CHAPITRE IV
Transformation des armées. — Déprédations des troupes jusqu'à Louis XIV. — Garnisons évitées. — Défiance des habitants. — Précautions contre les troupes. — Violences des soldats. -^ Terreur qu*inspire le séjour des soldats. — Désertion des villes par les habitants. — Nourriture des soldats. — Passages de troupes. — Les étapes. — Passe-volants. — Fournitures de vivres. — Logements.
— Listes et exemptions. — Garnisons. — Logement d'officiers. — Dépenses. — * Casernes. •— Leur construction au xviii* siècle. — Corps de garde. — Fourniture de vêtements. — Corvées militaires et charrois. — Recrues. — Levées dans les villes sous Louis XIIL
— Compagnies d'huissiers. — Recrutement des milices nationales dans les villes sous Louis XIV et Louis XV. — Exemptions. — Rôle des échevinages. — Police militaire. — Allégement des charges militaires des villes sous Louis XVI.
Le rôle militaire des milices bourgeoises et des arquebusiers avait diminué à mesure que Tannée s'était constituée. Une transformation complète s'était opérée dans Torganisation militaire de la France, de 1 600 à 1789, sous rinspiration de la monarchie et par les efforts incessants de ses ministres. Au particularisme du moyen-âge succédait Tunité nationale ; les villes sont peu à peu déchargées de Tobligation et du privilège de se défendre elles-mêmes, et les troupes du roi viennent occuper les uns après les autres les postes que les bourgeois délaissent.
300 LIVRE rV. CHAPITRE IV.
La garde des villes était jusqu'au xvn* siècle un privilège auquel les habitants étaient d'autant plus attachés qu'il pouvait les dispenser de recevoir une garnison de soldats du roi dans leurs murs ; et la présence de ces troupes, la plupart du temps indisciplinées, était regardée par eux comme un redoutable fléau. Les bandes d'AUemands, d'Italiens et de Suisses, qui étaient à la solde de la France, se conduisirent pendant les guerres de religion et pendant la Fronde, comme en pays conquis ; les compagnies françaises n'agissaient pas mieux. Toutes rançonnaient et pillaient les villages sans défenses ; mais elles venaient se heurter contre les portes des villes, qui se fermaient à leur approche. Les capitaines parlementaient alors avec les échevins, qui tantôt faisaient valoir avec succès leurs privilèges, tantôt, s'ils n'étaient pas les plus forts, traitaient avec eux et obtenaient leur éloignement à prix d'argent. En 1637, la ville de Ghaumont souscrit une reconnaissance de 3,000 liv. pour se faire décharger d'une garnison. En 1638, le maire de Troyes cherchera à emprunter 200,000 liv. pour obtenir d'en être dispensé ^ Ces rançons furent fréquentes, à l'époque où la monarchie imposa aux villes l'obÛgation de loger des troupes, et l'on peut en citer des exemples', jusqu'à ce que Louvois eût établi dans l'armée une discipline capable de rassurer les populations.
Si la miUce bourgeoise était nombreuse et résolue, la ville se gardait elle-même contre les excès que les troupes pouvaient commettre. En 1626, les gens de Sainte- Menehould expulsent des soldats de passage avec lesquels ils se sont pris de querelle. En 1629, les habitants d'E* pemay se soulèvent contre les cavaliers du régiment de Saint-Simon qui les ont insultés et jettent cent d'entre
« Jolibois, p. 234. — Boutîot, le Maire et les écheûint de IVoyes prtscnmers à l hôtel de ville^ p. 10.
* 1638. Ino. Arch. Verdun-sur-Garcmey BB. 1. -^ 1075. bto. Àreh, Angers, BB. 94.
îiES GARNISONS. 301
eux dans les puits qui se trouvent dans presque toutes les ^ues^ Ailleurs» les bourgeois sont invités à se tenir prêts à prendre les armes» forment la haie» ou se tiennent groupés à tous les carrefours» tandis que les troupes défilent dans les rues. Il en est ainsi à Lyon» à Angers» à Auxerre, à Reims en 1650. A Auxerre» la mi- Uce et les soldats en viennent aux mains ; de part et d^autre» il y a des victimes *. L'attitude des habitants de Beims est si martiale que les soldats n^osent point leur demander le couvert» ni leur dire « le moindre mot » ; il est vrai que des troupes sont logées dans la ville; mais dès que la cloche a sonné leur retraite» les chaînes des rues sont tendues. Les soldats réclament» le commandant les appuie ; mais on lui répond « que sy Thabitant s^eschauffé» il tuera tout» car il est home pour home le plus fort au triple. » On était sous la Fronde; mais même à cette époque» Tattitude du peuple de Reims, qui finit par « piller les soldats» estonnait » tous leurs voisins '» car ce n^était pas ordinairement les habitants qui malmenaient les soldats.
