‹ La ville et le district de Mamers durant la Révolution, 1789-1804Chapitre 8 sur 21 · DUHOUX · texte numérisé non relu

DUHOUX

En réponse à ces lettres le département de la Sarthe avait arrêté que les gardes nationales du département, dans les deux premières classes, seraient appelées « pour voler au secours de la République et requises de partir et filer à l'instant pour se rendre à Angers et renforcer l'armée stationnée actuellement aux Ponts-de-Cé. » Comme cette réquisition n'avait pas pour objet de former des troupes de ligne « mais seulement faire un coup de main prompt et efficace, tant pour sauver notre territoire des ravages, que pour dissiper des rebelles acharnés à combattre la Constitution française » il fut décidé que les hommes requis seraient armés et choisis de préférence dans les villes et dans les gros bourgs. Le district de Mamers reçut l'ordre de fournir quatre cents hommes ; les autres districts du département participaient à cette levée dans des proportions diverses : Le Mans, huit cents hommes ; Chàteau-du-Loir, quatre cents ; Sillé, deux cents ; Sablé, deux cents ; Fresnay, trois cents ; La Ferté, deux cent cinquante ; Saint-Calais, trois cents. Le district de La Flèche qui avait déjà envoyé

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre L 22 juillet 1793.

deux cents hommes « était invité de fournir le nombre de défenseurs qu'il pourra trouver » *.

Les gardes nationales du district de Mamers refusèrent de fournir le contingent qui était réclamé, et même les populations des campagnes vinrent manifester bruyamment à Mamers contre les administrations -. Cependant, quelques volontaires se décidèrent à partir le 16 septembre, se rendirent au Mans où le département les garda près de lui. Plusieurs regagnèrent bientôt leurs foyers, d'où ils furent rappelés.

Pendant que les réquisitionnaires de la Sarthe refusaient de marcher contre la Vendée et de quitter le département qu'ils voulaient seulement défendre, l'armée de Mayence avait été dirigée contre les rebelles et avait réparé les échecs subis par les généraux incapables qui commandaient l'armée de .Saumur. Les combats heureux du MouIin-aux-Chévres, de Chatillon, de La Tremblaye et surtout la prise de Cholet avaient momentanément dissipé les inquiétudes dans la région de Mamers.

Après tous les rapports de victoires publiés successivement, le pays se croyait absolument hors d'atteinte des incursions des troupes vendéennes ; aussi, grande fut la surprise quand on apprit à Mamers la prise de Laval par les Vendéens. Voici la lettre qui apporta cette nouvelle ^ :

Le Mans, S™» jour du 2'°« mois de l'an 2.

D'après la nouvelle officielle qui nous a appris que les débris de l'armée des brigands de la Vendée s'étaient emparés de Laval et osaient dans leur désespoir menacer de faire une irruption dans notre département, je vous préviens que le conseil général du département de la Sarthe dans une assemblée des autorités constituées du district, de la municipalité et du comité de surveillance du Mans a établi un comité chargé de prendre toutes les mesures de défense propres à exterminer ces vils royalistes, qui ne sachant plus où donner de la tête, sont venus chercher la mort près de nous. Je vous enjoins en conséquence d'obéir à tous les ordres qui vous seront transmis par ce comité, dont le président est le citoyen Pottier, maire du Mans, et le secrétaire le citoyen Hallopé. Allons

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre L 22 juillet 1793. — Archives de la Sarthe. L, 481.

(2) Voir ci-dessus chapitre IV, t. I, p. 192 et suiv.

(3) Archives de la Sarthe. L, 125. 24 octobre 1793.

républicains, voici le moment de se montrer ; redoublons de courage, exterminons le reste de ces brigands en fuite, et la République est à jamais consolidée.

Salut et fraternité.

Le procureur général sindic du département de la Sarthe

ROUSTEL.

Cette lettre ne dépeignait pas la situation sous son vrai jour ; elle dissimulait en grande partie limminence du danger. La proclamation que le représentant du peuple Thirion avait fait publier dans toutes les communes, dissimulait également une partie de la vérité, car il s'y donnait comme victorieux et il osait écrire : « Enfin, l'heure de la victoire a sonné ; les brigands de la Vendée, chassés successivement de Mortagne, Cholet, Beaupréau, Saint-Florent, laissent tout le pays dans notre possession. Poussés vivement sur la l'ive gauche de la Loii'e, quelques-uns d'enti-e eux ont passé le fleuve, et dans leur fuite précipitée, menacent de ravager nos contrées. On les dit au nombre de deux à trois mille du côté de Chàteau-Gontier... » Malgré son assurance, il demande cependant des secours et se propose de rassembler des troupes à Sablé et à Brùlon. 11 invite les républicains à l'accompagner et à partager les succès des frères de Mayence. « Que les canonniers partent avec leurs canons ; que ceux qui ont des fusils me suivent ou les prêtent à ceux de leurs concitoyens qui m'accompagneront ; que toutes les troupes à cheval, chasseurs et gendarmes se fassent un devoir de seconder le zèle du représentant du Peuple ; il les mènera au chemin de l'honneur. »

Cette proclamation fut lue dans toutes les rues de la ville de Mamers et affichée dans toutes les communes du district le 23 octobre 1793 « avec invitation à tous les républicains de voler aux armes et de rejoindre le représentant du peuple Thirion, à Sablé ou à Brùlon. » Le conseil général de la commune fit appel aux volontaires, car il n'existait plus en ville de jeunes gens de la première réquisition, de dix-huit à vingt-cinq ans. Il donna l'ordre de jiartir, spécialement aux « citoyens qui ont abandonné leurs drapeaux. » Parmi ceux-ci se trouvait Pérou, qui vint déclarer « qu'étant cy devant officier du premier bataillon du département de la Sarthe...., qu'ayant été nommé commandant du bataillon actuellement en station à Loué » il se préparait à partir « aussitôt que ses habillements de campagne auraient

été parachevés. » Sa nomination de commandant était antérieure au 14 octo])re, et le 25 il demandait encore plusieurs jours avant de rejoindre le détachement qu'il commandait. Son élection avait été approuvée par le général Humbert, qui lui avait fait parvenir des félicitations avec sa nomination envoyée par courrier spécial le 14 octobre'. Ces lenteurs expliquent facilement la désorganisation des troupes républicaines.

A Mamers, cependant, on devait savoir que la situation était plus inquiétante que ne le laissait supposer la proclamation du représentant du peuple, car le 25 octobre passaient dans cette ville « deux cents particuliers arrêtés comme suspects dans le district d'Alençon » qui, sous bonne escorte, étaient conduits à Chartres, parce qu'on craignait à Alençon qu'ils ne soient enlevés par les rebelles -. Le lendemain, un autre groupe de « cent particuliers suspects » escorté par un détachement de Laval et Mayenne, couchait à Mamers, se rendant également à Belléme et à Chartres ^.

Tliirion se décida à écrire de Sablé, le 28 octobre, qu'après un long combat, les brigands avaient repoussé l'armée de Chàteau-Gontier et forcé le général Du Courmet à se replier sur Angers. Le 2 novembre, le bruit se répand à Mamers « que la ville de Mayenne est au pouvoir de l'ennemi et que les rebelles dirigent leur marche sur la ville d'Alençon. » Aussitôt l'administration de district délibère sur les mesures de sûreté à prendre, et sur les moyens de connaître les mouvements de l'armée des rebelles à Laval ; elle décide d'établir des « vedettes » à Neufchâtcl, La Hutte et Saint-Cosme, dont « les hommes la composant seront en correspondance avec les autres vedettes établies par les autorités constituées des villes d'Alençon, Fresnay, Beaumont, Le Mans, Bonnétable, Ballon, Bellesme, Mortagne et autres de la Bépublique » *. Elle reconnaît maintenant que les circonstances sont critiques « tant par le défaut de la denrée de première nécessité que par l'invasion prochaine des rebelles de la Vendée, dont le district est menacé. » De plus, elle doit fournir deux voitures de grains à Angers, pour les troupes républicaines, et préparer trente quintaux de grains pour nourrir les gardes nationaux qui vont passer successive-

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, 25 octobre 1793.

(2) Archives de la Sarthc. L, 482. 25 octobre 1793.

(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, 5 brumaire an II (26 octobre 1793).

(4) Archives de la Sarthe. L, 482. 3 novembre 1793.

ment par Mamers, se rendant à Alençon pour répondre « à l'appel de leurs frères sur lesquels les rebelles de la Vendée paraissent se porter. » Au Mans, l'administration ne se montrait pas aussi inquiète, elle affectait même d'être assurée d'un prompt succès, ainsi qu'on peut le croire d'après cette lettre i qu'elle adressait au district de Mamers le 5 frimaire an II (25 novembre 1793).

Les brigands, chassés du département de la Manche, ne sachant plus où donner de la tête se replient en désordre sur les départements de l'Isle-et-Villaine et de la Mayenne ; ils se rapprochent de nos contrées, et poussés par nos armées victorieuses, ils pourraient se jeter sur notre territoire et le rendre le théâtre de leurs horreurs, si nous ne prenions tous les moyens de leur opposer une vigoureuse résistance

Secondons les vues énergiques du repi'ésentant Garnier, en faisant exécuter promptement et ponctuellement ses arrêtés et proclamations

Unissons-nous, serrons-nous et ça ira, et nous serons tous satisfaits.

Salut et Fraternité.

ROUSTEL.

Garnier (de Saintes) avait été envoyé par la Convention le 17 septembre 1793, dans le département de la Manche pour accélérer l'organisation des troupes. Dans ce but, il avait adressé plusieurs proclamations dont certaines pars'inrent à Mamers, telles par exemple celle datée du 10 brumaire an II, qu'il adressait d'Avranches aux citoyens des départements de la Manche, du Calvados, de l'Orne et de la Sarthe, pour la formation d'un corps de cavalerie destiné à marcher contre les rebelles de la Vendée, et pour lequel il mettait en réquisition tous les citoyens ayant précédemment servi dans la cavalerie ^.

Il vint au Mans i-emplacer Thirion qui n'avait pas été heureux dans ses manœuvres militaires et qui était rappelé à Paris. Dès le jour de son arrivée au Mans, le 18 novembre 1793, Garnier (de Saintes) écrivit au comité de Salut public à Paris, pour l'informer de la situation. Il se plaint de n'y trouver que 1900 hommes au lieu de 25.000 qu'on lui avait annoncé. Il les dirige vers Avranches, sous les ordres de l'adjudant général Moulin.

