ARMÉE DES COTES DE CHERBOURG
Au quartier général le huit frimaire l'an i"»».
Le général en chef des Côtes de Cherbourg, Aux autorités constituées et aux habitants des cy-devant districts de Belême, La Fer té-Bernard, etc.
J'ai en quelque façon, citoyens, rempli ma tâche, j'ai, en prenant le commandement de cette armée exposé sans détour aux habitants du pays qu'elle occupe, leur situation, les maux qui pouvaient en résulter et les mesures à prendre pour les prévenir ; et pour vous prouver toute ma sollicitude, je vais encore m'entretenir avec vous sur cet objet. Selon toute apparence et d'après les rapports qui
(1) Arcliives de la Mairie de Mamers. Lettre du 7 frimaire an IV (28 novembre 1795).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Registre J.
me sont faits, quelques scélérats par excellence, commencent à troubler vos paisibles campagnes. Déjà m'a-t-on dit, ces monstres, sous le titre de royauté, pillent, volent, assassinent, commettent tous les crimes et à peine a-t-on osé s'en plaindre. Quelle est donc cette apathie, cette coupable crainte. Par quelle fatalité le crime commis au gîte de la vertu, resterait-il impu<i ? Où est donc cette énergie française? Le droit de résister à l'oppression n'est-il qu'une chimère ? Attendezvous que le serpent que vous craignez d'écraser vous pique, et de son venin pestiféré vous conduise au tombeau ? C'est ce qui vous arrivera, citoyens, si vous tardez à mettre en pratique les droits sacrés de l'homme, si tous ensemble, quelle que soit votre opinion, vous ne prenez des mesures, pour arrêter le mal, défendre vos propriétés, assurer vos personnes. Tous vous y êtes également intéressés et vous tous le devez à la Société.
Je sais que quelques hommes égarés, quelques égoïstes diront c'est aux troupes à nous défendre, que les partisans secrets de ces scélérats penseront : ce n'est pas nous que cela regarde. Erreur de part et d'autre. Le droit de défendre ses propriétés et plus encore sa personne appartient à tout le monde et celui qui seul n'a pas secondé ses concitoyens, par la connivence coupable où il était avec les usurpateurs, non seulement commet une faute envers la Société et l'humanité, mais il doit craindre la réaction et le juste ressentiment. Que vos ennemis et les nôtres se présentent en guerriers, qu'ils se montrent ; nous leur prouverons que nous n'avons pas perdu l'habitude contractée au nord, de nous battre et de vaincre ; vous serez alors paisibles spectateurs et je vous réponds ne rien négliger pour votre repos que je désire de toute mon âme.
Répondant au conseil, formulé dans cette proclamation, d'organiser sur i)lace un système de défense avec les habitants du pays, l'administration de Mamers, secondée i)ar le général Vincent, créa une compagnie franche « dite de contre-Chouans », dans laquelle vinrent s'enrôler d'assez nombreux volontaires. Cette compagnie était complètement organisée le 22 frimaire an IV •. Elle fut casernée dans les anciens bâtiments de la Visitation ainsi qu'un détachement du 2n>'' bataillon de la 61™" demi-brigade, qui était venu renforcer le détachement de chasseurs à cheval qui stationnait déjà à Mamers.
Le 27 pluviôse an IV, le corps municipal de la commune de Mamers, décida de répartir, « entre les citoyens de la commune de Mamers dont la probité et le civisme seront reconnus », les fusils de chasse que les habitants avaient dû déposer dix-huit mois plus tôt. Mais il faisait observer en même temps que cette distribution n'était
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre N. 18 frimaire an IV (9 décembre 1795).
no MAMERS DURANT LA RÉVOLUTION
due qu'aux circonstances actuelles et que les détenteurs provisoires de ces armes « seront obligés de les rendre toutefois et quantes » ^.
A cette époque, la ville de Beaumont-sur-Sarthe avait été envahie par quinze cents Chouans ; mais les habitants se défendirent courageusement et les repoussèrent. Le lendemain, le détachement de troupes républicaines, étant l'evenu à Beaumont, il se mit à la poursuite des Chouans, qu'il battit à nouveau dans les environs de Ségrie et de Vernie.
Dans le district de Mamers, les agissements des Chouans se produisaient particulièrement dans la région de René, s'étendant aux communes de Nouans, Dangeul, Marolles, Monhoudou.
Le 25 pluviôse an IV (14 février 1796) le président de l'administration municipale du canton de Marolles envoyait au département la copie d'un procès-verbal, dressé par le juge de paix du canton « à l'occasion d'une attaque faite par des hommes à cocardes blanches » qui, au nombre d'une vingtaine, s'étaient présentés, bien armés, à Dangeul qu'ils avaient parcouru pendant vingt-quatre heures, avant de se rendre à René où ils avaient fait beaucoup de bruit. A Marolles « sur les cinq heures, deux inconnus, vêtus de bleu, à cheval, et armés de fusils à deux canons, un d'eux ayant la cocarde blanche et le maintien soldatesque, sont accourus à toute bride de Dangeul ; l'un d'eux apercevant le citoyen Goutard à sa porte, a tiré sur lui un coup de plomb qui a bien marqué dans la muraille. Ils ont cavalcade longtemps, vomissant des imprécations horribles contre les habitants. » Ces deux individus rentrèrent le soir à Dangeul ; l'un d'eux emmenait avec lui, sur son cheval, un jeune homme qu'il avait enlevé dans le bourg. Ils faisaient partie d'une bande qui avait déjà été aperçue à Courgains la semaine précédente -.
Dans les derniers jours de pluviôse et les premiers jours de ventôse, ces mouvements ne firent que s'accentuer. « Des hommes à cocardes blanches, et se disant Chouans parcouraient nuitamment divers points du canton de Marolles, par bandes de dix à quinze ; ils désarmaient les citoyens et quelque surveillance que la police apportât, il était difficile de les rencontrer, car en arrivant dans une commune, ils en partaient aussitôt pour une autre, et finalement ces malveillants
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Registre J. 27 pluviôse an IV (16 février 1796).
(2) Archives de la Sarthe. L, 275. 25 pluviôse an IV (14 février 1796).
contre-révolutionnaires se retiraient toujours à grands pas vers le territoire du canton de Vivoin. Une force militaire aurait été nécessaire dans ce canton, mais il n'y en avait pas. La garde nationale fut mise sur pied dans plusieurs communes. Enfin, cette bande grossie d'environ quarante hommes se porta sur le bourg de Dangeul, força les habitants de lui délivrer des vivres, mais presque au même instant le général Vincent arriva avec sa compagnie franche stationnée à René ; mais les Chouans profitèrent de l'obscurité de la nuit pour prendre la fuite ....»'.
Le commissaire Guittier, près l'administration municipale de Mamers, signala ces mouvements au département par une requête du 6 ventôse an IV -, dans laquelle il rapporte que dans la région « se font des rassemblements de Chouans dont les suites sont toujours funestes aux citoyens connus pour être attachés au gouvernement ; que les autorités constituées de ces différents cantons, soit par crainte ou autrement, n'ayant pas la fermeté de faire arrêter ces coquins, il est instant d'aviser aux moyens de faire respecter la loi. » En conséquence, il demande l'autorisation d'envoyer la force armée dans les conuîiunes désignées « pour être le repaire des prêtres, des jeunes gens de première réquisition, et le rassemblement des Chouans qui assassinent, pillent et commettent toute espèce de brigandage. »
Le général de brigade Watrin qui était au Mans, lui donna le même jour l'autorisation d'agir suivant ses désirs en lui remettant l'ordre suivant : « Le commandant de Mamers se concertera avec le citoyen Guittier pour arrêter dans cette partie les progrès du fanatisme et de la chouannerie. Les jeunes gens de la réquisition devront s'enrôler dans les compagnies franches ou gardes territoriales de leurs communes, et marcheront contre les Chouans dans leur canton seulement, lorsqu'ils en seront requis par le capitaine de leur compagnie ))3.
