LES ELEMENTS HUMAINS DU CARACTÈRE CHRÉTIEN VERTUS NATURELLES
Messieurs.
11 n'y a pas de caractère chrétien sans réalisation de ridéal chrétien. L'Idéal chrétien se réalise moyennant l'action surnaturelle. Celle-ci prend sa source dans les vertus chrétiennes, qui toutes exercent leur activité sous l'empire de la Charité! Quant à la Charité, nous avons insisté suffisamment sur ce point, elle procède de Dieu même. C'est un peu du cœur de Dieu qui bat pour Lui dans notre poitrine, et communique à nos sentiments de la profondeur et de l'étendue de l'amour divin. Ainsi armé pour Ja lutte, fort de la force même de Dieu, il semblerait que le chrétien n'ait rien à redouter de la vie, mais au contraire qu'il se fasse un jeu d'y entrer, et d'y devenir « un caractère ». C'est là en effet une opinion assez répandue dans un
certain monde, mais contre laquelle je liens à protester dès maintentant, tant je la crois fausse, et destructrice des meilleures énergies. Sans doute les vertus chrétiennes, considérées en elles-mêmes, sont d'essence divine, puisque infusées en nous par Dieu. Mais c'est surtout en nous, et non pas seulement en elles-mêmes, qu'elles doivent être considérées. Appelés, grâce à elles, à devenir comme Dieu, nous n'en restons pas moins des hommes. Bien que d'origine divine, elles sont implantées dans un organisme humain. Les effets auxquels elles aboutissent sont di\ins, mais la manière de nous en servir reste humaine. .J'ai donc le droit et le devoir, Messieurs, d'attirer votre attention làdessus, et de préciser devant vous ce que vous me permettrez d'appeler h les éléments humains du caractère cJirétien ».
Ul
-Ui début de nos entretiens, je vous ai parlé des dangers de VIdéalisme en matière religieuse. Le moment est venu de reprendre ce point de doctrine. En présence d'un Idégl aussi beau, aussi pur que l'Idéal chrétien, beaucoup d'âmes naïves, vous disais-je, s'imaginent vo-
Jontiers qu'il suftil de le regarder pour être a même de le réaliser; que sa vue supplée à tout. Rien de plus faux qu'une pareille théorie. Un Idéal, lût-ce l'Idéal chrétien, est par lui-même une lumière, mais encore un coup, ce n"est pas une force. Il nous attire, il nous provoque à l'action; mais il ne fait pas par lui-mêm£ que nous agissions. Bien au contraire, l'impuissance d'un Idéal est en raison dn^ecte de son élévation, lorsque par ailleurs nous n'avons pas en nous de quoi nous hausser jusqu'à lui. Sa vue est plutôt décourageante. Xous finissons tôt ou tard par lui tourner le dos.
Un Idéal divin à réahser appelle une force divine. Idée-lumière par la Foi, cet Idéal doit sous peine de stérilité, devenir une idée-force par la Charité. Ramenée à ces formules très simples, la question du « caractère chrélien » et de « l'éducation chrétienne » qu'il soulève, ne paraît pas compliquée. Aussi bien beaucoup s'y laissent-ils prendre. Voici à peu près leur raisonnement. Rien n'est impossible à Dieu; une force divine doit être de taille à remédier à toutes les faiblesses, et à vaincre toutes les difficultés. Or, la Charité et les vertus surnaturelles qui en dépendent, sont de la force divine mise par Dieu à notre disposition. Il importe
donc fort peu que nous soyons par nous-inème incapables de vivre en homme. Celte force divine, infuse en nous par Dieu, doit remédier à tout, et nous permettre de vivre comme des dieux.
