XVI
Un cottage.
Rien de plus frais , de plus charmant, que ces délicieux cottages , répandus comme des oasis dans les environs de Londres. Ce sont de blanches maisons aux persiennes vertes ; de petits jardins pleins de fleurs et de verdure , où Tœil se repose , fatigué de la poussière et des brouillards de la ville géante.
A deux milles de Londres , sur la route de
Windsor, on remarquait, non loin de la Tamise, une de ces jolies habitations , brillantes de grâce et de propreté. Des vaches superbes, aux mamelles traînantes , paissaient à Tentour, dans un petit pré verdoyant. Un chien de haute taille , au long poil et aux longues oreilles, dormait accroupi à Tombre, devant le seuil de la porte ; et, de temps à autre , il relevait sa grosse tête fauve en grondant , lorsqu'une voiture de roulier ou une diligence venait à passer.
Au rez-de-chaussée , dans la plus grande chambre de ce cottage, une femme assez jeune encore , fraîche , vermeille et replète , chantonnait d'une voix lente et monotone en faisant tourner son rouet. Cette femme , d'une physionomie ouverte et prévenante , semblait jouir d'une honnête aisance ; et son costume , plus que modeste, annonçait une personne du commun , qui ne veut pas sortir de sa classe. Devant elle , à ses pieds , jouaient deux beaux enfants joufflus, qui paraissaient à peu près
du même âge : IVmé devait avoir trois ans a peine. Et c'était un tableau vif et charmant que ces deux frêles créatures , aux figures d'anges , aux cheveux d'or , qui bondissaient joyeusement sur le parquet , se disputant , s'embrassant tour à tour. Le sujet de leurs querelles enfantines était un gros mouton , blanc comme la neige , à la bouche rose , aux
yeux d'ém.ail.
— Maman, maman, c'est Tom... il prend
mon mouton!...
— Maman , c'est Polly qui m'égratigne !... veux-tu bien lui dire qu'elle finisse...
Et Polly , écartant d'une main sa longue chevelure blonde qui lui tombait sur lesyeux, tu-ait de l'autre les poils du mouton; tandis que Tom , cramponné à la queue du portelaine , essavait de faire lâcher prise à sa petite sœur.
—C'est à moi le mouton, à moi toute seule, disait Polly , rose et vermeille de la courageuse lutte quelle soutenait. Tom , la belle
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dame t'a donné un tambour... veux-tu bien laisser mon mouton !
Enfin la dispute , d'abord toute fraternelle et très inoffensive , prit un caractère d'hostilité si inquiétant, que la mère, impassible jusqu'alors , interrompit son travail et dit d'un ton sévère, après avoir fait claquer sa langue :
' — Monsieur Tom , nous allons prendre les verges !. .. Ah ! ah ! que je vous y voie , petit vaurien ! je vous apprendrai , moi , à taquiner votre sœur! "
Tom lâcha la queue du mouton ; et faisant une grosse moue boudeuse , il s'enfonça les deux poings dans les yeux; puis , tournant le dos à sa mère , il alla se réfugier dans un coin et se mit à pleurnicher.
Polly , joyeuse et triomphante , prit son mouton par la tête, et le couvrit de baisers; ensuite , le tirant par son coUier bleu , elle le traîna bruyamment sur le plancher. Cette course, frénétique et presque insultante, fît» tressaillir Tom dans son coin; il cessa de geîn-
LA TIPÈRE. 271
dre ; et, se couvrant la figure avec ses mains , il écarta peu à peu les doigts pour regarder sa petite sœur d'un air d'envie.
Cependant la grosse femme vermeille s'était remise à Touvrage; et le bruit monotone et régulier de son rouet se mêlait confusément au tic-tac sonore et sec du balancier de l'horloge de bois.
De temps à autre , elle détournait la tête pour surveiller les enfants, et jeter sur la petite-fille un regard tendre et maternel.
Et pourtant cette femme n'était point la mère de Polly. Tom était son fils; et, bien qu'elle portât à ce dernier une extrême affection, elle l'aimait peut-être avec moins d'idolâtrie et d'enthousiasme , que la blonde et fraîche Polly.
Polly, heureuse de jouir en toute propriété de son mouton, continuait de l'accabler de caresses; parfois, s'asseyant sur lui , elle le fouettait du revers de sa petite main potelée en criant :
— Hu! hulhuî
Tom jusqu'alors avait fait bonne contenance dans son coin ; il se résignait courageusement. Mais emporté tout à coup par un désir fébrile, convoitant ce gracieux coursier à la blanche toison , il se précipite sur Polly , la repousse, la jette par terre, et saute impétueusement sur le dos du mouton qu'il éperonne avec vigueur.
Polly, béante , stupéfiée , reste un instant immobile et couchée sur le parquet; mais enfin le sentiment de la réalité , le sentiment de son malheur lui revient avec force , et elle se met à pousser des cris lamentables.