La présence des troupes fut longtemps la plus lourde charge que Ton pût imposer aux villes. Jusqu'au ministère de Louvois» les capitaines étaient payés par TEtat pour nourrir et vêtir leurs soldats ; de sorte qu'ils laissaient trop souvent ces derniers se procurer des vivres au détriment des habitants» et qu'ils étaient mal disposés à accueillir les réclamations des victimes. L'insolence des officiers n'était pas toujours réprimée» et il faut aller à Reims» sous la Fronde» pour voir pendre» par arrêt de réchevinage» un capitaine écossais qui a tiré un coup de pistolet sur les bourgeois d'un corps de garde ^. Plus d'une fois» ces troupes» après avoir pillé et maltraité les
* Buirette, p. 274. — A. Nicaise, Epemay^ p. 8i.
* /nu. Areh. Lym^ BB. 178. — Port, Areh. Àng€r$f p. 416. — Debidour, p. 07. ^ Chardon, II, 160.
* Oudard Goquault, I, 84, 119, 136, 2S4.
* Oudard Goquault, I, 202.
habitants» les rançonnent avant de partir * • Les compagnies et les régiments étaient souvent composés de gens sans aveu que la crainte du dernier supplice pouvait seule retenir dans le devoir. Sans remonter à François I*', qui fiait élever neuf potences dans la ville de Troyes pour inviter les piétons de deux de ses compagnies à « eulx gracieusement conduire par la dite ville * », les intendants étaient encore obligés sous Louis XIV de faire pendre des soldats qui commettaient des violences dans leurs quartiers d'hiver '. Aussi le plus grand châtiment qu'on puisse infliger à une ville, qui vient de se révolter ou qui se refuse à payer les contributions qu'on exige d'elle, c'est de lui envoyer une garnison * ; c'est, comme le dit un annaliste d'Amiens, de faire loger des soldats « dans ses propres entrailles^. » En 1647, trente-deux compagnies de cavalerie sont expédiées à Angers, qui s'était refusée à payer 100,000 liv. à l'Etat ; chaque bourgeois est contraint de donner, outre le logement et la nourriture, 3 liv. et 4 liv. 10 s. par jour et par homme ; des cavaliers s'installent dans les salons et les salles à manger, et quand l'habitant maltraité veut s'enfuir, ils le contraignent à subir jusqu'au bout l'affront de leur présence. Leurs violences, leurs rapines sont telles qu'un contemporain s'écrie, en paillant de la ville d'Angers, que « si une armée de Turcs l'eut prise, on n'eut pas souffert tant de désordres*. » Guy Patin écrit en 1666 : « Toutes les villes de Picardie regorgent de soldats qui mangent le peuple, qui n'a plus que la peau et les os^ » ; et plus
* Guadat, SoM-Emlion, p. I4i. — 1648. DuteI, Bsqmsm efurises, p. 267-268.
* Arch. de Troyes, K. 5.
* 1675. N.-J. Foucault, Mémoires, p. 32 et 36.
* Cùrr. des contrôleurs fjéniraax, I, n»* 1516, 1662. — Im>. Àrch. Lyon, BB. 193.
* De La Morlière, les AniiquiUez d'Andens, p. 372.
* Debidour, p. 48. ^ Ino, Areh. Angers, BB. 81.
7 Lettres de feu M. Guy Patin, III, 105.— Voir aussi une lettre des trésoriers de Franoe à Soissons en 1664. Corresp, adm. sous Louis UV^ III, 133.
LES GAHNISONS. 303
tard, lors de la révocation de Tédit de Nantes, un intondant appréciera bien la terreur quUnspirent encore les garnisons en disant « que la seule approche des troupes qu'(Hi enverrait loger dans les villes où il y a beaucoup de religionnaires produirait beaucoup de conversions ^ »
Leur approche amenait surtout la désertion des habitants. Us préféraient abandonner leurs maisons plutôt que de les voir envahies de vive force. Le maréchal de Brézé est obligé en 1647, d'interdire aux habitants d'Angers de sortir de la ville sous peine de prison '. A Rambervillers, en 1675 et en 1678, la plupart des bourgeois cachent leurs chevaux et leur bétail et s'enfuient en laissant leurs maisons désertes '. Mêmes désertions en Auvergne ; cent habitants quittent Billom en un seul mois pour aller s'établir ailleurs^. On annonce à Gray l'arrivée de quatre escadrons de cavalerie et de 3 bataillons d'infonterie. • La terreur s'est déjà répandue, écrit l'échevinage à l'intendant, et la pluspart de tous les médiocres habitants qui ne restent à la ville que par rapport à un gain journalier se préparent à sortir '^. » Si les excès des logements des garnisons furent en grande partie atténués au xvmP siècle, les charges qui résultaient pour certaines villes du séjour qu'y faisaient les troupes de passage restèrent toujours excessives. Ces charges étaient supportées par un petit nombre de localités situées sur les grandes routes. Les habitants n'avaient d'autres moyens de les éviter que de transporter ailleurs leurs personnes et leur industrie. Ils ne s'en faisaient pas faute. L'intendant de Bourgogne signale un grand nombre de désertions de ce genre. En 1671, la ville de Bar-sur-Seine
* N.-J. Foucault, p. 118. — L'intendant de Rouen confirme le fait en i685. Corr. des contrôleurs généraux, l, n^ S06.
* inv. Àreh. Angers, BB. 81.
