LEÇON.] DE L'ACCOMMODATION
Dans l'œil physiologique, il n'existe donc aucun mécanisme qui éloigne l'écran rétinien de l'appareil dioptrique.
b) L'accommodation n'a pas lieu par le déplacement en avant, et en masse, du cristallin. — Si la rétine ne s'éloigne pas du cristallin poulies besoins de l'accommodation, réciproquement, le cristallin ne g'éloigne pas davantage de la rétine.
La lentille oculaire étant suspendue en équilibre entre deux liquides contenus en espaces clos (humeur aqueuse, — humeur vitrée), ne pourrait changer de place et être transportée, en masse, en avant, sans comprimer ou déplacer l'humeur aqueuse. Mais celle-ci, en 'sa qualité de liquide, est incompressible et, d'autre part, nulle communication anatomique n'existe entre elle et le corps hyalin. Le cristallin ne saurait donc se mouvoir dans un sens ou un autre sans éprouver en même temps, une altération dans sa forme.
Une autre preuve de cette impossibilité est fournie par l'analyse des déplacements des images par réflexion fournies parles surfaces du cristallin pendant l'acte fonctionnel de l'adaptation. L'observation et la mensuration de ces modifications catoptriques, que nous verrons plus loin apporter la démonstration directe du mécanisme de l'adaptation, donnent en même temps la preuve indirecte du point de théorie que nous établissons en ce moment. Dans la séance de l'Académie de médecine {Bulletin du 28 décembre 1875), pressé sur les détails de ce beau mécanisme, dans une discussion assurément superflue, nous avons été conduit à chercher par le calcul de combien il faudrait faire avancer le cristallin en masse et sans altération de sa forme, pour produire, dans l'image catoptrique fournie par sa surface antérieure, un changement de grandeur comparable à celui fourni par l'observation.
Helmholtz avait déjà demandé au calcul quel pourrait bien être l'effet produit sur la grandeur même de cette image par un déplacement en masse de la lentille, égal au mouvement partiel constaté dans la position du sommet de sa courbure antérieure, et il avait trouvé que cette image ne serait pas réduite de plus d'un quarantième de sa dimension primitive; quantité tout à fait inappréciable, même a la loupe.
lienversant la question, nous avons cherché quelle étendue il faudrait supposer au déplacement du cristallin pour produire, dans limage, une modification de l'ordre de grandeur de celle observée, ffm est des quatre dixièmes, soit de près de moitié. Or, nous avons trouve que si le cristallin était rapproché de la cornée jusqu'au contact avec cette membrane, c'est-à-dire, déplacé de 4 millimètres au heu de 4 dixièmes de millimètre, l'image n'aurail encore varié que dans le rapport de 1.34 à 1, c'est-à-dire subi une diminution du
CIRAUD-TKUI.ON. — |,A VISION.
quart seulement de sa valeur première; or, dans cette hypothèse, la chambre antérieure aurait disparu. Pour obtenir l'identité des variations (4 dixièmes), il faudrait disposer d'une chambre antérieure double en profondeur de ce qu'elle est réellement, et en faire parcourir toute rétendue au cristallin.
c) L'accommodation n'est point produite par l'iris. Il/de de celle 'membrane. — Entre la cornée et le cristallin, les deux lentilles oculaires, nous rencontrons l'iris. L'iris dont les mouvements sont isochrones avec les phases de l'accommodation, ne serait-il pas l'agent de cé mécanisme inconnu ?
Cette hypothèse a, naturellement, été soutenue, et l'une des premières; nous ne jurerions pas qu'on ne lui trouvât encore des partisans.
Comme explication de son prétendu mécanisme, on avait avancé que l'iris jouait dans l'acte de la vision le rôle des diaphragmes dans nos instruments d'optique. Ce diaphragme avait pour objet, disait-on, de retenir les rayons périphériques et de contribuer ainsi à la correction de l'aberration de parallaxe comme à celle de sphéricité.