La grosse femme jette son fuseau et sa quenouille sur une chaise , abandonne son rouet ; et , courant vers Tom, elle le prend d'un bras par le milieu du corps , lui relève sa petite Jaquette , et lui administre , du revers de la main , une assez rude correction.
Tom, horizontalement suspendu en l'air, se débat et s'agite ; il ouvre une bouche énorme ,
fait une horrible grimace ; et, gonflé de colère, tout rouge , hérissé , il jette des cris perçants.
— Allez ! allez , Monsieur ! dit la mère en frappant toujours. Cela vous apprendra à être sage î une autre fois vous serez plus gentil pour votre petite sœur!...
Tom , se tortillant comme un ver au bout de l'hameçon, faillit étrangler de fureur; il joignit les mains et demanda pardon.
Alors , cessant de battre , la mère , prise tout à coup d'un violent accès de tendresse , caressa Tom, l'embrassa, le choya, et, pour apaiser tout à fait ses derniers cris , lui donna quelques friandises.
Déjà Tom et Polly , complètement réconciliés, jouaient ensemble avec un diabolique et charmant tapage ; lorsque des aboiements se font entendre : c'était le gardien du logis qui avertissait la ménagère de la visite de quelque étranger.
En effet , un bruit de sonnette reteniit ; et
la maîtresse du cottage se trouva en face d'un I. is
jeuiie homme, parfaitement mis, dont la tournureetlesmaiiièresannonçaient un gentleman.
■ — Eh! bonjour, mistress Megg! dit-il en saluant d'une manière gracieuse et dégagée.
La grosse femme salua d'un air ahuri , com-me si elle ne comprenait pas.
— Pardieuî Mistress, je n'ai pas besoin de vous demander comment vous vous portez : vous êtes vermeille et rose comme l'aurore ! et sur mon âme , vous n'avez jamais été plus jolie !
■ — Votre honneur, vous êtes trop galant... balbutia mistress Megg qui devint pourpre.
— Galant ? Non pas du tout : je suis franc , Mistress. J'ai pour habitude, moi, de toujours dire la vérité. Si vous étiez laide , je vous le dirais tout de même ; mais vous êtes charmante : je vous l'ai toujours dit, Megg, et je vous le répète.
— Mais , votre honneur... il me semble que je ne vous ai jamais vU:.. dit ht grosse pay-
LA ^apÈRE. 275
sanne, confuse et embarrassée. Vous me prenez sans doute pour une autre...
— Vous prendre pour une autre , moi? estce que c'est possible? répliqua le gentilhomme, en se cambrant et promenant son lorgnon sur mistress Megg. C'est vous, ma commère , qui me prenez pour unautre ! Je ne me trompe pas, moi ; je m'y connais, Dieu merci ; et lorsqu'une fois j'ai été assez heureux pour voir une taille pareille, un minois aussi vif, des yeux aussi fripons, une bouche aussi rose, je n'oublie jamais ce que j'ai vu... et je vivrais cent ans , que je reconnaîtrais ma sylphide ! Allons, voyons, rappelez-vous un peu, mistress Megg : il y a trois ans... oui, trois ans à peu de chose près, vous aviez alors sur les bras un petit gaillard qui pesait beaucoup , et qui ne vous rapportait guère ; vous logiez dans une mansarde de la Cité. Voussouvenez-vousd'un certain monsieur qui est venu , un beau matin, vous apporter une petite fîlîe nouveaunée, avec une bourse assez ronde?
' — Si je m'en souviens ! dit Megg , en ouvrant de gi'ands yeux frappés de surprise. Je crois le voir encore...
— Eh î parbleu ! la chose n'est pas difficile , repartit le gentilhomme en riant.
- — Il avait un grand manteau , dit Megg.
— Manteau ou carrick, qu'importe! l'habit ne fait pas le moine. Eh ! eh ! mistress Megg, décidément j'ai meilleure mémoire que vous. Tenez, voici le petit garçon que vous portiez sur vos bras ; voilà la petite fille que j'avais sous mon manteau...
— Vous , Monsieur ? c'était vou^î'^
— Allons, Megg, ne crions pa^-^ si fort, et surtout pas de scène ! dit le gentilhom.me , en s'asseyant sans façon dans un grand fauteuil rembourré. Asseyez-vous là , et causons. Je vois avec plaisir que tout vous a profité : les enfants sont vermeils, la mère est grasse et rubiconde -, la maison est blanche et bien tenue : c'est pour le mieux. Ma bourse contenait le germe de votre fortune..
^- Ah! Monsieur, oui, c'est bien vrai... comme je dois vous avoir de la reconnaissance ! Et Megg se confondait en remercîments.