Quelques jours plus tard, le commandant de place de Mamers, Faravel, mettait en arrestation un individu « se disant caporal du nommé Guillemet, chef de Chouans dans le canton de René. » Il le conduisit devant la municipalité de Mamers, qui lui fit subir un interrogatoire avant de l'incarcérer. On apprit ainsi qu'il se nommait
(1) Archives de la Sarthe. L, 275. Rapport du 28 brumaire an VI (18 novembre 1797).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 6 ventôse an IV (25 février 1796).
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 6 ventôse an IV (25 février 1796).
« Jacques Proust, de la commune de Thoiré, feneur de chanvre de son métier, âgé de vingt ans, et demeurant dans le temps de son arrestation à René, village d'Epierres. » Il avait servi précédemment dans le bataillon de la Sarthe, qu'il avait quitté après avoir été réformé; il ne pouvait présenter son congé de réforme parce que les Chouans l'avaient brûlé. Il reconnaissait qu'il avait marché avec Guillemet, capitaine des Chouans du canton de René, mais malgré lui; « qu'ayant été rencontré allant veiller chez un de ses amis, il fit rencontre d'un particulier de sa connaissance, qui, en se déclarant chouan, l'engagea de venir avec lui ; n'ayant voulu y satisfaire, il y fut contraint par la force. » Il dut les suivre dans les bois de Vernie et de Ségrie, où ils étaient réunis au nombre d'environ quatre cent cinquante, projetant de marcher bientôt sur René. Parmi tous les Chouans au milieu desquels il avait vécu pendant quinze jours, il ne connaissait que Guillemet, de René, et Godemer, du village d'Epierres. Comme armements les Chouans, disait-il, possédaient quelques fusils de chasse, quelques sabres et quelques pistolets, mais point de munitions. Après cet interi-ogatoire, le commandant Faravel jugea prudent d'incarcérer ce chouan, malgré ses protestations de dévouement à la République, parce qu'il craignait qu'il ne fut un espion envoyé par Guillemet, pour le renseigner sur la situation des troupes aux environs de René '.
Le 15 ventôse, le commandant Faravel recevait une lettre du chef de brigade Vincent qui lui annonçait sa venue à Mamers, pour proclamer la ville en état de siège.
Dans la nuit du 21 ventôse, vers dix heures du soir, à Livet, JuUien Cabaret, « patriote reconnu » est arraché du sein de sa famille et fusillé à cent pas de sa maison. « C'est le scélérat Guillemet, qui fut arrêté il y a un an par le brave Vincent, et relâché par Dubois-Dubais, qui est l'auteur de cet hori-ible assassinat. Il avait avec lui douze à quinze massacreurs, qu'on dit actuellement errants dans la foret de Pei-seigne. J'en donne avis, ajoute le commissaire Guittier, aux généraux Hoche, Watrin et Vincent, afin qu'ils prennent de promptes mesures, sans lesquelles la route qui communique de Mamers à Alençon, va se trouver interceptée. Il faut une battue générale dans la foret de Perseigne, dont l'étendue est de douze mille arpents. Les troupes qui sont ici sont en trop petit nombre pour en faire une efficace ; il n'y a
(1) Arcliives de la Mairie de Mamers. Registres M et J. 14 ventôse an IV (4 mars 1796).
point à compter sur les gens des campagnes. Mon opinion est bien fondée à cet égard, puisque pas un n'est venu à Mamers instruire la troupe des mouvements de Guillemet >■> *.
Cette tragique nouvelle causa une vive impression à Mamers, et son administration profita de cette alerte, pour rappeler les habitants à l'exécution de leurs devoirs, par une adresse qu'elle fit imprimer, puis afficher dans la ville et dans les campagnes, pour demander également l'appui des paysans contre les Chouans * :
Adresse des administrateurs municipaux de la commune de Mamers et du commissaire du directoire exécutif,
A leurs Concitoyens.
Le sang n'a donc pas encore assez coulé il ne suffit donc pas qu'il ait
arrosé le sol de la Vendée et des départements voisins.
Notre pays, notre malheureux pays est donc aussi du nombre de ceux qu'ont projeté de dévaster les brigands ? Cette nuit dans la commune de Livet, un patriote, un père de famille a été la victime de ces scélérats. Le citoyen Cabaret, homme paisible, arraché de son lit par les Chouans et traîné à cent pas plus loin de sa maison, a été impitoyablement criblé de balles Patriotes réveillezvous ! Songez que si vous ne veillez à votre sûreté, le même sort vous attend ! Sachez que l'ennemi est à vos portes, peut-être au milieu de vous ? Sachez qu'il se pare souvent d'un patriotisme affecté, pour pouvoir vous approcher et saisir le moment de vous égorger.
Citoyens, vos magistrats, instruits qu'on veut attenter à voire vie, ont la nuit précédente veillé à ce que le service militaire fut exécuté avec la dernière rigueur ; ils ont vu que c'était le moyen de détruire les projets des malveillans, de prévenir par conséquent ces scènes tragiques, dont les vrais républicains sont presque toujours les victimes ; ils ont défendu qu'aucun particulier qui ne serait pas de service puisse sous quelque prétexte que ce soit s'introduire dans les corps de garde ; ils ont ordonné à la sentinelle de surveiller scrupuleusement ce qui se passe autour d'elle, et invité les citoyens au silence sans lequel la sentinelle pourrait être égorgée faute d'être entendue, comme cela est arrivé dernièrement à Mayenne. Ils ont enfin rappelé aux gardes nationaux qu'ils ne veillaient que pour leur sûreté et celle des habitans de celte commune, et non pour se livrer à des jeux, qu'on ne quitte que lentement lorsqu'il faut payer de sa présence.
(1) Archives de la Sarthe. L, 229. 22 ventôse an IV (12 mars 1796). — Voir aussi L, 267. 10 messidor an VIII (29 juin 1800).
(2) Archives de la Mairie de Mainers. Registre J. 22 ventôse an IV (12 mars 1796).
Citoyens de Mamers, sans ces précautions, en ce moment vous pourriez devenir la victime des Chouans.
Que le père de famille sous les armes songe à son épouse, à ses enfants, que le jeune homme pense à celle qui captive son cœur ; c'est l'amour qui les guidera l'un et l'autre ; c'est l'amour qui les fera triompher des brigands.
Et vous citoyens des campagnes, l'expérience ne pourra-t-elle vous corriger? Garderez-vous encore le silence ? Ne voyez-vous pas qu'il ne tend qu'à favoriser les desseins perfides de ceux qui vous égorgent ? Venez nous dénoncer les auteurs de ces cruels assassinats, c'est le seul moyen d'en arrêter le cours et de rétablir la tranquillité ! Que le souvenir du courageux Vaday, de la commune de Saint-Cyr, vous anime comme lui, prenez les armes quand vous serez menacés et les lâches brigands n'oseront vous approcher. Enfln soyez persuadés, citoyens, que nous serons toujours prêts à vous secourir lorsque vous aurez assez de courage pour venir nous avertir des dangers qui vous menacent.
Fait et arrêté en séance publique, présidence de Regnoust-Duchesnay et présents, Carel-Lamarre , Renard, Rocher, Deshais, Viellajeux, Le Balleur, Guittier, commissaire du directoire exécutif, et Boulard l'un des secrétaires.
