CHAPITRE m
Compagnies volontaires. — Compagnie des enfants et de la jeunesse.
— Rois des enfants et princes de jeunesse. — Archers, arbalétriers,, arquebusiers. — Institution des arquebusiers. — Service militaire.
— Privilèges et exemptions. — Dépenses. — Recrutement. — Hûtels de TArquebuse. — Tir de l'oiseau. — Cérémonial. — Le roi de Toiseau. — Ses prérogatives. — L'empereur de Toiseau. — Charges des rois. — Officiers de l'arquebuse. ■— Conflits avec les échevinages et la milice. — Uniformes. — Prix généraux. — Le bouquet. — Fêtes de Chalon-sur-Saône. — Leur magnificence. — Programmes.
— Nombreuses compagnies aux tirs généraux. — Banquets de 800 couverts. — Luxe, devises, dictons. — Retour des chevaliers.
— Récits et vew. — Concordat de Paris en 1774. — Popularité des arquebusiers et jalousie qu'ils excitent. ^ Leur suppression en 1790.
A côté de la milice dont le service était obligatoire en principe, il s'était formé des compagnies volontaires, qui se livraient à des exercices spéciaux, et particulièrement au maniement des armes de tir. Telles étaient les compagnies d'archers, d'arbalétriers, de canonniers, de conlevriniers et d'arquebusiers, qui après avoir concouru jusqu'au milieu du xvii* siècle d'une manière sérieuse à la défense de la cité, formèrent jusqu'à la Révolution des corporations autorisées, souvent privilégiées, et dont le caractère était à la fois civil et militaire.
L'esprit militaire se manifestait partout dans l'an-
cienne France. Les jeunes gens, les enfants, comme ils s'appelaient y voulaient eux-mêmes s'organiser en corporations armées comme leurs pères, et sous la surveillance des échevinageS; nommaient eux-mêmes leurs chefs. De là les compagnies de la jeunesse que nous trouvons surtout dans le Nord et dans le Midi sous Louis XIII, et parmi lesquels il faut distinguer les asso* ciations joyeuses qui avaient surtout pour but de concourir aux réjouissances publiques et les troupes d'enfants qu'on organisait uniquement pour figurer dans les fêtes destinées à embellir l'entrée des souverains*. Les princes de jeunesse, les abbés de liesse de l'Artois *, les princes d'amour et les abbés de la jeunesse de la Provence et du Languedoc, étaient les chefs élus de ces associations joyeuses, dont le caractère et les privilèges variaient suivant les localités. L'abbé de la jeunesse de Beaucaire, dont la mission principale était de « conduire les danses » , exigeait une redevance des bourgeois de la ville, et donnait des charivaris à ceux qui ne la payaient point ^. A Ghalon, le roi des enfants élu par eux en présence de l'échevinage le jour des Innocents, menait sa troupe armée par les rues le jour des Rois ; il levait un droit sur les veuves remariées, que l'on appelait le droit de Folles Vieilles. On ne s'étonnera pas en apprenant que ces troupes de jeunes gens faisaient parfois beaucoup de tapage et de scandale ; on pouvait encore excuser ceux de Ghalon, qui tuèrent un page du duc de Biron coupable d'avoir insulté une jeune chalonnaise* ; mais ailleurs, ces bandes turbulentes multipliaient les
* A rentrée de Louis XV à Strasbourg, on forma une compagnie déjeunes garçons de 1â à 15 ans habillés en cent-suisses. Ueprésentaiion des fêtes.,, de Strasbourg ^ p. 4.
« Champollion, Doc, inédits, III, Ui. — De Beauvillé, II, 385. » Ino. Arch, Beaucaire, BB. 21. Vers 1610. — De Ruffi, II, 400.— De Lamothe, Rev, des Soc, savantes, 1^ sér., 1, 105.
* Perry, Uist, de ChaUm-surSaône, p. 404. — V. Fouque, Recherches hist, sur les corporations des archers, des arbalétriers et des arquebusiers, p. 290 et suiv.
charivaris, les promenades nocturnes, et troublaient le sommeil des bom*geois à coups de fusils et au bruit des tambours ; ils méconnaissaient même l'autorité des municipalités qui voulaient les faire rentrer dans Tordre. Aussi le roi supprima-t-il en 1 660 tous les chefs de la jeunesse dans les villes du Languedoc'. Il en resta cependant en Provence, car on nommait encore deux abbés de la jeunesse en 1789, à Saint-Gannat, dans la sénéchaussée d^Aix *. Ailleurs, la compagnie de la jeunesse n'était autre qu'une compagnie de milice qui avait ses capitaines, ses lieutenants, ses enseignes, ses sergents, et qui se composait des jeunes gens de la ville ^. En cas dé siège, ceux-^^i faisaient des sorties, tandis que les pères de famille gardaient les remparts. En 1652, la compagnie de la jeunesse de Sainte-Menehould poursuit à cheval des pillards lorrains et reprend le butin qu'ils ont fait sur des paysans des environs. On trouve au siècle suivant des « jeunes ûls bourgeois » de Boulogne, ayant un maïeur et une enseigne^;, à Dieppe, une compagnie de cent cinquante cadets, et à Ghaumont, des jeunes gens de quinze à vingt ans s'exerçant au maniement des armes sous des chefs qu'ils ont élus ^.