Il y a dans ce raisonnement « simpliste » un sophisme latent qu'à tout prix nous devons révéler. La question n'est pas en effet de savoir si la force divine, en soi, et au sem'ce de Dieu, est toute- puissante, c'est lévidence même. Mais garde-t-elle celte toute puissance à notre service? Si Dieu s'était réservé, en nous donnant sa grâce, le soin d'opérer Lui-même notre salut, sans exiger de notre part aucune coopération, rien ne serait plus aisé que de vivre chrétiennement. Mais où serait le mérite? Le fait est que Dieu en a décidé autrement. Sans doute 11 nous a largement distribué sa grâce, mais à la condition que nous-mème nous l'utilisions. Sans doute encore Lui-même agit personnellement en nous, et avec nous, mais en adaptant, peut-on dire, son activité à notre manière d'agir: en nous laissant., sous son influx, le mérite de l'initiative, et de la liberté. Tout en faisant de nous des dieux. Il tient à respecter notre autonomie d'honnête homme. Les vertus chrétiennes sont de Lui: libre à nous cepen-
dant de nous en servir à notre profit ou à nos dépens. C'est très joli de compter sur la grâce de Dieu, mais Dieu compte aussi sur nous. Aide-toi et le Ciel t'aidera, dit le proverbe. Ce proverbe a raison. Moi-même, Alessieurs, je n'ai pas voulu dire autre chose, depuis trois ans que j'ai l'honneur de vous adresser la parole, lorsque j'ai soutenu «. qu'avant d'être chrétien et pour l'être, il faut vivre en honnête homme ». Cela ne signifie nullement que, jusqu'à un certain âge, il l'aille pratiquer exclusivement les vertus naturelles qui font l'homme honnête, et songer alors seulement à devenir chrétien. Vous êtes trop intelligents pour défigurer à ce point ma pensée.
Il n'y a pas en nous deux êtres distincts : l'homme d'un côté, et le chrétien de l'autre. C'est le même être qui, à la fois et parallèlement, doit réaliser l'idéal humain et l'idéal chrétien. De fait, un chrétien ne peut être un honnête homme sans la grâce, mais la grâce doit d'abord l'aider à devenir un honnête homme. Il doit s'appliquer évidemment à l'exercice des vertus chrétiennes qu'il a reçues de Dieu, mais ce doit être en premier lieu pour acquérir les vertus naturelles correspondantes, celles qui s'imposent à tout homme, du seul chef qu'il est homme, en
état de grâce ou non. L'expérience nous montre en effet que les ver(u> cliréliennes dépendent dans leur développement et leur régression — sinon dans leur origine — de la croissance et de la décroissance de ces vertus naturelles, que d'ailleurs elles surnaturalisenl. Originairement elles sont de Dieu qui nous les donne toutes faites le jour de notre baptême, et nous les redonne, quand nous avons eu le malheur de les perdre, au sacrement de pénitence. C'est encore Dieu qui les augmente directement en nous, en ce sens que le (( surnaturel » ne peut dépendre de nous au point de vue de sa production. Alai^. prenez-y garde. Messieurs, Dieu ne les augmente en nous qu'à })roportion de nos mérites ; et, comme nous ne méritons que par nos actes, c'est-à-dire par la coo])ération de toutes nos forces vives à l'action de la grâce, cela revient à déclarer que Dieu enracine en nous les vertus chrétiennes, ou permet qu'elles s'y déracinent, dans la mesure où nous les faisons servir ou non à l'acquisition des vertus humaines. Par vertus humaines, j'entends celles dont j'ai répété cent fois qu'elles rendent l'homme honnête, et que je continue d'appeler naturelles, bien que la grâce nous aide à les. acquérir, et les imprègne do divin, parce qu'en réalité, elles
ne dépassent pas le niveau de l'idéal humain, et qu'on peut supposer un état de nature dans lequel l'homme eût pu et dû se borner à leur acquisition.
