SCÈNE V
CALFUCCI et LUCREZIA.
LUCREZIA *, allant h la fenêtre sans voir son mari.
Je suis sûre qu’il est encore là... devant la maison...
Eh bien! qu’est-ce que vous regardez donc?
LUCREZIA
Ah! vous étiez ici! rien, mon ami, rienl...
CALFUCCI.
Voilà plusieurs fois déjà...
LUCREZIA
Vous allez me faire une scène peut-être?...
CALFUCCI.
Non, je suis trop joyeux pour cela.
LUCREZIA
Et qui peut vous causer tant de joie?
CALFUCCI.
Tu ne le vois pas sur ma figure?...
* Lucrezia, Calfucci.
LUCREZIA
Ma foi non... je vous trouve toujours aussi... enfin, la même chose !
Eh bien! je vais tout te dire... Tu n’ignores pas, ma Lucrezia, que, malgré la félicité que je goûte depuis que tu es ma femme, il est encore en mon âme une espérance inassouvie.
LUCREZIA
Ah! encore?...
, CALFUCCI.
Ecoute-moi... Il paraît que, sans que nous nous en doutions, il existe à Bologne même un docteur...
LUCREZIA
Grand bien lui fasse! j’en ai assez... des docteurs!...
CALFUCCI.
Oh! mais celui-là, c’est bien différent. Il paraît que si le soleil épousait la lune...
LUCREZIA
Eh! que me fait le soleil et la lune? je refuse.
CALFUCCI.
Es-tu entêtée!... mais puisque c’est pour la dernière fois... c’est ce petit jeune homme qui vient quelquefois ici pour faire raccommoder sa mandoline... qui...
LUCREZIA
Ah! il est donc médecin?
CALFUCCI.
Mais non... mais non... ce n’est pas lui, c’est son parrain, le fameux Biondetto-Biondetti...
Enfin... êtes-vous certain ?...
CALFUCCI.
Certain ou non, madame !... j’exige que vous écoutiez ce savant homme!...
LUCREZIA
C’est différent... Du moment où vous parlez sur ce ton-là...
CALFUCCI.
Très-bien, mon petit mouton, très-bien.