Le 5 frimaire an II, le comité de Salut public envoyait Garnier

(1) Archives de la Sarthe. L, 125. 5 frimaire an II (25 novembre 1793).

(2) Archives de la Sarthe. L. 30. 12 novembre 1793.

(de Saintes) dans lOrne pour y remplacer Le Tourneur (de la Sarthe); mais celui-ci ne s'empressa pas de répondre à l'ordre du comité qui le rappelait au sein de la Convention, car il écrivait le 7 frimaire au comité pour lui annoncer qu'il avait reçu une lettre de Garnier (de Saintes), dans laquelle il l'informait qu'il devait rester au Mans jusqu'à ce que les rebelles soient sortis du département.

Le Tourneur avait été rappelé à la suite d'une lettre qu'il avait adressée au Comité, dans laquelle il annonçait que l'ennemi se rapprochait de l'Orne et que lui avait bien peu de forces pour le combattre. Il terminait cette lettre du 5 frimaire par les détails suivants : « Ce matin il a été fusillé ici 28 rebelles, déposés à l'hôpital de Mayenne, que j'ai fait juger par le tribunal criminel. Instruit que le juiy en activité retardait son jugement, qui devenait d'autant plus pressant qu'ils empestiféraient tout, j'ai suspendu le jury et dans vingt-quatre heures leur affaire a été terminée. Il sera bien nécessaire, si l'ennemi ne se porte pas ici, de faire partir pour la frontière le bataillon d'Alençon, composé d'une quantité de muscadins désorganisateurs. » Dans une autre lettre du 8 frimaire, le même représentant du peuple ose encore avouer des faits aussi monstrueux. Après avoir annoncé que les Vendéens ont quitté Mayenne il ajoute : « Il reste à Mayenne 600 malades, demain les hussards partent pour les envoyer ad patres. Ils empoisonnent, et il ne faut pas tant de formalités pour des gueux de cette trempe » '.

Garnier (de Saintes) pensait que l'armée vendéenne se diviserait en trois colonnes, dont l'une se porterait sur Laval, l'autre sur Le Mans et la ti-oisième sur Alençon ; pour s'y opposer il cherchait à constituer son corps de cavalerie, tel qu'il l'avait conçu à Avranches et s'enquérait auprès des districts du nombie d'hommes qui s'étaient présentés et des objets d'équipement qu'ils avaient pu rassembler. Les résultats étaient peu satisfaisants. Au Mans, Garnier (de Saintes) n'était pas davantage soutenu, ainsi qu il l'avoue dans la lettre désespérée qu'il adresse au comité de Salut ])ublic le 7 frimaire an II (27 novembre 1793) : « J'ai fait battre aujourd'hui la générale pour connaître mes ressources. J'avoue qu'elles ne sont pas abondantes ; je n'ai pas trouvé, à beaucoup près, parmi la garde nationale, l'énergie dont j'avais été

d) Arcliivcs du Ministère de la Guerre. Armée des Côtes de Brest. A. Aulard. Recueil des actes du Comité de Salut public, t. IX.

témoin dans le département de la Manche, et lorsque j'ai voulu connaître quels étaient les républicains valeureux qui, jaloux de défendre la liberté, étaient capables de mourir pour son triomphe, je n'ai pas vu sortir la dixième partie des rangs, et ce que je dois vous dire avec douleur, c'est que lorsque j'ai demandé que ceux qui ne voulaient pas se battre pour la République posassent les armes, j'ai vu ces hommes, sans sensibilité comme sans honneur, les étendre par terre de sang-froid et se retirer en bravant en quelque sorte le mépris des sans-culottes. Je dois vous dire cependant qu'une brillante jeunesse, pleine d'indignation à la vue de cet acte de lâcheté, s'est jetée sur les armes pour se les distribuer à l'envi, de manière que j'espère faire demain un petit corps d'armée de douze à quinze cents hommes » K

A Mamers, les administrations commençaient à trembler ; le district, le conseil général de la commune et le comité de surveillance se réunirent le 8 frimaire pour délibérer en commun ; ils avaient reçu une letti'e du comité défensif de la ville de Fresnay, datée du 7 frimaire, qui annonçait « que les rebelles battus par les armées de la République se repliaient en désespérés vers Fougères et Mayenne, où ils exerçaient des brigandages atroces. » Ils arrêtèrent, pour répondre « au vœu des habitants de Mamers décidés à défendre leurs foyers et à les préserver du pillage, » que le comité de surveillance de Mamers serait provisoirement érigé en comité défensif, le chargeant en même temps de pourvoir à l'armement et à la subsistance des habitants de Mamers et de tous ceux qui viendront à leur secours, « pour combattre les brigands qui tenteraient de s'y introduire » ^.

Une des premières mesures prises par le comité défensif fut la réquisition de voitures et de chevaux « pour soustraire au brigandage les archives de l'administration, les caisses publiques du district et autres objets intéressants à conserver. » Le comité avait été informé « que les brigands repoussés de Grandville et battus à Pontorson, fuient en désespérés du côté de Mayenne et que dans leur fuite précipitée ils exercent les brigandages et les pillages les plus atroces, » aussi craignait-il de les voir approcher de Mamers avant que tous les

(1) Archives du Ministère de la Guerre. Armée de l'Ouest. A. Aulard. Recueil des actes du Comité de Salut public, t. IX, p. 14.

(2) Archives de la Sarlhe. L, 482. 28 novembre 1793.

moyens de défense aient été pris pour pouvoir leur résister i. De plus, il décida d'envoj'er immédiatement deux commissaires vers la ville de Fresnay, pour recevoir des renseignements sur la marche et le mouvement des rebelles.

Garnier (de Saintes) qui était chargé de la défense du Mans, n'était pas plus rassuré, il avait beaucoup de peine à réunir quelques faibles moyens de défense contre une attaque possible des Vendéens. Il demandait des secours de tous côtés. Le département d'Indre-et-Loire, malgré sa bonne volonté, ne lui avait envoyé que de faibles renforts. Il n'attendait pas mieux du département de l'Orne, car il écrivait le 9 frimaire an II : « J'ai écrit à mon collègue Le Tourneur, à Alençon, que l'ennemi laissait l'Orne derrière lui ; il devait faire filer ses forces vers moi. Mais comme la plus grande partie consiste en troupes de première réquisition, qui fuient vingt-quatre heures avant que l'ennemi paraisse, je ne puis pas beaucoup attendre d'un pareil renfort qu'il m'arrivc à temps. » La ville du Mans lui donnait un peu plus de satisfaction, car dans la même lettre il s'exprime ainsi : « Je suis parvenu à avoir environ cinq cents hommes de bonne volonté de la garde nationale du Mans. Je suis très satisfait de la manière dont ils se sont montrés hier ; ils partent avec deux pièces de canon pour occuper le poste important de Saint-Uenis-d'Orques, qui, s'il l'était par douze mille hommes bien déterminés, tiendrait en échec l'armée entière des ennemis » -.

Mais Garnier (de Saintes) n'avait pas confiance dans les moyens de défense qu'il pouvait opposer aux Vendéens, et il reconnaissait que si les insurgés attaquaient Le Mans, il ne pouvait songer à le défendre sérieusement. Toutefois, il avait pris des mesures en vue de rendre les ponts et les routes assez impraticables, pour que la marche de l'ennemi soit retardée et qu'on ait le temjjs d'évacuer la ville ^.

L'administration du département de la Sarthe n'avait pas eu plus de confiance dans la défense possible de la ville du Mans, car dès le 11 frimaire, le comité défensif de la commune de Mamers recevait une

<1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre S. 8 frimaire an II (28 novembre 1793).

(2) Arcliives du Ministère de la Guerre. Armée des Côtes de Brest. A. Aulard. Recueil des actes du Comité de Salut public, t. IX, p. 58.

(3) ArcIiivcs du Ministère de la Guerre. Armée des Côtes de Brest. Lettre du

1)0 frimaire an II (30 novcml)re 1793). A. Aulard. Recueil des actes du Comité de Salul public, t. IX, p. 69.

lettre de Ban'é, vice-président du département, datée de Bonnétable, qui l'informait « que les rebelles sont à La Flèche et paraissent menacer Le Mans, ce qui a déterminé les corps administratifs de cette ville à en faire retirer leurs caisses et archives, et de les faire conduire à Bonnétable et même à Bellesme. »

La ville de Mamers « jugeant d'après les précautions que prend l'administration supérieure » que le danger devenait de plus en plus pressant et « que c'est dans ce moment qu'il convient de redoubler ses soins et sa vigilance pour l'intérêt de la chose publique » décida d'établir une vedette à Saint-Cosme, sous la direction d'un membre du comité de sui-veillance de Mamers, qui ferait passer le plus fréquemment possible les nouvelles que lui transmettrait la vedette de Rouperroux ^ .

Cependant à Paris on ne croyait pas la situation aussi inquiétante, car Le Tourneur (de la Sarthe) dans une lettre du 12 ft-imaire an II écrivait d'Alençon : « Ce qui a lieu de surprendre mon collègue Garnier et moi, c'est d'entendre dire par tous les citoyens venant de Paris, qu'on croit dans cette grande ville que les rebelles n'existent l)lus, lorsque tous les jours nous marquons le contraire. » Le Tourneur était bien informé, car il venait de conduire au Mans sur la demande de Garnier (de Saintes), le peu de cavalerie dont il pouvait disposer. Celui-ci lui annonçait le même jour que les rebelles se portaient sur La Flèche et Toui's, causant beaucoup d'inquiétude ^.

A la même date du 12 frimaire, Garnier (de Saintes), répondant à un ordre du comité de Salut pul)lic, qui lui enjoignait de se rendre à Alençon, ne dissimulait pas ses préoccupations : « Notre position, écrivait-il, est toujours la même ; mais les avant-postes des brigands se rapprochent toujours d'ici. Nous serons vraisemblablement attaqués et nous nous battrons.... J'ai déclaré la ville en état de guerre.... Si je quitte la Sarthe en ce moment, sans qu'aucun autre représentant du peuple vienne prendre ma place, les habitants diront que je les abandonne. Ne me laissez donc pas longtemps dans l'alternative cruelle ou de me retirer d'un poste qui présente des dangers, ou d'apporter des

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre S. 11 frimaire an II (li^i' décembre 1793).