Dès qu'il connut la nouvelle de cet assassinat, le chef de brigade Vincent, qui était à Nogent-le-Rotrou, se décida immédiatement à venir à Mamers et il annonça sa venue en ces termes : « Je pars demain, et sans l'assurance des subsistances à l'avance, je serais parti aujourd'hui pour me rendre à Belesme avec une colonne mol)ile de cinquante hommes à cheval. Or donc, demain soir, je serai à Belesme, tout malade que je suis, d'où je»pourrai prendre des mesures » '.
Le 26 ventôse, huit à douze Chouans « se sont portés dans le canton de Marollcs pour désarmer les citoyens et enlever des hommes de première réquisition. » A Saint-Aignan, cent à cent cinquante hommes, armés de fusils, de faux, brocs, fourches et bâtons, se mirent aussitôt à la poursuite de ces « scélérats de Chouans, à qui ils ont fait lâcher trois jeunes citoyens » -.
Dans les campagnes on devint plus vigilant ; des battues furent faites, elles amenèrent des arrestations et même des représailles ; ce que constate Guittier : « Je vous donne avis que le nommé Courapied, chouan et voleur de profession, accompagné d'un particulier de Saint- Georges-du-Rosay, se sont permis, il y a deux jours, de désarmer les campagnes, de piller, etc. On les a pris et fusillés dans la plaine de
(1) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du 25 ventôse an IV (15 mars 1796).
(2) Archives de la Sarthe. L, 231. 26 ventôse an IV (16 mars 1796).
Mézières. Cet acte de sévérité vous prouvera combien les paysans commencent à s'ennuyer des Cliouans » *.
Sur ces entrefaites, tous les officiers qui commandaient les détachements de Mamers furent rappelés et obligés de rejoindre leurs corps ; cette mesure alarma immédiatement la municipalité de Mamers, « considérant que les Chouans, instruits par leurs espions, de la retraite du détachement confié au citoyen Faravel, ne manqueront pas de profiter de cette circonstance pour redoubler leurs atrocités. » Elle envoya de suite un commissaire à Alençon vers le général Dumesny, commandant la grande division de l'armée de l'Océan, pour obtenir de lui qu'il envoyât à Mamers des troupes de ligne avec des officiers.
Mais l'arrestation et la mort de Stofflet, 7 ventôse an IV (26 févi'ier 1796), suivies de la prise de Charette et de son exécution à Nantes le 9 germinal (29 mars 1796), jetèrent le désarroi dans les bandes des Chouans. La pacification de la Vendée eut son contre-coup immédiat dans le district de Mamers, où Hoche fit répandre dans les campagnes, une proclamation ^, par laquelle il conseillait aux populations de reprendre leur vie paisible et leurs travaux :
Au Quartier général de l'Armée des Côtes de l'Océan, à Rennes, le 19 germinal, 4« année républicaine.
Ilabitans des campagnes, Ecoutez :
Je viens encore à vous, ma voix ne pourra-t-elle se faire entendre? Demeurerez-vous sans cesse spectateurs stupides et neutres des mau.\ qui vous désolent : et votre réveil ne scra-t-il occasionné que par l'éclat de la foudre? C'est en vain qu'une minorité criminelle voudrait lutter plus longtemps contre la république : c'est en vain que vous voudriez conserver des armes dont vous reconnaissez l'impuissance : il faut les déposer, ou vous allez attirer sur vos tètes la vengeance nationale.
Il était aguerri, ce peuple redoutable qui vous donna l'exemple de la révolte ; ses exploits étaient sans nombre ; ses chefs fameux dans l'Europe entière, semblaient n'avoir qu'à ordonner la victoire ; ses armes trempées mille fois dans le sang par la rage et le fanatisme, devaient relever le trône. Quelle a été l'issue de
(1) Archives de la Sarlhc. L, 229. Lettre du 28 ventôse an IV (18 mars 1796).
(2) Quatre pages in-8". Imprimé à Rennes, clvez J. Robiquet, imprimeur de l'Armée des Côtes de l'Océan.
ces projets insensés, criminels ? La mort, le désarmement, et en dernière analyse la soumission. La république organisée a jeté un regard sur cette partie de son . territoire. Le gouvernement a dit un mot, quatre mois d'hiver ont suffi pour terminer la guerre. 0 ! liabitans de ces contrées malheureuses, vous croyez-vous plus braves que ces Vendéens, dont le passage de la Loire seul, aurait fait trembler tous autres qu'eux? Quels sont vos chefs? Possèdent-ils les talens de Delbecq, l'aménité de Bonchamp, le courage de Stoflet, l'activité, les ruses, et les connaissances locales de Charette ? Vous n'êtes pas à moitié armés ; vous ne devez vos munitions, qu'à des trahisons, à des connivences qui ne vont plus exister, vos agens étant ou arrêtés ou poursuivis. Hé bien ! en admettant toutes les suppositions que je viens de faire ; en admettant que vous ayez des armes et des munitions, que vos chefs ne soient pas d'ignorans flibustiers ou de vils intrigans, rebutés, chassés et méprisés des cours de l'Europe ; en admettant que votre valeur égale celle des Vendéens, pourquoi ne seriez-vous pas vaincus et désarmés comme eux ? Prenez y garde, les légions approchent, hâtez l'instant du repentir. Pourrai-je jamais arrêter l'impétuosité des troupes lorsqu'elles seront lancées? Les armes que vous portez n'enflammeront-elles pas le courage de chaque soldat ? Ah ! épargnez votre sang ; déposez-les, ces armes funestes ;
venez, venez à nous ; vivons ensemble sous les mêmes lois Songez que ces
lois sont sacrées, et que nous, républicains, avons juré de les faire respecter; oui nous l'avons juré, et notre existence est consacrée à les maintenir. C'est à vous à fixer notre opinion, et à déterminer notre conduite. La soumission aux lois de la république et le désarmement vous donneront le repos et le bonheur. Les suites de la guerre sont afl'reuses ; puis-je vous les détailler? La mort, la famine, la dévastation des propriétés, la misère générale ; fasse le Ciel que ces fléaux soient éloignés des lieux que vous habitez !
Propriétaires qui par votre influence sur les campagnes, pouvez hâter le retour à l'ordre, songez que vous serez les premières victimes de la guerre terrible prête à s'allumer ici. Quelle que soit d'ailleurs votre opinion politique, vous devez, ne fût-ce que par intérêt personnel, contribuer à arrêter le mal dans sa source. Vous le pouvez, soit en donnant aux commandans militaires les renseignemens nécessaires, soit en conseillant vos fermiers et les persormes qu'un sot entêtement retient dans un parti que la force anéantira, si la raison ne peut y parvenir. Sans doute notre intention est de réprimer le pillage, et nous emploierons, pour y parvenir, les moyens que nous donnent les lois, mais ce fléau est une suite inévitable de la guerre ; et puisque vous le pouvez, prévenez-le donc.
Et vous, jeunes citoyens que la nature destinait à être heureux par la simplicité, dont l'agriculture devait être la seule occupation, pourquoi vous êtes-vous armés contre nous ? Sommes-nous vos ennemis ? nous qui n'aspirons qu'à la paix ! Retournez à vos travaux champêtres, fuyez les combats où vous guident l'inexpérience et le fanatisme. Abandonnez les chefs cruels qui fondent leur
ambition sur vos malheurs, leur fortune sur les débris de la vôtre, et leur élévation sur la ruine de vos familles et votre esclavage. Brisez ces liens honteux, sous lesquels vous gémissez. Pourquoi obéiriez-vous plus longtemps à des hommes qui déjà vous traitent en maîtres? Livrez-les à la justice, s'ils ne veulent cesser leur brigandage. N'assassinez plus, cessez de verser le sang français par leurs ordres, et abandonnez-les, si vous ne pouvez les ramener avec vous. Voyez vos frères de la Vendée, ils sont maintenant tranquilles dans leurs foyers. Après des combats sans nombre, ils n'ont pas rougi de déposer leurs armes ; ils s'en louent puisque les lois contre lesquelles ils étaient armés, leur assurent pai,x, protection, et liberté de culte. Voilà vos modèles ; vous les avez suivis dans leurs erreurs, imitez leur repentir.