' D' Fourniér, BamberviUiers au XTII* siéele. Annales de la Soc. ém. Vosges, 1878, p. 138-139.
* Corresp» des contr, généraux, l, p. 575. Voir aussi n*' 313 et
* Dél. municipales de 1713. Arch. de Gray.
a04 LIVRE IV. CHAPITRE IV.
est presque abandonnée par suite de la fréquence des passages ^ et soixante ans plus tard la situation des habitants de Héry est tellement intolérable qu'un certain nombre d'entre eux seront obligés de quitter la localité pour s'y soustraire *.
Jusqu'à Louis XIY, les habitants étaient chargés, non seulement de loger les soldats, mais de les nourrir. L'établissement des étapes et des étapiers atténua pour les populations cette dernière obligation, en faisant fournir aux troupes par des entrepreneurs les vivres qui leur étaient nécessaires, moyennant des avances de fonds qui devaient être remboursés aux habitants^. C'était un grand progrès, mais dont l'application suscita encore bien des abus. « Les passages et séjours de troupes, dit un ministre, sont si fréquents et si onéreux au dedans du royaume qu'il paroist bien nécessaire d'y apporter quelque changement ; on établit l'étape ; le roy rembourse sur le pied réglé par les intendants ; mais il en couste toujours en pure perte à ceux qui logent au moins autant que ce que le roy rembourse ^. » Ajoutons que les remboursements ne se faisaient pas toujours et que des officiers s'entendaient avec les consuls pour se les attribuer au détriment des bourgeois. Les officiers trompaient même les magistrats municipaux en leur faisant passer plusieurs fois en revue les mêmes soldats, ou en désignant comme soldats des vagabonds ou des gens sans aveu, qu'on appelait des passe-volants; ils se faisaient délivrer des billets de logement et d'étape pour des hommes qui n'existaient pas ou dont on dissimulait
* Lettres du 25 juillet et du 6 décembre 1691, Correspondance manuscrite de rintendant Bouchu, f. 74 et 107.
* Les gmriierê de la gendarmerie de France en Champagne sont Lame IV. Bévue de Champagne, V, 140.
* La Chesnaye des Bois, Dictionnaire militaire, I, 442. Le système de rétape, supprimé en 1715, fut rétabli en 1727.
* Mémoire de Desmarets. Carreep.dee eonirôleurs généraux, I, p. 547. — Voir aussi : Baudry, Mémoires de N.-J. FaueaM, Intr., p* ixxx«
la qualité. Les intendants essayaient de réprimer ces fraudes ; ils exigeaient des échevins, sous peine d'amende et de prison, des états de revue exacts ^ ; ils envoyaient aux galères les passe- volants» auxquels les règlements militaires ordonnèrent même sous Louis XIV qu'on coupât le nez ' ; ils faisaient mettre en prison consuls et officiers coupables jusqu'à ce qu ils eussent rendu gorge. Ils demandaient aussi des règlements plus efiBcaces : « On n'empeschera jamais, dit Tun d'eux, un soldat ni un officier de prendre ce qu'on luy présente qu^en leur estant l'occasion de demander*. » En 1712, on montrera encore des bourgeois abandonnant leurs maisons de peur d'être maltraités par des soldats qui sont mécontents de leur étape et leur demandent une rançon qu'on appelle le bien vivre^.
C'est qu'ils étaient habitués à une nourriture abondante, comme l'atteste une ordonnance du maire de Troyes en 1674, qui défend aux soldats de la garnison € d'exiger de leurs hôtes par chacun jour, plus de deux pintes de vin, mesure de Paris, u«e livre et demie de viande de boucherie, comme bœuf, porc et mouton, et une livre et demie de pain, entre bis et blanc. » Mais les bourgeois, excédés de pareilles exigences, en appelaient aux intendants, qui souvent leur donnaient raison^.
Les fournitures de vivres étaient pourtant moins onéreuses pour la population que les logements militaires. Ceux-ci devaient être fournis sans indemnité. C'était une
* Arch. de Gray. — Inv. Arch. Loudun, EE. 1 .
* Code municipal, p. 2i0.
» Carr. des eoniréleurs généraux, I, n*» 218, 202, 1737. ^ Journal kittorique (de Verdun), septembre 1712, p. 167.
* Ordonn. du nunre de Troyee de février 1674. Ord, de l'irUeruiant Mue de MiromemU du 12 mars 1675. Placards. — Les rations des étapes sont fixées en 1780 par le ministre de la guerre à 2 liv. et 1/4 de pain, 1 pinte et demie de vin et 2 liv. de viande pour un hussard, à 1 liv. et demie de pain, à 1 pinte de vin et à 1 lir. et demie de viande pour un dragon ou un fantassin. Ord, de Vint, de Bourfgogne^ 1781.