(2) Archives du Ministère de la Guerre. Armée de l'Ouest. A. Aulard. Recueil des actes du Comité de Salut public, t. IX, p. 107.

retards dans Tordre que vous m'avez donné de me rendre dans l'Orne » K

Le lendemain, 13 frimaire, les nouvelles sont meilleures, aussi Garnier (de Saintes) s'empresse-t-il d'adresser à la Convention nationale, des renseignements rassurants, que l'on ne trouve pas dans les lettres des jours précédents : « Depuis plusieurs jours la ville du Mans a été menacée de l'irruption des brigands ; leurs avant-postes sont venus bivouaquer jusqu'à cinq lieues de nos murs. J'ai vu avec douleur que dans la nuit du 11, les habitants, frappés d'une terreur

panique, ont évacué la ville Aujourd'hui, sur les deux heures du

matin, j'ai été officiellement prévenu que les brigands avaient évacué La Flèche, et qu'ils se dirigeaient vers Angers, mais comme je suis prévenu ({u'ils y retrouveront de la résistance, je regarde Le Mans comme débarrassé.... »

Cette liberté d'esprit que lui donne la disparition des rebelles, lui permet, dès lors, de penser à l'autre ennemi qu'il s'acharne à combattre, aussi s'écrie-t-il avec emphase : « Ici les idoles sont brisées ; on ne croit pas plus aux vertus de saint Denis que dans le chien de saint Roch. Fier de la conquête de sa raison, ce n'est que de ce jour que le peuple sent enfin qu'il est libre. Les prêtres sont ici soldats et cherchent à expier dans le sang des brigands, le crime de leurs superstitions » -.

Garnier (de Saintes) sachant que l'ennemi a quitté La Flèche, se décide à prendre l'offensive avec douze ou quinze cents hommes « bien disposés. » Au retour de cette expédition il se rendra dans l'Orne, écrit-il au comité de Salut public le 14 frimaire •■*.

Mais le résultat de la marche des Vendéens sur Angers fut tout autre que celui prévu par Garnier (de Saintes), car dès le 16 frimaire, la municipalité de Mamers recevait un appel du représentant du peuple ainsi conçu : « Vous nous avez offert, citoyens, la force armée disponible de votre ville ; le moment d'accepter vos offres est venu ; faites-les partir sur le champ pour se réunir au Mans, qu'elles apportent avec elles les subsistances et ce qu'elles pourront de munitions de guerre. »

(1) Archives du Ministère de la Guerre. Armée de l'Ouest. A. Aulard. Recueil des actes du Comité de Salut public, t. IX, j). 108.

(2) Archives du Ministère de la Guerre. Armée de l'Ouest. A. Aulard. Recueil des actes du Comité de Salul public, t. IX. p. 128.

(3) Archives de la Sarthe. L, 30 (4 décembre 1793).

Cette lettre fut lue et publiée dans tous les carrefours « avec invitation à tous les républicains de voler aux armes et de marcher au secours des frères de la ville du Mans pour, conjointement avec eux, faire mordre la poussière aux brigands de la Vendée, ennemis de la liberté. » L'administration attendit jusqu'à cinq heures du soir une réponse à cet appel à la bonne volonté, et elle dut constater une fois de plus qu'il n'avait pas été entendu. Elle en dressa procès-verbal « pour servir et valoir ce que de raison » •. Le soir, on apprenait à Mamers que le tocsin sonnait à Ballon et dans les communes environnantes.

Garnier (de Saintes), en arrivant à La Flèche, au lieu de prendre l'offensive comme il l'avait annoncé, fit couper les ponts et se mit en mesure de barrer le passage à l'armée vendéenne, qui, repoussée d'Angers, changeait de direction. Le 17 frimaire, à minuit, il écrivait de Foulletourte, à la Convention nationale, qu'il a dû se replier devant les Vendéens. Les volontaires se sont battus avec la plus grande bravoure, jusqu'à la nuit ; mais le général Chalbos, pour ne pas être coupé, s'est décidé à évacuer la Flèche et à se replier sur Le Mans. La retraite s'effectue en très bon ordre. Garnier ajoutait même en post-scriptum : « Nous n'avons absolument laissé aux brigands que notre dîner » 2.

Cette nouvelle parvint à Mamers le 19 frimaire, par une lettre du procureur-syndic du département de la Sarthe, qui annonçait que les brigands sont i-entrés à La Flèche et qu'ils paraissent menacer Le Mans. Aussitôt, les administrations réunies mettent en réquisition dans la ville les pelles, les pioches, les brouettes et « autres instruments propres à former des retranchements. » 11 est écrit au département pour l'inviter à envoyer à Mamers « un ingénieur qui réglera les plans de défense et de fortifications, dont la ville de Mamers désire s'environner, pour se préserver de l'invasion des brigands. » L'assemblée « fermement résolue avec tous ses concitoyens de défendre son pays de l'invasion des brigands, » mais, constatant que le district de Mamers manque entièrement d'armes et de munitions, décide qu'il sera également écrit au Comité défensif de la Convention et au ministre de la guerre, pour les inviter d'envoyer à Mamers les munitions et les

(1) Arcliives de la Mairie de Mamers. Registre F, fo 398. 16 frimaire an II (6 décembre 1793).

(2) Moniteur, t. XVIII, p. 627. Séance du 9 décembre 1793.

armes qui leur manquent « et particulièrement deux pièces de canon en écliange de quarante cloches que l'administration fera incessamment passer à la fonderie aussitôt qu'elle lui sera indiquée par le ministre»*.

Ces lettres durent rester sans réponse, car les Vendéens occupaient Le Mans le 20 frimaire (10 décembre 1793), et le procureur-syndic de Mamers faisait, le 23 frimaire, « jeter secrètement » les cloches dans le puits en construction de la place des Grouas, pour les soustraire aux brigands, et n'ayant pas de voitures pour « enlever aussi promptemcnt que les circonstances le nécessitaient, les cloches qui étaient rasseml)lées dans le chef-lieu de district » -. Le même jour on avait transféré à Morlagne tous les papiers des administrations, pour les préserver du pillage.

Au Mans, les administrations avaient déjà expédié leurs archives sur Bonnétable et Bellesme dès le 10 frimaire, sous les ordres de Barré, le vice-président du département ; exemple suivi par de nombreux fonctionnaires ainsi que par quelques femmes avec leurs enfants. Les prisons avaient été en partie vidées. Après la défaite des républicains à La Flèche, l'exode recommença et les derniers détenus furent dirigés sur Chartres en passant par Mamers.

Un des détenus, le chanoine Xepveu de la Manouillère, nous a laissé dans ses Mémoires ' quelques renseignements sur ce transfert des ])risonniers. Incarcéré le 30 septembre 1793 dans la Visitation du Mans, par arrêté du comité de surveillance de cette ville, ainsi que près de deux cents autres personnes, il n'en fut retiré que le 10 décembre 1793, pour être transféré à Mamers et à Chartres ; nous lui laissons la parole : « Nous avons resté ensemble jusqu'au 10 décembre 1793, que les brigands ou insurgés de la Vendée sont entrés dans la ville du Mans, le mardi au soir ; ils y sont restés jusqu'au vendredi 13, qu'ils en ont été chassés avec beaucoup de pertes. Il est vrai qu'ils ont tué et massacré beaucoup de patriotes ; une grande partie des habitants de la ville avaient fui, et surfout ceux qui étaient en place. Nous avons quitté la ville avec une nombreuse escorte ; on ne peut pas rendre tout ce qui s'est passé dans la journée du 10 décembre. Nous sommes partis de la ville environ quatre-vingts détenus, et nous ne

(1) Archives de la Sarthe. L, 482. 19 frimaire an II (9 décembre 1793). (2^ Archives de la Sarthe. L, 498. 11 floréal an II (.10 avril 1794). (3) Ils ont clé publiés au Mans en 1878, ])ar l'abbé Esnault. L'extrait que nous en donnons ici se lit dans le tome II à la page 305.

sommes arrivés à Bonnélable, à onze heures et demie du soir, qu'onze détenus de la Visitation, et cinq prêtres, qui étaient partis de l'évêché. Arrivés à Bonnétable, on nous a déposés au château avec une garde ; il y avait tant de monde, qu'on eut bien de la peine à nous trouver du pain. Il y avait autant de fuj^ards de l'armée qui s'en allaient, que d'autres personnes qui craignaient les brigands, et qui abandonnaient leurs maisons pour sauver leur vie. Nous sommes partis de Bonnétable le mercredi de dix à onze heures, pour aller à Mamcrs, toujours à pied et sous la même garde, dont le nombre avait bien diminué ; ils avaient craint, ainsi que le lâche commissaire Cadouff, ci-devant suisse à la cathédrale. Nous sommes arrivés avec une douzaine de gardes environ, au plus, tous honnêtes gens ; nous avons été à la municipalité, qui tenait dans la maison des ci-devant religieuses de la Visitation. On nous a tenus dans la cour pendant deux heures ; enfin, ne sachant où nous mettre, nous avons passé la nuit dans le corps de garde, où nous avons eu bien de la peine à avoir de quoi souper, parce qu'il y avait beaucoup de monde, toujours des fuyards de l'armée et autres. Le mercredi, à onze heures environ, nous sommes partis de Mamers dans des charrettes, où l'on nous avait attachés seulement pour la forme. Nous avions une bonne garde qui nous a conduits jusqu'à Chartres, où nous sommes arrivés le 16 décembre, qu'on nous a déposés dans la maison d'ari-êt des ci-devant Carmélites, où nous avons trouvé plusieurs manceaux et autres, au nombre d'environ trois cent quarante, dont une partie étaient des gens de la campagne ; nous y avons resté, mon frère et moi, jusqu'au 28 avril 1794 ; nous y avons trouvé cinq Messieurs du département ^ qui y étaient arrivés le 14 octobre, et y sont restés jusqu'au mois de juin suivant. C'est le

représentant Garnier, de Saintes, qui a signé notre liberté »

A Mamers le désarroi dans les administrations provenait surtout de l'absence de renseignements et d'ordres émanés des commandants de l'armée du Mans : le district ne savait quelles mesures prendre pour prévenir les incursions des Vendéens, aussi décida-t-il d'envoj'er à Garnier (de Saintes) deux exprès pour le consulter sur la conduite à tenir par les habitants de Mamers, au cas où cette commune apprendrait la prochaine invasion des brigands.