Le plus bel édifice, s'il n'a pas de fondements solides, est à la merci du moindre coup de vent. Le chêne le plus fort, transplanté dans une terre trop légère, y dépérira. Pareillement les vertus chrétiennes réclament de fortes substructions humaines. Ce sont à coup sûr de merveilleuses plantes, puisque nourries d'une sève divine; mais, par rapport à nous, elles restent exotiques. Si donc, nous ne leur fournissons pas, dans la serre de notre âme, un terrain riche d'énergies naturelles, un humus consistant, le moindre coup de vent passionnel qui passera sur elles, les flétrira, ou les déracinera. Sous ces comparaisons familières se cache une forte doctrine théologique. Il est de foi, en effet, qu'un seul péché mortel nous dépossède de la grâce, et avec elle, de toutes les vertus surnaturelles. Mais comment comprendre que l'on puisse pécher mortellement quand on possède ces vertus, si l'on ne prend garde qu'à leur (( énergie » infinie, à leur caractère divin? Au contraire, si l'on admet que la manière de nous en servir est conditionnée par l'acquisition en
nous, et le développement parallèle des vertus naturelles, tout est clair. Le chrétien qui n'est pas en même temps un honnête homme, qui vit au jour le jour, et ne s'emploie pas à consolider sa bonne volonté par une volonté créatrice d'habitudes morales, de vertus humaines, s'expose à être malhonnête à tout bout de champ ; à pécher, c'est-à-dire à tomber à la moindre occasion, et à briser dans sa chute les vertus chrétiennes (]ui n'auront pas eu le temps de s'implanter en lui, de s'y enraciner, d'y mûrir, et d'y porter des fruits. Par contre l'honnête homme, celui qui se sert de la sève humaine, et de la sève divine tout ensemble, pour nourrir en lui toutes les vertus qui rendent l'homme honnête, qui poursuit sans cesse ce travail (Vèducaiion intérieure, dont chaque acte fortifie la volonté, et paralyse les mauvais penchants, celui-là prépare aux vertus surnaturelles qui font le chrétien de caractère, un terrain merveilleusement fécond, où elles pourront s'épanouir à l'aise, et produire au centuple les fruits divins.
§ I^ Telle est la théorie. \^enons-en maintenant à la pratique. Soit deux étudiants i)ris au liasard
dans cette assemblée. L'un est pétri de bonne volonté. Il en a même à revendre. Mais il esl laible par natm^e. De petites passions minent som-dement sa constitution morale. Il aime le plaisir, mais jusqu'au péché mortel exclusivement. Et, bien que dans ces limites quelque peu arbitraires, il s'en donne à cœur joie, c'est au fond un jeune homme pieux qui, au foyer, sous l'œil de sa bonne mère, et, au collège, sous la direction de ses maîtres dévoués, a appris a connaître Dieu, à l'aimer, et à le servir. Depuis qu'il est entré à l'université, il continue ses pratiques de piété, récite ses prières le matin et le soir, va à la messe chaque jour, se confesse et communie au moins tous les mois, peut-être plus souvent. Vous vous dites: voilà un excellent étudiant, notre modèle à tous. Vous avez mal vu ; vous n'avez vu que le dehors. Pénétrez avec moi à l'intérieur. Entre sa prière du matin et celle du soir, récitées vaille que vaille, et par routine, ce jeune homme a eu douze heures à sa disposition. Comment les a-t-il employées ? A ne rien faire, ou à faire des riens. Il devait travailler, il a remis cela à plus tard, au moment de l'examen. ïl devait éviter tel ou tel camarade, il n'a pas osé. Il devait en finir avec telle liaison dangereuse, il a préféré le flirt
La Virilité chréiienne. 14,
à la rupluie. 11 devait reporter à la bibliothèque un livre qu'il eût mieux fait de ne jamais ouvrir, et il l'a relu. Sa conscience d'ailleurs ne s'émeut pas outre mesure. Au lendemain d'une chute, il va se confesser dévotement, communie pieusement, et puis?... Et puis c'est après comme avant, une vie qui se traîne, du temps perdu, des énergies gaspillées, un avenir compromis. \'ous pouvez dire de ce jeune homme qu'il est chrétien, mais oseriez-vous soutenir qu'il est un chrétien de caractère? Habituellement il a à sa disposition les vertus chrétiennes. Quand il les perd, il les rachète en se confessant: un point, c'est tout. Ce n'est vraiment pas assez. Car ce jeune homme est le jouet des moindres tentations. Il aurait dû, la grAce aidant, construire pierre par pien-e, acte par acte, les contreforts naturels auxquels doit s'appuyer l'édifice chrétien. Au lieu de cela, il s'est contenté de bâtir sur le sable de ses quelques bonnes dispositions ; d'ajouter de temps en temps et un peu au hasard, une pierre à une autre, un acte d'énergie à un effort précédent, sans les joindre autrement que par le ciment très peu consistant d'une inlassable bonne volonté, et de quelques pratiques cultuelles. "Vienne \m jour d'orage, tout s'écroule en une minute comme
un château de cartes. Remarquez que la faute n'en est pas aux vertus chrétiennes, mais bien à ce jeune homme qui n'a rien fait ou presque rien pour s'en servir comme il convient, pour camper fièrement leur œuvre divine sur le roc des vertus humaines, pour asseoir le caractère chrétien sur l'homme de caractère.