Les auteurs de cette hypothèse ne remarquaient pas que, pour venir en aide à l'accommodation rapprochée, c'étaient les rayons périphériques que le diaphragme eût dû laisser passer à l'exclusion des rayons centraux. Quand cette objection capitale se produisit, on supposa alors, pour justifier l'hypothèse première, que, dans le cristallin, l'aberration de sphéricité avait lieu en sens inverse de ce qu'on l'observe dans les lentilles inorganiques. Mais, indépendamment du péril d'une telle argumentation, où des hypothèses nouvelles sont appelées à justifier de précédentes hypothèses, on aurait pu simplement observer : qu'avec des degrés très difi'érents d'ouverture pupillaire, on voit nettement en des instants différents, c'est-à-dire lors d'éclairages variables, à midi et au crépuscule, par exemple, les mêmes objets et aux mêmes distances.
Mais de Grœfe a donné une observation, et d'autres analogues on] été rapportées depuis, — dans laquelle était contenue l'indépendance de l'accommodation par rapport à l'iris. Dans un cas de traumatisme oculaire, suivi d'aniridie complète, l'accommodation était demeurée intacte.
Ajoutons que, dans cette même expérience, on a constaté que, pendant l'accommodation rapprochée, les procès ciliaires, auxquels M. Rouget de MonLpellier avait attribué un rôle compressif sur le cristallin, ne sont jamais mis en contact avec la lentille, pas plus d'ailleurs que le muscle ciliaire lui-même.
Gortelu&ion : — D'après cela, il faut penser que c'est la force réfringente même du système dioptrique qui doit, par ses modifications
LEÇON.] DE L'ACCOMMODATION. Ho
répondre aux nécessités de l'accommodation de l'œil aux distances.
Or, ce système dioptrique se compose de quatre éléments que nous pouvons, sans rien compromettre, supposer réduits à deux : l'un homogène ou quasi-tel :
La cornée réunie à l'humeur aqueuse.
Le second composé du cristallin et de l'humeur vitrée.
La modification du système ne peut porter que sur l'un de ces deux éléments ou sur tous les deux à la fois.
C'est ce que nous allons rechercher.
Commençons par la cornée.
§ 92. — Du rôle de la cornée dans l'accommodation. — L'accommodation n'est point amenée par un changement de courbure de la cornée.
Les expériences catoptriques. de Young, de Haldat, Max Langenheck, Cramer, Helmholtz ont fait voir que les images par réflexion d'un objet brillant dans la cornée ne variaient ni de forme ni de position, ni d'étendue pendant le passage de la vision distante à la vision rapprochée. (Voir au § 93 le mécanisme des images de Purkinje et de Sanson.)
La cornée est donc invariable de forme pendant l'exercice de l'accommodation. Une expérience très ingénieuse de de Haldat avait, dès le commencement de ce siècle, écarté la cornée du nombre des' organes pouvant, par une modification active de leur forme, apporter un changement dans l'état de l'adaptation.
Emprisonnant la cornée entre l'humeur aqueuse qui la baigne à l'intérieur, d'une part, et au dehors, une couche d'eau contenue dans un tube terminé à son extrémité close par un verre à surfaces parallèles et d'une courbure modelée sur celle de la cornée, de Haldat annula par cette disposition les effets du fonctionnement de cette surface comprise ainsi entre deux milieux réfringents de valeur égale. Or, en cet état, il constata que l'oeil pouvait toujours s'adapter aux distances variables des objets.
La cornée ne saurait donc jouer aucun rôle actif dans l'accommodation.
§ !«. — Rôle du cristallin dans l'accommodation.
Le cristallin est-il le siège de la modification cherchée 9
o) L'accommodation n'a plus lieu en l'absence du cristallin - Le
Fôle du cristallin comme agent actif de l'accommodation a été soup -
ǰnne des longtemps.
Descartes, le premier, e» proposa l'idée et imagina même avec
1,6 DES ABERRATIONS OPTIQUES. |6e
une.parfaite prévision le mécanisme qui devait être finalement re4 connu pour le véritable. Mais ce n'était là qu'une vue de l'esprit, et les éléments anatomiques qui devaient, suivant lui, entrer dans Je jeu de cet organe ont été reconnus plus lard être de nature très différente de celle que leur attribuait l'illustre philosophe.
Au commencement de ce siècle, Young reprit l'idée de Descaries ; mais obligé d'abandonner les prétendues petites cordes ( vaisseaux et nerfs ciTiâires) qui devaient tirer sur le cristallin pour en changer la forme, il investit les propres fibres du cristallin d'une énergie musculaire propre à lui permettre de modifier lui-même ses courbures. Cette hypothèse tomba, comme celle de Descartes, devant les acquisitions anatomiques de ce siècle.