(1) Ces administrateurs du département de la Sarthe, accusés de fédéralisme, avaient été arrêtés au Mans le 6 octobre 1793, pour être conduits à Paris, sur l'ordre de Thirion. Parmi eux se trouvaient Hardouin, de Mamers, et Delahaj'e, de Montmirail.

Le 23 frimaire, à une heure du matin, les administrateurs du district, étant en permanence dans la salle de leurs séances publiques, entendirent « un coup de canon terrible qui a paru partir de Bonnétable ou Ballon, ce qui annonce que l'ennemi approche. L'administration, s'étant spontanément levée, a arrêté après avoir entendu le citoyen Guittier, vice procureur syndic, qu'aucun des membres n'abandonnerait son poste que lorsqu'il serait parfaitement instruit que les rebelles seront pi'éts à envahir leur territoire » . Le point de ralliement était fixé à Mortagne.

Les préparatifs de départ n'eurent pas de suite, et les administrateurs de Mamers purent rester sans danger à leur poste dans cette ville. Vers les quatre heures du soir, un exprès envoyé à Bonnétable pour établir une correspondance, en revenait avec de bonnes nouvelles, et il faisait au district le rapport suivant : « Je me suis présenté sur Savigny pour prendre des renseignements plus positifs. J'ai appris qu'hier l'attaque avait commencé dans la matinée, que sur les deux heures après midi l'affaire s'était vivement engagée, que les troupes de la République avaient été repoussées, mais que reprenant l'énergie d'hommes lil)res et vraiment républicains, elles se sont précipitées sur cette horde de brigands qu'elles ont contraints et forcés dans leurs retranchements. Quelques hussards suivis d'un peloton d'infanterie ont franchi les retranchements, sont entrés dans la ville, ont porté la mort et l'effroi partout où ils ont paru, mais la disproportion du nombre et la nuit survenant, les ont forcés de rejoindre le corps de l'armée, et l'armée républicaine est restée victorieuse. La horde des rebelles dirige sa marche sur Laval » *.

Le district de Mamers s'empressa de transmettre ces bonnes nouvelles aux administrateurs du département de l'Orne et des districts de Bellcsme et de Mortagne.

Une lettre adressée du Mans, le 23 frimaire à 7 heures du soir, au Comité de Salut public par les représentants à l'armée de l'Ouest, confirme ces détails tout en les racontant avec une prolixité emphatique -.

Citoyens collègues, A force de courir après la horde infernale des brigands nous les avons

(1) Archives de la Sartlie. L, 484. 23 frimaire an II (13 décembre 1793).

(2) Arcliivcs Nationales. A F II, 271. Moniteur, t. XVIII, p. 677.

atteints enfin dans les murs du Mans, où ils étaient entrés la veille comme nous vous l'avons marqué dans notre dernière lettre. Notre cavalerie qui ne cessait de les talonner depuis leur déroute d'Angers, les serra de si près hier, ainsi que la petite avant-garde dont elle était appuyée, qu'une action très chaude commença à s'engager entre eux et nous. D'abord ils nous repoussèrent, tant à cause de la supériorité de leur nombre, que parcequ'ils étaient embusqués avantageusement en avant de Pontlieue. Fiers de ce premier succès, ils s'avancent rapidement et la division la plus rapprochée de notre avant-garde fut obligée de se replier et déjà les brigands criaient victoire. Le génie de la liberté en avait décidé autrement. La colonne de Cherbourg, commandée par le général Tilly, était là, et loin d'être intimidée par la retraite de leurs frères d'armes et par l'audace des ennemis qui les poursuivaient, les soldats de la division de Cherbourg fondent sur les brigands et après une première décharge, les poursuivent à la baïonnette, les mettent en fuite et en tuent un grand nombre. Ce n'est pas tout. Les brigands courent se retrancher bien vite dans différentes redoutes qui étaient pratiquées par échelons sur Pontlieue, qui paraissaient inexpugnables et rendre le passage de ce pont impossible. Impossible ! Rien ne le fut à la valeur de nos braves soldats, tant infanterie que cavalerie : ponts, retranchements, redoutes, fortifications, canons, tout fut franchi dans un instant. Les brigands épouvantés reculent. Nos troupes les poursuivent, les taillent en pièces et les atteignent enfin jusqu'au milieu de la grande place où tous leurs canons dirigés sur nous, y fixant l'ennemi, nous fûmes forcés de nous arrêter un instant. Il était neuf heures du soir. Là une fusillade terrible s'engage de part et d'autre, on se dispute pied à pied le terrain dans la ville et ce combat a duré jusqu'à deux heures du matin.

De part et d'autre on est resté en observation, les brigands profitèrent des ténèbres pour évacuer confusément la ville. Ils avaient laissé une arrière-garde pour en imposer à nos troupes, mais à peine le jour paru, que les chasseurs des Francs et de Cassel, réunis à l'avant-garde de la colonne de Cherbourg, les chargent à la baïonnette et tout ce qui était resté dans la ville tombe sous leurs coups. Des chefs, des marquises, des prêtres à foison, des canons, des caissons, des carrosses, des bagages de toute espèce, un nombre considérable de fusils, tout est tombé en notre pouvoir et des monceaux de cadavres sont les seuls obstacles que l'ennemi opposait à la poursuite de nos troupes ; les rues, les maisons, les places publiques, les routes en sont jonchées et depuis quinze heures ce massacre dure encore. Toute farmée court après cette horde ; notre cavalerie est sur elle : déjà presque tous ses canons, caissons sont pris depuis qu'elle est sortie du Mans. Leur trésor, leurs bagages, leurs effets, leurs malles, tout est entre les mains de nos soldats, jusqu'aux croix d'argent, aux mitres, aux crosses, aux bannières, aux reliques de toute espèce, aux étendards, signes et instruments du fanatisme dont ils enivraient leur tourbe insensée et féroce.

Enfin, citoyens collègues, voilà la plus belle journée que nous ayons

vue depuis dix mois que nous combattons ces brigands, tout nous présage que celles qui vont la suivre ne seront pas moins heureuses.

..... Parmi ceux que nous ne vous tairons pas cependant, ce sont tous les traits de bravoure et de courage que nos troupes ont développés, et particulièrement les deux régiments ci-devant Aunis et Armagnac. La gendarmerie nationale à pied, attachée à la colonne de Cherbourg, a beaucoup ajouté à la réputation que ce corps s'est acquise dans la Vendée. Les bataillons de l'Aube, de la Dordogne et généralement tous ceux aux ordres du général Tilly et dont nous n'avons pu encore nous procurer les noms, se sont disputés d'audace et d'intrépidité. Chaque soldat était un héros dans ces légions républicaines. Marceau, général en chef, Tilly, commandant la division de Cherbourg, Westermann, qui commande la cavalerie depuis notre départ de Rennes, ont eu par leur bravoure et leur valeur, grande part au succès de cette journée. Ce dernier a eu deux chevaux tués sous lui, a reçu deux blessures dans le combat, et n'a pas voulu pour cela quitter son poste, dans cet instant il est encore à la poursuite des brigands et son intrépide cavalerie jonche la terre de leurs cadavres.

Ce qu'il y a de bien satisfaisant, c'est qu'une victoire aussi décisive n'a pas

coûté trente défenseurs à la République. Nous avons environ cent blessés

Le peuple du Mans a accueilli nos soldats comme des libérateurs

BOUBBOTTE, PRIEUR (de la Marne), l. turreau.

A Mamers les administrations restaient en permanence nuit et jour, attendant les correspondances que leur transmettaient les vedettes. Le 25 frimaire toutes les nouvelles relatives à la victoire du Mans sur les Vendéens étaient absolument confirmées, et il était pour tous hors de doute « que le combat des républicains contre les rebelles qui a eu lieu au Mans, à été très funeste à ces derniers, que depuis Pontlieue jusqu'à un quart de lieue sur la route de Laval, en passant par Le Mans tout était rempli de corps morts, que la place de l'Eperon en était couverte, que les braves républicains en chassant les brigands en ont fait une destruction si grande dans la rue Dorée que les maisons en sont toutes fracassées, enfin que le long de la grande route de Laval, on n'y voit que des cadavres de toutes parts » ^

Si toute inquiétude avait dès lors disparu du côté du Mans, il n'en était pas de même dans la direction d'Alençon, encore plus rapprochée de Mamers. Garnier de Saintes avait signalé ce danger. Après avoir été chassé du Mans par les Vendéens il s'était réfugié à Alençon, d'où le 21 frimaire il avait fait connaître au Comité de

(1) Arcliives de la Sarthe. L, 484. 25 frimaire an II (15 décembre 1793).

Salut public, l'échec qu'il venait d'essuyer au Mans, ce qui lui valut de ce Comité une forte réprimande. Celui-ci en effet lui écrivait le 24 frimaire * : « Tu ne sais pas ce qui se passe à côté de toi et il est de première nécessité que tu te concertes avec les autres représentants et les généraux ». Il lui conseille donc d'établir une correspondance suivie par des courriers circulant vers les autres parties des armées de la République emploj'ées contre les brigands. Il doit rassembler toutes les forces de la région à Alençon « ville fermée, défendable si tu as

de bons républicains Excite les citoyens à une défense aussi

glorieuse que celle de Granville. Tu dois avoir fait couper sans ménagements le pont d' Alençon et tu résisteras avec énergie en attendant que les troupes du Nord, réunies dans ce moment aillent en masse détruire le noyau des rebelles et les attaquer partout où ils se porteront Il importe que tu instruises La Planche qui part pour

Evreux ou pour Dieux, de ce qui se passe à Alençon, afin que les troupes du Nord qui arrivent dans cette ville, et qui ont ordre de marcher sur les rebelles, partout où ils se porteront, puissent te donner l'appui nécessaire ».