La plupart de ces compagnies de jeunes gens avaient disparu au xviii* siècle, ou s'étaient confondues, comme à Chalon, avec les compagnies d'archers, d'arbalétriers ou d'arquebusiers^ qui s'étaient formées à la fin du
« Ménard, Hist. deNknes, VI, 151. — Inv, Areh. Uzés, BB. 10. — AJbin Michel, les Boys du Papegay à Nimes, p. 24. — Le sénéchal de Montpellier avait supprimé les chefs de jeunesse en 1651. A. Delort, Mémoires, p. 111. — Voir aussi : de Laplane, Hist, de Sisteron, II, 256-257. Lancelot, Mém. Acad. des Inscriptions, t. VU, l'« p., 254. De Be?luc-Pérassis, le Capitaine de la ville et les abbés de la jeunesse dans les anciennes communes de la haute Provence.
• Arch, parlementaires, VI, 410.
' A. de Boisllsle, JRev. des Soc, savantes, 7^ sér., 1, 103. — De Laplane, Hisi. de Sisteron, II, 256.— Saint-Ferréol, Rech, sur Brioude, p. 124.
^ Buirette, p. 290. — 1768. J««. Arch, Boulogne, n» 1013.
» Hippeau, IX, 11. — Jolibois, p. 185.
moyen-âge. Toutes ces associations de tir n'étaient pas érigées en corporations privilégiées ^ Mais la plupart avaient été constituées ou confirmées par des lettres patentes du roi. Les plus anciennes, celles des archers et des arbalétriers, cédèrent souvent la place aux arquebusiers, qui étaient d^origine plus récente ; mais elles subsistèrent parfois à côté d'eux, surtout dans les villes du Nord, où Ton trouve aussi des canonniers et des coulevriniers *. A Cambrai, on comptait en outre trois compagnies de soufQeurs qui tiraient à la sarbacane ^. Toutes ces compagnies n'obéissaient point aux colonels et aux majors de la milice ; comme les corporations et les confréries, elles avaient leurs chefs élus, leurs statuts, leurs assemblées, leur bourse commune, leur hôtel ; elles avaient leurs enseignes, leur patron, leur devise et leurs armes, et ne reconnaissaient pour supérieurs que le roi, le gouverneur et les magistrats municipaux.
Henri I Y avait institué des compagnies d'arquebusiers, « pour induire, disait-il, ses sujets à tous honnestes exercices et éviter oisiveté... et leur faire acquérir Texpérience et assurance des armes. » Il reconnaissait que ces exercices étaient « proffitables et utilles au public et au bien de son service ^. » Les arquebusiers, comme les canonniers, pouvaient être appelés à marcher à la guerre. Ceux de Dijon se distinguèrent au combat de Fontaine-Française et plus tard au siège de Besançon; à la suite de ce siège, le roi fit remettre une épée d'honneur à leur lieutenant et quatre louis à chaque homme'.
< Denisapt, II, 293.
• AbbeviUe, Dieppe, UUe.
* Vers ^50. Durieuz, Mim. Soc. émul. de Cambrai, XXXDI, 2iS. - Jfon. inéd. Tien-Etat, IV, ^3.
^ Lettres patentes de 1601 et 1609 pour Dijon et Avallon, de 1593 pour Tours. Fouque, p. 82, 83. — Même permission pour Nuits. Nouvelles Rech. de la France, II, 102. — Lettres de 1604 pour Nimes. Ménard, V, Preuves, 229. — Voir aussi Marissal, Bech. sur Boubaix, p. 166. — Inv. Arch. Albi, EE. 58.
' Fouque, p. 75-79,
LES ÀHQUEBUSISRS. 285
Les compagnies de Ghaumont se montrèrent aussi sous la Fronde aux sièges de Lamotte et du château d^ Aigremont*. En 1690, le comte de Grignan, gouverneur de Provence, donna l'ordre de lever cinquante hommes dans la compagnie d'arquebusiers d'Aix; en 1692, il en demanda cent^ qui firent jusqu'à Sisteron une promenade militaire, dont ils consignèrent •' l'éternelle mémoire » dans leur registre*. A l'autre extrémité du royaume, le lieutenant du roi de Sainl^Quentin déclare, en 1713, que les canonniers-arquebusiers se rendent à toutes les alarmes « lorsque la cloche bondit ou le lambour bat. » S'ils font dans cette ville un service semblable à celui des miliciens', partout les arquebusiers figurent dans les cérémonies et les fêtes publiques, où leur uniforme et leur tenue éclipsent Tuniforme et la tenue des miliciens;
Ils avaient aussi des privilèges, qu'on leur avait accordés pour encourager leurs exercices et rémunérer leurs services^. Ils étaient exempts de certains droits d'entrée sur les vins, et même dispensés de logements militaires *. Gertaines villes contestaient ces privilèges, qui augmentaient les charges des autres habitants; mais la plupart d'entr'eUes donnaient aux compagnies d'arquebusiers des subventions et des vins d'honneur.
