans la même maison, deux livres de grain ou farine pour leur nourriture pendant deux jours. La même visite fut faite dans les fermes voisines de la ville.

Heureusement l'époque de la récolte approchait et la municipalité surveillait les cultivateurs, dans l'espoir d'en obtenir le plus tôt possible les grains nécessaires pour remplacer « les différentes réquisitions, qui ont été accordées et qui sont sur le point de finir sans espoir de nouvelles ». Comme elle estimait que les cultivateurs « négligeaient de faire couper leurs grains quoique murs, pour se soustraire à des réquisitions rendues nécessaires pour le bien public », elle prit une ordonnance le 29 messidor, « portant injonction à tous les faisant valoir de la commune de faire scier et battre sur le champ leurs grains parvenus à maturité, de quelques espèces qu'ils soient, et d'en venir faire aussitôt leur déclaration à la municipalité ». Tous les citoyens qui avaient l'habitude de travailler aux récoltes étaient requis de s'y livrer sans délai, « à peine contre les contrevenants d'être regardés comme suspects et traités comme tels » -.

Aussitôt que la récolte fut terminée, la municipalité organisa la surveillance des marchés aux grains, qu'elle établit dans l'ancienne église Saint-Nicolas, pour faciliter le contrôle des arrivées et des sorties, conformément à l'arrêté du Comité de Salut public du 13 thermidor. Au fur et à mesure de l'arrivée des grains sur le marché, les commissaires devaient inscrire, sur le journal d'entrée, le nom de chaque cultivateur, celui de sa commune, l'espèce et la quantité de grains qu'il amenait. De même pour la sortie des grains, après la vente, les

(1) Arctiives de la Mairie de Mamers. Registre N. 6 et 7 messidor an II (24 et 25 juin 1794).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre J. 29 messidor an II (17 jnillet 1794).

commissaires devaient inscrire le nom des citoyens acheteurs, leur demeure, l'espèce et la quantité de grains qu'ils avaient acquis. Les chefs de famille pouvaient seuls se présenter aux marchés pour s'y approvisionner ; les meuniers et les boulangers ne pouvaient se présenter au marché pour acheter des grains, que comme chefs de ménage et seulement pour la consommation des individus composant leur maison. Les boulangers étaient cependant autorisés, mais par mandat spécial et écrit, à acheter pour l'approvisionnement des citoyens qui, n'ayant pas le moyen de s'approvisionner à la halle, prenaient du pain chez eux. La quantité de grains dont pouvait s'approvisionner chaque chef de ménage ne devait pas excéder quinze livres par tête et par décade ; la quantité de pain que chaque chef de ménage pouvait prendre chez le boulanger était fixée à deux livres par personne composant la maison •. Pour éviter toute fraude, un bon individuel et nominatif était remis à chaque chef de famille, soit pour le marché, soit pour le boulanger.

Ces mesures d'ordre ne donnèrent pas immédiatement complète satisfaction ; tous les cultivateurs ne répondaient pas aux réquisitions que le district leur adressait et par conséquent les marchés étaient encore insuffisamment approvisionnés. Le l'"" thermidor, deux cent trois chefs de ménage seulement avaient pu faire leurs acquisitions réglementaires ; au marché du 8 thermidor, cinquante quintaux de grains de toutes espèces avaient été amenés, alors « que deux cents quintaux n'étaient pas capables de combler le besoin de ceux qui ont obtenu des bons », sans tenir compte des besoins de ceux qui n'avaient pu s'approvisionner aux marchés précédents. Il était donc indispensable que le district augmentât le chiffre des réquisitions et en assurât l'exécution, c'est ce que constatait la municipalité de Mamers, qui était d'autant plus préoccupée de cette disette de grains, que la semaine suivante une foire importante devait se tenir dans la ville. Le district promit à la municipalité de prendre toutes les mesures néce.s.saires, et les chefs de ménage « pleins de confiance dans ces mesures, se sont retirés xfu marché, mais espérant que jeudi et vendredi prochains, ils orûront le bonheur d'être approvisionnés pour une décade » -.

