The Industrial Syndicalist, November
Voici comment Tom MANN explique l'intervention des « pickels », qui amena bientôt celle de la police :
« Tous les mineurs — ils étaient plus de 11.000 — faisaient grève... Mais, malheureusement, les hommes chargés de la manœuvre des machines qui amêvuent le charbon abattu jusqu'au fond des puits, n'’appartenaient pas à la Fédération des mineurs, de même que les hommes chargés de la manœuvre des treuils et des machines qui amènent le charbon du fond des puits à la surface, et servent à descendre et à remonter les ouvriers: ils faisaient partie de deux petites Unicns qui avaient passé avec la direction des accords, ce qui les empêchait de faire cause commune avec les mineurs.
» Ceux-ci avaient cessé le travail depuis cinq jours déjà, i. e. le 1er ou le 2 Novembre, et s'étaient eftorcés d'amener les ouvriers chargés des machines à faire grève avec eux. Mais les machinistes leur répondaient qu'ils avaient avec la direction un accord distinct, qu'ils n'avaient pas donné avis de leur intention de cesser le travail dans les délais prévus par cet accord, et ne pouvaient faire cause commune avec les mineurs, Sans encourir une responsabilité pécuniaire.
» En tout cas, et voici l'ennui de la situation : sur 12.000 hommes occupés par la Compagnie, y compris Ses agents, plus de 11.000 appartenaient à la Fédération des Mineurs et s'étaient conduits loyalement, mais, par la seule faute de deux petites Unions, il était impossible d'isoler complètement les mines. Il devenait donc nécessaire d'informer tous ceux qui travaillaient aux mines du Cambrian Combine que les mineurs désiraient leur coopération, et, par conséquent, d'organiser le « picketing ». Aussi le lundi 7, il n'y avait pas moins de 8.000 hommes répartis en « pickets » autour des trois groupes de mines qui appartiennent au trust.
11 avait été décidé en réunion publique, par un vote solennel, que les hommes auraient une attitude parfaitement pacifique. J'avais mis la question au vote l2 dimanche soir, au Tonypyandy Town Hall, et l'accord avait été unanime.
« J'étais avec les « pickets », de bonne heure, le lundi matin, et je puis certifier que leur conduite fut conforme au vote. Je fus témoin de la seule exception, qui se produisit à 6 h. 30 du matin, près des mines du Cambrian. Deux machinistes passaient furtivement près d'un groupe de maisons, dans High Street, et, tout à côté, les mineurs faisaient une démonstration; les femmes des mineurs, debout sur le pas de leurs portes, appelèrent les machinistes qui se dirigeaient vers le puits. Les « pickels », qui étaient tout auprès, commencèrent à parler aux machinistes sur un ton parfaitement pacifique, leur disant simplement « qu'ils espéraïent qu'ils ne travailleraient pas et se joindraient à la masse des grévistes ». Un rassemblement de 60 ou 70 personnes s'était formé autour d'eux, quand survinrent deux policemen montés, auprès desquels je m'étais trouvé un instant auparavant: ils chargèrent le groupe et renversèrent deux femmes. Il n’y avait. pas la plus légère nécessité pour
trop lard. Cependant, la grève gagnait les charbonnages voisins. Les mineurs tentèrent, sans succès, d’éteindre les feux de la Clamorgan Colliery, ce qui aurait amené l'inondation de la mine. Le 8 novembre, au nombre de trois mille, ils essayèrent, à Aberdare, de détruire les bâtiments qui abritaient les machines; repoussés, après une bataille rangée avec les agents — dont plusieurs furent grièvement blessés à coups de briques et durent entrer à l'hôpital, en compagnie, 1l est vrai, d’une soixantaine de leurs adversaires, restés sur le carreau — les mineurs se dédommagèrent en incendiant les bureaux de la Compagnie ‘8. M. Winston Churchill envoya une dépêche aux mineurs, pour les informer « que leurs meilleurs amis sont grandement peinés des désordres qui ont éclaté, et qu'ils feront de leur mieux pour leur assurer un meilleur traitement ». L'assurance de ces bons sentiments ne désarma pas les grévistes, et les désordres continuèrent: ils revêtirent bientôt l'allure de pillages en règle, non limités d’ailleurs aux locaux des compagnies minières, et prirent tournure de manifestations antisémites. Le commerce de détail dans le Sud-Galles est en effet aux mains des boutiquiers juifs, plus ou moins usuriers, s’il faut en croire les habi-
eux d'intervenir, et, naturellement, les spectateurs furent mécontents de leur brutalité; ils crièrent aux golicemen de débarrasser le terrain et poussèrent quelques huées à leur adresse, Une pierre fut lancée, qui ne blessa personne, et un petit pot à lait vide atteignit un policemen à pied qui se trouvait là. Mais aussitôt plusieurs des nôtres intervinrent : en dépit de la provocation, le calme fut rétabli en quelques minutes et les hommes s’éloignèrent en chantant des chœurs.
» Le mardi, les policemen devinrent les agresseurs, et cela si souvent, et avec tant de brutalité, que les mineurs ripostèrent énergiquement, faisant le jeu des réactionnaires qui réclamaient un plus grand nombre de soldats et de policemen. »
‘Tout commentaire affaiblirait l'humour ultra-britannique de cet exposé de Tom MANN. Il fallait 8.000 hommes pour « informer » les 1.000 machinistes qui voulaient travailler qu’on « désirait leur coopération! ». Ce «pickeling paisible » ressemble fächeusement à « l’intimidation organisée », tant abhorrée par le Times et le Morning Post.