Le général en chef, L. Hoche.
Pour assurer la paix dans la région et pour empêcher le renouvellement de l'insurrection, les administrations locales firent une recherche très sérieuse des armes qui pouvaient exister dans les maisons particulières, et surveillèrent attentivement toutes les voitures de transport qui traversaient le pays. Ces mesures donnèrent de prompts résultats. Le 26 germinal des recherches faites dans une voiture de passage à Mamers, amènent la découverte de deux cent cinquante livres de poudre de première qualité ; de semhlables voitures sont arrêtées dans le même temps à La Ferté-Bernard et à Bonnétable. Des perquisitions opérées dans la maison de .Tulien Quelquejeu, négociant à Mamers, chez lequel la voiture de poudre avait été arrêtée, firent découvrir plus de cinq cents piques et encore cinquante livres de poudre de chas.se, dont les paquets étaient dissimulés dans des tonneaux <. Le charretier qui conduisait la voiture fut arrêté sur l'ordre du général Dumesny, et dans son interrogatoire il répondit « qu'une citoyenne d'Alençon lui avait prescrit de prendre ce chargement -. »
Guiltier, le commissaire près la municipalité de Mamers, redoublait d'activité pour rechercher les coupables des différentes attaques nocturnes qui s'étaient produites dans diverses communes. Le 27 floréal il annonce bruyamment son succès au commissaire du département : « Victoire ! écrit-il, je tiens dans mes filets deux assassins du malheureux Cabaret. Je les ai interrogés pendant deux jours entiers ; ils sont aux
(1) Archives de la Sarthe. L, 229. LeUre du 29 germinal an IV (18 avril 1796).
(2) Archives de la Mairie de Mamers. Lettre du général Dumesnj', 27 germinal an IV (16 avril 1796).
cachots. J'ai des renseignements précis sur le fait de la Chouannerie qui m'indiquent d'autres scélérats comme eux, et à la poursuite desquels je suis, et que je ne tarderai pas d'atteindre ». Il s'occupait également de l'action des Chouans à René, dont il ne peut « retracer toutes les horreurs qui se sont commises sous les j'eux de ses lâches habitants, qui ont marqué la plus grande indifférence, lors du siège qu'ont soutenu sept patriotes », et il en conclut « qu'il y en a peu capables d'exercer des fonctions publiques » *.
Plus tard il dénonçait au même commissaire « le nommé Perrochel de Grandchamp, ex-noble, fils de la Perrochelle du château du Tronchet, prévenu de plusieurs faits de Chouannerie, et desquels il résulte qu'il a dirigé la bande scélérate ; on assure, ajoute-t-il, qu'il est au Mans, si vous jugez nécessaire, envoyez-le à Mamers, sous bonne escorte, je lui ferai subir un interrogatoire qui sera présidé par le commandant de place, et j'espère que le l'ésultat nous offrira du nouveau, ou tout au moins, nous prouvera qu'il est coupable » -.
Mais les enquêtes et les interrogatoires, que l'on faisait subir aux Chouans, arrivaient tous à la même conclusion, que Guillemet était « l'auteur de tous leurs mal^ieurs et l'instigateur de tous les crimes qu'ils ont commis » ; aussi fut-il décidé « que ce monstre ne doit pas être compris dans l'amnistie accordée aux gens égarés, mais bien livré aux vengeances nationales ». Trois délégués furent nommés par l'administration de Mamers pour « se transporter auprès des généraux et solliciter la mise en jugement du scélérat Guillemet, dont chaque jour de l'existence est marqué par un crime » 3. Les trois délégués choisis furent : Hardouin, commissaire du directoire exécutif près le tribunal de police correctionnelle de Mamers ; Pérou, commissaire du directoire exécutif près le canton rural de Mamers ; et Guittier, commissaire du directoire exécutif près la commune de Mamers.
Guillemet avait été arrêté le 29 mai 1796, puis enfermé dans les prisons de Mamers, et le bruit se répandait qu'il devait être incessamment mis en liberté « sous prétexte qu'il a rendu ses armes comme
(1) Archives de la Sarthe. L, 229. 7 lloréal an IV (26 avril 1796).
(2) Archives de la Sarthe. L, 229. 30 floréal an IV (19 mai 1796). Le chef de brigade Vincent avait déjà, le 19 floréal an IV (8 mai 1796), décerné contre lui un mandat d'amener. Sur la même liste, comprenant treize noms, se trouvait aussi celui de Charles, fds, ex-greffier du juge de paix de Courgains.
(3) Archives de la Mairie de Mamers. Registre M. 13 prairial an IV (l«i' juin 1796).
LES INSURGES ROYALISTES. LA. CHOUANNEllIE 119
chef de Chouans, le neuf de ce mois devant le commandant de place de Beaumont ».
Au nombre des protestataires contre l'arrestation de Guillemet, se trouvait Le Marchand, commissaire du directoire executif près l'administration municipale du canton de Vivoin, dont dépendait la commune de René. En effet, il écrivait au commissaire du département, le 14 prairial an IV (2 juin 1796) : « Le nommé Guillemet, de la commune de René, qui est du nombre des Chouans qui ont rendu leurs armes entre les mains du général Watrin à Beaumont le 8 du
courant, a été arrêté à Courgains le 10, porteur d'un passeport
Nos observations n'ont point produit sa mise en liberté, et de Courgains il a été transféré à Mamers, où il était encore hier soir. Il est cependant bien à craindre qu'en violant la parole que leur a donnée le général Watrin, que les Chouans qui se rendraient en déposant leurs armes ne seraient point inquiétés pour faits antérieurs à leur reddition, n'opère un très mauvais effet parmi tous ceux qui se sont rendus, et parmi ceux qui auraient désir de se rendre » '. Il dénonçait en même temps la présence, à René, de Guitticr avec le général Vincent et priait l'administration centrale « d'engager le citoyen Guittier à se renfermer dans les limites de son administration ».
L'administration municipale de Mamers protestait contre la mise en liberté de Guillemet « considérant que ce bruit, quels qu'en soient les causes et les auteurs, a semé l'alarme et l'inquiétude dans l'âme des républicains, amis sincères de la patrie et de la tranquillité de leur pays, qui en applaudissant aux mesures de douceur et de persuasion qui peuvent contriI)uer à ramener sous les lois du gouvernement les Chouans armés qui combattaient contre notre liberté, rejettent avec indignation toute espèce de raisonnement qui pourrait conduire à faire considérer comme chef Chouan, le nommé Guillemet, brigand vagabond, .sans foi, sans loi, pour lequel le vol et l'assassinat furent un, depuis son enfance ». Les délégués de Mamers devaient faire connaître au général Dumesny la conduite morale et politique de Guillemet et prouver ainsi que « ce scélérat ne mérite sous aucuns rapports, lindulgence qui pourrait être accordée dans ce moment aux Chouans qui rendent leurs armes » *.
(1) Arcliives de la Sarthe. L, 234. Lettre du 14 prairial an IV (2 juin 1796).
(2) Arcliives de la Mairie de Mamers. Registre J. 14 prairial an IV (2 juin 1796).