— Quand je vous disais , ma commère , que vous n'auriez pas à vous repentir de suivre mes conseils! Vous étiez alors une pauvre femme séduite, abandonnée; et, de votre mansarde , vous ne pouviez . guère tomber qu'à rhôpital. Eh bien ! quelques gouttes de lait ont fait merveille : vous êtes dr^venue la plus proprette , la plus charmante des nourrices; et si vous continuez d'être une brave femme , de ne pas dire un mot de ce qui s'est passé , je 'ous promets que vous serez contente de moi.
— Ah ! votre honneur , s'écria Megg en joignant les mains, vous pouvez me croire, je ne dis rien, rien de rien! les commères du voisinage ont beau me questionner : bouche close!
— Bien , très bien , Megg , vous avez fait votre devoir; mais, en outre, vous entendez
parfaitement vos intérêts : car si quelque chose venait à transpirer par votre faute , ce joli cottage s'évanouirait soudain à vos yeux , comme un château en Espagne : je n'aurais qu'à souffler dessus. .. Ah ! ah! ah ! datne! c'est que tout cela est grave , et vous avez dans les mains l'honneur d'une famille.
Megg tremblait de tous ses membres ; elle était muette.
— Maintenant, Megg, vous allez répondi^e à une question ; ceci est encore entre nous, je vous en préviens ; pas un mot , pas une syllabe à qui que ce soit , pas même à la personne que vous savez bien ! .. .
Megg , s'efforçant en vain de répondre , balbutiait des paroles confuses, inintelligibles.
— Dites-moi , Mistress , reprit le gentilhomme , en attachant sur elle un regard perçant et scrutateur, celte jeune dame vient toujours chez vous secrètement ?
— Votre honneur. ...
— Ah çà ! il ne s'agit pas de votre honneur!
pas de mots inutiles ! répondez î quels sont les jours où elle vient de préférence?
— Mais... je.... Monsieur....
— Encore? interrompit le gentilhomme avec impatience. Ahçà! vous voulez donc que je me fâche? Megg, prenez garde ! quand on se brouille avec moi , on s'en trouve généralement assez mal !... Je vous demande si la jeune dame que vous savez bien , a certains jours fixes pour venir voir sa petite fille? Il y a, comme vous savez, sept jours dans la semaine. Voyons, est-ce le dimanche?
Megg fit un geste négatif, en tremblant comme la feuille.
— Non? fort bien. Est-ce le lundi?... non. Le mardi?... pas davantage? Ah! c'est donc le mercredi?
Megg, après un instant de silence plein d'hésitation, baissa la tête affirmativement.
— Et combien de fois à peu près vient-elle dans le mois? Une?... deux?
Megg fit un signe de tête affirmatif.
— Bien, deux fois. Et quelle est son heure? Megg semblait tout effrayée.
— Vous tardez bien à me répondre, Megg! il faut vous tirer les paroles de la bouche une à une . C'est un métier fort pénible, et je ne serais pas toujours en humeur de l'exercer ; vous êtes heureuse que j'aie aujourd'hui un peu de temps devant moi... Voyons, à quelle heure vient-elle , cette dame?
— Votre honneur... balbutia Megg en sanglotantj vous êtes cause que je fais la quelque chose qui est bien mal ! . . . Cette pauvre dame, qui est si bonne, m'avait tant recommandé le silence! Je lui avais juré de ne rien dire à personne... pas même à vous!
— Ah! vraiment? elle m'avait excepté aussi, moi?
— Vous comme les autres, Monsieur... II paraît que cette dame est mariée, et qu'elle serait perdue si l'on venait à savoir...
— On ne saura pas, soyez tranquille, Megg. D'abord , vous devez bien penser que , moi
aussi, j'ai quelque intérêt sans doute à cacher la chose : Je suis l'ami, l'ami intime de cette dame... et tout en respectant le mystère dont elle s'enveloppe, j'ai comme elle, autant qu'elle, des droits sur cet enfant. Ainsi donc, Megg, une fois pour toutes, je vous demande l'heure habituelle que cette personne choisit pour ses mystérieuses visites?
— Monsieur... dit Megg d'une voix chevrottante, cette dame n'a pas précisément d'heure... quelque fois c'est dans la journée, vers une ou deux heures après midi. .. et alors elle se déguise, elle s'habille d'une manière qui la rend méconnaissable. Le plus ordinairement, elle arrive chez moi la nuit , toute seule , dans une voiture de place...
— Bon. Et sa visite est-elle longue?
— Quelquefois, Monsieur... elle a tant de plaisir à voir sa petite fille ! elle l'étouffé de baisers, elle la mange de caresses! Oui, Monsieur, c'est au point qu'elle a toutes les peines du monde à; s'en détacher... il faut toujours
que je lui dise : ^ Mon Dieu ! Madame , mais voyez donc , la pauvre enfant tombé de sommeil I
— Ah! ahl je vois que c'est une bonne mère... tant mieux ! Maintenant , Megg , pre-nez cette bourse, et merci ! Un mot encore : A quelle époque a eu lieu sa dernière visite nocturne?