Les grains ne manquaient pas dans les greniers, mais les culti-

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre N. 3 fructidor an II (20 août 1794).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 4. 8 fructidor an II (25 août 1794).

valeurs ne voulaient pas les amener aux marchés, aussi l'administration municipale de Mamers reprochait-elle à l'administration de district de ne pas agir avec une énergie suffisante ; de là, sortit un conflit entre ces deux administrations, qui produisit l'échange, entre elles, de lettres écrites dans un ton peu conforme au style administratif.

Le 18 fructidor, la municipalité de Mamers écrivait au district : « Il est neuf heures et il n'est encore arrivé pour le marché d'aujourd'hui

que deux à trois quintaux de grains il faut que les citoj'ens de

notre commune, qui n'ont pu acheter aux halles précédentes, trouvent

du pain chez nos houlangers d'ici à mardi prochain nous estimons

qu'il nous faut pour cela environ soixante-douze à soixante-quinze quintaux ». Le peujile s'agitait dans les marchés, par suite de cette disette dont il souffrait, et le 25 fructidor il fut décidé que la gendarmerie nationale serait requise d'assister à tous les marchés au hlé, et à son défaut, on ferait sortir la cavalerie de la garde nationale. Les marchés suivants ne donnèrent, pour toute la vente, que deux cent quatre-vingts quintaux, alors qu'il en eut fallu six cent quatre-vingt-dix pour la seule commune de Mamers. « D'après ceci, écrivait au district la municipalité, il vous est facile de juger du déficit. Nous vous prions de vouloir bien y remédier afin de prévenir les désordres et la confusion que nous vous avons dénoncés, et qui ne peuvent manquer de continuer, tant qu'il ne nous arrivera pas deux cent trente quintaux par chaque marché, pour la commune de ]\Iamers seulement. On a été forcé aujourd'hui par les circonstances de délivrer le grain par cinq à six livres pour chaque citoyen » ^

A chaque marché le désordre et la confusion augmentent sous les halles. Le 22 vendémiaire, cent cinquante quintaux à peine sont amenés sur le marché au lieu de deux cent trente nécessaires pour la ville. «Le déficit d'aujourd'hui, écrit la municipalité, joint à ceux des autres marchés que nous vous avons fait connaître, augmente le nombre des mécontents, au point que nous vous annonçons que nous ne pouvons plus y tenir ! Nous n'avons pas de subsistances pour demain et jours suivants jusqu'à jeudi, songez à prendre des mesures. Nous vous prions de vous rappeler toutes nos précédentes lettres, de les relire même et vouloir bien nous en faire réponse. L'objet en vaut la peine ».

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 4. n» 31. 18 vendémiaire an III (9 octobre 1794).

Comme l'avait prévu la municipalité, la population manifesta encore plus brutalement son mécontentement. « Le désordre et la confusion ont été encore plus grands à la halle dernière qu'auparavant. La garde a été forcée ; dans le tumulte occasionné par la crainte de n'avoir pas de grain, il a été enlevé des sacs de grains, qui n'ont pas été payés aux cultivateurs. Ce désordre qui serait facilement prévenu, si à chaque halle il arrivait la quantité de grains nécessaires, a augmenté à la dernière halle, parce que le déficit dans l'arrivage s'est trouvé plus considérable qu'à son ordinaire, puisqu'au lieu de deux cent trente quintaux, il n'en est entré que cent tout au plus. Le magasin ne contient actuellement que cinq quintaux. Pourtant plusieurs citoyens se plaignent de n'avoir pas de pain. Comment ferons-nous pour arriver au prochain marché ? » '.

Une des difficultés que la ville éprouvait pour s'approvisionner au marché, provenait aussi de ce que les habitants de certaines communes venaient, avec l'autorisation du district, acheter des grains à Mamers. C'était un des motifs du différend entre le district et la ville, qui se plaignait toujours, non sans raison, du peu d'abondance de grains mis à la disposition des habitants. « Il n'est arrivé au marché d'aujourd'hui que soixante-quinze à quatre-vingts quintaux au plus, sur lesquels il a été prélevé environ vingt à vingt-cinq quintaux pour

fournir au besoin de ceux qui n'ont pu acheter à la halle Les

campagnes ont eu aujourd'hui au moins la moitié des grains qui y sont arrivés, parce que les citoyens de Mamers, à notre invitation, se sont retirés du marché, mais non sans murmurer et sans nous accuser,

tout bas si vous le voulez, de les enmieller et les- passez-nous les

termes. Vos mesures, citoyens administrateurs, doivent être promptes et précises d'ici jeudi, au plus tard d'ici lundi prochain, sans quoi il n«us sera impossible d'y tenir ». Telle est la plainte que la municipalité de Mamers adressait le 13 brumaire à l'administration du district -.