Les exemptions étaient souvent compensées par des charges. On payait pour entrer dans la compagnie, on payait pour en sortir. Les nouveaux admis acquittaient leur bienvenue ; ils achetaient leurs armes et leurs uniformes. Tous contribuaient aux fêtes et aux repas que la compagoie donnait périodiquement ou dans des circonstances exceptionnelles, aux dons qu'elle faisait aux mi-
* Alcibiade Cousin, /es Chevaliers de l'arquebuse... Une page de Vhisi. de Chaumont, p. 16-112.
* L. Mouan, Souvenirs hist de la ville d'Aix. La Compagnie de T arquebuse,., dite de Sainte-Barbe. Mém. Acad. d^Aix, IX, p. 175-180.
' G. Lecocq, Hist. des canonniers-arquebusiers de Saint- Quentin^ p. 45,21, 154-155.
^ Mémmal alphabétique, 1704, p. 601, 604.
* Lecocq, p. 79. — Fouque, p. 162, 225, 352.
nistres ou aux personnages influents ^ aux frais de déplacement et d'équipement pour les tirs provinciaux *. Il fallait bien payer Thonneur d'être meiià>re du noble et royal jeu de Tarquebuse et de porter le titre de chevalier. Car la plupart d'entr'eux se font appeler les nobles chevaliers de Tare ou de Tarquebuse, même dans leurs actes officiels.
Ils se recrutèrent longtemps dans toutes les classes de la société. A Aix, les nobles et les magistrats s'y trouvent associés à des serruriers et à des tailleurs de pierres. A Villefranche, les fondateurs de la compagnie sont des gens d'église, des hommes de loi et d'autres citoyens*. Ailleurs y les artisans sont en majorité; les « gens mécaniques » dominent à Reims comme à Ghaumont^ ; en Bretagne, les bourgeois et les marchands cèdent la place aux artisans, qui sont seuls à tirer le papegai au mois de mai ^. A Chartres, l'indigence des arquebusiers amène, au commencement du xvin* siècle, la décadence de leur compagnie. Une nouvelle association se fonde sous le titre de l'Oiseau Royal*. Sous Louis XV, les chevaliers se recrutent le plus souvent parmi les officiers de guerre et de justice, les bourgeois et les marchands^. A Sainte-Menehould, les gens de métier ou les artisans ne sont pas admis parmi eux*. Le
* ...Pour hure de sanglier, langues de mouton envoyées à monseigneur le marquis d'Argenson, compris 3 1. 14 s. pour le port par le carosse et pour fromages de cochon et langues envoyés à MM. Mabile et Colin chargés des affaires de la compagnie... cy 49 liv. 14 s. Reg. de Tarquebuse de Nogent. Arch. de TAube, E. 306.
' La compagnie de Nogent dépense 907 liv. pour se rendre au tir général de Ghàlons en 1754. Ibid. E. 306.
> L. Mouan, Mém. Acad. d'Aix, IX, p. 157. ~ Inv. Areh, ViUtfranche, EE. 2.
* Varin, St. Beims, II, 105. — A. Cousin, p. 135. ' A. de Boislisle, Corr., I, n^* 1029.
* De Lépinois, II, 475.
^ M. Quantin, Hist. des rues d'Auxerre, 302.
' Buirette, p. 253. 11 en est de même à Chàlons.
LBS ARQUEBUSIERS. 287
principe qui prévalut à la veille de la Révolution était qu'on n'y recevrait que « des sujets d'une condition assez élevée pour pouvoir se prêter sans murmure aux dépenses indispensables qui se faisaient dans les compagnies ^ »
Les chevaliers avaient d'abord installé leur tir dans un des fossés ou sur l'un des glacis de la ville ; ils y dressaient une butte, entouraient de barrières le terrain qui Tavoisinait et y construisaient un pavillon pour s'abriter. Plus tard, cette installation parut insuffisante ; ils achetèrent un jardin situé dans un quartier voisin des remparts, et lorsqu'il ne s'y trouvait pas d'habitation convenable, ils se firent élever un hôtel. Cet hôtel était quelquefois d'assez noble apparence. Tel était celui de Chàlons-sur-Marne, qui contenait au rez-de-chaussée une salle des armes et une salle du conseil, décorée des portraits des rois de France ; au premier étage, une vaste salle, où l'on donnait les festins et les fêtes. Cette salle était d'ordinaire une galerie; elle était ornée, à Ghâlons, des portraits équestres des empereurs romains; à Auxerre, de deux cents portraits historiques ; à Troyes, des portraits de tous les rois de France et de charmants vitraux du temps de Louis XIII qui étaient enchâssés dans ses fenêtres^. Les compagnies rivalisent de luxe dans la construction de leur hôtel ; les chevaliers de Bar-sur-Seine en font élever un « fort joli » , et ceux de Ghaumont n'hésitent pas à qualifier le leur de « superbe pour faire envie à ceux des villes les plus considérables du royaimie •. »
* Concordat de Paris en 1775. A. Janvier, Notice sur les anciennes eorporaiûms d^archers des villes de Picardie^ p. 15-21 .