— Il y a plus de quinze jours, votre honneur... et je présume que d'ici à la fin de la semaine, cette bonne dame profitera d'une nuit un peu sombre pour venir...
• — Megg, dit sévèrement le gentilhomme en se levant pour sortir, soyez prudente et discrète : songez que les murs ont des oreilles, et qu'un seul mot échappé de votre bouche retentirait à l'instant jusqu'à moi. Alors, je ne vous dis pas ce que je ferais , mais vous pouvez être sûre que tout irait mal ! Ainsi, vous comprenez ? vous ne m'avez pas vu ; si la jeune dame vous questionne h mon sujet ; aucune réponse !
Megg, la tête à moitié perdue, fît au gentilhomme toutes les promesses qu'il exigeait ; et celui-ci, reprenant un air aimable et dégagé, sortit sur le champ du cottage.
L*accaisatcar public*
Âmélia n'en pouvait'douter, Robert Fox était mort; et, bien qu'elle ne pût s'empêcher de verser des larmes en pensant au déplorable sort de ce jeune homme qui avait peut-être un noble cœur, elle comprenait que cette fatale catastrophe garantissait l'avenir de M. Philipps et le préservait d'une vengeance terrible, vengeance qui seraittoujours restée suspendue
sur sa tête. Depuis que M. Phi lipps avait faità sa femme la révélation du cri me de Robert Fox, il semblait d'une tristesse profonde : c'est que maintenant il avait la conviction qu'Amélia avait aimé ce jeune homme , qu'elle le pleurait peut-être ; et , quoique M. Philipps , malgré son caractère méfiant et ombrageux, fût bien loin de croire Amélia coupable , néanmoins, il était brûlant de jalousie ; et par moments, lorsqu'il s'adressait à Amélia, son langage, d'abord affable et doux , prenait peu à peu une expression d'amertume et de colère indicible.
Amélia n'avait pas eu de peine à lire dans le cœur de son mari : elle était sûre qu'il nourrissait contre elle quelques soupçons vagues et indéterminés, quelque sourde rancune dont Robert Fox était le prétexte et la cause.
Amélia ne sortait plus que rarement; elle était souffrante, et gardait la chambre.
Plusieurs fois depuis le jour oii M. Philipps avait appris la mort de Robert Fox, il avait pro-
nonce comme par hasard devant Amélia le nom de ce jeune homme, qu'il flétrissait avec une espèce d'acharnement ; puis , les yeux invariablement fixés sur elle, il l'étudiait d'un regard sombre et perçant , comme pour surprendre sur ce calme et doux visage la plus légère trace d'émotion ou de chagrin.
— Mon ami, disait Amélia d'une voix triste et craintive , pourquoi cette haine contre un cadavre? Vous qui êtes si généreux, épargnez au moins les morts...
— Non, non, je ne l'épargnerai pas!... s'écriait M. Philipps, les yeux flamboyants de colère. Jusqu'au fond de la tombe je veux le poursuivre!... car je le hais! je le hais!...
Quelques jours se passèrent. M. Philipps, silencieux et morne , demeurait souvent des journées entières enfermé dans son cabinet; ou bien , lorsqu'il rentrait de l'audience , il dînait à la hâte , saes presque adresser la parole à sa femme 5 et , jusqu'au moment de se retirei' dans sa chambre à coucher, il restait
sombre et pensif , absorbé dans ses méditations.
Un soir qu'Amélia , surprise de ne pas voir rentrer son mari , commençait à ressentir quelques inquiétudes, M. Piiilipps parut brusquement devant elle , les sourcils froncés , le visage rude et sévère.
— Mon Dieu ! mon ami , comme vous revenez tard! dit-elle en courant vers lui. J'étais inquiète!...
— Vous avez tort , Amélia , répondit-il sèchement. Gardez vos inquiétudes pour les choses qui en valent la peine. Je rentre une heure plus tard qu à l'ordinaire, voilà tout.
■ — Oui, Edmond, j'en conviens, j'avais tort de m'alarmer... Mais depuis quelques jours vous semblez souffrant.. . Ce travail sans repos vous fatigue, et je crains sans cesse...
— Tranquillisez-vous, Amélia, je me porte supérieurement; ma santé n'a jamais été plus florissante.
Et, dans l'accent de M. Philipps, il y avait
une rudesse , une âcreté qui ne lui était pas habituelle.
Le domestique vint annoncer qu'on était servi.
— Je ne dînerai pas, dit M. Philipps. Amélia, je suis fâché de ne pouvoir même vous tenir compagnie : il faut que je termine un travail.
— Quoi ! mon ami , rester si longtemps à jeun ! ce n'est pas raisonnable ! Venez, je vous en prie,..