Voici au contraire un étudiant sérieux, un éiudiant qui éluclie. Lui aussi est jeune, faible, et passionné. Lui aussi est pieux, et plein de bonne volonté. Mais, au lieu de se laisser vivre au gré des événements, il veut vivre malgré eux. D'abord il fait le bilan de ses ressources et de ses faiblesses. Puisqu'il a le bonheur d'avoir à son service la grâce divine, il l'utilisera, mais il l'utilisera de façon à lui préparer une masse compacte d'énergies naturelles, où puissent s'enraciner petit à petit les vertus chrétiennes, celles-là mêmes dont nous avons dit qu'elles font le chrétien de caractère. D'abord il étudiera, puisqu'il est d'abord étudiant. Il verra dans l'étude son devoir d'état, en même temps que l'expression de la volonté divine. L'étude deviendra en réalité la forme principale de sa prière, c'est-à-dire que toutes ses autres prières, et l'usage fréquent des sacrements, seront ordonnés à faire de lui un bon étudiant. L'é-
lude, poLirs^uivie avec cet esprit de foi, sera comme le centre de ralliement de loiiles les autres vertus. Non seulement son intelligence se disciplinera, mais sa volonté s'affermira. L'applicalion continuelle à l'étude creusera en lui le besoin d'étudier, et ce besoin en annihilera d'autres moins pressants, ou môme mauvais. Ses passions les meilleures viendront d'elles-mêmes se souder à cet idéal d'étudiant qui l'aura séduit et vaincu. Ayant acquis, par l'exercice, la vertu de sludiosité, il acquerra parallèlement toutes les autres. Et comme c'est finalement par amour pour Dieu qu'il agira ainsi, sa charité imprimera sa marque divine à tous ses actes. Entre les vertus naturelles qu'il aura acquises, et les vertus surnaturelles reçues, une fusion intime s'opérera. Ce que celles-ci donneront aux aulres en grandeur, les autres le leur rendront en durée. Alors ce jeune homme sera devenu à la fois et progressivement un homme, et un chrétien de cnractère. Son idéal avec l'âge pourra s'élargir. Après avoir songé à lui, il devra songer aux aulres. N'importe, il sera prêt à tout, à la seule condition de continuer ce travail d'éducation de soi-même. El il le continuera, puisque l'amour du devoir aura créé en lui le besoin de l'accomplir, et qu'en fin
de compte, il n'y a riea de plus délicieusement lyramiique que ce besoin.
A mon humble avis, Messieurs, on n'a pas toujours envisagé l'éducation chrétienne du caractère chrétien de ce point de vue. et c'est grand dommage. Xous avons trop compté sur le travail de la grâce, et pas assez "sur celui de la nature en harmonie avec la grâce. Xous avons cru que la grâce, tout comme le libre arbitre, est un principe absolu de vie morale, dont rien ne peut restreindre la souveraine efficacité, et qui doit avoir, dans tous ceux qui le pos'^èdent. du seul fait de cette possession, la même valein^ de vie. Loin de moi la pensée de rabaisser le rôle de la grâce dans l'œuvre d'éducation chrétienne. C'est au contraire pour lui donner toute sa mesure que je signale ce défaut de perspective, dans l'inteHigence de l'éducateur. Le fait est cependant que le meilleur moyen d'utiliser la grâce, c'est d'agir avec elle, comme si nous ne l'avions pas : c'est de nous en servir, sans compter uniquement sur ses ressources infinies : c'est de travailler grâce à elle notre nature, pour l'y enraciner ; c'est de viser à être pleinement homme, en vivant en chrétien (1). Beaucoup d'âm.eis s'illusionnent au point de
I. Je i^rie Dieu, disait S. Thomas, comme si j'attendais to'Jt de Lui, mais je travaille comme si j'attendais tout de moi.
croire que !a vie clirélienne se ramène à quelques pratiques exclusivement chrétiennes, comme de prier à jour et heure fixe, d'entendre la messe le dimanche, de iane abstinence le vendredi, de se confesser et communier au moins une fois l'an. Pas du tout. Ces pratiques sont des moyens de vie chrétienne , mais non la vie chrétienne. Un chrétien doit « pratiquer » pour vivre, et non vivre pour <( pratiquer ». Or la vie est avant tout un mouvement, le mouvement de tout notre être, de toutes nos puissances, pour s'assimiler un idéal divin, pour en imprégner tous leurs actes, pour faire rendre à la grâce, et à la nature sous l'influx de la grâce, et cela au centuple, la somme d'énergies divines emmagasinées par Dieu au plus profond de nous-méme.