Mais Garnier attendit en vain ces troupes du Nord qui lui étaient annoncées. Thirion, qui était à Chartres, les avait réquisitionnées pour se défendre. Le Tourneur et Garnier se plaignirent immédiatement de ce contre-ordre et en exposèrent les inconvénients avec les suites fâcheuses qui pouvaient en résulter, dans cette lettre ^ du 25 frimaire :

Nous ne pouvons concevoir, citoyens collègues, par quelle fatalité cinq mille hommes de la colonne de l'armée du Nord, qui devaient arriver aujourd'hui dans cette ville, ont reçu ordre de diriger leur marche sur Chartres.

Ce faux mouvement rend la vie à un ennemi qui allait être écrasé sous les coups combinés des forces républicaines, mais aujourd'hui que par des marches rapides, il laisse loin derrière lui l'armée qui le poursuit, puisqu'il est déjà à Mayenne, il peut dans une journée se porter sur Alençon et le prendre.

Nous sommes ici sans forces capables de lui résister et si au contraire, celles que nous attendions nous fussent arrivées, le général marchait à sa rencontre et le mettait entre deux feux.

Nous n'avons ici que des réquisitions mal ou nullement armées,

comme nous vous l'avons déjà plusieurs fois annoncé.

(1) Archives Nationales. A F II, 280. Aulard. Comité de Sahil public, t. IX, p. 396.

(2) Archives du Ministère de la guerre. Armée des Côtes de Cherbourg. A. Aulard. Comité de Scdut public, t. IX, p. 423.

Vous nous avez défendu de nous mêler en aucune manière des mouvements militaires ; il faut toute la rigueur d'un ordre aussi impératif pour se résoudre à s'y conformer, car une marche aussi rétrograde compromet évidemment la chose publique.

A la vérité le général vient d'écrire au commandant de cette colonne pour lui faire connaître le danger de sa fausse marche, mais le mouvement n'en est pas moins donné et n'en a pas moins produit les effets funestes du retard qui peut mener l'ennemi à Alençon ou le conduire dans la Manche.

Salut et fraternité.

GARNiER (de Saintes). le tourneur.

Le Comité de Salut public écrivit de suite à Thirion jîour blâmer sa conduite, lui rappelant que par son décret du 14 frimaire il a décidé que « les représentants du peuple ne pourront contrarier, ni arrêter l'exécution des arrêtés et des mesures du gouvernement pris par le Comité de Salut pulilic ». 11 lui reproche d'avoir « pensé sans doute que les dix mille hommes extraits de l'armée du Nord, ne marchaient que pour stationner à Dreux ou pour secourir seulement Chartres » ; et il ajoute : « Leur destination est pour exterminer les brigands et pour se porter en masse paitout où les brigands se porteront. Nul représentant du peuple ne peut déranger leur marche en tant qu'elle sera conforme à l'arrêté du Comité de Salut public. Autrement il n'y a plus ni ensemble dans les mesures, ni vigueur dans l'exécution. Détruire les brigands en marchant à leur rencontre ou à leur suite, voilà notre but, et non pas de mettre toutes les villes en défense » '. Thirion, en même temps, recevait l'ordre de rentrer à Paris.

La concentration des troupes envoyées à la poursuite des Vendéens dans leur retraite produisit à Mamers plusieurs mouvements militaires. Dès le 28 frimaire le bataillon de première réquisition de Mamers, sous le commandement de Pérou, était caserne dans la ville ; deux jours plus tard arrivaient également huit cents hommes de réquisition du département de l'Orne ; ces troupes furent cascrnées dans la maison de la Providence et dans celle de feu Mademoiselle de Grandchamp ; le bataillon de Courtomer fut envoyé en logement à la Cour-du-Bois et au presbytère de Saint-Longis -.

(1) Archives Nationales. A F II, 278. Lettre du 25 frimaire an II (15 décembre 1793).

<2) Archives de la Sarthe. L, 482. — Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, no 408.

L'immensité du désastre subi par les Vendéens, dans leur déroute après la bataille du Mans, les empêcha de marcher sur Alençon et même de penser à quelque attaque que ce fut ; ils ne pouvaient même pas se défendre. Dès le 25 frimaire à 10 heures du soir, les représentants du peuple Prieur (de la Marne), Bourbotte et Turreau, annonçaient ainsi la déroute des Vendéens : « Nos soldats espéraient

les retrouver à Laval Les brigands ont quitté Laval dès hier

soir, notre cavalerie est à leur poursuite ; l'armée marche demain sur eux et à la première rencontre il n'existera plus d'armée de Ijrigands ; la perte qu'ils ont faite depuis Le Mans est incalculable. Ils se sont dirigés aujourd'hui sur Craon. Nous ne savons où ils porteront leurs pas demain, mais nous les poui^suivrons sans relâche ». Les pauvres vaincus et toutes les bandes désorganisées qui les accompagnaient, étaient en plus harcelés par les habitants des campagnes qu'ils tiaversaient. « Nous avons rencontré, écrivent les mêmes représentants du peuple, les habitants des campagnes, armés de fusils, de fourches, de faux, donnant la chasse aux brigands et les exterminant de tous côtés 1 » .

La bataille de Savenay, livrée le 23 décembre 1793, achève la dispersion de l'armée Vendéenne - qui est vaincue, mais ne veut pas encore se soumettre. Toutefois la grande guerre est finie, les troupes ne se livrent plus qu'à de simples escarmouches.

Le général ïurreau, ayant reçu le commandement de l'Ouest, partagea son armée disponible en colonnes mobiles, qui parcourui'ent le pays pour chasser les bandes fugitives qui l'occupaient encore. Afin d'isoler complètement les combattants, il ordonna aux habitants des bourgs, d'abandonner le pays, sous peine d'être traités en ennemis s'ils y restaient. Cette mesure les réduisit à quitter le sol sur lequel ils avaient tous leurs moyens d'existence, pour éviter les exécutions militaires. Les Vendéens durent donc émigrer et ils furent cantonnés dans des régions éloignées du foyer de l'insurrection.

Le 27 germinal an II (16 avril 1794), environ quatre cents réfugiés Vendéens arrivaient ainsi à Mamers pour y séjourner. La municipalité à cette nouvelle s'inquiéta de la présence d'un aussi grand nombre de bouches supplémentaires à nourrir, dans un moment où la ville

(1) Archives du Ministère de la guerre. A. Aulard. Comité de Salut public, t. IX, p. 429.

(2) Pour les détails de la bataille du Mans, Voir: H. Chardon. Les Vendéens dans la Sarthe, 3 vol. ; Ch. Chassin. La Vendée patriote, t. III, p. 403 et seq.

souffrait déjà d'une disette générale. Elle demanda au district de vouloir bien répartir ces réfugiés dans les communes du district, où ils pourraient rendre service par leur travail, et de ne pas les laisser tous à la charge de la ville. Elle reconnaît que « la sûreté et le maintien de la République française ont exigé de grandes mesures ; les habitants de la Vendée ont été forcés d'abandonner le pays qui les vit nailre, mais qui produisait la rébellion ; ils ont reflué dans l'intérieur de la République ; sans doute ils doivent y être accueillis, parce que leur marche est commandée par la loi et qu'ils sont sous sa sauvegarde ». Ils ont le droit de jouir de l'hospitalité, mais ces droits doivent se combiner avec les lois im2)érieuses de l'intérêt général. De plus « la plupart d'entre eux, façonnés à la culture des terres, n'auraient à offrir que des bras inutiles aux arts et aux métiers exercés dans les cites ; l'ennui, suite nécessaire de l'oisiveté, se réunirait au souvenir de leur perte, pour exaspérer leur caractère et nous préparer des dangers ». Tandis que s'ils étaient placés dans différentes communes « les nouveaux colons y remplaceraient, par leurs travaux agrestes, les jeunes cultivateurs dont le besoin se fait sentir, mais qui n'ont abandonné le soc nourricier que pour s'armer du fer exterminateur des esclaves et des tyrans ; c'est au milieu des campagnes que les réfugiés, en traçant même le sillon qu'ils arroseront de leurs sueurs, béniraient encore un peuple qui, en les occupant utilement et en les traitant en frères, les arracherait au souvenir douloureux de leurs malheurs et les attacherait invariablement à la République ». Le rédacteur du rapport continue longtemps ses frais d'éloquence pour exposer que les femmes pourraient fder le chanvre et rendraient ainsi service à la manufacture de toiles qui manque de matières premières, et pour persuader aux membres du district que les réfugiés seraient bien mieux dans d'autres communes que dans celle de Mamers K

La dispersion de l'armée Vendéenne amena comme conséquence une recrudescence dans les mouvements des Chouans, qui virent le nombre de leurs partisans s'augmenter par les débris de la colonne Vendéenne. Dans la Vendée la guerre reprit bientôt sous la direction de Stofflet, de Sapinaud et de Charette. Les républicains répondaient à ces attaques par une guerre de dévastation, ils avaient établi autour du pays insurgé quatorze camps retranchés pour l'envelopper et d'où

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre F, f" 553. 27 germinal an II (16 avril 1794).

sortaient incessamment des colonnes qui ravageaient les campagnes. Le 21 fructidor an II (7 septembre 1794) le district de Mamers reçut une réquisition de voitures pour le transport des vivres et des fourrages au camp qui venait d'être ainsi formé entre Sablé et La Flèche <.

Dans les campagnes des environs de Mamers une certaine animation se faisait également remarquer, surtout dans les cantons de Saint-Cosme et de MaroUes -. Le 9 vendémiaire an III (30 septembre 1794), arrivait à Mamers, vers minuit, un exprès envoyé par l'administration de La Ferté-Bernard, qui annonçait que « des bruits se répandent que des contre-révolutionnaires pai-courent les campagnes, renversent les arbres de la Liberté et crient Vive le Roi, commettent même des meurtres ». Le distiûct de Mamers décida immédiatement d'établir à Saint-Cosme un poste de ti-ente hommes, dont vingt seraient pris à Mamers et dix à Saint-Cosme, pour agir de concert avec les troupes de La Ferté-Bernard, afin de s'opposer aux brigands et d'empêcher leurs méfaits.