Le district se décida enfin à agir avec rigueur, et menaça les cultivateurs de leur appliquer les peines édictées contre ceux qui n'obéissaient pas aux réquisitions. Le 14 brumaire, l'agent national du district de Mamers adressa la lettre suivante aux officiers muni-

il) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 4. 26 vendémiaire an III (17 octol)re 179-J).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 4. 13 brumaire an III (3 novembre 1794).

cipaux et agents nationaux des communes de Courgains, Avesnes, Dangeul, Disse, Marolles, Saint-Rémy-des-Monts, Sonnes et Thoigné ' :

« Citoyens, les réquisitions faites jusqu'à ce jour pour l'approvisionnement du marché de Mamers ont été très incomplètement exécutées, le directoire s'occupe en ce moment de la recherche des cultivateurs en retard ; sous trois jours vous recevrez l'arrêté qu'il va prendre à cet égard, et des exemples sévères apprendront aux officiers municipaux et aux cultivateurs reconnus négligents ou refusant d'obéir aux réquisitions, qu'on ne se joue pas impunément des lois et des besoins du peuple.

En attendant l'effet de cet arrêté je vous requiers de faire conduire jeudi

prochain, avant midi, au marché de Mamers, quintaux de grains, les deux

tiers au moins en blé froment.

Invitez, pressez, requérez les cultivateurs de votre commune chez lesquels vous connaissez des grains battus ; dites-leur que les pluies survenues depuis plusieurs jours ne leur ayant pas permis de semer, le directoire ne reconnaîtra aucuns motifs d'excuse, et fera exécuter rigoureusement les dispositions de l'arrêté du Comité de Salut public du 13 thermidor, qui veut que les cultivateurs qui n'auront pas obéi aux réquisitions soient enfermés jusqu'à la paix »

Ces communes étaient ainsi taxées : « Courgains, 18 quintaux ; Disse, 15 ; Sonnes, 12 ; Avesnes, 12 ; Marolles, 40 ; Thoigné, 9 ; Dangeul, 20 et Saint-Rémy-des-Monts, 14.

Le lendemain une nouvelle réquisition de cent quatre-vingt-neuf quintaux était répartie entre toutes les communes désignées pour alimenter le grenier de Mamers. Enfin le 15 brumaire les administrateurs du district dressaient un état, qui fixait le contingent à fournir par chaque commune pour chaque jour de marché ; le total s'élevait pour chaque jour à deux cent quarante-quatre quintaux, ainsi répartis pour chaque commune :

Avesnes, 12 quintaux ; CommeiA'eil, 2 ; Courgains, 25 ; Saim- Calais, 5 ; Champaissant, 1 ; Conti-es, 3 ; Dangeul, 26 ; Disse, 13 ; Saint-Longis, 9 ; Les Mées, 10 ; Louvigny, 4 ; Marollette et Saint-Aulnn, 3 ; Montrenault, 1 ; Marolles, 60 ; Moncé, 4 ; Nauvay, 2 ; Pizieux, 3 ; Peray, 2 ; Ponthouin, 3 ; Saint-Pierre-des-Ormes, 4 ; Saint-Rémy-dcs- Monts, 10 ; Sonnes, 17 ; Thoigné, 9 ; Saint-Vincent, 7 ; Monhoudou, 7. Le Val, Livet, Panon et Saint-Aignan n'étaient taxées chacune qu'à un demi quintal.