contribution que Téchevinage répartissait comme les autres. Il présidait à la confection des listes des personnes qui y étaient assujetties ; mais que de difficultés dans cette tâche, où il fallait écouter tous ceux qui prétendaient avoir des motifs d^exemption et ne point trop mécontenter ceux qui ne pouvaient en alléguer. Les officiers municipaux avaient peine à échapper aux reproches qu'on leur faisait de favoriser leurs amis et leurs parents ^ . L'intendant intervenait alors pour ordonner de répartir les logements proportionnellement à la taille de chaque habitant^. Mais la taille n'était pas perçue dans toutes les villes, et la charge des logements était le plus souvent épargnée à ceux qui étaient déjà en grande partie exonérés des autres charges, tels que les officiers de justice et de ville et les bourgeois vivant noblement '. L'exemption des officiers de ville s'expliquait par la raison qu'ils auraient eu moins d'autorité sur les soldats, dont ils étaient appelés à réprimer les écarts, si ces soldats avaient été leurs hôtes. Mais à côté de ces immunités justifiables, combTen d'autres provenaient de concessions d'autant plus fâcheuses qu'elles faisaient tomber tout le poids des logetaents sur les habitants les moins à leur aise I Pour attirer des acquéreurs aux offices qu'il créait, l'Etat avait offert l'exemption des logements militaires. Ce fut un appât auquel les bourgeois qui avaient quelques ressources ne se firent pas faute de céder. En outre, les commis des magistrats et des traitants obtenaient des dispenses analogues, de telle sorte que tout le poids des logements retombait sur les marchands et les artisans. En 1695, les artisans de Metz ont au moins six soldats à loger dans leur arrière-boutique, et sont tenus de leur payer 20 s. par jour pour le bois et la chandelle. En Bretagne, en Bourgogne, en Provence, le nombre des exempts est tel qu'on ne trouve plus de lo-
* Varin, Stat. de Reims, III, 141.
* Chardon, Hist. dAuxerre, II, 309.
' Arrêt du Conseil de 1649. Cl. Henrys, (Eûmes, I, 380.
gements pour les troupes * . Les pauvres et quelquefois les malades étaient dispensés ^ ; mais les riches ne Tétaient pas moins. A Bar-sur-Seine, en 1755, on compte 410 ménages; sur ce nombre on déduit 80 ecclésiastiques, nobles et privilégiés, 48 pauvres ou infirmes, 63 absents ou malades. Restaient 234 chefs de famille chargés de loger 120 cavaliers et 216 fusiUers, plus 59 ofiBciers et sous-oflBciers *. A Boulogne, sur 962 ménages, 15 sont exempts par état et 125 par égard et bienséance^. La tendance des intendants et souvent des villes était, il est vrai, d'en réduire le nombre *. Angers oblige longtemps les gentilshonmies à partager la charge des logements. Ailleurs ils y sont assujettis, en cas d'urgence ou « de foule » , comme les chanoines et les couvents*. Si la noblesse s'y refuse, le roi intervient, et lui demande d'y consentir avec des formes courtoises qui équivalent à un ordre ^.
Les garnisons, plus encore que les passages de troupes, accablaient les habitants assujettis aux logements. Il n'y eut point de casernes avant le xviii' siècle, sinon dans les places fortes des frontières, et les soldats envoyés en quartier dans les villes restaient en permanence chez les bourgeois. Avoir sous son toit, à son foyer, un
* A. de Boislisle, I, n^ 1431.* — Dél. du Conseil générai de Ghalon du 29 avril 1743. Fouque, Rech. historiq. sur la Eévolution communale^ p. 59-63.
' L'intendant de Bourgogne reconunande aux syndics de Bourg de ménager les vieilles filles et veuves malheureuses et logées & Tétroit. Ino. Arth, Bourg, EE. 3i. — Voir aussi Ino. Arch. Charmes, BB. 14.
' Arch. de F Aube, G. 49.
^ En 1771. 132 ménages sont désignés pour logements d*offîciers, 450 pour les soldats. 73 sont pris en « cas de foule. » 7 sont indiqués comme étant en état d'incapacité totale. Inv. Arch, Boidogne, n^ 892. Voir aussi n« 916.
* Depping, Cùrr. adm. sous Louis XIV, I, 762.
« Ino. Arch. Angers, BB. 99, ...Jlfdcon, EE. 38, ...Boulogne, n^'SSO. Voir aussi : A. Delort, Mém. sur Montpellier, p. 8.
^ 1779. Hippeau, le Gouoemement de Normandie, IX, 418.
soldat quelquefois exigeant, à qui il fallait donner le gtte, le feu et la chandelle, c'était une gêne de tous les instants ; c'était une contribution incessante et dont le poids était intolérable. Il fallait aussi héberger les officiers, et les règlements fixaient le mobilier qu'on devait mettre à leur disposition : un lit garni, trois chaises, une armoire ou une, commode, deux serviettes par semaine, plus un lit de valet. Pour les sous-officiers, un lit pour deux suffisait ^ . Les officiers acceptaient quelquefois une indemnité en argent, au moyen de laquelle ils pouvaient se procurer d'autres logements. A Gray, ^ette indemnité s'éleva à plus de 7,000 liv.; elle était fournie par une imposition calculée sur la déclaration des revenus des bourgeois *. Les villes étaient aussi obligées de venir au secours de leurs habitants. Elles louaient des écuries pour les chevaux ; elles contribuaient à quelques-unes des dépenses des régiments. Epernay est contraint de vendre une partie de ses usages pour y subvenir ; Albi dépense 7,000 liv. pour défrayer une garnison de chevau-légers ^ ; Angers 48,000 liv., en* 1648, pour une cause analogue. En outre, plusieurs de ses habitants sont obligés de « fondre leur vaisselle d'argent, vendre ou engager leurs perles^.'» Les échevinages paient aussi des logements dans les hôtelleries, où ils envoient les soldats^.
