‹ La vision et ses anomaliesChapitre 25 sur 213 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

L'œil étant très légitimement assimilé, dans son mécanisme producteur d'images, à un appareil lenticulaire centré, se trouve par là en présence de trois sortes d'aberrations ou défectuosités possibles :

L'aberration de parallaxe ou de distance, L'aberration de sphéricité ou de courbure, L'aberration de chromatisme ou de réfrangïbilité. Nous allons les étudier successivement.

§ 89. — Aberration de parallaxe ou de distance.

Et d'abord, qu'entend-on, en optique physiologique, par aberration de parallaxe?

Chacun sait qu'une image nette étant formée sur un écran au moyen d'une lentille collective, cette image devient aussitôt confuse, pour peu que l'on éloigne ou que l'on rapproche l'objet de la lentille. Pour conserver la netteté de l'image, on est obligé d'éloigner l'écran de la lentille à mesure que l'objet s'en rapproche et vice versa.

Or, dans l'œil, la lentille parait, à première vue, constante de forme et de position; d'autre part, l'écran destiné à recevoir l'image ne paraît pas moins invariable dans sa distance à la lentille. Comment l'œil réalise-t-il donc cette condition de procurer des images nettes aux distances les plus diverses?

La réponse à celte question est dans la proposition suivante.

§ 90. — Il existe dans l'œil une faculté d'adaptation aux distances variables.

Que nous puissions voir très nettement à des distances variables, c'est un fait sur lequel nous n'avons nul besoin d'insister : ebacun en a suffisamment conscience.

1El ùN<] DES ABERRATIONS OPTIQUES. 107

Le champ visuel, considéré clans son sens antéro-postérieur, a donc deux limites: l'une, distante; l'autre, rapprochée.

Dès 1759, Porterfleld avait montré que l'œil humain, quand il ne déploie aucun effort {indolent state) (voy. § 78), se trouve tout préparé pour la formation des images d'objets situés à l'horizon; il est naturellement adapté pour le parallélisme des rayons incidents. Sa limite éloignée est donc à l'horizon ou à l'infini.

Mais, au fur et à mesure que les objets se rapprochent, l'œil peut continuer à les percevoir nettement, seulement, il est vrai, jusqu'à une distance propre à chacun, et avec la production d'un certain effort. Cette limite, variable avec l'âge et d'autres conditions que nous étudierons, est dite le punctum proximum.

Chez l'homme adulte de vingt-deux- ans, cette distance est, en moyenne, de 4 pouces ou 11 centimètres.

Pour la commodité des calculs, nous prendrons l'homme à vingt ans, et sa limite rapprochée à 10 centimètres, suppositions très peu distantes de la réalité dans la généralité des cas.

Comme dans le passage de l'une de ces limites à l'autre, le globe oculaire, très scrupuleusement observé, ne témoigne d'aucune espèce d'altération dans sa forme ; que, d'ailleurs, dans le voisinage de la limite inférieure, chacun a la conscience de la production d'un effort; il est nécessaire que l'organe éprouve, et même exécute enlui-même, certaines modifications en rapport avec ce résultat.

[Nous ne pouvons nous empêcher de reproduire ici les remarquables propositions formulées, dès 1759, par Porterfleld.

« L'œil, dans son état naturel, est adapté pour les objets éloignés; il ne peut voir distinctement les objets rapprochés que par un effort conscient et volontaire , en vertu duquel se contracte le ligament ciliaire, qui se trouve ainsi dans un état de violence.

"Veffort nécessaire pour amener la contraction de ce ligament est la cause pour laquelle les yeux sont si vite fatigués par l'application de la vue de près.

La raison pour laquelle nous ne pouvons voir instantanément, soit de près, soit de loin, est qu'un certain temps est nécessaire pour adapter l'œil à une distance donnée.

Tout ce qui affecte le ligament ciliaire doit aussi affecter notre vue. » (L'auteur cite deux observations médicales dans lesquelles il a su distinguer une paralysie, ainsi qu'un spasme ou contracture du ligament ciliaire; ce passage serait une belle introduction au chapitre des affections de l'accommodation.)

Une expérience concluante met ces faits en toute évidence.

a) Expérience des deux épingles de Porterfleld. — Si l'on vise à\tn seul œil deux épingles alignées et plantées sur une règle à des dis-

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