‹ La Violence Dans Les Grèves AnglaisesChapitre 19 sur 181 · Georges SOREL, Réflexions sur la Violence, p. 85-86. i · texte numérisé non relu

Georges SOREL, Réflexions sur la Violence, p. 85-86. i

18 M. Paul BUREAU, dans le Contrat de Travail, p. 238-239.

dans ses gains, ou même tout nouveau venu dans l’entreprise, bénéficiera d'un salaire plus élevé ou d'une journée de travail plus courte, parce que quelques camarades, dont il à pris la place ou auxquels il a refusé de se joindre, ont oblenu à force de privations une augmentation des salaires ou une diminution des heures de travail. Les ouvriers qui ont été à la peine sont boycottés, el condamnés à la misère, el, grâce à leurs sacrifices, celui qui n’a rien fait, ou qui même a profité de la grève pour obtenir un emploi, jouira d'une situation meilleure 1. La liberté du travail, c'est la liberté de mourir de faim, d’un côté de la barricade; de l'autre, c'est la liberté de la trahison, de la lächeté et de l'arrivisme ®.

Dira-l-on que le sabotage du matériel est un acte méprisable, qu'il peut faire des victimes innocentes, qu'il est anonyme et vil? L'ouvrier conscient réponara que le sabolage intelligemment pratiqué détermine l'arrêt de l’entreprise sans mettre en danger la vie humaine ?!, et qu'il est inutile de s'exposer de gaîté de cœur à tomber sous la coupe de la justice bourgeoise. S'il arrive par hasard, ce qui sera très rare ?, que le sabotage ait des conséquences funestes pour le public, les défenseurs des capitalistes sont-ils bien qualifiés pour jeter les hauts cris ? Les patrons se gênent-ils pour saboter la santé ou la sécurité de leur clientèle, en livrant des produits malsains et des appareils dangereux, afin de réaliser des bénéfices plus considérables grâce à une

19. M. Paul BUREAU, dans le Droit de Grève, p. 69. Comparer CROSBY, Strikes, New-York, 1910, p. 127.

20. Sur la critique de la notion de liberté du travail, voir dans Le Droil de Grève la lecon de M. Paul BUREAU: « Le Droit de Grève et la Liberté du Travail », p. 53-72.

21. Voir le Savolage, de PouGET, et les Objectifs de nos Luitles de classes, de GRIFFUELHES et NIEL, p. 29-32.

22. IL est curieux de noter que, malgré tous les faits de sabotage signalés par la presse sur le réseau des chemins de fer français, on ne puisse, parmi les accidents graves de chemin de fer, pourtant si nombreux, en citer un seul qui soit imputable au sabotage.

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économie de main-d'œuvre ou de matière première ? Le sabotage patronal, inspiré par le lucre, a fait des victimes mille fois plus nombreuses que le sabotage ouvrier #.

Si nous joignons à ces quelques réflexions — suggérées par la lecture d'opuscules syndicalistes et d'œuvres inspirées à des sociologues par leur expérience quotidienne —- cerlaines considérations de psychologie courante relatives à la brutalité naturelle d'hommes en général peu cultivés # — à l'influence néfaste du désœuvrement et de ja faim — enfin à toute la catégorie de phénomènes affectifs que la science contemporaine étudie sous le nom de psychologie des foules 5 — 1] nous semblera équitable de corriger la condamnalion morale portée contre la violence ouvrière par l’adjonction de larges circonstances atténuantes.

L'examen d'un petit nombre de faits assez évidents nous forcera de même à tempérer la rigueur des idées communément reçues sur la violence envisagée au point de vue ublilaire.

On admet, d'ordinaire, comme un axiôme sociologique que l'emploi de la violence dans les grèves nuit à la cause des ouvriers, et à l'intérêt général #. En réalité ses effets

23. POUGET, le Savotage, p. 65-68. — LA VIE OUVRIÈRE, Le sabotage de la santé, 5 Mars 1910, p. 278-286; 20 Avril 1910, p. 462-466.

24. Sur la brutalité naturelle des ouvriers, même dans leurs rapports avec leur classe, voir SOREL, Réflexions sur La Violence, p. 267-269. — PAUL-BONCOUR, tes Rapports de l'Individu et aies Groupements professionnels, p. 147-152.

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