Lorsque Louis XIV eut ordonné ou autorisé la construction de casernes dans les places fortes des frontières, les villes de l'intérieur en réclamèrent. Paris en obtint en 1692*. Grâce aux secours des états de Languedoc, Nîmes, Lunel, Montpellier, Mèze et Béziers en firent élever. Mais les soldats aimaient mieux loger dans les maisons particulières, où ils se sentaient plus libres, et
« Qpdonn. de 1768. Guyot, vm, 37i.
• Dél. municipales de 1771. Arch. de Gray. « Nicaise. — 1638. Im>. Arch. Albi, CC. 311.
* G. Port, Journal du curé Jousse/tn, p. 432.
^ Inv. Arch. Angers, BB. 81, ...Dywi, B. 292. — Ménard, VI, 175. ^ Ane. lois françaises, XX, 146.
malgré les instances de l'intendant, l'ordre du roi nécessaire pour les faire entrer dans les casernes de Nîmes ne fut pas donné l'année qui en suivit l'achèvement. La Rochelle avait aussi loué et meuhlé des maisons pour le logement de sa garnison'. A Vienne, en 1712, on bâtit des casernes grâce aux subventions accordées par l'intendant et aux contributions volontaires du clergé, de la noblesse et du tiers-état. Partout l'on en demande*, et l'ordonnance de 1716 donna satisfaction au vœu de l'opinion en décidant que des maisons seraient louées par les villes pour y loger les troupes, en attendant que des casernes pussent être construites au moyen de contributions spéciales levées sur les vingt généralités du royaume. Une ordonnance de 1719 fixa même le nombre et les devis de ces casernes ; mais des obstacles et des diflBcultés surgirent; un édit de 1724 vint entraver les projets arrêtés en 1719^, sans cependant rendre vaine l'impulsion qui avait été donnée. Les villes restèrent autorisées comme par le passé à faire élever des casernes à leurs frais. Afin d'en payer les dépenses, elles lèvent des contributions auxquelles participent même les privilégiés. A mesure que Ton avance dans le xviii' siècle, elles sentent la nécessité de s'imposer des sacrifices pour alléger le fardeau qui pèse sur leurs habitants. De toutes parts, on voit s'élever de vastes constructions^, aux frais desquelles les provinces, les états et même le roi viennent concourir. Laon n'aurait pas pu construire des casernes au prix considérable de 700,000 liv. sans la protection du duc de Polignac et les secours du gouvernement '^ ; Cambrai n'aurait pu avoir des ca-
* i697. Corresp. des contrôleurs généraux, l, n<> 1638 et 731. — n en fut de même plus tard à Rochefort. bw. Areh.y n® 189 et suiv.
* Journal historiq. de Verdun, sept. 17i2, p. 167.
' La Chesnaye des Bois, Dictionn. militaire, l, 224.
* Reims (1718). Chartres (1719 et 1735). Angers (1720-1735). Parthenay (1731). Provins (1773). Rouen (1777. Ino. Seine-Inf,). Limoges en 1768. (G. d'Hugues, Essai sur Yadminist. de Turgai, p. 135-138).
* Devîsmo, IT, 153-154.— Une assemblée générale de Loudun dé-
sernes pour 2^600 hommes sans les subsides de ses états ^ ; Gray, réduite à ses seules ressources, eût été incapable de bâtir des casernes dont le prix devait dépasser 384,000 liv. *. Les villes rapprochées de Paris servent de quartiers aux troupes de la maison du roi ; on leur demande des écuries et des manèges, et à la veille de la Révolution, Troyes, qui héberge une compagnie de gardes du corps, songe à leur faire construire une caserne, dont le devis, dressé par Tarchitecte de la province, monte à près d'un million*.
De nombreuses casernes furent aussi élevées pour la maréchaussée sous le règne de Louis XVI, au moyen d'impositions levées sur les villes et les villages ^. Les populations les payèrent sans regret, parce qu'elles comprenaient rimportance des services que ce corps renforcé en 1778 n'avait pas cessé de rendre à la sécurité publique.
La construction, le chauffage et l'éclairs^e des corps de garde étaient plus particuUèrement à la charge des villes \ Elles en avaient payé les dépenses, lorsqu'ils étaient occupés par les bourgeois- armés ; elles continuèrent à les payer, lorsque les bourgeois eurent été remplacés par les soldats.
L'entretien des armées imposait aussi d'autres charges. Outre la subvention pour les vivres et l'ustensile,
clare en 1764 que ses ressources ne lui permettent pas de constraire une caserne qui coûterait 30,000 liv. bm. Areh. Lotidtm, BB. 20.
« Mém. de la Soc. d'an, de Cambrai, XXXIV, 193.
« 1773-1783. Arch. laun. de Gray.