* En 1744, on la prêtait pour des noces et autres cérémonies à Troyes. Arch. de TAube, E. 294. — Sellier, Notice Mst. sur l^ arquetusiers de Chàlons-^Jor-Marm, p. 20-21. — M. Quantin, p. 304. — Arch. de TAube, E. 294. — Finot, les Archers, les arbalétriers et les arquebusiers de Troyes, p. 10-14. — Voir aussi Lecocq, p. 31-32. — Fouque, p. 346.
' Naundks recherches sur la France, I, 70. — A. Cousin, p. 19.
C'est dans ces hôtels que les chevaliers se réunissent le dimanche dans Taprès-midi pour tirer à la cible ; c'est là que tous les ans a lieu le tir solennel, où Ton proclame le roi du papegai. Le dimanche, après la prédication, on vise le panton ou le joyau/dénominations sous lesquelles on désigne la cible, qui n'est autre qu^un disque de fer blanc avec un centre noir. Une fois par an, au mois de mai ou dans le cours de Tété, on tire l'oiseau qu'on appelle le papegaut ou le papegai, ancien nom du perroquet, et qui n'est d'ordinaire qu'un oiseau de fer blanc de la grosseur d'un pinson ^ placé au haut d'un peuplier ou d'une perche*. Le jour où l'on tirait l'oiseau était un jour de fête ; sous Louis XIII, on l'inaugurait en Picardie par une brillante procession, où le clergé assistait*. Plus tard, on se contenta d'une messe, à la suite de laquelle les chevaliers, revêtus de leur séduisant uniforme, précédés de leurs tambours et de leurs fifres, allaient chercher leur capitaine et le maire, présentaient l'oiseau à ce magistrat, et se rendaient solennellement avec lui au jardin, où la perche était préparée. Le maire avait le privilège de tirer le premier coup, qu'on appelait le coup du roi, et qui atteignait rarement le but ; puis, les chevaliers tiraient à leur tour, tandis qu'un secrétaire enregistrait minutieusement leurs coups.
Le tir de l'oiseau éveillait Tambition et surexcitait l'adresse des chevaliers ; celui d'entre eux qui parvenait, avec une arme à feu médiocre comme l'arquebuse, à abattre d'une seule balle le papegai, était proclamé roi de l'oiseau. Sa royauté durait toute l'année et lui valait des honneurs et des exemptions. S'il ne devenait pas toujours par ce seul fait le chef des arquebusiers, il mar-
* Sellier, p. 27.— Buirette, Hist. SoMe-Menehould, p. 254. — Arch. de TAube, E. 294.
* Il y eut de vives contestations à Chalon parce que, contrairement à Tusage, les arquebusiers l'avaient attaché au milieu d'une cible. — Fouque, p. 131.
s L'assemblée du clergé de 1660 interdit ces processions. Denisart, 11,298.
cbait à côté du capitaine, avec des insignes spéciaux ; il figurait dans les cérémonies publiques, et au Puy, le premier consul lui attachait, le jour de Noël, Tépée au côté^ Ses exemptions étaient plus profitables; la plupart des villes lui accordaient l'entrée gratuite d'un certain nombre de pièces de vin ou la décharge complète de droits d'aides pour le vin de sa récolte* ; elles l'exemptèrent même de tailles'. On supprima souvent, au XVIII* siècle, ces privilèges comme abusifs*. Ils pouvaient être regardés cependant comme une prime décernée par les habitants au plus adroit d'entre eux. Les villes donnaient aussi des gratifications ou des présents aux plus habiles tireurs. Nîmes, en 1638, leur offre en prix un fusil, une écharpe bleue à dentelles d'argent, une épée argentée à la mode, un baudrier brodé et deux chaînes d'or. Caen fait remettre 50 écus au roi du papegai; Moulins distribue trois tasses d'argent^. Dans le Midi les buts étaient de diverse nature, comme les prix; à Nîmes, on tirait non-seulement sur l'oiseau, mais sur un homme de bois qu'on appelait le faquin, et à Garcassonne, le consulat remettait tous les ans une gratification en argent à ceux qui, après avoir abattu l'aigle et le serpent, étaient proclamés rois ^.
* Yissaguet, Essai sur Vkist. mumctp. du Puy, Arm,, t. XXXII, 302.
* Ainsi, il a droit à 20 pièces à Rennes, à 50 à Tours, à 20 à Nantes, à 40 à Laon. A Auxerre,on lui concède iOO feuillettes. Fouque, 108-109. Guyot, I, 620. — A Chartres, il peut faire entrer 12 poinçons de vin. De Lépinois, II, 399.
» En 1610. Inv. Areh. Mâcon, CC. 20. — 1611. Bourquelot, Hist. de Provms. — Le Maire, Bist. d'Orléans, p. 315.