Des réquisitions furent même faites dans les communes voisines

(1) Archives de la Sarthe. L, 499. 14 brumaire an III (4 novembre 1794).

de Mamers, quoique sises dans le département de l'Orne, elles exigèrent de Sure 7 quintaux ; d'Origny-le-Roux, 9 ; de Saint-Fulgent, 9 ; de Chemilly, 6 ; de La Perrière, 3 ; de Mongaiidiy, 3 ; ces communes devaient faire conduire ces quantités de grains à Mamers pour chaque marché du lundi et du jeudi *.

Pour faire cesser le désordre et la confusion qui se renouvelaient sans cesse aux halles les jours de marché au hlé, la ville fut divisée en quatre sections, dénommées sections du grenier à sel, de Noti-e- Dame, de Saint-Nicolas et de la Visitation ; ces sections étaient déterminées par la division naturelle de la ville, tracée par les rues Saint-Jean et du Fort, du Plal-d'Etain et du Château-Gaillard. Les habitants de ces quartiers devaient venir au marché par section et suivant l'ordre tiré au sort.

Malgré toutes ces mesures la disette de grains éprouva encore la population dès le commencement de l'année 1795. Au Mans la situation était identique à celle de Mamers, car le 26 nivôse cette commune envoyait une réquisition de dix quintaux de grains, à fournir par la connnunc de Mamers 2. La suppression du maximum n'avait pas liroduit l'effet que l'on en attendait ; les possesseurs de grains préféraient vendre chez eux les grains à des prix non discutés et par conséquent plus avantageux, plutôt que de les amener au marché 3, aussi la Convention dut-elle décréter le 3 pluviôse que « tout propriétaire ou cultivateur soumis à une réquisition en grains, et qui n'y satisfera pas dans le délai de huit jours, sera arrêté et détenu ». Les mandats d'arrêt ne pouvaient être lancés que par les représentants du peuple. Les cultivateurs ou propriétaires détenus qui satisferont aux réquisitions seront de suite mis en liberté *.

Le représentant Dubois-Duliais, en mission dans les départements de la Sarthe et de l'Orne, accorda, par un arrêté du 23 pluviôse, à titre d'avance, au district de Mamers, une somme de cent mille livres, dont cinquante mille livres affectées spécialement à la commune de Mamers. Les cinquante autres mille livres devaient être réparties entre les autres communes du district, proportionnellement au chiffre

(1) Archives de la Sarthe. L, 499. .3 frimaire an III (23 novembre 1794).

(2) .\rchives de la Mairie de Mamers. Registre N. 26 nivôse an III (15 janvier 1795).

(3( Réimpression du Moniteur, t. XXIII, p. 284. Rapport Boissy-d'Anglas. (4) Duvergicr. Lois et Décrets, t. VIII, p. 2.

de leur population. Ces sommes étaient affectées à l'achat de subsistances. Elles devaient être rendues au trésor public « par une contribution au marc la livre supportée par les citoyens aisés » '.

Dès que cet arrêté fut connu, le conseil général de la commune de Mamers, requit un mandat de trente mille livres, à valoir sur les cinquante mille promises, et envoya à Chartres deux commissaires, Barville et Fleury du Coudray, pour acheter des grains -. Ces secours étaient de nécessité impérieuse, car le grenier ne possédait plus rien, et le marché du 13 ventôse n'avait reçu aucun sac de grains ; les deux tiers des habitants de Mamers étaient sans vivres ; des perquisitions furent faites à domicile et toutes les provisions trouvées furent enlevées et remises aux boulangers, pour qu'ils puissent fournir du pain le lendemain.

Une adresse, imprimée à deux cents exemplaires, fut envoyée aux cultivateurs du district afin de les engager « à s'épuiser pour secourir » la ville ; voici cet appel ^ :

Le conseil général de la commune de Mamers

Aux habitants du district de Mamers.

Citoyens,

Quand cesserons-nous de gémir sur les maux qui nous affligent ; quand verrons-nous se tarir les larmes de sang que nous arrachent les accents plaintifs de la faim ? 0 vous ! généreux habitants des campagnes ! Vous que l'espoir coupable d'un gain excessif n'a pas encore corrompu ; vous qui. chérissez l'humanité ; venez dans nos murs vous attendrir sur le sort de nos malheureux concitoyens : transportez-vous avec les magistrats de celte nombreuse cité, dans les réduits obscurs qu'habite l'indigence. Contemplez un moment le tableau que présente à l'àme sensible le premier, le plus pressant, le plus terrible des besoins : voyez le père de famille consterné, abattu, désespéré à l'aspect de sa femme et de ses enfants qui réclament en vain de sa tendresse paternelle, un morceau de pain qu'il ne peut leur donner !