Je signalerai encore en terminant une autre erreur qui se rapproche de celle-là, et dont les éducateurs, par suite d'une fausse éducation, sont souvent les victimes. Elle consiste à envisager la vie chrétienne surtout d'une façon négative. L'idéal, à leurs yeux, c'est de ne pas pécher mortellement. Car le péché tue l'âme. Sans doute, mais le meilleur moyen de ne pas mourir, c'est encore de vivre. Nous avons une foule de chrétiens juste assez fervents pour éviter le
péché mortel. Ils ne sont pas morts à la vie chrétienne, soit ; mais il n'en faudrait pas conclure qu'ils vivent chrétiennement. Tout au plus ils végètent. Ce sont des malades, et ils en ont toutes les faiblesses, et toutes les manies.
A'ous avez souvent rencontré de ces gens, Messieurs, dont toutes les préoccupations se bornent à éviter la moindre indisposition. Tous leurs efforts portent sur des précautions et des remèdes à prendre, de peur d'accident. Ils ne peuvent sentir un courant d'air. Leur estomac ne supporte que peu d'aliments. Ils ne boivent que de l'eau bouillie, consultent leur médecin trois ou quatre fois la semaine, sinon tous les jours; trouvent qu'il fait trop froid en hiver, trop chaud en été. Mais, avec un pareil régime, on ne vit pas, on meurt. On ne se meut pas, on s'immobilise. Notre siècle est rempli de ces neurasthéniques et de ces inutiles; et c'est miracle de rencontrer aujourd'hui des gens qui soient surtout préoccupés de vivre, au lieu de songer simplement à ne pas mourir.
Il en va, hélas î de même, au point de vue surnaturel. Aux yeux de beaucoup, le principal n'est pas d'acquérir, et de développer les vertus chrétiennes, mais de ne pas les perdre.
Et comme il existe des moyen? pratiques pour
cela, on les prend. On va à une petite messe le dimanche; on fait maigre le vendredi; on se confesse, et on communie à Pâques. Croyezvous, Messieurs, que le Verbe de Dieu se soit fait homme, ait souffert et soit mort sur une croix, dans le but de restreindre la vie de l'âme à ces quelques pratiques cultuelles? Jésus- C hrisi est mort pour nous infuser la vie, et non seulement pour nous empêcher de mourir. 11 a eu pour but de faire de nous des héros, des saints, et non des malades, des neurasthéniques. Allez à la messe le dimanche et en semaine ; faites maigre le vendredi : confessez-vous et communiez souvent. Mais, encore une fois, ne voyez là que des moyens de vie. Vivez d'abord, c'est-à-dire agissez. Agissez, c'est-à-dire, croyez, aimez, espérez : soyez des hommes et des chrétiens prudents, justes, forts, tempérants. Agissez, c'est-à-dire encore, ne gaspillez pas vos énergies, mais concentrez-les, groupez-les, faites-en un bloc qui aille toujours s'affermissant, et que rien ne piiisse entamer. Agissez, c'est-à-dire enfin, donnez-vous de toute votre âme à Dieu et au prochain: soyez dos hommes d'œuvres, si riches d'énergies divines et humaines que la source n'en puisse être tarie : soyez des hommo>; de votre temps, de votre siè-
de, acharDés à l'assainir, à le lortifier, à développer ses heureuses tendances, à paralyser les autres; soyez des hommes de conviction que le respect humain ne fasse pas reculer, mais que le besoin d édifier au contraire fasse aller de l'avant ; soyez en un mot des chrétiens de caractère, c'est-à- dire des fils de Dieu, n'ouhîiant jamais qu'ils sont des hommes, et que leur premier devoir, en agissant en Dieu, c'est de vivre en honnête homme.
n Cm. A