« Edit de 1634. Néron, Bectieil é^Édits, 1, 855. — Arrêt du Conseil de 1770 pour la Bretagne. Denisart, II, 296.
■ Ménard, VI, 17. — Albin Michel, p. 17. — Enc. tnéth. Jurisprudence, IX, 469. — Inv. Arch. Moulins, n® 184. A Nogentnsur-Seine, c*est la compagnie ou le capitaine qui donne une pièce d'argenterie, telle qu'une cuiller à ragoût ou un grand gobelet. Reg. du tir des arquebusiers de Nogent de 1751 à 1783. Arch. de TAube, E. 308.
* 1605. Bouges, Hist. de Carcassorme, p. 421.
2Ô0 LIVRE IV. GhaI>itre ui.
Ce titre de roi offusquait les autorités supérieures ; un ministre, en 1703, ne le trouvait pas « fort convenable » ; il eût préféré celui de capitaine ; mais il fut obligé de se résigner sur Tobservation que ce terme était usité dans les statuts des sociétés de tir ^ Ce titre était modeste, si on le comparait à cQlui d'empereur, que Ton décernait au roi qui pendant trois années consécutives avait abattu Toiseau. La dignité d'empereur était perpétuelle ; elle pouvait conférer à celui qui en était investi des exemptions d'octrois et de tailles, que dans le premier moment d'enthousiasme on lui accordait pour toute sa vie, mais qu'on lui retirait jparfois au bout de quelques années^. En tout cas, il ne commandait pas sa compagnie, et son droit unique était de marcher la canne à la main à côté du roi ou du capitaine '.
Comme toutes les royautés, la royauté de l'oiseau avait ses charges. Le roi payait ordiaairement sa bienvenue en offrant un repas à ses compagnons et en donnant des prix pour les tirs suivants. Il était contraint, à Aix, de faire les frais du feu de joie de la Saint-Jean *. Heureux lorsqu'il en était quitte, comme à Nogent-sur- Seine, pour « bâiller une anguille et un oison à ceux qui feraient les plus beaux coups aux premiers dimanches^. » Mais tous les rois ne s'exécutaient pas de bonne grâce, ils ne voulaient pas toujours s'acquitter des charges que l'usage leur imposait, et il s'élevait dans ces petites compagnies des orages dont l'écho se répercutait dans la ville.
L'élection des officiers et leurs rapports avec le maire pouvaient en provoquer d'autres. Les capitaines et les
« Depping, Corr. adm. sous Louis IIV, I, 927.
* Ainsi à Ghàlons-suivMarae. Sellier, p. 5i .
» Registre de l'arquebuse de Troyes. Arch. de TAube, E. 29*.
* Mouan, Mém. Acad. d'AiXj IX, 162.
* Statuts des arquebusiers de Nogent, 1700. Arch. de TAube, E. 307. — Alb. Michel, les Rois du Papegay à NimeSy p. 15. — Lecocq, p. 26 et 27.
LES * ARQtJEBUSlEAS . 291
enseignes étaient élus à Rouen' et à Abbe ville, dans des églises, ordinairement dans la chapelle dédiée à Saint- Georges ou à Sainte-Barbe qui leur appartenait. A AbbeviUe, avant l'élection, on inventoriait la couronne qui était suspendue dans la chapelle de la compagnie et qui était garnie de vingt-six statuettes d'argent*. Les officiers étaient le plus souvent élus dans leur hôtel. Us étaient nommés a vie, et ne pouvaient sans motifs graves décliner le grade qui leur était conféré et qui leur imposait des dépenses. Leur nomination devait être ratifiée par le roi ou le gouverneur et acceptée par la viUe».
Les arquebusiers, fiers de leur titre de chevaliers, de leur uniforme, de leur épaulette de sous-lieutenant, ne manquaient pas de se quereller avec les magistrats municipaux, les gens de justice, les arbalétriers et la milice. Leurs ofSciers méconnaissaient parfois l'autorité de l'échevinage, comme ce roi de l'oiseau de Gray qui refuse d'ordonner à ses chevaliers d'assister au convoi du maire ^; comme les arquebusiers de Sainte-Menehould qui ne veulent pas aller chercher le maire dans son hôtel sans un ordre de l'intendant ; comme la compagnie d'Epernay qui prétend ne recevoir des ordres que du roi de France ^. Ailleurs, ils contestent aux officiers de justice les hommages qui leur sont dus ; ils se prennent de querelle avec un marguillier qui leur interdit de consolider sur un clocher une statue de saint qu'ils ont le privilège de couronner ^ ; ils disputent la préséance à des compa-
* F&rin, Hist. de Kùuen, I, 2« p., 109.
* Mon. inéd. del'hi^. du Tiers-Etat, IV, 495.
* Sellier, p. 26. — Mouan, Mém. Acad. d'Aix, IX, p. 16S-169. — A. Cousin, p. 8. — A Montpellier, ils prêtent serment aux consuls. A. Delort, MémùireSf p. 30. — Le gouverneur de Bourgogne nomme à Bourg les officiers de TArquebuse. Inv, Arch. Bourg y BB. 174.