0 ! Nature il est père et ce sont ses enfants quel spectacle !

y seriez-vous insensibles ? non sans doute, citoyens, comme nous, vous sei'iez attendris ; comme nous, vous vous empresseriez h pourvoir à leurs besoins.

C'est donc à vous, citoyens, à vous seuls qui pouvez guérir la plaie profonde

(1) Archives de la Sarthe. L, 476. 2 ventôse an III (20 février 1795).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre N. 5 ventôse an III (23 février 1795).

(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre N. 13 ventôse an III (3 mars 1795).

que nous a faite la disette, c'est à vous que nous nous adressons, c'est à votre humanité, votre bienfaisance, votre pitié même que nous implorons, en faveur de nos infortunés concitoyens. Ne consultez pas votre intérêt, que les besoins d'une nombreuse population pourraient compromettre : écoutez la voix d'une religion bienfaisante dont le dogme éternel est de faire à autrui ce qu'on voudrait qu'il nous fit.

Voilà, citoyens, la prière que nous vous adressons, voilà l'exposé fidèle de nos besoins. Nous espérons que vous vous empresserez de les soulager et que désormais nos marchés suffisamment approvisionnés détruiront toutes nos craintes sur cet objet important.

Les grains, achetés dans le pays chartrain par les commissaires, étaient arrêtés par ordre des administrateurs du district de Chartres et ne parvenaient point à Maniei-s qui les attendait avec impatience ; les administrateurs durent faire appel aux principes humanitaires de leurs collègues de Chartres par la lettre suivante * :

Les administrateurs du district de Mamers

A ceux du district de Chartres.

Citoyens collègues,

C'est avec la plus grande douleur que nous venons d'apprendre les entraves apportées à l'enlèvement des grains [que le commissaire] de notre commune a achetés dans le département d'Eure-ct-Loir et dont le dépôt avait été fait par lui au village de La Bourdinière, lieu de l'arrondissement de votre district, chez le citoyen Toulet, aubergiste. Cet acte dont nous ignorons les motifs fait gémir nos concitoyens qui souffrent par les horreurs de la famine. Citoyens nous ne pouvons vous exprimer combien sont grands les besoins en subsistances de nos concitoyens. Les fonds mis à notre disposition par le représentant du peuple du Bois du Bais pour en acheter chez vous, doivent vous en convaincre. Au nom de l'humanité, nous vous invitons, citoyens collègues, de prendre les mesures qui sont en votre pouvoir pour faire rendre à notre commissaire les grains qui lui ont été enlevés

et dont il a payé le prix Vous aurez droit à toute notre reconnaissance et à

celle de nos administrés.

Cette lettre altint prohahlement le but que se proposaient les administrateurs de Mamers, car dès le 18 ventôse le commissaire Barville écrivait de Chartres pour demander l'envoi immédiat des

(1) Archives de la Sarthc. L, 497. 17 ventôse an III (7 mars 1795).

vingt mille livres qui restaient sur les cinquante mille accordées par le représentant du peuple Duhois-Dubais. Cet argent lui était nécessaire pour l'achat de grains dans la Beauce. L'administration les lui envoya.

Ce fut dans ce moment critique que pai'vint à Mamers une réquisition de la ville du Mans, qui, le 9 ventôse, avait été autorisée par le représentant Dubois-Dubais, à prélever sur le district de Mamers cinq mille quintaux de grains. Elle exigeait la livraison immédiate de la moitié de cette quantité « considérant que la commune du Mans est dans une pénurie extrême de grains, qu'il est instant de faire effectuer- l'entière livraison de ces grains, pour sauver vingt mille individus des horreurs de la faim ». Un commissaire était donc envoyé à Mamers pour obtenir cette livraison et « requérir de l'administration du district de Mamers, une force armée suffisante pour faii'e effectuer la livraison desdits grains, si les cil-constances l'exigent » *.