Le lendemain, la municipalité de Mamers transmettait au district de nouveaux détails sur celle insurrection, qui venaient confirmer la dépêche de la veille. Elle rapportait « que des gens armés, sur les confins du district de Mamers et de celui de La Ferté ont manifesté des intentions contre-révolutionnaires, qu'ils ont été aperçus dans les bois de Goyette avec cocardes blanches, avec des armes, qu'ils se sont transi^ortés de ferme en ferme, et qu'ils en ont enlevé les fusils qu'ils y ont trouvé ; qu'ils ont même assassiné un jeune homme de première réquisition qui a refusé de les accompagner et de les suivre ». Ces mouvements s'étaient produits dans le district de Mamers, i^articulièrement dans les paroisses de René, Louvigny, Les Mées, Les Aulneaux, Saosnes, Saint-Calais, Dangeul, Pizieuji. et Chenay « où des gens mal intentionnés, et à force armée, ont abattu la nuit, le mai de la liljerté, ont menacé de tuer les citoyens qui s'y opposeraient, en faisant entendre les cris de Vive Louis XVII et la religion catholique ^ ». A Pizieux et à Saint-Calais des écrits anonymes avaient même été cloués sur les troncs brisés des arbres de la Liberté *.

(1) Arcliives de la Sartlie. L, 483. — Arcliives de la Mairie de Mamers. Registre R 4, no 25. 26 fructidor an II (12 septembre 1794).

(2) Voir ci-dessus, chapitre IV, t. I, page 254.

(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre J. 10 vendémiaire an III (1" octobre 1794).

(4) Archives de la Sarthe. L, 483. 12 vendémiaire an III (3 octobre 1794).

Ces « malveillants » avaient été aperçus dans plusieurs endroits, au nombre d'environ « douze à quinze hommes paraissant être âgés depuis vingt jusqu'à trente ans, vêtus de veste d'étofTe couleur gris foncé ; ils avaient des pantalons de toile ou siamoise barré rouge ; ils étaient armés de fusils, bayonnettes, sabres ; quelques-uns avaient deux fusils ' ».

« Quels sont les auteurs de ces attentats liberticides ? » écrit l'agent national du district de Mamers au représentant du peuple Leliault *. « C'est ce que nous ignorons encore, mais ce que pourra nous faire connaître le résultat des mesures et des informations du directoire et du comité révolutionnaire ; déjà nous tenons une douzaine de jeunes gens déserteurs de leurs drapeaux, la plupart du district de Fresnay, trouvés chez des cultivateurs de ce district, qui leur donnaient azile et que nous avons fait arrêter; un de ces jeunes gens, d'après les' indications qui nous ont été données est soupçonné d'être l'auteur de l'abbat de l'arbre de Calais ».

L'administration du district « réunie par les circonstances critiques qui portent l'inquiétude dans tous les esprits » avait en effet pris des mesures pour dissiper ces attroupements de brigands, considérant « que le but de ces séditieux parait être de faire de nos contrées le théâtre d'une nouvelle guerre civile, qu'il pourrait même se faire que ces mouvements d'insurrection tinssent à celle de la Vendée et fussent dirigés et organisés par de grands coupables ». Elle pensait, d'après « un bruit accrédité dans le public, que cet attroupement était composé de jeunes gens de la première réquisition des districts voisins, ou déserteurs de leurs drapeaux, ou qui ont trouvé le secret de se soustraire aux perquisitions qui ont été faites pour les forcer au départ ».

Aussi pensant que « c'est dans le principe du mal qu'il faut frapper les grands coups » elle résolut d'agir avec énergie, avec « toutes les ressources de la prudence et de la discrétion pour tracer aux municipalités la conduite active et uniforme qu'elles doivent tenir ». Il fut donc décidé que toutes les municipalités du district de Mamers observeront une permanence exacte, particulièrement la nuit, jusqu'à nouvel ordre. Elles requèreront et feront établir chaque nuit, « jusqu'à ce que le pays soit purgé des contre-révolutionnaires qui s'y sont

(1) Arcliivcs de la Sarthc. L, 599, f" 143. 11 brumaire an III (1"" novembre 1794).

(2) Archives de la Sarthc. L, 499. 17 vendémiaire an III (8 octobre 1794).

montrés, une garcfe suffisante pour le maintien de la sûreté et de la tranquillité publique et la conservation de l'arbre de la Liberté dans les communes. Il sera fait le plus secrètement possible dans la nuit du douze au treize de ce mois (vendredi soir, vieux style) en commençant au plus tard à dix heures, par les maire et agent national de chaque commune, accompagnés de tels nombres de gardes nationaux qu'ils jugeront à propos de requérir, des visites et perquisitions rigoureuses chez tous les citoyens de leur commune ». Cet ordre fut envoyé par courrier extraordinaire en spécifiant particulièrement que « tous les jeunes gens de première réquisition, excepté les infirmes, tous les volontaires et déserteurs, tous les gens inconnus, même ceux munis de bons passeports, qui seront trouvés dans des communes où ils n'ont pas un domicile habituel, seront arrêtés et conduits devant l'administration , qui renverra à leurs domiciles ceux qui auront des exemptions en règle ».

Pour faciliter ces opérations, il fut établi dans chaque chef-lieu de canton du district « une force armée de vingt-cinq hommes choisis dans la garde stationnaire de Mamers, parmi les citoyens d'un patriotisme reconnu ». Chaque détachement était accompagné d'un commissaire nommé par l'administration, d'un gendarme de la brigade de Mamers et d'un tambour. Les cent hommes qui composaient ces détachements partirent le 3 octobre, emportant des vivres pour six jours ; ces hommes devaient être relevés tous les cinq jours et recevoir sans distinction de grade une solde de trois livres par jour.

Le détachement qui devait stationner à Marolles avait pour commissaire l'administrateur Blondeau ; les bâtiments de l'ancien hôpital lui étaient aiTectés comme logement. Le détachement de Saint-Cosme, avec le commissaire Goulette, membre du comité révolutionnaire, et le détachement de Courgains, avec l'administrateur Ignard pour commissaire, devaient se loger dans les presbytères de ces communes. La muni(ypalité de La Fresnaye restait libre de choisir le logement du détachement qui lui était affecté avec le commissaire Bezard, membre du comité révolutionnaire. Toutes les municipalités des chefs-lieux de canton étaient tenues, en plus, de faire apporter au lieu du logement « des couettes ou matelas, draps et couvertures, en nombre suffisant pour composer dix lits », et de j^ourvoir au chauffage et à la fourniture des ustensiles de cuisine.

L'administration comptait sur « le zèle, le patriotisme et l'intel-

ligence » des commissaires, investis de tous pouvoirs, pour assurer dans le district « le triomphe de la liberté et le préserver des entreprises contre-révolutionnaires des scélérats qui y rôdent en criant qu'ils veulent un roi ' ».

Ces mesures ne pouvaient guère avoir qu'un effet d'intimidation, car les hommes envoyés avaient peu d'aimes et encore moins de munitions. Le district de Mamers ne possédait à cette date que cinq cents cartouches ; il avait délivré cent cartouches à chaque commissaire civil « qui n'en délivrera qu'une à chaque garde national, qui sera tenu de rendre compte de l'emploi de chaque cartouche^ ». C'était en vain que depuis longtemps l'administration demandait des armes et des munitions ; elle ne pouvait rien obtenir des administrations supérieures. Le 17 vendémiaire, l'agent national écrivait encore au représentant du peuple Lehault, pour l'inviter au nom de l'administration de Mamers, à faire auprès du Comité de Salut public, « des démarches utiles pour obtenir des munitions ; le département, dit-il, nous a accordé six livres de poudre sur un magasin où il n'y en avait plus depuis deux ans. J'ai prié le district du Mans, qui a une très grande quantité de cartouches de nous en prêter quelques-unes ; il s'y est refusé ; aussi, avec la meilleure volonté, la garde nationale de Maaiers serait bientôt réduite à l'impossibilité d'agir si elle était obligée de se battre ^ ».

Heureusement il n'en fut rien et dès le 26 vendémiaire, le district décida de faire rentrer dans leurs foyers les gardes nationaux, qui composaient les détachements envoyés, dans chaque chef-lieu de canton, pour dissiper les l)rigands qui avaient osé renverser les arbies de la Liberté dans plusieurs communes. Il prenait cette décision parce que ce senice « était très dispendieux à la nation, et qu'il n'y a aucun danger pour la chose publique de le retirer* ». Cette bonne situation est reconnue à nouveau, le 1'' frimaire, par une lettre de l'agent national du district, adressée au Comité de sûreté générale, dans laquelle il affirme que « tout est tranquille maintenant ^ ».

On arrivait à l'époque où un décret d'amnistie pour la Vendée

(1) Arctiives de la Sarttic. L, 483. 11 vendémiaire an III (2 octobre 1794).

(2) Archives de la Sarthe. L, 483. 11 vendémiaire an III (2 octobre 1794).

(3) Archives de la Sarthe. L, 499. 17 vendémiaire an III (8 octobre 1794). .

(4) Archives de la Sarthe. L, 483. 26 vendémiaire an III (17 octobre 1794).

(5) Archives de la Sarthe. L, 499. Itr frimaire an III (21 novembre 1794).

accordait à tous les rebelles, sans distinction de grade, qui déposeraient les armes dans l'intervalle d'un mois, la faveur de ne pas être poursuivis pour le fait de leur insurrection. Les généraux Canclaux et Hoche avaient les commandements des armées de l'Ouest, des Côtes de Cherbourg et de Brest, et ils tentaient de pacifier le pays avec prudence, mais non sans énergie. Cormatin pour la Bretagne et Charette pour la Vendée avaient une entrevue avec le général Humbert afin de négocier la pacification.

La quiétude à Mamers n'était cependant pas complète, car le 28 nivôse le comité révolutionnaire invitait la municipalité « à faire monter la garde avec exactitude, afin d'arrêter les malveillants qui répandent des bruits alarmants relativement aux Chouans i ». La municipalité se conforma à cet ordre, tout en constatant que ces bruits étaient répandus « malicieusement par des malveillants ». Toutefois des troupes sont envoyées à Mamers et cascrnées dans la rue Saint- Jean. Ces bruits de l'activité des Chouans aux environs de Mamers s'étaient répandus jusqu'à Mortagne et la municipalité de cette ville éci'ivait, le 29 i^luviôse, à l'administration de Mamers pour lui demander des renseignements précis sur leurs mouvements, et pour lui offrir les secours qui pourraient lui être nécessaires. La municipalité de Mamers répondit que ces bruits étaient absolument faux et que la commune n'était nullement menacée.