Le doute continua donc à envelopper celte question jusqu'à l'intervention de Donders et de son école.
Ce savant, expérimentant sur le fonctionnement visuel d'un jeune homme récemment et heureusement opéré de cataracte aux deuxyeux, établit les faits suivants :
Avec des verres de (3" 72ou 10"), placés à cinq lignesen avant dél'œil ce jeune homme voyait rond et parfaitement net un point lumineux de cette même forme, situé à grande distance. En cet état, provoquait-on, en cachant à l'un des yeux ledit point lumineux, une convergence plus ou moins grande des axes optiques, l'autre œil, demeuré en rapport avec le point lumineux existant, le voyait toujours net, sans altération sensible. Or, on sait que la convergence entraine sympalhiquement à sa suite l'effort accommodatif. Mais dès qu'on éloignait ou que l'on rapprochait la lentille, fût-ce de 1/4 de pouce, le point lumineux changeait sa forme circulaire pour une des modifications du cercle qu'amène l'astigmatisme, à savoir une ellipse.
Dans un autre cas de môme ordre, Donders constata que le même point rond lumineux éloigné, étant vu nettement au moyen d'une lentille donnée, la forme ronde faisait place à l'une des formes de l'astigmatisme par la simple addition à la première lentille d'un
verre de -f^ ou -± ! j «■
De toutes ces expériences revérifiées depuis par d'autres observateurs, le physiologiste d'Utrecht put donc conclure avec assurance, « qu'en l'absence du cristallin, il n'y a plus trace du pouvoir accommo- « datif. »
b) Le cristallin est le sièf/e de l'accommodation. — Démonstration directe. — L'accommodation de la vue aux objets rapprochés est procurée par une modification que subit le cristallin. Celte modification consiste, en ce que sa surface antérieure devient notablement plus convexe, cl se rapproche de façon assez marqué!
tEÇON.l DE L'ACCOMMODATION. 117
de [a cornée, pénétrant par son sommet dans la chambre antérieure et chassant sur les rôles l'humeur aqueuse déplacée. Pendant ce mouvement, la surface postérieure, dont la concavité antérieure augmente un peu de courbure, ne se déplace point.
La démonstration directe de cette proposition est fournie par l'observation des images amplifiées de Purkinje et Sanson. On sait que, sous ce nom, on désigne les images que donnent par réflexion d'un objet brillant, la surface de la cornée, la surface antérieure et la surface postérieure du cristallin (§ 216, leçon 14e). De ces trois images, les deux premières sont droites, la troisième est renversée.
Fïg. 31.
La figure 31 montre ce que deviennent ces images pendant le passage de la vision distante à la vision de près.
Des situations relatives qu'elles occupent dans la vision indolente, représentées dans la figure A, elles arrivent à occuper celles indiquées dans la figure B, lors de l'accommodation rapprochée.
A représente leur situation dans l'œil accommodé à distance; B, dans l'œil adapté pour la vision rapprochée. Dans les deux figures, a, est l'image réfléchie par la cornée; b, celle de la surface antérieure; c, celle de la surface postérieure de la lentille. Dans la figure B, on remarque que l'image b, est notablement plus petite et qu'elle s'est rapprochée de l'image cornéenne a'; ce qui implique une augmentation de la courbure de la surface correspondante du cristallin. Helmholtz, perfectionnant ces expériences par l'application de l'ophtalmomètre a reconnu , en outre , un changement analogue dans l'image c, mais peu marqué relativement. La surface postérieure de la lentille devient donc quelque peu plus concave en avant; mais, la différence est légère. Quant à l'image cornéenne, elle demeure absolument invariable de grandeur et de situation.
(Voir pour plus do détails noire, article : Accommodation du Dictionnaire en cyclopêd iq'ue.)
Pendant ce mouvement, on voit l'iris s'avancer dans la chambre antérieure en rétrécissant son orifice central (pupille). 11 coiffe plus
étroitement la courbure antérieure du cristallin ; mais ce mouvemenl en tant que déploiement d'activité, ne dépasse pas les limites de h
ffr.iuv/s.ori
Eie. 32.
La fig. 32 représente ces modifications. 11.
A. Schéma de l'œil accommodé.
B. Schéma de l'œil à l'état indolent. 12. 1.2.3.4.5. Cornée et ses couches principales. 13.1