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LA CONFESSION ET LES CONFESSIONS

Messieurs,

Entre la prière et les sacrements les rapports sont plus étroits qu'on ne serait tenté de se 1 imaginer. Convenons d'abord qu'une religion sans sacrements peut parfaitement se concevoir, alors qu'on se représente difficilement ce qu'il adviendrait d'une religion d'où la prière serait bannie. Mais, à cette différence près, la prière et les sacrements sont des exercices cultuels qui s'harmonisent le mieux du monde, et se prêtent un mutuel appui. Les sacrements sont comme la réponse de Dieu à la question posée par la prière. D'un côté, la prière s'identifie à l'effort vital par lequel l'âme chrétienne cherche à se mettre en rapport intime avec Dieu. D'un autre, les sacrements représentent autant d'efforts tentés par Dieu pour communiquer plus concrète-

ment avec nous. L'âme qui prie confesse qu'elle n'est rien devant le Tout- Puissant. Celui-ci, à son tour, en niellant à sa disposilion les sacrements, se sert de « presque rien » pour la faire participer à sa Toute- Puissance. En effet, les sacrements sont de simples signes sensibles, inslilués par le Christ, et destinés par Lui soit à nous donner la gràce,soit à raugmenter.il existe donc, de ce chef, un lien étroit entre les sacrements et la prière. Ce que nous demandons à Dieu dans la prière, Il nous laccorde dans les sacrements, et de la façon la plus conforme à notre nature, si nous ne pouvons penser, ni agir, sans recourir naturellement à des signes sensibles.

Du point de vue de l'éducation chrétienne du caractère auquel nous nous plaçons, deux sacrements en particulier doivent retenir notre attention, la pénitence et Veucharislie. Grâce à la pénitence, nous ressuscitons à la vie divine, lorsque nous avons eu le malheur de la perdre par le péché mortel, ou, tout au moins, nous nous guérissons de cette maladie de langueur dont le péché véniel porte avec lui le genne. Par l'eucharistie, nous entret-enons en nous la vie divine, nous l'y développons, en nous assimilant, sous foi'me de nourriture, l'auteur même de la vie.

Je m'en tiendrai aujourd'hui à l'analyse de la Confession, et m'efforcerai, après vous avoir indiqué en quoi essentiellement elle consiste, de vous expliquer pourquoi vos confessions, à vous, ne réalisent pas toujours pratiquement l'idéal de la Confession.

Au point de vue catholique, la Confession, ou sacrement de pénitence, est un exercice cultuel institué par le Christ. Le fidèle qui s'y soumet doit faire au prêtre approuvé par l'Eglise un aveu complet de ses fautes, tout au moins de ses fautes graves ; se repentir sincèrement de les avoir commises, et prendre la résolution de n'y plus retomber à l'avenir. A ces conditions seulement, il reçoit l'absolution des mains du prêtre, et s'en retourne purifié, sans autre obligation que d'accomplir la petite pénitence qui lui a été imposée.

On l'a très justement remarqué : « La Con- (( fession est une des formes de la purification « dont le fidèle sent le besoin quand il veut en- (( trer en rapport avec la divinité. Celui qui se (( confesse dépouille toute hypocrisie, et se voit « tel qu'il est ; sa corruption lui devient mani-

feste (1). » J'oserai ajouter que la Confession répond surtout à un besoin de jeunesse. S'il est vrai que les jeunes gens pèchent facilement, il est plus vrai encore qu'ils avouent facilement leurs fautes, et les regrettant, du moins les jeunes gens qui sont restés jeunes, et dont le vice n'a pas ridé l'âme ou blasé le cœur. Quoi de plus touchant, par exemple, que l'attitude naïve de l'enfant qui a désobéi « en cachette », et, à peine la faute commise, n'a pas de cesse qu'il ne l'ait avouée à sa mère !