Un autre rapport ^ du même temps nous dépeint Guillemet sous d'aussi tristes apparences ; voici ce que nous y lisons :
Guilmet est de la commune de René, maçon de son métier, ensuite tambour-major dans le régiment de Condé. Déserteur de ce régiment, il a pris parti parmi les Chouans, et a été nommé par les honnestes gens, capitaine d'une compagnie, c'est à la tête de ces messieurs qu'il a commis des vols et des assassinats sans nombre dans beaucoup d'endroits et surtout dans le canton de Marolles, qu'il avait pris en affection. C'est lui qui a désarmé tous les habitants de Saint-Aignan et qui y a porté la terreur.
Il y a peu de jours qu'un citoyen de la commune de Saint-Aignan, nommé Dugast, e.\cellent patriote connu pour tel dans le canton, se trouvant dans une auberge eut une conférence avec un individu qu'il ne connaissait pas, qui eut l'air de le questionner beaucoup et de vouloir scavoir son nom. Après bien des propos, Dugast se nomma et dit qu'il était de Saint-Aignan. — « Ah ! vous êtes Dugast, de Saint-Aignan, lui répondit l'individu, et moi je suis Guillemet ». — « Sans vous connaître de figure, votre nom m'est cerlainement bien connu, M. Guilmet, lui répondit Dugast, et vous êtes bien heureux que lorsque vous vîntes à Saint-Aignan y commettre vos horreurs et y désarmer notre curé, la fatigue de six nuits que j'ai passées à vous attendre m'ait empesché de vous recevoir, car f., vous n'auriez pas désarmé notre curé ». — «Eh bien, dit M. Guilmet, nous aurions mis le feu à vos baraques et c'était notre projet. »
Lorsque les Chouans ont eu l'air de se rendre, il est venu avec sa femme se loger chez le c" Lambert, père de ce Lambert, charron et scélérat ; depuis près de six mois il habite une petite chambre située dans les derrières d'une maison que Lambert a achetée à côté de la sienne, et c'est par une ruelle qui y aboutit, que se rendent la nuit tous les affidés de cette cohorte, à ce que rapportent des locataires qui logent dans la même maison.
Ce Guilmet, sans ressources et sans fortune, doit certainement prendre sur celle de ses voisins de quoi fournir à sa parure, à sa subsistance et à celle de sa famille, et c'est sans doute par la voie des assassinats et des vols qu'il trouvait le moyen de se procurer de très beaux habits de drap et de la plus belle étoffe.
C'est ce Guilmet qui, lors de l'assassinat prémédité par lui et Lambert, son cher compagnon, fut rencontré le long de la rivière de la Sarthe par un fermier de ce canton, ayant un bonnet de poil sur la tête, et une redingotte
Les démarches des délégués de Mamers n'eurent pas le résultat immédiat que la municipalité désirait. Guillemet ne fut interné dans l'île de Ré qu'en germinal an V (avril 1797). Son arrestation avait été
(1) Arcliives de la Sarthe. L, 296. Copie sans date.
décidée sur l'ordre du ministre de la police générale, envoyé le 28 frimaire (18 décembre 1796). Le 30 nivôse Guillemet avait été condamné à être déporté dans l'île de Ré ; comme il devait y être conduit par la gendarmerie à cheval, on lui délivra, le premier pluviôse, une feuille de route et un clieval.
Arrivé à Tours, Guillemet faillit recouvrer la liberté ; le « directeur du jury rendit successivement dans le mois de pluviôse, trois ordres portant défense d'exécuter l'ordre et ordonnant la mise en liberté de Guillemet. » Mais sur un nouveau rapport du ministre de la Justice, le Directoire ordonna, par arrêté du 0 germinal, de transférer immédiatement Guillemet à l'île de Ré ', ce qui fut exécuté. En effet, le 12 germinal an V (l»;' avril 1797) l'administration centrale de la Sarthc adressait au général Guyot-Durepaire, à Tours « avec copie de la délibération prise le 30 nivôse dernier, pour transmettre au général Quesnel, l'ordre de faire arrêter et conduire à lile de Rhé, l'individu Guillemet, ex chef de Chouans, et déserteur actuellement à Tours, et sur la nécessité de faire conduire à sa destination pénale ce déserteur condamné par deux jugements militaires, et deux fois échappé des prisons pour se livrer de nouveau à tous les excès dont l'homme pervers puisse être capable » -.
Guillemet était à peine depuis un mois dans l'île de Ré qu'il sollicitait déjà sa mise en li])erté auprès du conseil des Cinq-Cents et à son sujet, dans la séance du 11 floréal an Y (3 mai 1797) « Dumolard lança à la tribune quelques bordées contre l'administration de la Sarlhe, contre le ministre de la Justice et même contre le Directoire. Le citoyen Roiscjuetin monta aussi à la tribune pour rétablir quelques faits dénaturés par Dumolard » 3. Une enquête fut commencée sur la vie et les actes de Guillemet. La municipalité de Mamers, aussitôt qu'elle en fut informée, protesta contre sa mise en liberté, faisant valoir « que ce particulier cherche à tromper la justice de la représentation nationale, en lui cachant tous les crimes et les horreurs dont il s'est couvert. s> Puis elle expose avec des considérants nombreux que longtemps avant la Révolution, Pierre Guillemet s'était acquis la renommée d'un insigne voleur, qu'étant devenu un objet d'exécration
(1) Archives de la Sarthe. L, 296.
(2) Archives de la Sarthe. L, 160, f" 98, n" 270.
(.3) Archives de la Sarlhe. L, 296. Lettre d'Ysanihart du 6 pluviôse an VII (25 janvier 1799).
pour les habitants de ces contrées, il s'engagea dans difîérents corps d'où il a déserté. Il a profité de la Révolution pour recommencer les brigandages et les vols auxquels il était enclin dès son enfance ; s'il a pris la qualité de chouan, c'est pour voler et assassiner plus à son aise. Même avant que les Chouans fussent connus. Guillemet s'était associé trois à quatre mauvais sujets pour mettre à contribution les acquéreurs de biens nationaux. Du reste, il avait avoué plusieurs assassinats et reconnu particulièrement qu'il était l'auteur de la mort de Esnault de la commune de René, ainsi que de celle de Cabaret de la commune de Livet. La municipalité de Mamers estimait « que sous aucuns rapports Guillemet ne pouvait être rangé dans la classe des Chouans, en ce qu'il est voleur avant et depuis la Révolution, qu'il est notoirement connu pour un brigand, un déserteur, qui pour se soustraii'e aux poursuites de la justice, s'est précipité dans la foule des Chouans. » Elle terminait son rapport en disant « que s'il était rendu à la liberté, la tranquillité publique ne tarderait pas à être troublée dans ces contrées, et que de nouvelles victimes seraient la proie des fureurs de Guillemet » ^
Le commissaire près le tribunal correctionnel de Mamers, Hardouin, ne fournit pas de meilleurs renseignements sur lui : « Je ne le connais, réi)ond-il au commissaire du déparlement, que depuis la Chouannerie, c'est-îi-dire depuis l'époque à laquelle, associé à quelques autres brigands, il présidait à tous les vols, pillages et assassinats qui étaient commis dans le canton et aux environs ; je suis bien éloigné de croire qu'avant ce temps il fût honnête homme ; au contraire j'ai entendu dire par des citoyens dignes de foi, qui le connaissent parfaitement, que sans autres moyens de subsistance que le travail de ses bras (il servait les maçons), il était journellement dans les cabarets et ne vivait piesque que de rapines » -.