* 1783. Arch. de Gray.
> Buirette, p. 475. — 1712. Nicaise, Epemay, p. 210.
* 1790, A. Cousin, p. 126-137. — 1756. Arch. de l'Aube, E. 306-
292 LIVRE IV. CHAPITRE lU.
gnies rivales et surtout à la milice * . Les gouverneurs font cesser ces derniers conflits par leurs ordonnances ; ils donnent en Champagne le pas aux arquebusiers sur la milice et en Bourgogne le pas à la milice sur les arquebusiers *.
Ces disputes, ces querelles étaient des exceptions dans rhistoire des arquebusiers. Ils ne se réunissaient dans leur hôtel que pour prendre part à des luttes courtoises ; ils n'apparaissaient en corps que pour embellir les cérémonies publiques par leur présence et pour rehausser le prestige de la municipalité autour de laquelle ils se rangeaient. Gomme ils étaient fiers de leur bel uniforme, qu'ils portaient avec cette satisfaction du bourgeois qui revêt volontairement Thabit militaire ! L'habit le plus éclatant, Thabit rouge, galonné d'argent ou d'or, ou garni de velours noir, domine parmi eux ; on voit bien dans certaines villes, des habits gris de fer, gris de souris, bleu céleste ou « cannelle jaspée « ; à Provins, la couleur adoptée est celle de la rose de Provins. Les vestes et les culottes varient, selon les localités, du blanc, du jaune au ventre de biche et au chamois. Les chapeaux sont galonnés d'or ou d'argent, ornés de plumets ou de cocardes. A la fin du xviii* siècle, les costumes des diverses compagnies tendent à l'uniformité, et Ton ne voit plus des chevaliers, comme ceux de l'arc de Péronne en 1681, éblouir les regards par leurs vestes de brocard, chamarrées de dentelles et de pierreries. On essaiera même sous Louis XVI de prescrire un costume uniforme pour les arquebusiers de l'Ile de France, de la Picardie et de la Champagne ^.
Les arquebusiers, qui figuraient dans les fêtes de leur cité, brillaient surtout à l'époque des. prix généraux
* Itw, Arch. BoubaiXy BB. 4. — Jolibois, Hist. de Bethel, p. 165.
■ Ord. du gouverneur de Champagne du 9 février 1715. — Ord. du 21 nov. 1730. Fouque, p. 96.
* Lecocq, p. 126 et suiv. — De Beauvillé, II, 358. — A. Janvier, Notice SUT les anciennes eorporaiicm d* archers.., p. 15-21.
que les villes se disputaient Thonneur d'offrir chacune à leur tour aux compagnies de leur région. Sous Louis XV^ elles transmettaient à celle qui devait leur succéder le gage d'armes, le Boyquet, dont on peut voir encore un spécimen dans Thôtel de ville de Saint-Quentin. C'est une sorte de pendule monumentale, entourée d'attributs guerriers et de personnages allégoriques sculptés en bois doré, et dont l'ensemble à plus de deux mètres de haut ^ Longtemps d'avance^ des invitations étaient lancées de toutes parts pour le tir général que le gouverneur avait autorisé; les villes et les arquebuses votaient de larges allocations pour l'achat des prix, les préparatifs des banquets et des feux de joie ; elles faisaient disposer des logements pour les nombreux hôtes que l'on attendait. Â Laon, en 1699, on les évaluait à 8 ou 10,000, et l'on fut obligé pour les héberger de faire partir des cavaliers qui s'y trouvaient en garnison*. Partout, les habitants s'empressaient de leur ouvrir leurs maisons, et de leur offrir des vivres et des rafraîchissements *.
Dans ces réunions provinciales^ les arquebusiers rivalisaient de luxe et d'éclat pour soutenir l'honneur de leur cité et de leur compagnie*. On a conservé le souvenir de la magnificence que déployèrent au tir général de Ghalon en 1700 les chevaliers de Dijon, de Besançon, de Maçon et de Beaune. Us entrèrent par des portes différentes, en cavalcade, vêtus d'habits écarlates et bleus de roi, faisant flotter leurs étendards de soie et de brocard brochés d'or et d'argent, précédés de leurs trompettes et de leurs timballiers, suivis de fourgons et de chevaux de main richement caparaçonnés. Le même jour,
* Sellier, p. 33-34. — Lecocq, p. 58-59. — Bemie de Champagne, YI, 259-261.
* Corresp. admnistr. sous Louis X/7, 1, 918.
* H. de Fontenay, la Sodéti éPAutun au ndUeu du dix-huUiéme riéde. Mém. de la Socim Eduermey \l, 4m. .
* En 1731, Bourg vota 800 liv. pour ses arcjuebusiers qui se rendaient au tir de Mà€on. /nv. Arch, Bourg, BB. 174.
