Voir spécialement les ouvrages récents du Dr G. LE BON
26. Le réformiste KEUFER, dans Le Droit de Grève, p. S9, condamne surtout la violence pour des motifs d'ordre utilitaire.
« Personnellement, il nous est arrivé plus d'une fois de subir un mouvement de révolte violente devant l'intransigeance et la dureté patronales. Le désir de détruire nous avait saisi; mais la réflexion venait et nous comprenions, aussi justifié que paraisse un châtiment, que ce n'était pas une solution, que la violence aurait provoqué la violence, sans profit pour la cause à défendre. C’est pourquoi nous devons condamner les violences contre les personnes et contre les choses, tout en reconnaissant que, dans des cas déterminés, la force est un moyen qui s'explique, et que la violence ramènerait quelquefois à la raison ou à plus de justice les patrons réfractaires à tout sentiment d'humanité. Mais il est impossible de préconiser la violence comme un moyen
normal de progres et d'amélioration sociale, car elle peut être aussi une cause de redoutables -représailles, d'oppression et de réaction. »
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varient selon le milieu où elle se déroule, et selon le degré qu'elle atteint. Dans un pays à constitution aulocralique ou aristocratique, lorsque les patrons ont encore la mentalité des capitaines d'industrie décrits par Marx, la violence détermine une répression énergique : la moindre brutalité, le moindre acte de destruction, justifie l'intervention de la troupe et de la police, et la grève est aussitôt étouffée ?. Dans un pays à constitution démocratique, à gouvernement parlementaire, où le tvpe du bourgeois prudent et timoré # a
27. Voir Félicien CHALLAYE, Syndicalisme révolutionnaire et Syndicalisme réformiste, p. 93; — un article de VANDERVELDE, « la Grève générale », dans la Revue du Mois, Mai 1908, p. 545; — enfin, dans La Vic ouvrière, 20 Mars 1911, p. 355-376, et 20 Avril 1911, p. 485-509, « La Répression des troubles de Moabil », par Jan HAGEL.
28. SOREL a beaucoup insisté sur la « làcheté bourgeoise », Réflexions sur la Violence, p. 85, 88, 100. Ses disciples ont repris ce thème. Dans L’Indépendance du 18° Décembre 1911, M. René BENJAMIN écrit « sur les Bourgeois », P. 243: « Le seul sentiment qui commande la conduite du bourgeois est la peur; la suprême vertu pour le bourgeois est la prudence », — Dans son Manuel d'Economie politique, Vilfredo PARETO a blàämé comme SOREL la lâcheté de la bourgeoisie et son horreur de la force.
Page 134: « La grande erreur de l'époque moderne est de croire qu'on peut gouverner les hommes par le pur raisonnement, sans faire usage de la force qui est au contraire le fondement de toute organisation sociale. IL est même curieux d'observer que l’antipathie de la bourgeoisie contemporaine contre la force aboutit à laisser le champ libre à la violence. »
Page 487: « La bourgeoisie décadente de notre époque veut deux choses contradictoires. D'une part, elle entend que sa personne et ses biens soient protégés par la force publique; de l’autre, elle exige que celle-ci s'’abstienne de tout acte qui blesserait l’exquise sensibilité des nerfs bourgeois, et que surtout, pour aucun motif, elle ne verse le sang des adversaires qu’on lui donne à contenir et à combattre. »
Il est peut-être juste de faire observer que si les bourgeois n’ont plus le courage de faire régner leur droit, c’est qu'ils ont conçu des doutes sur son existence. « Ils résistent parfois parce qu'il est humain de défendre sa fortune et sa famille, et que les exigences ouvrières sont souvent si excessives qu’une capitulation serait la ruine de l’industrie. Mais au fond d'eux-mêmes ils sont troublés, parce qu'ils comprennent ce que l’ordre de choses actuel à d’inacceptable pour certains hommes, On ne peut rester le farouche capitaine d’industrie du début de l'ère capitaliste si l’on n'est plus persuadé de l’existence de son droit. Sorel peut déclamer contre l'avilissement des caractères : pour nous cette transformation morale témoigne de scrupules très nobles. L'ouvrier ne voit que son droit : il peut être énergique. Le bourgeois commence à comprendre l'injustice de Ja société actuelle: il manque d'énergie pour la défendre. » C’est une nouvelle manifestation de l’antagonisme entre les conditions de l’action et celles du savoir.
Voir sur ce point GUY-GRAND, la Philosophie syndicaliste, 1911, p. 108-109. — Voir aussi le Correspondant, Juin 1908, p. 1258-1982, et Janvier 1909, p. 35-65.
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remplacé celui du capilaine d'industrie, la violence, pourvu qu'elle soit modérée et judicieusement employée, constitue un élément de succès ®. C'est une question de nuances, que certains meneurs arrivent à résoudre avec un peu de coup d'œil et de doigté. Il importe que les actes de viclence soient suffisamment nombreux et sérieux pour faire peur aux jaunes et aux patrons, el déterminer l'arrêt de l'entreprise ; il ne faut pas que leur gravité soit telle que les autorités soient forcées, sous peine de capitulation évidente devant l'émeute, d'ordonner à la troupe de faire usage de ses armes, et que les paisibles bourgeois, réduits au désespoir, ne se transforment en moutons enragés, résolus à vaincre ou à périr®, Parfois l'appréciation des circonstances devient très délicate : elle peut dépendre de considérations politiques. On a remarqué, avec quelque apparence de raison, que des faits de violence énergiquement réprimés sous certains ministères s’élalaient impunément sous leurs suc-
29, On commence à s’en rendre compte maintenant, même parmi les défenseurs de la société capitaliste. Dans Syndicalism and Labour, 19129, p. 70, Sir Arthur CLAY le reconnaît en ces termes, après avoir narré l'échec de la grève générale de Suède en 1909, grève remarquable par son caractère pacifique : « L'histoire des grèves générales dans les pays latins semble vraiment démontrer que leurs organisateurs ne répudient aucun acte, si cruel soit-il, qui leur paraît propre à intimider le public; en agissant ainsi, ils ne font que mettre en pratique le principe fondamental du syndicalisme, qui affirme que le succès ne peut être obtenu que par les moyens violents. Quoi qu’on puisse penser de sa moralité, il faut admettre que l'histoire de la grève suédoise paraît justifier la sagesse de ce précepte ».
M. Paul BUREAU, dans le Contrat de Travail, à beau répudier la violence, les exemples qu'il donne se retournent contre sa thèse. Comparer p. 12-17 et D. 26-30, l'échec de la grève pacifique des Amalgamated Engineers de 1897 et le succès de la grève violente des stéariniers d'Elbeuf.
Voir aussi La Vie ouvrière, 20 Décembre 1911, p. 812-829: « le Mouvement ouvrier en Suède ».