Le commissaire Guittier confirme ces accusations et ajoute : « Si le hasard voulait que le crime trouvât protection auprès du corps législatif, vous pouvez mettre en fait que la tranquillité publique ne tarderait pas à être troublée et le sang répandu, car Guillemet a désigné ses nouvelles victimes » ^.
(1) Arcliives de la Mairie de Mamers. Registre L, n" 343. 25 prairial an V (13 juin 1797).
(2) Archives de la Sarthe. L, 229. 29 prairial an V (17 juin 1797).
(3) Archives de la Sarthe. L, 229. 29 prairial an V (17 juin 1797).
Gouet, commissaire près l'administration de canton de Courgains, répondit à la demande de renseignements qui lui avait été adressée : « Guillemet avant la Révolution a été un homme immoral, sans conduite, d'un caractère violent, véhément, soupçonné d'improhité, en outre déserteur de plusieurs régiments, notamment celui anciennement connu sous le nom de Condé-Infanterie.
» Dans le commencement de la Révolution, il alTectait les apparences d'un chaud patriote, qui dégénérait à une anarchie complète. Au temps où les ministres du culte assermenté céléhraient, ceux qui n'assistaient pas à la messe étaient par lui menacés, soit d'être promenés sur un âne, d'être tondus ou enfin d'être fouettés. Il y a plus, dans la commune de René, lieu de sa demeure, il y a eu une fille de promenée et fouettée, il en a été l'auteur avec des complices. Lors de la taxe des grains en 1792, il était un des principaux promoteurs, et a fait partie des attroupements.
» Le hrigandage des Chouans a succédé, il n'a pas dérogé à ses anciens errements ; il s'y est abondé et a été le plus cruel ennemi du pays. 11 a marché de jour et de nuit à la tête d'hommes pas moins scélérats que lui, dont il était le chef. Dans plusieurs communes du canton de Courgains il a pillé, fait contribuer les habitants, volé, maltraité, assassiné, et incendié les archives des onze communes de l'arrondissement, porté la terreur et la dévastation dans tout le pays, notamment dans la commune de Livet où il a fusillé ou fait fusiller le nommé Cabaret » '.
Gouet, avec l'aide de quelques citoyens, avait arrêté lui-même Guillemet dans le bourg de Courgains le 10 prairial an IV (29 mai 1796), « bien que Guillemet disait s'être rendu à Beaumont, avoir déposé les armes, enfin avoir pacifié avec le général Watrin, dont il n'en apportait pas la preuve, il était d'ailleurs porteur d'un passe-port informe, nouvellement délivré qui n'en était pas énonciatif ». Après cette arrestation, le général Vincent l'avait fait transférer dans les prisons de Mamers, d'où après plusieurs jours de détention, il avait été dirigé sur les prisons d'Alençon.
Le commissaire de Courgains terminait sa lettre en disant : « En dernière analyse, ce particulier est bien où il a été déporté. Le gouvernement a préseivé le pays de l'incursion et du brigandage qu'il aurait
(1) Arcliives de la Sarthe. L, 225. 6 messidor an V (24 juin 1797).
infailliblement continué. Tout le monde craint son i-etour, je veux dire ceux qui sont amis de l'ordre ; ils en treml)lent, lorsqu'il est question de cet individu dans les papiers publics » '.
Ces rapports consciencieux, mais peu favorables à Guillemet, furent écoutés, car Maguin, commissaire du département, écrivit au commissaire de Mamers : « J'ai reçu, citoyen collègue, l'arrêté pris par votre administration sur le nommé Guillemet ; je vous remercie des soins que vous vous êtes donnés pour me procurer les preuves des crimes de cet assassin ; j'espère que connues, elles feront rougir ses lâches protecteurs » 2.
Guillemet resta enfermé dans l'île de Ré jusqu'au 23 vendémiaire an Vil ainsi que le prouve la lettre suivante 3 adressée à l'accusateur public du département de la Sarthe par le commissaire près l'administration municipale du canton de Saint-Martin, île de Ré : « Je vous préviens, citoyen, que Guilmet, de la commune du Mans, contre lequel le juge de paix du canton de Courgains a décerné un mandat d'amener, est parti de notre citadelle, sous bonne escorte pour sa destination. Les ordres sont donnés et les meilleures précautions sont prises, pour que cet homme atroce reçoive le châtiment de ses crimes ».
Le rappel de Guillemet était motivé par sa comparution devant un nouveau tribunal. L'accusateur public du Mans écrivait en effet au représentant du peuple Ysambart : « Le trop fameux Guilmet doit être mis en jugement incessamment comme prévenu d'être le principal auteur de l'assassinat du nommé Cabaret, dont troi* de ses complices ont déjà subi la peine de mort due à leurs forfaits. Cet homme célèbre par ses scélératesses aura au moins trois défenseurs » *.
A cette époque le commissaire de Yivoin ne demandait plus sa mise en liberté, comme l'avait fait son prédécesseur le 14 prairial an IV, car il écrivait au commissaire près l'administration centrale : « Je viens d'apprendre que le fameux Guillemet, le chouan le plus dangereux et le plus redoutable du pays, était détenu au Mans. Veuillez, je vous prie, donner des ordres bien stricts, afin qu'il ne puisse s'évader, car notre pays serait perdu » ^.
(1) Archives de la Sarthe. L, 225. 6 messidor an V (24 juin 1797).
(2) Arcliives de la Mairie de Mamers. Lettre du 2 messidor an V (20 juin 1797).
(3) Archives de la Sarthe. L, 296. 23 vendémiaire an VII (14 octobre 1798).
(4) Archives de la Sarthe. L, 296. Lettre du 12 frimaire an VII (2 décembre 1798).
(5) Archives de la Sarthe. L, 234.
Guillemet avait en effet été incarcéré au Mans, et le 21 frimaire an VII l'administration centrale de la Sarthe le remettait entre les mains du commandant de la gendai-merie du département, avec les recommandations suivantes ' :
Nous vous adressons, citoyen commandant, expédition de notre arrêté en date du 19 courant, par lequel le nommé Guilmet, détenu dans la maison d'arrêt de cette commune est provisoirement maintenu en arrestation, par mesure de
sûreté générale. Vous reconnaîtrez quelle importance nous attachons à la
personne de cet individu dont le nom trop fameux figure parmi ceux des égorgeurs qui ont versé le sang des patriotes dans ce département.
Une ordonnance du directeur du jury de l'arrondissement de Mamers qui prononce sa translation devant ce dernier tribunal, vous met à portée de satisfaire à cette partie de notre arrêté. Vous voudrez bien ne négliger aucun des moyens qui sont à votre disposition, pour assurer le transfèrement de cet homme dans les prisons de Mamers et requérir à cet effet tel nombre de militaires que vous jugerez nécessaire, pour mettre cette opération à l'abri de toute entreprise ou opposition à force armée, que pourraient tenter les gens intéressés à son évasion. Nous recommandons cette affaire à tout votre zèle et à toute votre prudence.
Les crimes de Guillemet l'avaient rendu célèbre et son affaire faisait sensation ; on pouvait avec raison craindre une manifestation en sa faveur, même à main armée. Ses partisans alléguaient pour sa défense, qu'ayant été déporté comme Chouan et pour ses crimes, on ne pouvait pas le traduire de nouveau en justice sans reconnaître l'illégalité et l'arbitraire de sa déportation. D'un autre côté, ayant été amnistié pour tous les crimes qu'il avait commis comme Chouan, il ne pouvait pas être poursuivi pour l'assassinat de Cabaret, puisque cette mort était une conséquence de la guerre. Un conseil de guerre ayant déjà jugé que ce crime était amnistié, ce même crime ne pouvait être porté devant un autre tribunal. Enfin on faisait valoir « les grandes considérations d'intérêt public qui exige, disent Messieurs les Chouans, de ne pas faire naître chez les ex-chouans la crainte d'être repris partiellement pour les délits à raison desquels ils prétendent être anmistiés, afin de ne pas réveiller dans leur âme le désir de reprendre les hostilités ».