294 LIVRE lY. GHAPITRS m.
des bateaux ornés de tentes et de bannières, chargés de jeunes femmes et de musiciens accostaient le port, escortés par des brigantins gui tiraient joyeusement leurs canons. Toute la ville retentissait de salves et d'acclamations pour saluer ces hôtes et d'autres encore, qui à pied et à cheval, arrivaient de toutes parts ; d'Auxonne, de Dôle, d'Avallon, de Seurre, de Gb&tillon-sur-Seine, de Ghaumontet de vingt autres villes.
Le lendemain, toutes les compagnies, après avoir assisté à une messe solennelle, célébrée à la cathédrale, allèrent chercher le maire et se rendirent avec lui sur le champ où le papegai et les cibles étaienl préparés. Le coup d'honneur tiré par le maire fut salué par trois décharges des armes de la milice et de l'arquebuse, aux roulements des tambours et aux cris de vive le Roi. Le tir commençait; il continua pendant plusieurs jours, entremêlé de banquets de 400 couverts donnés par la ville, d'intermèdes de musique et de danse, de fêtes nautiques sur la Saône et de collations de tout genres
Le programme et le cérémonial suivis à Ghalon, en 1700, étaient à peu près les mêmes partout; les fêtes ne variaient que par leur degré de magnificence, selon l'amour-propre et la richesse des villes, selon le nombre des compagnies qui répondaient à leur appel. Soissons avait convié, en 1658, les chevaliers de l'arquebuse de 180 villes ; il en vint de 38 seulement, avec un efRactif de 800 hommes. 60 compagnies se réunirent à Reims en 1660*; Gompiègne en reçut 48 en 1729'. Quarantedeux représentées par 1 08 officiers et 24 1 chevaliers assistèrent en 1755 au prix général de Ghâions-sur-Mame; quarante-et-une se retrouvèrent, en 1774, à Saint-Quentin; quarante-deux à Nogent-sur-Seine, en 1783. A Saint-Quentin, les pyramides de pièces d'argenteries, destinées aux vainqueurs, furent promenées triomphale-
* Fougue, p. 244-259.
> Oudard Coquault, II, 369, 413.
s V. de BeauviUé, Hist. de MorUdidier, II, 371.
LES ABQUEBUSIERS. 295
méat le jour de Touverture du tir ; le Bouquet^ représentant un arc de triomphe de plus de quatre mètres de haut servit de surtout à un banquet de 800 couverts qui fut donné sur la grande place. Tous les arquebusiers purent s'y asseoir et burent au dessert à la santé du roi, qui fut portée au milieu des roulements des tambours, des détonations de l'artillerie et des acclamations générales. Nogent, à qui Saint-Quentin transmit le Bouquet, ne voulut pas rester en arrière ; cette petite ville eut aussi son banquet de 800 couverts, son bouquet et ses pyramides de vaisselle d'argent qui furent distribués en prix*.
Pendant ces jours de fêtes, au milieu des festins, des bals et des feux de joie, les chevaliers faisaient assaut de bonne mine, d'entrain et de générosité. A Gompiègne en 1729, les arquebusiers de Montdidier offraient aux dames des dragées et en jetaient aux fenêtres où se trouvaient des « gens distingués. » Ils étaient fiers de leurs enseignes et des devises sonores qu'ils y inscrivaient ; ils riaient des dictons qu'ils s'appliquaient mutuellement et qui n'étaient autres que des surnoms inspirés par la malice ou la gaîté^. Avec quelles acclamations ils étaient accueillis dans leur ville, lorsqu'ils y revenaient chargés de couronnes et de prix 1 les autres compagnies bourgeoises vont au devant d'eux, on les conduit triomphalement à l'hôtel de ville et le maire les harangue '. Les fêtes auxquelles ils ont assisté excitent aussi la verve des chroniqueurs, des nouvellistes et des versificateurs, dont l'espèce abonde. On publie des récits
* Lecoeq, p. 116 et s. Les vingt prix en argenterie valaient 3000 1. Ils en valaient 12000 au prix général de Cambrai en 17S6. A. Dinaux, Let Soeiités badines, 1,54-56. - AlmanachdeTrùyespowrilSA,!^. 212-
* Les Anguilles de Melun, les Brayards de Vitry-l^Français, les Besaciers de Senlis, les Badauds de Paris, les Mangeurs de pain d'épice de Reims, etc. Lecocq, p. 126-141.
> De Beauvillé, II, 361.
détaillés ea feuilles à la main, en petits volumes ' ; ces récits occupent la place d'honneur dans les almanachs de la province. On dresserait une longue liste de toutes les pièces de vers que l'arquebuse inspira, depuis les statuts de la compagnie de Sainte-Barbe de Saint-Quentin, jusqu'aux couplets de circonstance qu'on improvisait dans les repas, jusqu'aux chansons qu'on rimait en rhonneur des vainqueurs ou de cette chevalière-amazone de l'arquebuse de Mézières que l'on comparait à l'une des héroïnes de Virgile ' ; productions légères de l'esprit français, qui n'ont plus qu'un intérêt historicpie, mais qui rappelaient aux contemporains qui les relisaient les fêtes qui avaient été l'orgueU de leur cité.