* Arch. de TAube, G. 1797. La généralité de Gaen paie 100,614 liv. en 1778 pour les frais de casernement des troupes. Inv. Arch. Cahmi^s, G. 241.
^ D*Arbois de Jubainville, V Administration des intendants, p. 121.
* Inv. Arch. Lyon, BB. 234. — Arch. de Gray, 1712. — Ino. Arch. Bayonnôj GG. 493. — bw. Arch. Boulogne, n<^ 921. — Durieuz, Soc. ém. Cambrai, XXXIII, 235. La ville payait le chauffage de la garnison, qui lui coûtait 7145 fl. — Inv. Arch. Bochefort, it? 168 et suiv.— /m?. Arch. Caivados, G. 1111. — Inv. Arch. Douai, GG. 1361.
qui sont payés en argent, les habitants doivent fournir des réquisitions. En 1628, le roi leur demande des habits et des souliers ; Paris fournit 2,500 costumes ; d'autres villes 2,829. On leur en demanda aussi en 1635 et 1647*. Ce qu'on réclamait d'elles encore, moyennant des indemnités, il est vrai, c'étaient des corvées de voitures et de chevaux pour les charrois mihtaires'^ c'étaient des rations de pain ou de fourrages ; on exigea même de la ville de Gray, en 1683, qu'elle fournît des hommes de corvée pour faucher les prairies afin de procurer en temps utile des fourrages à la cavalerie ^.
Le service militaire était volontaire sous l'ancienne monarchie ; mais aux heures de danger, dans la période française de la guerre de trente ans, comme pendant la guerre de la succession d'Espagne, on recourut aux enrôlements forcés, comme on y recourut pour former les régiments de milice, qui furent créés en 1688. En 1636, Louis XIII demanda aux villes, non-seulement des habits pour l'armée, mais des hommes^ ; les milices bourgeoises du Languedoc durent envoyer des compagnies à Tarmée des Pyrénées. Il fallut plus d'une fois recourir à la contrainte pour composer l'effectif de ces compagnies; les consuls furent chargés des enrôlements ; à Nîmes, ils font fermer les portes de la ville pour empêcher de sortir ceux qui étaient capables de porter les armes; à Verdun-sur-Garonne, après avoir fait battre pendant trois jours le tambour sans provoquer aucun enrôlement volontaire, les magistrats sont investis du droit de désigner ceux qui doivent partir'^. Ces compagnies, dont les chefs étaient nommés et les soldats payés par les ailles, combattirent vaillamment lorsque l'occasion s'en
* Leroux de Lincy, p. 268.— Ino. Arch. Màcon, GG. 24. — Ghardon,
* Code municipal, p. 221-230. — Inv. Arch. Bourg, EE. 30. ' Dél. mun. de Gray.
* Lalanne, Hist. de ChàtéUercoidy U, 156.
» Ménard, VI, 13, 26. — Inv, Arch. Verdunrsm^G., BB. 1.
présenta. On ne cessa point d'en lever pendant plusieurs années. En 1642, les 36 quartiers de Lyon fournirent chacun six hommes, qui partirent de bon gré moyennant une solde et une gratification de deux pistoles pour leur entrée en campagne ' . Quelquefois le recrutement n'était imposé qu'à une classe de la société ; on sait que sous le nom de ban et d'arrière-ban, la noblesse était tenue de se rendre sous les drapeaux pour un temps déterminé, lorsque le roi faisait appel à son dévouement. On imagina, en 1642, de lever des compagnies d'huissiers ou de sergents, en s'appuyant sur l'impopularité de ces agents de la justice, qui « consommaient les provinces en frais et vexations », et en faisant observer peut-être avec ime intention un peu ironique, que cette profession « obligeant à cause des captures à porter quelquefois les armes », avait pu produire des « hommes capables de servir à la guerre*. »
Les milices établies par Louvois, furent levées à Torigine surtout dans les villages '. Les villes ne contribuaient-elles pas à la défense du pays par leurs milices bourgeoises, encore organisées pour la garde de leurs remparts? Quelques-unes cependant firent davantage. Angouléme et Limoges offrirent chacune un régiment ^. Dijon fournit à la milice neuf jeunes gens, élus par les garçons de 18 à 40 ans. Verdun -sur-Garonne en désigne cinq, qui s'enfuient, mais que les consuls retrouvent et livrent à l'autorité militaire^. En Languedoc, on met plus souvent sur pied des compagnies bourgeoises, soit d'anciens catholiques, soit de nouveaux convertis. Pendant la guerre de la succession d'Espagne, les villes par-
« Inv. Areh. 1/W, CC. 317 à 323. ...Lyon, BB. 196.
* Cammi89ion du Roy pciur assembler les huissiers et sergens, et en faire un roolle,.. De Narbonne, le 31 mars 1642.
* Le règlement de 1688 ne parle uniquement que des villages. Ane. lois françaises, XX, 66-70.