L'accusateur public répondit à ces objections que Guillemet avait été déporté comme déserteur, qu'il n'avait été amnistié que pour le
H) Archives de la Sarthe. L, 164, f» 56. 11 décembre 1798.
fait de sa rébellion et des pillages de guerre, et non pas pour les assassinats commis avec préméditation.
Le représentant du peuple Ysambart approuva les poursuites que l'accusateur public Juteau menait contre Guillemet : « Je suis bien convaincu, lui écrit-il, que vous emploirez tous vos moyens pour purger notre malheureux département d'un monstre qui a si souvent
rougi le sol du sang des plus purs patriotes Cet insigne scélérat
tirait vanité d'en avoir assassiné douze ou quinze charretées ; ce sont ses expressions » ^.
Maguin, commissaire du directoii-e près le département de la Sarthe, avait déjà fourni au ministre de la police, des renseignements presque identiques : « Il s'est vanté, lui écrit-il le 25 janvier 1797, d'avoir assassiné quatre-vingts patriotes pour sa part, et que quatrevingts voitures ne porteraient pas les cadavres de ceux qu'il a fait immoler. C'est un Hercule pour la taille et la force, et un nouveau Cacus pour la soif du sang et des dépouilles » -.
Nous ignorons quelle fut la suite de ce nouveau procès et toutes nos recherches ont été infructueuses jusqu'à ce jour pour faire connaître ce que devint Guillemet.
Cette longue correspondance fait voir clairement que les contemporains distinguaient les vrais Chouans qui se battaient pour leur roi et leur religion, des bandits, sans foi ni loi, qui les accompagnaient, vivant dans le pillage et dans le crime 3.
Depuis la j^acification de la Vendée par Hoche, les manifestations de la Chouannerie furent très peu nombreuses dans les communes de l'ancien district de Mamers ; l'état de siège avait été levé, les compagnies franches étaient dissoutes. Quelques méfaits isolés furent bien commis à Commerveil, à Biars, dans le canton de Courgains, dans le canton de La Fresnaye, à Mai'olles, mais sans conséquences graves.
Dans le canton de Fresnay, le 16 pluviôse an V, une attaque bien caractérisée de Chouannerie se produit toutefois dans le bourg de Saint-Georges. A sept heures du soir, sept hommes armés, portant cocardes et l'ubans blancs, entrent chez l'adjoint municipal de la
(1) Archives de la Sarthe. L, 296. Lettre du 6 pluviôse an VII (25 janvier 1799). Voir aussi sur Guillemet : Archives de la Sarthe. L, 197 et L, 234.
(2) Archives de la Guerre. L. de la Sicoticre. Frotté, t. II, p. C8.
(3) Cette appréciation est conlirniéc par le général Vimeux dans son rapport d'octobre. Voir plus loin page 134.
commune, forcent toutes les personnes présentes de crier Vive le Roi ! se font remettre le rôle de l'an V, et s'emparent de deux fusils. De là ils se rendent chez le notaire « qu'ils ont fait contribuer ».
Dans la commune de Cherizay, du canton de Bourg-la-Loi, voisin de celui de Fresnay, sept personnes sont assassinées et brûlées dans les bâtiments de la métairie du Coudray qu'elles habitaient.
Ces troubles coïncidaient avec le départ de Hoche, qui avait quitté l'armée de l'Ouest pour prendre le commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse. Dans l'Ouest, il avait été remplacé par le général Hédouville, qui montra la même énergie pour la répression de la révolte, tout en essayant d'agir par la persuasion d'abord, mais en faisant sentir qu'il ne reculerait pas devant les mesures de rigueur, comme le prouve la proclamation ' qu'il adressa aux habitants des campagnes, et que l'administration du département de la Sarthe fit afficher dans toutes les communes, le 23 ventôse an V (13 mars 1797).
Brest, le 6 ventôse, an 5» de la République.
Le général, commandant en chef dans les quatre divisions militaires de l'Ouest, Aux habitans des campagnes.
Le Directoire exécutif, ayant appelé le général Hoche au commandement de l'armée de Sambre et Meuse, où son activité, son courage et ses talens vont préparer de nouvelles victoires, vient de me confier le commandement des départements de l'Ouest.
Le soin important d'y maintenir la tranquillité, m'impose le devoir de vous éclairer sur les manœuvres des Fanatiques qui vous trompent, des Royalistes qui voudraient vous soulever de nouveau, et des Émigrés échappés à la surveillance et au glaive des lois, qui voudraient effacer l'arrêt de leur réprobation, en vous entraînant dans leur parti.
Tous voudraient rallumer, parmi vous, l'affreuse guerre de la Vendée et des chouans.
Tous les maux que cette guerre cruelle a produits, vous sont encore présens... Ils ne peuvent être effacés de votre souvenir par quelques mois de tranquillité... Je frémis, en pensant que de vils agitateurs, pour servir leur intérêt particulier, pour exercer des vengeances personnelles, n'hésiteront pas à vous replonger dans l'abîme des maux dont vous êtes à peine sortis.
(1) Placard in-folio. Au Mans. De l'imprimerie Nationale, cliez Pivron, imprimeur du département de la Sarthe.
Ils veulent abuser de votre bonne foi Je dois vous prémunir contre leurs
intrigues, en vous annonçant, en même tems, que je ferai usage de tous les moyens dont je suis dépositaire, pour les poursuivre et les anéantir.
Ils veulent vous faire reprendre les armes
Les brigands et les déserteurs auxquels vous réuniriez vos enfans, parcourraient donc encore vos campagnes ! Elles seraient mises h contribution pour leur subsistance et par leurs pillages ! Vos asyles seraient encore violés ! Vos familles, frappées d'une terreur qui fit si longtems leur supplice, auraient donc encore à gémir sur des maux dont le seul souvenir révolte ! Vos fils et les brigands, auxquels ils se seraient associés, seraient encore poursuivis par les soldats républicains, avec cette infatigable intrépidité dont vous avez été si souvent témoins, et tomberaient sous leurs coups !....
Vous ne jouiriez pas du fruit pénible de vos sueurs, et vos récoltes seraient saccagées !....
Le Gouvernement demande :
Que vous soyez soumis aux lois de la République, établies sur les bases d'une Constitution sage, et que vous lui conserviez l'obéissance et l'attachement que lui a juré la majorité des Bons Français ;
Que vous respectiez des magistrats dont vous avez vous-mêmes reconnu la sagesse et le mérite, en leur donnant vos suffrages ;
Que vous acquittiez les contributions reconnues indispensables et consenties par vos Représentans ;
Que vous fournissiez à la marine, dont les efforts doivent seconder les victoires de nos armées, le nombre de matelots que vous lui avez fournis de tous tems.
Vos propriétés sont sous la protection des lois et de la force armée.
Vos terres, si longlems abreuvées de votre sang et de celui des Français ■ que vous combattiez, vous pouvez les cultiver en paix.
Priez Dieu !.... Soumettez-vous aux lois.
Soyez bons fils, bons maris, bons pères ; en un mot bons citoyens : c'est le titre le plus glorieux auquel nous puissions prétendre.
Ne vous liguez pas, contre un Gouvernement qui vous protège, avec ses ennemis qui le calomnient pour vous perdre.... Alors vous serez heureux et tranquilles, et vous retrouverez enfin, la paisible existence dont vous jouissiez avant la guerre qui a dévoré vos belles contrées.