Mais, sans lui répondre , M. Philipps sortit brusquement du salon, et se dirigea vers sou cabinet.
Amélia, frappée de surprise, se disposait à le suivre , quand elle entendit le bruit d'une porte qui se fermait.
Elle se résigna donc à passer toute seule dans la salle à manger ; mais, triste et pleine d'une anxiété indéfinissable, elle :^e prit rien, elle n'avait pas le moindre appétit.
M. Philipps ne reparut pas de la soirée. En-
fin, Amélia, craigiiaiit que son mari ne fût sérieusement malade, se décida, après bien des hésitations , à frapper timidement à la porte du cabinet.
— Qui est là? que me veut-on? demanda M. Philipps avec hnmeur.
— C'est moi, mon ami. . . répondit-elle d'tnwî voix tremblante. Je vous en conjure, ouvrez.;.
Il ouvrit sur-le-champ.
— Eh bien ! Amélia, que voulez-vous, dites? Vous voyez bien que je travaille,:
— Et vous n'êtes pas sage, Edmond... balbutia-t-clle en lui prenant la main. Vous êtes épuisé de fatigue, et depuis ce matin vous n'avez pris aucune nourriture... Il y a vraiment de l'imprudence, de la folie à veiller si tard I...
— • De rimprudence ? de la folie ? En vérité, de semblables reproches sont étranges dans la bouche d'une femme !... Permettez-moi de vous diî^e»f)c{ue vous avez peut-être mauvaise grâce à m'accuser d'imprudence et de folie !
— Edmond, de quel air vous me dites cela î
L\ VIPERE. 291
quel langage!... Est-ce que par hasard vous seriez irrité contre moi?
— Eh! pas du tout, pas du tout. Seulement, je travaille et vous me dérangez...
— Tenez, mon pauvre Edmond, vous allez vous mettre en colère, j'en suis sûre... Mais n'importe î il faut que je vous dise toute ma pensée. Vos fonctions judiciaires vous absorbent, vous dévorent; vous prenez beaucoup trop à cœur tout ce que vous faites. Ces travaux continus vous épuisent. Mon ami . si vous m'en croyez, vous renoncerez à des occupations qui vous privent complètement de repos. Nous sommes riches , et certes , une vie calme et indépendante...
— Assez! assez! interrompit vivement M. Philipps. Vous me conseillez, n'est-ce pas, de quitter la magistrature ? de m'endormir à mon âge, dans l'oisiveté, la fainéantise!.... Non, non, Madame, je conserverai la place que j'occupe ; je continuerai de faire mon devoir avec courage et fermeté. Ce n'est pas
l'ambition, Madame, ni la cupidité, qui m'enchaînent aux fonctions de magistrat ; c'est la conscience de mon devoir, le besoin d'être utile à la société. Nous sommes dans un temps où la morale publique réclame de vigoureux et intrépides défenseurs ; la justice veut d'inflexibles représentants, de fermes organes ! et je resterai fidèle à mon posle, tant que j'aurai la certitude de pouvoir l'occuper dignement !
Amélia était silencieuse.
— Et pourtant, continua-t-il avec amertume, quelquefois ce poste est bien pénible, mes fonctions bien cruelles, ! Ce n'est rien que de poursuivre le coupable, d'appeler le châtiment sur sa tête : mais lorsqu'il faut sévir, malgré sa conscience, contre un homme plus malheureux que criminel, contre un homme qu'on ne peut s'empêcher de plaindre, d'estimer au fond du cœur, voilà ce qui est horrible!
En même temps , il se promenait avec agitation , en froissant dans sa main une
liasse de papiers qu'il avait pris sursoii bureau.
— Oh ! oui, murmum-t-il sourdement, c'est bien affreux! Faire condamner un homme qui peut-être a fait sou devoir !
— Que dites-vous, mon ami ? Quelle est donc cette affaire ?
— Vous la connaissez. Eh! pardieuî vous qui lisez les journaux avec tant d'attention, vous devriez être au courant.
— Mais encore?...
— Eh bien! Amélia, poursuivit-il avec véhémence, vous n'êtes pas sans avoir entendu parler de sir Georges Tayler?
— Certainement, mon ami. Eh bien?
— Il est maintenant sous le coup d'une accusation capitale, et c'est moi, moi qui l'aime, moi qui Testime, c'est moi qui vais être son accusateur !
— Mon Dieu! Edmond, je ne savais rien de tout cela Qu'a donc fait sir Georges?»... Quel est le crime qu'on lui impute?
— Un meurtre. Il a tué sa femme...
— Ciel!
— Mais il faut tout vous dire, Amélia, reprit M. Philipps d'un air sombre et douloureux. Cette femme était une vile et basse créature, aussi belle, aussi attrayante, que méprisable et infâme ! Sir Georges, malgré les conseils, malgré les prières de ses amis, a eu la faiblesse d'épouser cette malheureuse qu'il aimait avec délire ; et Findigne ! elle n'a pas attendu même pour le tromper qu'elle portât son nom 1 elle s'est mariée enceinte, enceinte d'un autre !
