‹ La virilite chretienneChapitre 32 sur 48 · I. Gardeii, a.: Les dons du s. Esprit; Introduction · texte numérisé non relu

I. Gardeii, a.: Les dons du s. Esprit; Introduction

essayions de les analyser, de les résoudre, de jouir de leur sonorité, et de voir ceux d'entre eux qui s'adaptent le mieux à notre tempérament surnaturel ? En fait de concerts spirituels, je n'en connais pas de plus suave,, de plus intime, ni qui repose mieux des bruits du dehors, ou des angoisses du dedans.

§ II

Le don de crainte, qui conunence la série, n'a rien d'attrayant au premier abord. 11 semble plutôt qu'il rende une note funèbre, celle de la peur. Mais tout dépend de la façon de l'entendre. Une âme chrétienne, habituée à saisir les harmonies divines, ne se trompera jamais sur ce point délicat. Elle distinguera toujoiu^s entre la crainte de Dieu, qui est un don de l'Esprit, et ne résonne qu'à l'oreille attentive des justes, et la peur de Dieu, qui épouvante les pécheurs.

On rencontre parfois, dans le monde, de ces âmes privilégiées, qui ont au plus haut degré le souci de l'équité, et sont par-dessus tout respectueuses des droits d'autrui..\vant d'aimer,et d'obéir aux élans d'une charité ardente, elles sont surtout préoccupées de ne pas nuire, de ne pas poser un acte, esquisser un geste, ou prononcer

une parole qui puisse blesser quelqu'un. Et quand, au point de vue surnaturel, ^lles se trouvent en présence de Dieu, de tous ses attributs merveilleux celui qui les frappe le plus, et en quelque sorte les hypnotise, c'est l'attribut de justice. De là leur crainte d'y porter atteinte. Et cette crainte est un don de l'Esprit. Elle s'exprime par ses délicatesses infinies, et fait germer dans le cœur cette fleur exquise qu'on appelle le respect, et dont le parfum un peu sévère plaît tant à Dieu.

Le don de crainte appelle le don de force. En effet, l'âme qui craint Dieu,n'a plus peur de rien. Surtout elle n'a pas peur de vivre par peur de mourir. Je vous l'ai souvent fait remarquer, Messieurs, nous vivons à une époque d'anémie morale, où les grands caractères sont rares, où les forts sont clairsemés. Nos tempéraments maladifs ont pris le pas sur notre volonté, et l'ont étiolée. Nous nous mourons d'épuisement. Les moindres difficultés nous irritent. La vie chrétienne, ramenée à ses actes les plus simples, au devoir quotidien, nous trouve lâches. Nous ne sommes ni des chrétiens d'attaque, ni des hommes de patience. Oui remédiera à cet état de choses? A coup sur la vertu de force. Mais cette vertu même, que Dieu infuse en nous avec la

grâce, est si difficile à entretenir ; elle réclame tant d'énergie et de persévérance ! Aussi bien le Saint-Esprit met-il à notre disposition le don de force, qui aide puissamment à conserver la vertu et supplée à sa faiblesse, dans les circonstances difficiles. C'est principalement le don de force qui a fait couler le sang des martyrs, et les a mis à même de courir au-devant de la mort par besoin de vie. Ne demandez pas au Saint-Esprit de dresser pour vous l'échafaud. Messieurs, ni d'allumer le bûcher. Si le martyre vous tente, que ce soit d'abord sous la forme de la tâche quotidienne, du devoir à accomplir. Mourez, soit, mais a vous-même, à vos aises, à vos mauvaises passions, à votre amour-propre, et pour le reste, abandonnez-vous à Dieu.

Le meilleur moyen d'échapper à l'effroi qui pourrait naître de la crainte mal entendue, et de devenir -forts en face des difficultés de la vie, c'est encore de nous attacher à Dieu par les liens d'une piété solide et de bon aloi. Nous l'oiihlions lro|i ! Noliv piété gagnerait à s'étaler moins en surface, à s'ouvrir plus en profondeur. Trop d'intermédiaires nous éloignent de Dieu ; trop de formules nous voilent sa face. Il y a un proverbe qui dit : « Mieux vaut s'adresser au Bon Dieu qu'aux saints ! » Franchement ce pro-

verbe a raison, s'il s'agit du cuite à rendre à Dieu. Ne pensez-vous pas, Messieurs, qu'on ait de nos jours retourné l'adage, et qu'à force de s'adresser aux saints, on n'ait un peu oublié Dieu? Le don de piété vous permettra de remédier à cet état de choses. Si vous vous livrez â ses divines suggestions, il aiguisera en vous le sens de la prière, et vous fera mettre un peu plus d'ordre dans vos dévotions : Dieu d'abord, les saints ensuite. Ceux-ci sont trop intelligents et trop délicats pour vous en vouloir, et votre âme ne pourra qu'y gagner.

Toutefois il ne suLit pas d'être fort en ce monde, fût-ce d'une force divine. Toute force pour être vraiment féconde, a besoin être éclairée. Voilà pourquoi nous rencontrons le « conseil », parmi les dons du Saint-Esprit. Ne ressemblons pas. Messieurs, dans la lutte pour la vie, à ces chevaux de sang superbes, mais indomptés, qui ne supportent pas le frein, et vont donner de la tête contre le premier obstacle. Mettons un frein dans notre bouche, je veux dire un peu de lumière dans notre conduite. N'agissons pas à l'aveugle, sous le coup de nos instincts, de nos passions, de nos nerfs, simplement pour le plaisir d'agir. De la prudence et encore de la prudence ! C'est une vertu surnaturelle, mais c'est

aussi un don du Saint-Esprit. Certes les gens de zèle ne U)n[ pas délaul.D'où vient cependant que leurs efïorlb sont souvent stériles ? Cela lient en grande partie à leur manque de prudence. Ils ne s inspirent pas assez des conseils q^ue le Saint- Esprit suggère à toute âme ({ui l'interroge, et, l'écoute avant d'agir.