^ A. de Boislisle, Corr. des cantr. gén., I, n^' 737. " Inv, Àrch. Dijmj B. 327, ...FcrAm-stir-C., CC. 3i.
tagèrent avec les villages les charges du recrutement. On les laissait libres d^en choisir le mode ; qu'elles eussent recours aux engagements volontaires, à Télection ou au tirage au sort, peu importait à Tintendant, pourvu qu'il eût des hommes ^ Encore fallait-il qu'ils fussent capables de porter les armes. S'il se présentait un jeune homme « un peu fluet » , il était refusé impitoyablement. A Gray c le sergent de la jeunesse » était tenu de le faire remplacer sur le champ*. En 1702, les communautés d'arts et métiers et toutes les paroisses furent obligées de fournir des recrues à l'armée active '. Les corporations s'y prêtèrent avec répugnance et ne tardèrent pas à obtenir la faculté de se racheter de cette obligation. Toutes ces levées, qui se renouvelèrent chaque année pendant plus de douze ans^ n'étaient pas très-nombreuses. On ne demandait à la Bourgogne, à la Bresse et au Bugey que 900 miliciens en 1704, 500 en 1707 ; mais le service forcé paraissait si odieux que les désertions étaient fréquentes et qu'on finit par permettre aux paroisses de se racheter moyennant 75 ou 100 1. par chaque homme qu'elles devaient fournir *.
Lorsque les milices, licenciées après la paix de Bade, eurent été rétablies en 1726, elles ne furent comme la première fois recrutées que dans les villages et les petites villes; ce ne fut qu'en 1743 que les grandes villes furent tenues d'y apporter leur contingent. On peut voir, dans les écrits contemporains, Témotion que causa cette mesure, surtout à Paris, que l'on appela, dès le début, à
« Lm>. Arch. Albi, EE. 72 et ÀA. 52.
* 17(M. Arch. mun. de Gray.
* Ord. du JO déc. 1701. Ane. lais, XX, 398. -^ Ordonnanee du Bùy peur la levée des recrues des trovpes d'infanterie de t armée Sltaiie, du i€ Dov. 1702. A Dijon, 1702.
^ Décl. de 1708. A. Thomas, une Province sous Louis HF, p. 179- 180. — Ane, lois françaises, XX, 544. — Voir aussi mon travail sur la Mitice dans la Cfuunpagne méridionale, p. 18, et VAdministraHon des intendants, par M. d^Arbois de Jubainville, p. 73-77.
fournir 1,800 hommes*. En province, les intendants vinrent eux-mêmes présider les opérations du tirage, et si les beaux esprits de Tendroit adressaient des madrigaux aux intendantes qui les accompagnaient, en disant qu'elles venaient lever « la milice des cœurs* », la majorité de la population considérait avec autant d'appréhension que d^émotion les opérations du recrutement.
De 1743 à 1789, les villes continuèrent à être soumises au tirage de la milice, mais avec les atténuations qui résultèrent pour elles du grand nombre des exemptions, de la faculté de remplacement et d'une répartition moins considérable dans le nombre des hommes à fournir. Quoique le roi eût recommandé en 1758, de les prendre surtout dans les villes ^, elles en fournirent relativement moins que les campagnes. La milice, dont on demanda en 1 789 la suppression avec instance, semble une charge bien légère en comparaison de celles qui ont été imposées aux populations depuis rétablissement de la conscription, si l'on songe que sous Louis XVI elle ne demandait à des villes de 25,000 âmes que 4 ou 6 miliciens par an *.
Pour la milice, plus encore que pour les logements militaires, les exemptions étaient multipliées. Le nombre ne fit que s'en accroître et s'étendait depuis les premiers magistrats de la cité jusqu'aux valets des nobles et des ecclésiastiques. Elles variaient selon les règlements généraux et particuliers, selon les volontés des ministres et les interprétations des intendants. Les marchands en gros étaient dispensés ; les marchands en détail, comme les artisans, ne l'étaient pas. Encore parmi les artisans
* Ord. du 30 octobre 1742 pour lever 30,000 hommes dans toutes les villes jusque-là exemptes de la milice. — J<mmal de Barbier^ m, 424-28, Vin, 231-45,258.
« Vie de M. Grosley, p. 93.
» Ord. du 25 août 1758. Code municipal, p. 267.
* Troyes fournit 38 miliciens en 1766, 31 en 1767, 14 en 1779, 6 en 1781. La Milice^ p. 21 et 45. — Voir aussi sur le service de la milice, le Village sous rancien régimey liv. lY, ch. ni.
fallait-il distinguer ceux qui s'adonnaient à Texercice des arts libéraux comme les peintres, les horlogers et les imprimeurs*. On ne savait pas toujours à quelle profession commençait l'exemption; on ne savait pas, par exemple, si les immunités des maîtres de la poste aux chevaux devaient s^étendre aux employés de la poste aux lettres, si un chanteur de concert jouissait des mêmes privilèges qu'un chantre d'église, si un sous-principal de collège était exonéré comme un maître d'école*. De là de nombreuses réclamations ; de là d'interminables correspondances entre les intendants, les subdélégués et les municipalités qui jouaient un rôle actif dans le recensement et dans les opérations préliminaires du tirage au sort.