Amélia devint horriblement pâle.
— Alors, vous concevez la fureur, l'indignation, d'un galant homme qui se voit lâchement déshonoré ! Sir Georges, fou de rage, a saisi un poignard, il a frappé l'infâme!... Sans doute, il aurait mieux fait d'être maître de lui, ^ de chasser la malheureuse, au lieu de la poignarder... Mais, quel homme assez calme, assez froid, peut dire qu'il n'eût pas fait de me-
me, à la place de sir Georges Tayler?... Moi, moi-même qui poursuis le crime, qui le dévoue à Téchafaud, eh bien ! je vous le jure, trahi, déshonoré, comme sir Georges j'aurais fait comme lui peut-être !
Amélia pousse un cri.
— Je vous effraie, dit M. Philipps avec amertume. Vous êtes bien pâle, A.mélia ! vous avez tort... une âme aussi pure, aussi noble, aussi candide que la vôtre, n'a rien à craindre....
' — Et que pourrais-je craindre, Edmond?., balbutia-t-elle d'une voix plus altérée en pâlissant davantage.
~ Pardon ! oh ! pardon , Amélia î reprit-il avec un sourire contraint. Mon langage doit vous paraître inexplicable.... je vous fais peur!.... vous me regardez avec surprise.... Mais soyez tranquille, je ne suis pas fou, j'ai bien toute ma tête... Seulen;ent, je ne vous le cache pas, cette cruelle affaire me bouleverse!
Sir Georges Tayler est, selon moi, plus malheureux que coupable I...
En parlant ainsi, M. Philipps laissa échapper un soupir; puis, jetant sur son bureau avec une expression de colère et de chagrin les papiers qu'il tenait, il ajouta :
— Ma pauvre amie, vous aviez peut-être raison tout àTheure.... Les fonctions de magistrat sont bien cruelles ! et si je ne consultais que mon repos, que mon bonheur, je les résignerais à rinstant même.... Je vais réfléchir encore. Décidément, je n'aurai pas la force de requérir Téchafaud contre sir Georges Tayler!
Amélia gardait le silence ; elle était si troublée, si frissonnante, qu'elle entendait son mari parler sans comprendre ce qu'il disait. M. Philipps lui prit la main avec effusion ; puis, Amélia, faible et chancelante, retourna dans sa chambre à coucher.
Le liaere.
Amélia était convaincue maintenant que son mari avait des soupçons, et qu'il n'était plus le même pour elle.
Pendant plusieurs jours, M. Philipps fut triste, silencieux ; il sortait de chez lui au point du jour, et ne rentrait que bien avant dans la soirée.
Am.élia n'osait plus franchir h seuil de
la maison ; et cependant sa pensée était ailleurs; pleine de tristesse et de préoccupation, Amélia demeurait absorbée dans sa rêverie.
Un jour que le temps était magnifique, Amélia sortit pour aller à la promenade ; elle ne rentra que vers le soir. Mais alors, sa physionomie était plus agitée que de coutume. Amélia se plaignit d'un violent mal de tête, et s'enferma dans sa chambre à coucher. A peine fut-elle seule que, tirant de son sein une lettre froissée, elle se mit à lire avec une attention fébrile.
— J'irai! murmura-t-elle. Plus d'hésitation!
La nuit vint. M. Philipps, croyant sa femme endormie, ne voulut pas la troubler; et luimême harassé de fatigue, il se retira dans son appartement.
Minuit sonnait alors. Amélia, qui s'était jetée sur son lit, se releva après une heure de somnolence; puis, s'enveloppant d'une pelisse, elle descendit avec précaution un escalier qui
menait à un petit jardin. Au bout du jardin se trouvait une porte, donnant sur une ruelle 5 et c'est par-là, que toujours Amélia se rendait à une place de voitures, lorsqu'elle voulait aller au mystérieux cottage.
Amélia, jugeant que tout le monde devait être endormi dans la maison, s'échappa sans bruit-, et, après avoir monté dans un fiacre, elle se fît conduire hors de Londres.
Le matin même, Amélia, dévorée d'inquiétudes, était sortie pour aller dans Regeut's- Park , sa promenade habituelle. Mais au bout d'une allée ombreuse et peu fréquentée, elle avait trouvé dans un buisson, derrière un banc de pierre, une lettre qu'elle avait décachetée aussitôt. Cette lettre contenait une nouvelle qui devait décider Amélia à braver tous les dangers : elle n'avait plus hésité alors. Amélia, après avoir indiqué au cocher de sa voiture la route qu'il devait suivre, attendait, brûlante de fièvre et d'impatience, qu'elle fût arrivée à sa destination. Le fiacre s'arrêta. A
peine la portière fut-elie ouverte, qu*Amélia sortit leste et vive, en disant au cocher, que dans une heure elle reviendrait le trouver à la même place.