\'oici venir maintenant une autre série de dons, ([uil suffit parfois dénoncer pour dérouter bien des chrétiens. Je veux })arler des dons de science, d'intelligence et de sagesse. Ces g.rands mots nous effrayent. Nous en forçons le sens.

La science, en effet, dont il s'agit ici, n"a rien de commun avec la science humaine, philosophique ou théologique, qui est le privilège des docteurs. C'est une science divine, qui peut devenir le lot de tous les chrétiens. Le Dieu qu'elle poursuit, et qu'elle atteint, n'est pas le Dieu abstrait des philosophes, qui satisfait lespiit, mais ne parle pas assez au cœur. Au contraire le Dieu que recherche le don de science, c'est avant tout le Dieu bon, dont les traces sont sensibles dans le monde : l'Esprit d'amour, qui se penche sur les humbles, soutient les faibles, console les affligés, se fait tout à tous : le Dieu vivant et inconnu, qui nous cherche plus encore que nous ne le cherchons, qui jadis s'adrossait aux fou.les et

avait pitié d'elles, qui disait à ses apôtres : laissez venir à moi les petits enfants, qui s'entretenait avec la Samaritaine, pardonnait à la femme adultère, purifiait le cœur de Madeleine, ouvrait le ciel au bon larron. \'oilà le Dieu que nous fait découvrir le don de science, et dont tous nous pouvons constater en nous k présence aux effets qu'elle produit.

Cependant tout petit qu'il se fasse, et à raison môme de cette petitesse, ce Dieu reste mystérieux. Il s'enveloppe de voiles qui le dérobent à nos regards. Comment le Créateur a-t-Il pu tant aimer sa créature ; comment le Dieu terrible s'accommode-t-Il de notre pusillanimité : comment le Dieu fort prend-Il en pitié notre faiblesse ; comment la lumière éternelle jaillit-elle en face de notre aveuglement ; comment la \^érité même vient-elle remédier à notre ignorance? Autant de questions qui demeureraient insolubles, sans le don d'intelligence.

Ainsi que nous l'avons expliqué, Messieurs, ces dons du Saint-Esprit ne nous montrent pas Dieu, mais ils nous font deviner sa présence. Ils nous donnent sur sa vie intime et sur nos rapports avec Lui des intuitions spéciales, une sorte de certitude expérimentale. Le don d'intelligence, par exemple, est plutôt un flair qu'une vision. Grâce à lui nous sentons que notre Foi

n est point vaine, et nous devinons l'inanité des coups qu'on lui porte. Les persécuteurs d'autrefois s'étonnaient que de simples femmes, ou des enfants aux(juels ils tendaient des pièges, fissent à leurs questions de meneilleuses réponses. Sainte Catherine d'Alexandrie, à peine âgée de quinze ans, confondit par son assurance tous les philosophes qui s'allatpiaient à sa Foi. C'était l'Elsprit-Saint qui parlait en elle, par le don d'intelligence !

Aucun don ne nous est plus nécessaire aujourd'hui, dans une société où l'athéisme et l'incrédulité font tant de ravages. Aux sophismes du monde, aux ricanements de l'impie, aux sourires narquois du seclaire, il faut que nous répondions par des accents de Foi, où l'on sente passer cette superbe assurance que rien ne démonte, et qui est un don de l'Esprit.

Si la crainte est le commencement de la sagesse, elle n'est cependant pas la sagesse. Celleci est le don divin par excellence, pétri à la fois de lumière et d'amour. Fille est le don des Séraphins, de ces Anges qui répondent aux illuminations de Dieu par les flammes de la plus ardente Charité. Le sage, dans l'ordre surnaturel, ramène tout à Dieu, et s'explique tout par Dieu. A ses yeux, Dieu est le foyer incandescent dont les créatures sont autant de ravons.

Non que tout cela lui apparaisse avec évidence, mais il le devine, il en a l'intuition, l'expérience, parce qu'il aime. Sa charité lui permet de percer les voiles du mystère, et d'entrevoir, pardelà la région obscure de la Foi, le Dieu qui habite en Lui, et fait de son âme sa demeure. La charité du sage dilate son regard à l'infini, et le met à même de voir Dieu partout. L'égoïsme rétrécit le nôtre, et ne découvre Dieu nulle part. Si nous avions un peu de charité, comme tout changerait d'aspect! Alors nous comprendrions que le monde est incompréhensible sans Dieu ; que seul lamour de Dieu explique le monde, ses beautés comme ses ombres, ses joies comme ses souffrances. C'est voir les choses de haut que de les voir ainsi ; c'est se placer, pour les comprendre, au même point de vue que Dieu ; « c'est » être instruit par son onction, comme dit Saint » Jean, ce qui veut dire que l'âme, pleine de » l'amour de Dieu, se sent doucement et comme » onctueusement touchée par des lumières su- » périeures qui l'élèvent à une hauteur de vue )) qu'elle ne se connaissait pas ; à une pureté, à » une pénétration, à une domination de son re- » gard intellectuel, qui ne semble plus être de » cette terre (1). »

Page 1