La virilite chretienne
C'est un petit traité de psychologie surnaturelle que nous présentons aujourd'hui à la jeunesse catholique. Après avoir parlé, l'an dernier, devant les étudiants laïcs de l'Université de Louvain, de l'éducation du caractère en général, il nous a paru bon de revenir cette année sur cette question, et de l'envisager exclusivement d'un point de vue surnaturel.
La diîliculté, lorsqu'on traite des rapports de la nature et de la grâce en matière d'éducation, est de savoir ce qu'il laui donner à l'une sans rien enlever d'essentiel à Vautre ; de déterminer de façon précise à quelles conditions il est possible de devenir plus (( homme » à mesure que l'on devient plus « chrétien », et réciproquement.
Notre conviction est qu'avant d'être chrétien, et pour l'être, il faut réaliser l'idéal de l'honnête homme. Mais cette formule a besoin d'explication. Elle ne signifie nullement, comme d'aucuns ont paru le croire naïvement, que, fusqu'à un certain âge, il faille pratiquer exclusivement les vertus naturelles qui font l'homme honnête, et songer alors
seulement à devenir chrétien. Il n'y a pas en nous deux êtres distincts: Vhomme d'un côté et le chrétien de l'autre. C'est le même être qui, à la [ois et parallèlement, doit réaliser l'idéal humain et l'idéal chrétien. De [ait, un chrétien ne peut mener une vie pleinement humaine sans la grâce, mais la grâce doit d'abord l'aider à mener cette vie pleinement.
Evidemment, il doit s'appliquer à l'exercice des vertus surnaturelles, nmis ce doit être en premier lieu pour acquérir les vertus naturelles correspondantes, celles qui s'imposent à tout homme du seul chel qu'il est homme. Alors, mais alors seulement, il pourra songer à devenir un chrétien de caractère, et à construire solidement, sur le roc des énergies humaines, Védilice imposant de la grâce.
En rassemblant sous le litre de Virilité chrétienne les cnnlérences qui vont suivre, nous n'avons pas eu d'autre but que d'niiircr l'allenlion des {eunes gens sur ce point délicat, dont l' importance est manifate. Il est sans doute urgent de leur rappeler à tous que, par vocation, ils peuvent prétendre à devenir des « dieux ». Mais peut-être ne V était-il pas moins de leur rappeler que c'est à la condition de devenir des « hommes ».
M.-S. GiLi.ET. O. P.
Louvain, Septembre 1908.