De plus les livraisons de grains fui'ent arrêtées à nouveau dans le pays cliartrain, et le commissaire de Barville, découragé, demanda à être relevé de ses fonctions. La municipalité lui maintint sa confiance et le pria de vouloir bien continuer ses généreux efforts pour venir au secours des habitants de Mamers. Dans une lettre que nous publions ci-dessous^, elle lui expose tous lés faits qui se sont passés depuis son départ :

Les citoyens officiers municipaux de la commune de Mamers Au citoyen ]3avville, commissaire à Chartres.

Citoyen,

Nous venons de recevoir votre lettre du 26 du courant par laquelle vous nous annoncez un arrêté du Comité de Salut public qui porte que tous les grains du département d'Eure-et-Loir, sont réputés achetés pour Paris et les départements de l'Orne, la Sarthe et la Mayenne, et que ces grains sont à la disposition des représentants du peuple Fleury et Du Bois du Bais, qu'il ne reste plus pour pouvoir nous en procurer que de prouver notre misère. La mesure que vous nous proposez regarde l'administration de district ; nous allons lui faire part des moyens qui nous paraissent on ne peut plus sages ; mais cette opération sera

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Extrait d'une délibération du district du Mans. 21 ventôse an III (11 mars 1795).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre R 4, n" 54.

longue et dans ce moment nous mourons de faim. Représentez au citoyen Dubois-Dubais, que si on lui a suggéré que notre district a encore des subsistances, ce n'a été qu'à intention de braver notre misère, de s'engraisser à nos dépens ; dites-lui que nos marchés plus conséquents dans cette saison que dans un autre tems de l'année nous épuisent entièrement. Cinq à six mille individus de plus dans notre commune par semaine à coup sûr ne vivent pas de l'air du temps. Le district entier se ressent singulièrement de cette consommation surabondante ; et le district est aujourd'hui dans une impossibilité d'y satisfaire. Les réquisitions, lesquelles il n'a pas cessé de faire, l'ont tellement appauvri que depuis trois décades nous nous sommes trouvés forcés de vivre à même les semences de quelques cultivateurs de notre commune. Quel spectacle déchirant pour des âmes sensibles, pour des magistrats journellement occupés des besoins de leurs concitoyens, auxquels ils ne peuvent subvenir et journellement témoins des cris de désespoir du malheui-eux père de famille qui n'a que des larmes à donner à des enfants qui réclament un morceau de pain.

Vous demandez, cher citoyen, qu'on vous remplace à Chartres, dans un moment où nous avons plus que jamais besoin de votre présence auprès des représentants du peuple. La confiance particulière que nous avons dans vos talens, nous fait un devoir de vous prier de continuer votre mission. Nous ne pouvons que vous plaindre, vous n'êtes cependant pas si malheureux que nous. Travaillez, tâchez d'améliorer notre sort ; si vous avez besoin d'un second pour vous soulager dans vos travaux, demandez-le, nous ne pouvons rien vous refuser.

Cette anecdote vous convaincra de combien notre misère est grande et oti le désespoir qu'occasionne le défaut de subsistance peut porter le malheureux qui en est privé. Voici ce que disait un de ces jours derniers une mère infortunée qui n'avait pu se procurer du pain, à deux de nos collègues qui veillaient chez un boulanger à ce que la distribution fut faite également entre tous les citoyens et qu'il ne se passât du désordre : « Est-il possible que je n'aie pas un fusil, pauvres enfants, j'aurais la cruauté de vous détruire ! eh bien oui vous ne péririez pas de faim ». Devaient-ils frémir en entendant un pareil discours.

Adieu, cher concitoyen, songez que notre sort dépend de la réussite de vos démarches. Depuis une décade nous n'avons pas de grain de quoi fournir une demi-livre de pain par personne.

De son côté le représentant Leliault avait ol)tenu de la Convention quelques vivres pour Mamers, et on espérait qu'il pourrait encore en obtenir ; les besoins étaient pressants, car il ne restait plus en magasin qu'une demi-livre de pain par honnne et par jour. Des commissaires parcouraient les campagnes des environs de Mamers avec pleins

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