Les succès de ces réunions engagèrent les compagnies d'arquebusiers de plusieurs provinces à se grouper sous une direction commune. En 1775, les délégués de quarante-sept villes s'assemblèrent à Paris, dans le grand couvent des Gordeliers, et formèrent un concordat qui réunit la plus grande partie des compagnies de Tlle de France, de la Picardie, de la Champagne et de la Brie sous un chef unique, qui prit le titre de lieutenant-colonel; chacune des quatre provinces forma un bataillon, et l'on obtint, en 1788, une ordonnance royale qui prescrivit le même uniforme pour toutes les compagnies '. Il semble voir dans ce concordat le germe des confédérations qui devaient se former en 1790 entre les gardes nationales des départements et du royaume. Les arquebusiers, comme plus tard les gardes nationaux, prenaient quelquefois au sérieux leur rôle militaire ; ils se considéraient comme étant d'institution royale, et ils disaient au roi qu'il « avait plus de 30,000 hommes enrôlés dans
* Mémoire au sujet du prix général de Varqudmse à ChaalcM-mer- Marne en 1754. - Becueil de pièces concernant le prix général de Saint- Quentin, in-lâ, 1774. — Mémoires et pièces rékUives au prix de NogaUsur-Seine, Paris, 1783.
* Lecocq, p. 125. — Dusevel, Hist. d^ Amiens, U, 186.
' A. Janvier, Notice sur les anciennes corporaHons d^archers,.. de Picardie, etc., p. 15-21, — Sellier, p. 66.
lears compagnies, tous pleins d'ardeur et de zèle, et qui n'avaient d'autre solde et d'autre appointement que Phonneur*.»
Si l'on fiait la part de l'exagération un peu trop habituelle aux chevaliers, il n'en est pas moins certain que l'esprit militaire, qui a besoin de privilèges et de prestige extérieur pour être stimulé, était entretenu dans les villes par les compagnies de l'arquebuse. Elles représentaient, mieux que la milice, les tendances dominantes au xvm* siècle; mieux qu'elle, elles avaient conservé leur intégrité et leur organisation. La milice, qui obligeait tous les citoyens à prendre les armes pour la garde de remparts souvent abattus ou devenus inutiles, s'était perpétuée depuis le moyen-&ge ; mais elle s'était affaiblie par la création de compagnies privilégiées, où les habitants les plus actifs s'étaient fait inscrire. Les arquebusiers forment une sorte d'élite bourgeoise, qui ne dédaigne pas les exercices de l'esprit et du corps, et qui sait faire des sacrifices pour soutenir l'honneur du clocher. De là leur popularité qui fut réelle, de là aussi les jalousies qui se produisaient dans les rangs de la milice, déjà pénétrée de ces instincts d'égalité qui devaient faire explosion et triompher en 1789. Déjà les municipalités s'en faisaient l'organe. Celle de Saint-Queatin décide que les archers et les canonniers ne seront plus considérés que comme les grenadiers et les chasseurs de la milice. La discorde s'étant mise dans la compagnie des arquebusiers d'Avallon, elle fut dissoute en 1747 *. Ailleurs, les arquebusiers étaient plus vivaces ; c'est en vain que l'échevinage de Ghaumont voulut, en 1788, supprimer leur compagnie. Les chevaliers ne tinrent aucun compte de la décision de l'échevinage ; à la première cérémonie, ils se rendirent à l'église, où ils assourdirent le corps municipal de leurs salves et l'accablèrent de leurs hommages ^ Les lois de
* Requête de 1766. Lecocq, 81.
* Leeocq, p. 178. — Em. Petit, Avaihm, p. 383. ' A. Gousia, p. 147 et a.
20ft LTVBB rv. GHAPintS m.
la Révolution n'admirent point ces résistances. Un décret du 12 juin 1790 ordonna à tous les corps d'arquebusiers ou d'archers de s'incorporer dans la garde nationale, sous l'uniforme de la nation et sous les ipémes drapeaux ; elle décida en même temps que les drapeaux de ces corps seraient déposés à la voûte de l'église principale, pour y demeurer consacrés à l'union, à la concorde, à la paix ^ Les chevaliers se soumirent, et on les vit dans beaucoup de villes venir déposer, avec une dignité résignée, à la suite d'un service solennel, l'enseigne qu'ils avaient toujours tenue haute pour l'honneur de leur cité, et qui, malgré les promesses de concorde de 1790, devait être arrachée des voûtes en 1793 pour être livrée aux flammes. La mémoire des arquebusiers cependant a survécu, parce que leur institution avait eu sa raison d'être, en se proposant pour but d'exercer volontairement les habitants au maniement des armes ; et plus d'une fois depuis la Révolution, on a vu, sous une inspiration patriotique et avec les subventions des municipalités, se former des sociétés, qui sous des apparences plus modestes cherchaient à développer chez les citoyens des villes le goût et la précision du tir.
* CoUect, des décrets de ^Ass. naticmale, ÏU, 74.