Un quart-d'heure environ se passa. Le cocher qui trouvait que la nuit était froide, commença de battre la semelle tout seul, et d'agiter ses bras pour s'échauffer. Mais il avait beau faire, Tongléë persistait toujours. Le pauvre cocli'er, envahi d'un sommeil accablant, prit enfin le parti de remonter sur son siège et d'essayer à s'endormir.
A peineavait-il penché la tête sur une épaule, qu'il entendit une voix douce et mielleuse qui lui disait :
— Monsieur lé cocher, suis-je bien loin de Londres?
— Toujours tout droit, murmura le cocher en ronflant.
— Mais, dites-moi donc, Monsieur le cocher, continua la voix d'un ton suppliant ; est-ce
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que y)ar hasard on ne court pas le risque de faire un plongeon dans la Tamise ?
— Pas du tout, mon bourgeois, dit le cocher.
Et il se réveilla tout à fait. Puis, se frottant les yeux, baillant de toute la largeur de sa bouche, il descendit de son siège, et dit :
— Mon bourgeois , est-ce que vous tombez de la lune?
— Un peu , mon vieux ! et vous serez mille fois aimable si vous consentez à me remettre dans la bonne voie.
—Tiens , mais ça n'est pas de refus , mon bourgeois. Youlez-vous venir? '
' — Comment donc! mais j'accepte, délicieux cocher !
Celui qui parlait ainsi était un voyageur , enveloppé d'un carrick à six collets.
— A propos, dites-moi, estimable cocher, continua-t-il d'une voix caressante , si nous allions prendre un verre de gin dans ce bouchon qui est là-bas? hein?
— C'est bon . le gin , mon bourgeois ! Jit le cocher. C'est très bon quand il fait du brouillard!
— Oui, parbleu ! c'est excellent.
Et sans faire plus ample connaissance , ils allèrent bras-dessus , bras-dessous dans une taverne, qu'on distinguait, sur la route aux lueurs rougeâti^es de son réverbère.
— Garçon? dit l'homme au carrick en frappant sur une table avec le manche de son couteau , des pipes et du gin !
Cette demande était si impérative , que le garçon de la taverne obéit presque à commandement.
— Eh I eh ! mon bfave , dit l'homme au carrick , en versant au cocher force verres de gin, où diable allez-vous donc comme ça?
— Ma foi, Monsieur, je ne puis trop vous dire, je vais où l'on me mène.
' — Eh bien ! buvez donc , mon gros I c'est délicieux pour le rhume.
Le cocher but et rebut sans opposer la
moindre résistance. La nuit alors était fort avancée , et les ^ens de la taverne commençaient à s'engourdir , ils ne veillaient plus que d'un œil. L'homme au carrickse trouvait avec le cocher de fiacre dans un cabinet à part.
- — Eh ! eh ! dites-moi donc , mon garçon , demanda-t il au cocher, en lui versant de nouvelles rasades , est-ce que vous irez encore bien loin comme cela?
« — Ma foi, mon bourgeois , dit le cocher en décrivant force zig-zag et se heurtant à tous les murs 5 j'irai tant qu'on voudra, ça m'est égal... pourvu que la pratique me prenne à l'heure.
• — Eh bien! mon roi des cochers, puisque ça vous est égal , moi , je suis votre pratique , et je vous prends à l'heure. En attendant , l'ami, donnez-moi toujours votre pelure.
Le cocher, qai avait bu plus de quinze verres de gin , était dans l'impossibilité morale et physique .d'accepter ou de refuser ; il ne fit aucune réponse; et, se renversant sur sa
chaise , il ouvrit une bouche énorme ; puis , baillant trois ou quatre fois de suite , il ferma l'œil d'un air souffrant et langoureux. Une demi-seconde après , il était endormi et ronflait comme une cloche funèbre.
A peine avait-il fermé les yeux , que l'homme au carrick , le dépouillant de son ample redingote et de son chapeau ciré, s'en revêtit à l'instant même. Ensuite, il prit le fouet du cocher endormi; et, murmurant quelques refrains populaires, il traversa la grande salle , jeta une pièce d'argent sur le comptoir, puis, allumant son cigare avec un aplomb magnifique , il sortit portant la main à son chapeau ciré.
Quelques secondes après, il était sur le siège du fiacre , et s'éloignait de la taverne.
La fdte de Uédnne*
Il y avait déjà plus d'une heure qu'Amélia
était dans le cottage. Assise auprès d'un petit
lit dans lequel sommeillait un enfant , elle
contemplait avec douleur et tendresse cette
blonde et gracieuse tête , ce doux visage où se
révélait une expression de souffrance et de
langueur.