Les malveillans dérobent h vos yeux toute l'horreur de la guerre civile ; ils exaltent votre courage ; mais je vous le répète, c'est pour la défense de leurs intérêts, et non pour les vôtres.
Ils déguisent leurs perfides desseins, en vous faisant des fables ridicules.
« Vos enfans, vous répètent-ils encore, qui sont de l'âge de la première » réquisition, seront contraints de rejoindre les armées : ceux qui vous resteront, » seront enlevés par une seconde réquisition. i>
Les malveillans ajoutent la perfidie à l'imposture. Je vous promets, au nom dit Gouvernement, que les Réquisitionnaires, qui ont été laissés à la culture de vos terres, lors de la pacification, ne vous seront point enlevés.
Ils ont l'impudence de vous assurer « que les troupes de la République, » parmi lesquelles il est peu de vous qui ne comptent des enfans, sont partout vaincues ».
La possession de l'Italie entière, assurée par la défaite de cinq armées ennemies, envoyées consécutivement pour la défendre ;
Tout le pays situé sur la rive gauche du Rliin, occupé par les troupes de la République, répondent à ces vaines déclamations. Nos pas seront marqués par de nouvelles victoires, qui nous procureront enfin la paix que le délire de nos ennemis nous refuse, et que l'Intérêt et la Gloire des défenseurs de la Patrie veulent aussi solide que glorieuse.
Jugez des autres mensonges qu'ils répandent, et comparez, avec ces clameurs la marche uniforme et sage du Gouvernement, l'accord des deux conseils et du directoire.
Ce sont vos ennemis qui soldent les bandes de brigands et de déserteurs qui désolent encore vos campagnes.
Ils espèrent leur donner assez de confiance pour vous obliger de vous réunir h eux, si vous vous laissez intimider ou séduire ; et je dois encore vous détromper -ur un bruit qu'ils ont soin d'accréditer parmi vous.
Ils vous disent « que les troupes réparties dans ces départemens, vont aller » aux frontières. »
Deux seules demi-brigades : la Légion des Fratics et la 24" demi-Brigade, avec deux régimens de cavalerie, passent à l'armée de Sambre et Meuse.
Les troupes qui restent dans les quatre divisions, formées des départemens qui ont remplacé les anciennes provinces de Bretagne, de Normandie, du Maine, de Y Anjou, du Poitou et de la Touraine, sont suffisantes pour faire échouer partout les projets de nos ennemis intérieurs et des Anglais, dont les premiers ne sont que les agens.
Les bandes de brigands et de déserteurs seront bientôt détruites ; vous aurez bientôt vu le terme de leurs excès atroces, si vous voulez vous unir avec les troupes, qui ne restent que pour les poursuivre, si vous voulez éclairer les commandans militaires qui sont dans vos communes, ou qui les avoisinent, sur la marche des assassins, et, surtout, sur les projets des monstres qui les font agir.
J'ai donné ordre aux commandans des cantonnemens, uniquement établis pour vous protéger, de voir souvent les municipalités et les habilans des campagnes de leur arrondissement, de vivre avec eux dans la meilleure intelligence, Iet, .surtout, de maintenir parmi leurs troupes, la plus sévère discipline. t Je serai inflexible sur les plaintes qui me seront faites à cet égard.
Les commandans militaires, de leur côté, ne manqueront jamais de vous seconder, si vous avez assez de confiance en eux, bons habitans, pour leur indiquer les auteurs de vos maux.
Le nombre des malveillans est heureusement petit. L'union mutuelle des bons citoyens et de la force armée, en aura bientôt fait justice
Rappelez-vous souvent, que la défiance isole les citoyens; que les excès préparés d'ordinaire par la perfidie les aigrissent, et que la terreur s'établit ainsi, parce que la masse des bons citoyens s'est désunie.
Confiez donc à vos magistrats vos craintes.
Donnez aux militaires les renseignemens qui peuvent les aider à suivre la trace des brigands qui vous pillent et vous assassinent
J'ai dû vous parler en ami de l'humanité. Je suis entré dans des détails qui ne seront pas inutiles, si j'ai su vous inspirer la confiance que la raison et la vérité méritent
R en coûterait à mon cœur, si vous étiez sourds h ma voix, de faire usage des moyens que le commandement de la force armée met entre mes mains.
Je ne composerai néanmoins jamais avec mes devoirs, et vous pouvez compter fermement sur l'exécution des mesures suivantes, si l'erreur ou l'opiniâtreté les rendaient indispensables.
Article premier.
Toute commune qui sera convaincue d'avoir participé à des rassemblemens de brigands, de les avoir favorisés, nourris et logés, sera déclarée rebelle, et, par conséquent, indigne de jouir des bienfaits de la Constihition.
Les habitans de cette comnmne seront condamnés à une amende pécuniaire : ils seront solidaires, les uns pour les autres.
Les bestiaux seront saisis et ne seront rendus qu'après le parfait paiement de l'amende.
Les troupes chargées de l'exécution de cet ordre, seront nourries aux frais de la commune.
Il sera envoyé des détachemens de troupe en garnison dans toute commune qui sera convaincue d'avoir eu connaissance de la marche d'une troupe de brigands, soit que cette troupe ait traversé la commune, soit qu'elle ait passé à portée, et qui n'aurait pas, sur-le-champ, averti la gendarmerie et le commandant mihtaire le plus voisin.
Ces détachemens seront nourris aux dépens de la commune.
Ceux qui seront prévenus d'embauchage pour les ennemis intérieurs ou extérieurs, quand même ils n'auraient pas été pris les armes à la main, lors de leur arrestation, seront traduits aux conseils de yuerre pour y être jugés.
La loi condamne à la peine de mort, ceux qui sont convaincus de ce délit.
En vertu de la loi du 40 vendémiaire, an 4 : Tout citoyen, habitant la même commune, est garant civilement des attentats commis sur le territoire de la commune, soit envers les personnes, soit contre les propriétés.
Afin de ne pas exposer à l'arbitraire l'application de ces mesures rigoureuses, et conformément aux intentions du gouvernement, je me concerterai avec les administrations centrales de département pour leur exécution, et dans tout ce qui concernera la tranquillité de leurs administrés.
Animés par le même esprit, nous n'aurons que le même but : le maintien de l'ordre et l'exécution des lois, dont il doit et peut seul dépendre.
Telles sont, bons habitans, les intentions du gouvernement : j'ai dû vous faire connaître aussi ses ordres. Il veut votre bonheur, et je ferai tout pour l'assurer.
Trois années de malheurs, et le sentiment bien doux de la paix dont vous jouissez, depuis la pacification, vous ont éclairés sur vos intérêts
Des malveillans que vous avez repoussés vous-mêmes, ne parviendront pas à vous égarer encore.
Vous ne donnerez plus au perfide anglais et aux ennemis de la République, qui ont allumé parmi nous les haines et les vengeances, le spectacle horrible de Français, égorgeant des Français avec la plus grande inhumanité.
Les factions, de tous genres, qui soutenaient les difTérens partis qui nous ont divisés, et que la vengeance armait avec une égale fureur, viendront successivement se briser contre le Gouvernement constitutionnel, dont vous ressentez déjà les heureux effets.
Vous ne renoncerez pas à la Liberté, vous qui avez contribué avec une éner- Lrie admirable à faire la révolution ! Gardons-nous de la confondre avec les abus lui en ont souillé quelques époques: elle se consolidera, si nous sommes unis ; notre indépendance sera assurée : l'agriculture refleurira ; le commerce ramènera l'abondance, et la République ne comptera plus que des amis dans ses voisins.