Alençon avait eu aussi connaissance de ces mêmes alertes, et son agent national en avait informé celui de Mamers, qui lui répondait le 29 nivôse, avec la plus grande assurance : « Je m'empresse de dissiper tes inquiétudes que font naître les bruits, que l'on répand dans ton district, sur la situation de celui de Mamers ; il est absolument faux qu'il soit le théâtre des brigandages et des assassinats ; il est absolument faux que les Chouans parcourent son territoire. Tu peux te reposer sur mon exactitude à l'instruire des événements de cette nature, si un tel malheur m'était réservé ^ ».

Il pouvait s'attendre à ce que la paix s'établit dans le pays, car il faisait afficher dans les communes les arrêtés pris par les représentants du peuple près les armées des Côtes de Bretagne et de Cherbourg, des 4 et 5 pluviôse, dont l'un ordonnait le dépôt, au chef-lieu de district, de

(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre S. 28 nivôse an III (17 janvier 1795).

(2) Archives de la Sarthe. L, 499. 29 nivôse an III (18 janvier 1795).

toutes les armes possédées par les habitants des campagnes ; l'autre accordait le libre exercice du culte, et le troisième concernait la prolongation de l'amnistie K L'administration centrale de la Sarthe cependant avait déjà manifesté son inquiétude et avait fait connaître, à la Convention nationale, les dangers qui menaçaient le département, « considérant que les Chouans se multiplient prodigieusement dans les districts de Sillé, Sablé, La Flèche et Le Mans, que les parties Noi'd et Nord-Est de ce dernier, et ceux de Fresnay, Mamers et Montsur-Loir, où ils n'avaient point encore pénétré, il y a quelque temps, en sont maintenant infestés ; qu'ils pillent, volent, incendient et égorgent partout impunément ; que dans la très grande majorité des communes ils ont brûlé les archives des municipalités, les rôles des contributions, les matrices et les greffes des tribunaux de paix ; qu'ils ont assassiné la plupart des républicains les plus zélés et des membres des autorités constituées qui n'ont pas pris la fuite, cessé leurs fonctions, ou fait serment de se ranger de leur parti ; que ces meurtres ont été commis avec un raffinement de cruauté qui fait frémir ; que les lois ne sont plus ni promulguées, ni exécutées, que les municipalités encore en fonctions n'osent plus les recevoir, ni les commissionnaires les leur porter ; que les fermiers et acquéreurs de biens nationaux, à qui ils ont laissé la vie, sont contraints de leur payer les uns leurs fermages, les autres leurs annuités ^ ».

De son côté, quelques jours plus tard, la municipalité de Livet écrivait à celle de Mamers : « Dimanche dernier, entre deux et trois heures du matin, il a passé dans notre commune une troupe de brigands connue sous le nom de Chouans ; ils ont été chez le citoyen Cabaret, greffier de notre municipalité, chez le citoyen Vinette, chez le citoyen Martin, ex-curé, chez le citoyen Cormaille Yalbray, maire de notre commune, où ils se sont munis de toutes les armes qu'ils ont trouvées chez les dénommés ci-dessus ^ ».

Le commissaire du district de Mamers dut cette fois se rendre à l'évidence, car il apprenait chaque jour qu'une nouvelle commune était envahie par des malfaiteurs qui y brûlaient les archives. Aussi le 22 ventôse il écrivait au Comité de Salut public : « Voisin d'une contrée que le feu de la guerre civile a désolée, le district de Mamers

(1) Archives de la Sarthe. L, 499. l»"- ventôse an III (19 février 1795).

(2) Archives de la Sarthe. L, 50. Séance du 25 pluviôse an III (13 février 1795).

(3) Archives de la Sarthe. L, 600. 20 ventôse an III (10 mar's 1795).

avait tout lieu de craindre qu'il ne se propageât jusqu'à lui, ou au moins d'en ressentir quelques effets. Malheureusement ses justes craintes se réalisent.

» Depuis quelques jours des malveillants parcourent les communes de mon arrondissement ; ils y commettent des attentats contre les personnes et les propriétés, en désarmant et maltraitant les citoyens qui ont marqué dans les temps révolutionnaires. Un grand nombre de citoyens est dans l'inquiétude ; plusieurs quittent leurs habitations ; il existe, dit-on, des listes de proscription.

» Le silence des municipalités sur ces faits m'étonne, je n'en suis instruit que par le bruit public, et s'ils n'étaient certifiés par des personnes dignes de foi, je serais fondé de les révoquer en doute. Je dois cependant dire que deux municipalités nous ont rendu compte de ce qui s'était passé chez elles. A leur rapport nous ajoutons encore celui qui nous a été fait par la gendarmerie nationale, d'où il résulte que dans la nuit du 19 au 20 ventôse, une troupe de malfaiteurs s'est portée dans la commune de Saint-Calais et y a brûlé les registres et papiers de la municipalité * ».

Le district de Mamers prit dès lors un arrêté, tout en reconnaissant que « vu la faiblesse des moyens qui sont en son pouvoir », il ne pouvait avoir d'autre effet que de prouver « sa sollicitude et le désir qui l'anime, de conserver la tranquillité dont le district de Mamers avait eu le bonheur de jouir pour ainsi dire jusqu'à ce jour ».

Cette nouvelle décida la municipalité de Mamers à redoubler de précautions, à établir deux corps de garde, l'un sur la place des Halles et l'autre à la Visitation, avec postes de jour et de nuit. Le poste destiné à garder les archives devait être de dix hommes et un officier pendant le jour, et de vingt hommes la nuit ; les canons mis à la disposition de la municipalité furent sortis et braqués de chaque côté de la porte d'entrée. La municipalité prenait en plus toutes les mesures de détail, pour la conservation des archives, la sûreté des personnes et des propriétés -. Dans le même temps un détachement de chasseurs à cheval est envoyé à Mamers pour y cantonner. Mais l'armement de la garde nationale laisse toujours bien à désirer, la plupart des fusils sont sans pierre, et la municipalité ne sait où s'en procurer. La poudre fait encore défaut ; la municipalité a appris qu'un parti-

(1) Archives de la Sartlie. L, 499. 22 ventôse an III (12 mars 1795).

(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre N. 28 ventôse an III (18 mars 1795).

culier en possède huit à dix livres, elle signale le fait au district et elle lui demande si elle peut s'en emparei' et qui la payera *.

Ces mesures ne produisaient pas grande intimidation dans les campagnes, et le district est obligé de constater, au Comité de Sûreté générale, « que le nombre des malveillants augmente, qu'ils continuent à exercer des vengeances, à brûler les archives des municipalités et à couper les arbres de la Liberté. Ils s'annoncent dans les communes par des cris de Vive le Roi ! et Vive la Religion ! Ils n'éprouvent aucune résistance, les campagnes sont dénuées d'armes par les fréquentes réquisitions qu'on a faites chez elles, pour armer les défenseurs de la patrie, et les citoyens trouvent leur repos dans leur obéissance à ce qu'on exige d'eux * »

A Aillières, le 9 germinal, l'arbre de la Liberté est abattu par « des gens inconnus dits Chouans ^ ».

Les insurgés opéraient en toute tranquillité ; tels nous les voyons arriver à Saint-Cosme le 10 germinal en « une troupe de gens de différents costumes, armés de fusils, pistolets, sabres, piques, composée d'environ trois cent cinquante hommes ». Ils se divisaient en plusieurs pelotons et se répandaient séparément dans toutes les maisons du bourg ; € avant d'entrer ils s'écriaient : Ouvre la porte, républicain ; ensuite Vive le Roi, Vive la Religion », et à l'instant entraient dans les maisons où ils enlevaient les armes de toutes sortes qu'ils pouvaient y découvrir.

Après avoir opéré ce désarmement, ils coupèrent les cheveux à trois habitants de la commune et à un habitant de Saint-Antoine, près La Fcrté-Bernard, qui était de passage à Saint-Cosme, domicilié chez l'aubergiste Cochin et qu'ils prirent pour lui.

Ensuite ils se portèrent en masse sur la place, coupèrent l'arbre de la Liberté, puis se transportèrent à la maison commune avec le secrétaire-greffier et « prirent généralement tous les lois, décrets, arrêtés, lettres et autres j)apiers qui composaient les archives de cette municipalité, ainsi que cinq écharpcs qu'ils portèrent dans le ci-devant cimetière de Notre-Dame, et là les brûlèrent en criant Vive le Roi ! Vive la Religion ! Cette dernière opération faite ils se retirèrent sur les

(1) Archives de la Mairie de Maniers. Registre R 4, n» 55. 6 germinal an III (26 mars 1795).

(2) Archives de la .Sarthe. L, 500. 5 germinal an III (25 mars 1795).

(3) Archives de la Sarthe. L, 253. 9 germinal an III (29 mars 1795).

deux heures et demie du matin en répétant pour se rassembler : Vive le Roi ! Vive la Religion ! » i.

Le 12 germinal le président du district écrivait, de son côté, au représentant du peuple en mission dans les départements de l'Orne et de la Sarthe : « Il est pénible pour nous, citoyen représentant, de n'avoir à vous annoncer que la continuation des troubles, dans le district de Mamers. Il n'est bientôt plus de communes où les archives des municipalités n'aient été brûlées, où les arbres de la Liberté n'aient été abattus. Les malveillants commettent encore une entreiDrise d'un autre genre, et dont il est de notre devoir de vous informer. Ils ont exigé de plusieurs percepteurs de communes, la remise des rôles de contribution et des deniers perçus, en donnant aux percepteurs des quittances sous des noms ridicules » 2.

Le général de brigade Watrin , de son quartier général du Mans, avait signalé cette situation dans ses rapports au Comité de Salut

public. Il constatait que « les brigands de profession ont profité

de la suspension pour s'organiser d'une manière effrayante, ayant assez d'autorité pour faire lever les communes en masse, non seulement dans les districts de Sablé, de Sillé et du Mans, mais encore dans ceux de La Ferté-Rernard, Mamers, Mont-sur-Loir, Fresnay ....