La bonne grosse Megg , assise à quelque i. 20 -
distance, regardait silencieusement Amélia, en poussant de longs soupirs, et secouant la tête avec affliction.
Un feu clair et brillant tourbillonnait dans l'âtre. On entendait le frémissement d'une bouilloire posée devant le feu , et de temps h autre le cri bizarre et monotone des grillons cachés dans les crevasses du foyer.
La bise était froide et piquante , la nuit profonde.
— Mon Dieu, mon Dieu, ayez pitié de moi ! murmurait Amélia , les mains jointes , les joues ruisselantes de larmes. Mon Dieu , sauvez mon enfant 1
Alors Megg , qui ne pouvait entendre qu'indistinctement ces paroles vagues et confuses^ les devinait sans peine à Texpression douloureuse, au geste éploré d' Amélia.
— Pauvre dame, elle est bien à plaindre f disait Megg en se frottant les yeux avec le bord de son tablier.
. — Quelle pâleur! quel engourdissement
léthargique! reprenait Amélia, en se penchant vers la petite fille endormie, et la baisant au front avec amour et désespoir. Megg, ma bonne Megg, vous avez bien soin d'elle, n'est-ce pas? Vous songez à sa pauvre mère ?. ..
— Oh , ma bonne dame , je crois bien que j'y songe! même que j'en pleure toute ia journée!... Vous êtes si douce, si charitable et si peu Rère ! Vous êtes un véritable ange du bon Dieu!... aussi, vous pouvez me croire, cette chère petite , je l'aime et je la soigne comme si j'étais sa mère î Dieu me pardonne î c'est peut-être un péché... mais il me semble que je l'aime encore plus que mon fils !.. .
— Megg, vous serez contente de moi....
vous verrez que je ne suis pas ingrate. Tous vos bons soins, tout votre dévouement sera récompensé î
— Ah! Madame, vous me comblez... c'est trop, vraiment, c'est trop ! je ne mérite pas...
Et elle s'interrompit tout à coup, et tourna la tête vers un petit cabinet obscur qui s'ouvrait
sur le jardin. Un bruit singulier, inexplicable, venait de se faire entendre. Le chien de garde aboyait sourdement.
— Qu'est-ce donc, Megg? dit Amélia en tressaillant. Il me semble qu'on vient d'ouvrir une porte!... qu'on a marché!... Est-ce que vous n'êtes pas seule dans le cottage?
— Si, Madame, absolument seule... répondit Megg en se levant, et prêtant 1 oreille avec un peu d'anxiété. C'est probablement la porte du jardin qui était restée entr'ou verte... il fait beaucoup de vent : le vtnt l'aura poussée...
— Megg , allez toujours voir ! reprit Amélia, visiblement inquiète. En descendant de voiture, à l'entrée du chemin de traverse, j'ai cru voir quelqu'un qui me suivait...
— Quelqu'un qui vous suivait, Madame?
dit Megg avec un effroi mal contenu. Ah ! mon Dieu! si c'était un...
-— Que voulez-vous dire , Megg ? qui pourrait-ce être ? Vous m'épouvantez !
— Ma bonne dame , je vous en prie , soyez tranquille... il n y a pas le moindre^danger.., vous avez mal compris ce que je voulais dire. .. si c'était le médecin, voilà î Mais non , à pareille heure , c'est impossible ! Il n'y a personne.... je vous dis que c'est le vent. Au surplus, je vais jeter un coup-d'œil par \l\
dehors . . .
— Et rentrez vite , Meggî je ne sais pourquoi , toute seule ici , j'ai peur !...
Megg sortit à la hâte.
Amélia venait de remettre précipitamment son chapeau et sa pelisse ; elle regardait autour d'elle avec angoisse.
— Dieu ! pensait-elle en frissonnant. Si moa mari avait quelque soupçon ! s'il m'avait fait suivre ! si lui-même. . Oh! je serais perdue î ni pitié, ni pardon!... Malheureuse! c'est maintenant que j'expie ma faute!...
Elle s'était rapprochée du lit de son enfant. — Pauvre petite l innocente créature ! murmura-t-elle avec des larmes dans la voix. Ta
310 LA YIPÈRE.
uaissauce est un crime... mais seule je dois être punie! Quoi qu'il arrive, je ne t'abandonnerai pas ! Non, non, jamais!
En prononçant ces derniers mots avec une exaltation presque solennelle, Amélia, les mains jointes, la poitrine gonflée de sanglots, embrassa frénétiquement les cheveux longvS et dorés, le gracieux visage de sa fîlie endormie.
Mais soudain elle se retourne convulsivement : le bruit d'une porte qui s'ouvre a frappé son oreille. Elle regarde... la porte du cabinet était ouverte... un homme passait la tète par l'entre-bâillement...
Amélia jette un cri de terreur.
— C'est lui ! Ixobert Fox !...