Le jeune homme pèche facilement parce qu'il est jeune, et n'a pas encore eu le loisir de maîtriser ses passions naissantes, au moyen de vertus soHdes et durables. Mais à peine a-t-il cédé à la tentation que le besoin d'avouer son péché se fait sentir. Pourquoi ? 11 n'y a guère de criminels, même pai-mi les plus endurcis, qui tôt ou tard ne se décident à l'aveu de leurs crimes. Sans doute, quelques-uns le font par bravade, et comme pour porter un défi au sens moral ; mais c'est le petit nombre. La plupart cèdent à ce besoin naturel et impérieux de décharger leur conscience, même flétrie, d'un poids qui l'oppresse. Il leur semble qu'ils vomissent leur cri-

I. William Jamrs, V expiricme religieuse ; irad. Abauzil : Paris, Alcan, 1908, 2eé(lit.; p. 386.

me dans un aveu. Moins le criminel est endm'ci, plus facilement il avoue ; au contraire, plus le péché est volontaire, moins il est avouable. C'est là un fait d'observation. A la limite, c'est-à-dire lorsque la passion a plus de part dans la faute que la malice — et c'est le cas de la plupart des péchés de jeunesse — l'aveu jaillit spontanément du cœur. La confession sacramentelle, qui exige de la part du pénitent l'aveu de ses fautes, répond donc bien à un besoin de nature. Mais à qui faire cet aveu? Evidemment à Dieu que l'on a offensé. Vous remarquerez cependant que, sous cette forme, et en dépit des apparences, l'aveu est moins naturel. 11 est assez rare en effet que celui qui a offensé quelqu'un prenne direclement sa victime comme confidente de ses regrets. Le plus souvent nous avons recours à des intermédiaires pour les lui faire parvenir, surtout quand une grande dislance morale nous en sépare, et que la dignité de son caractère met d'autant plus en relief notre indignité. L'aveu suit ordinairement cette marche progressive. On commence par s'avouer sa faute à soi-même, puis on s'adresse à d'autres soi-même, et finalement, par eux, on airive è la personne que Ton a offensée. Dans la Confession sacramentelle, cette loi psychologique

de l'aveu est respectée. Entre Dieu et nous, il y a un inteniiédiaire, — le prêtre, — à qui Dieu, qui connaît les moindres exigences de notre nature et s'y prête, a confié le soin de recueillir nos péchés, et de nous les pardonner en son nom. D'une part, la majesté de Dieu en imposerait trop au pécheur ; d'autre part, le besoin d'avouer son péché le presse. Comment sortir de cette impasse sans l'intermédiaire du prêtre, qui nous rapproche de Dieu en étant lui-même plus près de nous? Cependant, il ne suffit pas d'avouer ses fautes. L'important est de s'en repentir. Voilà pourquoi une confession sans contrition ne se conçoit même pas. Sous ce rapport encore le sacrement de pénitence répond à un besoin des Aines jeunes qui se sont laissé prendre au piège du mal, mais veulent se reprendre. A moins de circonstances particulières, un jeune homme, aussi longtemps qu'il reste jeune, devient rarement un pécheur endurci, blasé, buvant le péché comme de l'eau, selon l'expression de l'Ecriture L'aveu spontané de sa faute est bienlôt suivi de repenlir. Même, et surtout lorsqu'il ne fait pas ce qu'il doit, il garde le sentiment de ce qu'il doit faire. L'amour a plus de prise sur son cœur que la haine. Et comme il lui arrive de pécher beaucoup plus

par faiblesse que par malice, l'amour, sous forme de repentir, le ressaisit bien vite.

Je n'insisterai pas sur les caractères particuliers que doit revêtir le repentir dans la confession sacramentelle. Vous avez appris sur les bancs du catéchisme, et ne l'avez pas oublié sans doute, que la contrition n'est point une simple formalité, mais doit être comme imprégnée de sincérité. A cette condition seulement elle aura de l'efficacité, et mettra le pécheur dans la disposition de tout sacrifier plutôt que de pécher gravement à l'avenir. Au surplus la contrition doit s'étendre à toutes les fautes que l'on accuse, du moins à toutes les fautes graves, et s'inspirer des motifs surnaturels. Ainsi un pénitent qui regretterait ses fautes uniquement à raison des déboires qu'elles lui ont causés dans sa santé, sa fortune, ou sa réputation ne serait pas en état de recevoir l'absolution. LHdéal est de regretter d'avoir oHensé Dieu parce qu'il est inliniment bon et digne d'être aimé. Alors la contrition est parfaite, et tire sa perfection de la Charité qui l'anime. Je voudrais que les éducateurs d'âme fussent plus préoccupés d'implanter au cœur des enfants et des jeunes gens cet amour de Dieu pour Lui-même et par-dessus toutes choses, que d'y éveiller exclusivement