L'une des attributions les plus sérieuses des municipalités depuis Louis XIV, c'était le concours qu elles prêtaient à l'autorité militaire, pour les passages de troupes, l'installation des garnisons et le recrutement de la miUce. Les maires, les consuls, les échevins étaient chargés des recensements de tous les hommes de vingt à quarante ans ; dans les grandes villes, ils faisaient dresser leurs rôles par les officiers et les sergents de la milice bourgeoise ; dans les petites, ils les dressaient eux-mêmes. Après le tirage, ils remettaient les garçons sur lesquels le sort était tombé, entre les mains du commissaire des guerres, qui les passait en revue au quartier d'assemblée avant de les incorporer dans les régiments ou les bataillons provinciaux dont ils devaient faire partie. Ce rôle d'intermédiaire entre l'autorité militaire et les habitants ne cessa point d'être rempli par les échevinages avec un dévouement méritoire ; il les exposait parfois à des difficultés et à des conffits qui n'étaient pas sans danger. Plus d'une fois, des discussions et des rixes s'élevèrent entre les garnisons et les maires. Au xvn* siècle, les syndics de Bourg se font escorter
* Les ouvriers faïenciers de Rouen sont exempts. Irm. Arch. Seine' Inférieure, C. 760.
* La MiHce dans la Champagne, p. 13-17.
d^hommes annés, parce qu'ils ont souvent « des démeslés avec desofiBciers et personnes puissantes. » En 1706, le maire de Gray et « sa nourrice » sont insultés par deux dragons; en 1750, un de ses successeurs est outragé par un colonel de hussards, qui se plaint de ne pas avoir un logement suflisamment garni de meubles. On n'obtenait pas toujours justice, et Ton devait se contenter de dresser un procès-verbal qui constatait Toutrage sans le réparer * . On avait pu voir sous Louis XIV des officiers municipaux assiégés dans leur hôtel de ville par un régiment aux exigences duquel ils voulaient résister^. Les commandants militaires cherchaient aussi à s'arroger des droits que possédait l'autorité civile. Un colonel prétendait faire arrêter les bourgeois selon son bon plaisir, et comme le maire réclamait, il menaçait de le faire conduire en prison par quatre fusiliers *. Faut-îl énumérer aussi les tapages noctiirnes, les querelles dans les bals publics et les spectacles, auxquelles les soldats prennent part, et dans lesquelles la municipalité chargée de la poUce intervient ? Les officiers d'un régiment en garnison à Angers veulent faire triompher ime cabale au théâtre ; ils font envahir le parterre par les invalides do château ; une querelle éclate ; des coups de feu sont tirés, et la ville obtient du roi le renvoi des invalides*. Quelquefois, des précautions sont prises pour protéger la population civile contre les violences des soldats; tous ceux qui sont en congé doivent déposer leurs sabres entre les mains du maire de Mâcon '. On protège aussi les habitants contre les recruteurs qui pourraient abuser de leur mandat; les officiers municipaux peuvent se faire présenter leurs commissions et doivent signaler leurs excès*.
* -Inv. Areh. Bourg, EE. 24. — Dél. mun. Arch. de Gray.
* Boutiot, le Maire et les échemns de Trayes pritcnniers à Thàtd de ville en 1675, p. 26-30.
* Hippeau, le Gouvernement de Normandie, IX, 370-371.
* 1775. Port, Ino. Arch, Angers. Documents, p. 494. B Inv. Arch. Màcon, EE. 2... Lyon, BB. 411.
* Code municipal, p. 189.
Sous le règne de Louis XVI, la présence des soldats dans les villes pouvait encore amener des difficultés ; eUe entraînait encore des abus S elle produisait moins d'excès. Gr&ce aux nombreux règlements que le ministre de la guerre avait édictés, il n'y avait plus d'antagonisme entre la population civile et les garnisons ; leur séjour n'était plus regardé comme un fléau, et plus d'une fois, aux débuts de la Révolution, on vit des régiments &ire cause commune avec les habitants, dont ils partageaient les principes. Ceux-ci supportaient encore dans certaines villes la charge des logements militaires ; mais c'était la seule contribution de ce genre qui leur fût onéreuse. Les obligations qu'impose la défense du territoire de la patrie étaient pour eux légères ; l'armée active se recrutait volontairement, et l'on peut dire que l'impôt qu'on a désigné sous le nom terrible d'impôt du sang n'était point exigé des citoyens ; on leur demandait pour la milice bourgeoise un service plutôt nominal que réel et pour les milices royales un service de réserve qui les laissait presque constamment dans leurs foyers en temps de paix et dont il leur était permis de se racheter. La monarchie avait constitué une armée puissante, la plus brillante qu'ait eue la France par Téclat et l'élégance de ses uniformes, réorganisée avec soin après la guerre de sept ans et dont les nombreux régiments devaient servir de cadres aux armées de la Révolution et de l'Empire. A l'abri de cette armée, dont le prestige était grand, et qui n'inspirait désormais la crainte qu'aux ennemis de la France, les habitants des villes de Tintérieur purent respirer à Taise, démanteler leurs murailles et déposer les armes que leurs pères avaient portées pour en assurer la défense.
* Encyd» méthodique. Jurisprudence, IX, p. cxxi.