PRÉFACE
Lorsqu'en 1879, l'Université de France, reconnaissant, après un recueillement de près de vingt années, les droits de l'Ophthalmologie renouvelée à une place dans l'enseignement officiel, décidait de donner accès chez elle à cette branche de la science, nous ne pûmes résister au désir d'apporter une contribution dernière à une œuvre dont nous saluions avec joie l'inespérée réalisation. Il nous parut — puisse cela n'être pas une présomption de notre parti — qu'il ne serait peut-être pas sans quelque utilité pour les nombreux élèves qui allaient se presser autour des chaires nouvellement créées, de leur offrir, comme simple répétition des savantes leçons qu'ils allaient entendre, la refonte en un seul tout de celles qui, de 1860 à 1870, avaient fait sur cette précieuse matière l'objet de notre enseignement privé , enseignement qui, évidemment, avait devancé l'heure.
Nous nous occupâmes donc de réunir et condenser, comme en une seconde édition dûment amendée et développée, les ouvrages et mémoires, tant originaux que de simple vulgarisation, publiés par nous durant la période déjà lointaine que nous venons de rappeler, et qui, en leur temps, servirent de base à ces leçons ; à savoir : notre Traité de la vision binoculaire (1860) , les Leçons sur le strabisme et la diplopie (1863), le Précis de la réfraction et de l'accommodation de l'œil (1865), et un nombre assez notable de mémoires sortis annuellement de notre plume sur les questions afférentes aux lois générales et nouvelles de l'oculistique.
La présente publication, sorte de résultante et d'intégrale des précédentes, offrira sous la forme d'un cours continu, théorique et pratique, composé de six chapitres et divisé en 38 leçons, le tableau du fonctionnement normal et pathologique, tant de la vision unioculaire (réfraction), que de la vision associée ou binoculaire.
Dans une première partie, nous nous mettons d'abord en règle vis-à-vis de la physique géométrique, fondement obligé d'une telle étude, en établissant sur des considérations nouvelles empruntées exclusivement à la physique pure (principe de l'équivalence des forces), la célèbre et féconde théorie de Gauss sur la
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réfraction sphérique ; cette théorie aussi pratique qu'élevée, et, déduite par lui de la haute analyse, est rendue ici accessible à tout esprit pourvu de connaissances mathématiques simplement élémentaires. Cette méthode nouvelle a fait, en août 1877, l'objet d'une communication à l'Académie des sciences.
Les seconde, troisième et quatrième parties sont consacrées à la physiologie et à la pathologie fonctionnelle de la vision uni-oculaire. Elles comprennent en outre Yoptométrie et Vophthalmoscopie théorique et, pratique. Cet ensemble reproduit, avec les amendements apportés par vingt années de critique appliquée, les questions traitées dans notre précis de la réfraction et de i accommodation de 1865, qui ouvrit la série des nombreuses publications, en notre langue, destinées à vulgariser et répandre en France les nouvelles conquêtes de l'ophthalmologie . Cette exposition se termine par un résumé de l'état présent de la science sur une question pleine d'actualité, le daltonisme ou aberrations du sens chromatique, questions dont de récentes études font prévoir la haute et prochaine influence sur la théorie môme de la composition de la lumière.
La cinquième partie traite de la physiologie de la vision binoculaire : ce chapitre s'ouvre par un résumé précis et méthodique des propositions-mères établies et développées dans notre traité de 1860, et ayant, pour objet le mécanisme de ce fonctionnement délicat et complexe, géodésique par l'un de ses aspects, sensoriel par ses autres attributs.
En opposition avec nos doctrines sur cette matière encore neuve, nous avons cru devoir présenter un résumé des théories collatérales écloses postérieurement à elles, de l'autre côté du Rhin, et qui y paraissent non seulement régner, mais môme exister seules ; et ce rapprochement constitue par lui-môme une œuvre en quelque sorte nouvelle, en apportant une interprétation française longtemps attendue des dernières parties du célèbre Traité d'optique physiologique de M. Helmholtz.
Or, c'est peut-être une illusion de notre part, et à coup sûr une grande audace ; mais à ce rapprochement quelque peu critique, notre conception première du mécanisme de la vision associée et de son principal attribut, la notion de la troisième dimension de l'espace, ne nous semble pas perdre autant que l'on pourrait penser.
Nous en appelons à cet égard à la lecture des leçons consacrées