des sentiments de crainte servile, ou de dégoût spirituel. II est vrai que le dégoût du péché et la. crainte des châtiments éternels sont des motifs suffisants de repentir au tribunal de la pénitence, et il est vrai encore que ces moiils sont de nature à impressionner les âmes jeunes. Mais j'ai peur précisément qu'il ne s'agisse là trop souvent que d'impressions, à un âge où l'imagination et le cœur du jeune homme sont impressionnés par tant d'autres choses qui lui font vite oublier le reste. Les jeunes gens sont plus accessibles encore à l'amour qu'à la crainte. Si de bonne heure on leur a inspiré un grand amour de Dieu, et un amour efficace, se traduisant au dehors par des actes de vertu, par l'acceptation loyale de la lâche quotidienne, il y a des chances que cet amour survive à tous les autres, les purifie, et nettoyé l'âme de ses fautes, au sacrement de la Pénilence. Do telle sorte que la confession idéale apparaît encore comme la plus pralique.

Reste à savoir maintenant. Messieurs, si, pratiquement, vos confessions répondent à cette confession idéale.

Parmi les étudiants qui se confessent, les uns

mettent au premier plan l'aveu de leurs fautes, et laissent la contrition à l'arrière-plan, un peu dans l'ombre. D'autres sont comme hypnotisés par la question du repentir, et, devant leurs rechutes continuelles, en viennent à douter de la sincérité de leurs aveux. Les uns et les autres finissent souvent par avoir la confession en horreur, faute d'en saisir la véritable portée, et par l'abandonner complètement. Je parlerai d'abord de ceux qui ne considèrent, dans le sacrement de Pénitence, que l'aveu de leurs fautes. Ils sont de deux sortes. Le plus grand nombre n'envisagent la Confession que sous son angle extérieur. A leurs yeux, elle n'est qu'un rite, une formalité, et, pour tout dire, une u recette pharmaceutique » que Dieu a mise à la disposition des âmes malades, des pécheurs. L'essentiel est qu'on y décharge sa conscience en faisant l'aveu de ses péchés; et cet aveu tient lieu de tout. Il y a, dans cette façon superficielle d'envisager le Sacrement, un certain pharisaïsme inconscient. La confession est une a ablution légale » d'ordre spirituel. On se confesse, non par besoin mais par routine, pour se soumettre à un rite, à une cérémonie cultuelle. La confession apparaît à coup sûr comme un moyen de purification, mais, ramenée à ces éléments simples,

elle devient un moyen si facile qu'elle ne remédie plus à rien, si môme elle n'est pas un encouragement au péché. Que de fois n'avez-vous pas entendu des jeunes gens de vie fort libre faire de ces réflexions, et le plus inconsciemment du monde : « Après tout, qu'importe ; j'irai me confesser, et tout sera dit ! » Il y a là un véritable danger contre lequel, Messieurs, je tenais à vous mettre en garde. On ne joue pas impunément avec la grâce de Dieu. Tôt ou tard l'abus des sacrements entraîne d'autres abus, contre lesquels il n'existe plus de remèdes.

Au nombre des jeunes gens pour qui la confession consiste principalement dans l'aveu de leurs fautes, on doit placer les scrupuleux, je veux parler de ces âmes inquiètes, impressionnables, nerveuses, qui, dans l'examen de leur conscience, à force de songer à elles-mêmes, oublient Dieu, et ne tirent aucun profit de leurs confessions. Le scrupule est une maladie au même titre que la neurasthénie, et la jeunesse surtout en souffre. Son diagnostic n'est pas des plus faciles à établir Toutefois on peut ramener les scrupuleux à deux catégories bien tranchées: les intellectuels et les sensibles.