» Il a résulté de la bonne foi de la République une succession d'horreurs commises par les brigands, qui maintenant se trouvent être les maîti'es de faire lever la masse des communes, lorsqu'elles arborent la cocarde blanche et lorsqu'elles ne voient pas de force pour réprimer leur audace.

» L'embauchage a également fait des progrès ; des soldats, des dragons, préférant l'argent, la faculté de voler et piller, à leur devoir de défenseurs de la République, quittent leurs drapeaux. On ne peut plus se i-isquer en petits détachements ; il faut les quadrupler et par conséquent les hommes en proportion. Dans le département de la Sarthe les brigands montent une cavalerie des plus importantes » 3.

Le général Watrin critiquait la modération de Hoche et aurait voulu depuis longtemps faire une battue générale dans la Sarthe, comme il

(1) Archives de la Mairie de Saint-Cosme. Registre des -délibérations. 11 germinal an III (31 mars 1795).

(2) Archives de la Sarthe. L, 500. 12 germinal an III (1er avril 1795).

(3^ Lettre du 1er floréal an III (20 avril 1795). Archives historiques de la guerre. Armées des Côtes de Brest et de Cherbourg. Chassin. Les Pacifications de l'Ouest, t. I, p. 294.

l'avait fait avec succès aux environs de Cliàteau-Gontier, pendant les mois de pluviôse et de ventôse.

Le 10 floréal une seconde invasion de Chouans eut lieu à Saint- Cosnie, vers une heure après minuit, c'était « une troupe de gens à pied et à cheval au nombre de trois cents environ, vêtus de différents costumes, armés de fusils, pistolets et sabres, qui se sont partagés en plusieurs pelotons ». Ils se transportèrent chez le secrétaire greffier, lui demandèrent les clefs de la maison commune, pour s'emparer des mortiers qui y étaient enfermés, puis se firent escorter par quatre fusiliers qui les conduisirent chez le maire. Ils se retirèrent vers deux heures du matin, emmenant avec eux les quatre mortiers « tant bons que mauvais » dont ils s'étaient emparés '.

Quelques jours auparavant une cinquantaine de Chouans s'était présentée, vers cinq heures du soir, en armes, chez le fermier de la Taille, terre appartenant à l'émigré Dul)ois des Cours, voulant lui faire payer le prix de son fermage échu à Pâques ; le fermier refusa d'abord, mais cédant à la violence, il leur versa un à-compte de cinq cents livres sur neuf cent cinquante qu'il devait; on lui laissa une quittance -.

Un peu avant cette date, à Ailliéres, sur les deux heures du matin, une ti'entaine d'hommes « masqués de manière à ne pouvoir être reconnus, armés de fusils, pistolets et sabres, avaient forcé le citoyen Germain Caillard d'ouvrir ses portes, en se disant Chouans ». Après lui avoir demandé si ce n'était pas chez lui qu'était la maison commune, ils fouillèrent les archives, laissèrent les registres d'état civil, mais brûlèrent sur la terrasse tous les autres registres et les lois, en criant : Vive le Roi ! Vive la Religion ! Au diable la République ! Ensuite ils « lui ont demandé si les habitants de la paroisse désiraient reprendre leur ancien culte » ; Germain Caillard leur répondit « que tous sans exception se proposaient d'inviter leur ancien curé, à qui la liberté vient d'être rendue, à revenir au milieu d'eux, puisque les lois les y autorisaient » Les Chouans se retirèrent ensuite, sans commettre d'autres violences, « en annonçant que leur mission n'était que pour ramener leurs frères égarés, aux bons sentiments, mais punir tous ceux qui commettraient de mauvaises actions » 3.

(1) Archives de la Mairie de Saint-Cosme. Registre des délibérations. 10 floréal an III (29 avril 1795).

(2) Archives de la Mairie de Saint-Cosrae. Registre des délibérations. 17 floréal an III (6 mai 1795).

(3) Archives de la Sarthe. L, 253. Ailliéres. 27 germinal an III (16 avril 1795).

Dans les premiers jours de germinal, le général Vincent arriva à Mamers, pour se concerter avec l'administration de district, sur les mesures qu'il serait possible de prendre dans ces circonstances difficiles. Il organisa à Mamers une compagnie de canonniers, puis fit une battue dans les communes du district de Mamers et dans quelques-unes de celui de Fresnay, qui amena « la prise d'un particulier, se qualifiant capitaine de Chouans, et de quelques jeunes gens » dont l'un, nommé Le Gendre, fut relâché le 19 germinal, par ordre du représentant du peuple, Dubois-Dubais. Le général Vincent se rendit ensuite à Bellesme en laissant à Mamers un détachement de vingt-cinq hommes de troupe de ligne.

Après le départ du général Vincent, le district écrivait au représentant Dubois-Dubais à Chartres : « Nos inquiétudes et notre douleur sont toujours vives ; depuis l'expédition faite par le général Vincent, il s'est encore opéré des mouvements dans quelques communes de notre district, et nous craignons à chaque instant d'en apprendre de nouveaux » *.

Un appel est fait aux gardes nationaux pour faire un service supplémentaire de bonne volonté, afin d'établir des patrouilles la nuit. Les mesures extraordinaires deviennent de plus en plus nécessaires par suite « des troubles et des agitations qui désolent les communes ». Les archives du district et de la commune de Mamers sont envoyées à Bellesme ^. Il est ordonné aux habitants de Mamers de rentrer chez eux le soir au plus tard à onze heures ; « si des circonstances particulières ou pressantes nécessitaient leur sortie après l'heure qui vient d'être fixée », ils sont invités à ne point sortir sans lumière.

Ce ne fut encore qu'une alerte, le pays redevint paisible pour quelques mois, en ce qui concerne la Chouannerie. La soumission de Charette , de Sapinaud et de Cormatin , signée au château de la Jaunaye, le 29 pluviôse an III (17 février 1795), et celle de Stofflet à la Mabilaye, le premier floréal (20 avril), complétées par la victoire que le général Hoche remporta à Quiberon (juillet 1795), produisirent une accalmie qui se maintint jusqu'en frimaire an IV, dans le district de Mamei's.

Il n'est pas à dire pour cela que le repos fut absolu et qu'aucun incident ne vint troubler la paix promise. Dans les deux partis on était

(1) Archives de la Sarthe. L, 500. 21 germinal an III (10 avril 1795).

(2) Archives de la Sarthe. L, 125. 25 germinal an III (14 avril 1795).

toujours en éveil ; on n'avait pas confiance dans la parole donnée. Ainsi dès le 13 floréal, le district de Mamers apprenait que le tocsin sonnait dans la commune de Marolles et dans plusieurs autres des environs, et qu'il y régnait une grande fermentation causée par la crainte d'arrestations arbitraires. Il dut écrire le soir même pour conseiller le calme et expliquer les mesures qu'il avait prises d'un autre côté : « Que vos concitoyens, que les habitants des campagnes se persuadent donc que le district ne veut point ressusciter le régime affreux de la tyrannie, dont l'auteur a péri, le 9 thermidor, sous le glaive de la loi. Non, l'administration veut le bonheur de ses administrés ; elle désire la paix et la tranquillité, et ne veut point faire de victimes. Ainsi, citoyens, que votre voix rappelle à l'ordre ceux qui le troublent, et repose les esprits inquiets. La force armée a été envoyée dans une commune par l'administration, mais c'était pour protéger les personnes et les propriétés menacées par un attroupement dont elle a appris l'existence. Elle devait agir ainsi, parce que la loi condamne tous les rassemblements de cette nature et ordonne de les dissiper » '.

Ce transport de troupes avait eu lieu dans la commune de Saint- Calais ; quelques personnes furent arrêtées et des armes saisies. Le procureur-syndic du district de Mamers constatait encore, le 15 floréal, que tout son arrondissement « depuis deux mois environ est agité par des troubles qui paraissent tenir à la guerre des Chouans. Dans pi'esque toutes les communes, les arbres de la liberté ont été abattus, les archives des municipalités ont été brûlées, des citoyens ont été opprimés et beaucoup ont été volés. Ces brigandages s'exercent encore aujourd'hui, malgré la pacification signée entre les représentants du peuple et les chefs Chouans. 11 n'est pas douteux d'après cela, qu'on ne doit plus considérer ces bandes ambulantes qui désolent les campagnes, que comme des brigands et des voleurs, que l'œil de la justice doit surveiller et que sa main doit frapper ; mais leur nombre est si considérable qu'il est eiîrayant et qu'il nécessite des mesures extraordinaires . . . . » ^.

Cette situation indécise, après avoir duré plusieurs mois, s'aggrava vers le mois de frimaire an IV. A cette date la municipalité vit de nouveau son territoire menacé par les Chouans, et elle s'empressa de

(1) Arcliivcs de la Sarthe. L, 500. 13 floréal an III (2 mai 1795).

(2) Archives de la Sarthe. L, 500. 15 floréal an III (4 mai 1795).

demander des secours à l'administration du département, lui exposant qu'elle ne pourrait arrêter les brigandages des insurgés, si on ne lui accordait proniptement une force armée assez importante. Le département reconnut qu'il était d'autant plus « urgent de prendre des mesures pour arrêter l'audace et le brigandage des Chouans, qui se multiplient de jour en jour dans ce département, » que les généi'aux Gillot et Vincent, auxquels on s'était adressé, n'avaient aucunes forces disponibles à pouvoir envoyer à Mamers. Le département craignait donc avec raison que si l'on ne s'empressait pas « d'arrêter le mal dans son principe, le district de Mamers, qui jusqu'à ce moment avait été tranquille, ne devint comme ceux de Sablé, Sillé, La Flèche, Le Mans et Fresnay, le triste théâtre de la guerre, des vols, des brigandages, de l'assassinat, et de toutes les atrocités commises jusqu'ici par les Chouans. »

Il fut donc demandé au général Bonnaud, qui commandait en chef l'armée des Côtes de Cherbourg, d'envoyer à Mamers cent cinquante hommes, tant en cavalerie qu'infanterie ; cette demande formulée directement par l'administration du département de la Sarthe, était appuyée par le général de division Gillot, qui l'avait ainsi apostillée : « Je prie le général en chef d'avoir égard à la demande ci-dessus ; s'il y a des troupes à sa disposition, elles ne peuvent être mieux employées qu'à pi'éserver le district de Mamers » '.

Le général Bonnaud répondit par une proclamation - :

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