Les scrupuleux inhdlectuels ont perdu le sens de la vérité pratique. Ils croient qu'un acte mo-

rai s'analyse comme un théorème de géométrie, ou se décompose comme une formule chimique'. Le besoin d'évidence hante leur esprit, et ce besoin ils le transportent dans la vie pratique. Persuadés qu'en pratique, ainsi qu'en théorie, deux et deux font toujours quatre, ils n'ont pas de repos qu'ils n'aient ramené leurs momdres pensées et leurs plus petites actions à tous leurs éléments constitutifs. Ils apphquent à leur examen de conscience les lois du calcul infmitésmial. De là cet état de fièvre où les jette la Confession, après laquelle d'ailleurs ils ne sont pas plus avancés qu'avant. Car rien ne prouve qu'ils aient tout dit, ni, qu'ayant tout dit, ils aient été bien compris. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que, découragés, ils renoncent à un remède qui ne remédie à rien. Les scrupuleux de cette catégorie se rencontrent principalement chez les étudiants en mathématiques ; mais i] s'en trouve aussi parmi les étudiants en droit, et en médecine, et jusque dans la faculté de Philosophie.

Au contraire les scrupuleux sensibles fréquentent surtout la faculté des lettres. Ce sont en général des jeunes gens impressionnables, à l'imagination ardente, aux nerfs fatigués. Ils deviennent scrupuleux non par raisonnement,'

mais par impression, sans savoir pourquoi. Souvent scrupuleux sur un point secondaire, ils sont extrêmement larges sur les points essentiels. La Confession pour eux est une torture. Très enclins aux confessions générales, ils ne sortent pas du labyrinthe de leur conscience. Le pas-sé les obsède. La plupart du temps ils jugent de leur état d'âme d'après les émotions sensibles qu'ils retirent des exercices cultuels. Ces émotions disparues, il leur semble qu'avec elles tout s'est en allé, la Foi y comprise.

Où est le remède à de pareils états d'esprit? Je n'en connais qu'un bon après la prière, et c'est l'obéissance. Les scrupuleux doivent reconnaître ou supposer qu'ils sont des malades, et s'abandonner comme tels à leurs confesseurs. Puisque le prêtre au tribunal de la Pénitence, lient la place de Dieu, et agit en son nom, qu'ils s'en remettent à lui de leurs difficultés. Cette soumission à la volonté de Dieu est préférable à tout, d'autant qu'au fond de tout scrupule se retrouve la volonté propre, le souci exagéré de soi.

Pour beaucoup d'étudiants, la question du repentir est une occasion de trouble plus encore que celle de l'aveu. Combien n'en ai-jc pas rencontré qui, après des confessions bien fai-

les, ou Ils ont apporté fous leurs soins, et fait passer tout leur cœur, constatant qu'ils n'avancent pas, retombent toujours dans les mêmes lautes, et, ne prévoyant pas de dénouement à cette sUuafon d'âme, finissent par se décourager A ceux-là surtout je voudrais laisser une parole d encouragemeni, et leur montrer ,.ue même dans ces cas de rechute, la confes'mn ■.sa raison d'être. Savent-,Is donc ce qu'ils deviendraient, s'ils cessaient de recourir au tribunal de la Pénitence ? Poussons même la chose a i extrême, et supposons qu'il s'amsse de jeunes gens longtemps dévoyés, et victimes d habitudes vicieuses invétérées, flan, ce cas la confession est à peu près le seul remède qui SOI encore à leur disposition, s'ils veulent à oui prix remonter- le coui-ant de la moralité Une habitude vicieuse se détruit en effet, comme elle s acquiert, par les actes répétés, mais par des actes contraires, bien entendu, et moyennanl la grâce de Dieu. Or, la confession pré- ; sente précisément ce double avantage Par l'a veu et le repentir de la faute qu'elle implique, elle es un acte destiné à en combattre le re- : four. Au surplus elle est un sacrement, c'e.t-à dire un moyen de recouvrer la grâce. Plus le : jeune homme „ vicieux „ se confessera - à la

seule condition d elre sincère dans ses confesgjons — plus par conséquent il aura des chances de guérison. Ses confessions répétées seront conune autant de points de coulure qui lui perinetlronl de réparer la déchirure faite à son âme par le péché. La grâce, ici comme partoul, aura donc pour premier effet de refaire la nature, de préparer à l'enracinement et au dévelopj)emenl des vertus surnaturelles un sol riche déjà de vertus naturelles, de reconstituer en un mot <( l'honnête homme » au profit du <( chrétien ). Dans ces conditions les exercices cultuels, entre autres la confession, nous apparaissent nettement comme de précieux moyens d'éducation morale. Un jeune homme ne peut les négliger sans compromettre gravement — et parfois définitivement — la formation de son caractère.

VINGT-QUATRIÈME COXFÉRENXE

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