ILL OSIONS OPTIQUES DIVERSES
§ 182. — Critique de ces opinions.
Ces conclusions sembleraient assez légitimes si, en fait, dans les conditions auxquelles elles s'appliquent, nous nous occupions d'apprécier des valeurs angulaires. S'il s'agissait, dans l'espèce, d'un ingénieur ou d'un homme spécial appliqué à une estimation d'angles, nous le verrions, en effet, fermer un œil, et avec Vautre comparer, comme il vient d'ôti'e dit, des angles dièdres.
Mais quand les yeux fonctionnent en association, c'est-à-dire dans la vision binoculaire ou naturelle, celle qui, seule, crée chez nous l'habitude invoquée par M. Prompt, nous ne pouvons plus apprécier lesdits angles, au moins comme on le fait en géométrie plane. Tout angle réel, dans l'espace, présente pour chaque œil une mesure différente, et de leur concours i-ésulte, non l'estimation des angles d'un triangle, par exemple, mais la notion de la localisation dans l'espace de ses trois sommets.
Dans la vision binoculaire ou naturelle, nous ne relevons donc point d'angles ; nous sentons leurs sommets là ou ils sont, ainsi que les directions mêmes de leurs côtés dans l'espace, et non des projections planes. Il ne peut donc nous demeurer de l'exercice de la vision naturelle, aucune habitude quant à la mesure, même, inconsciente, des angles.
Si maintenant nous revenons aux dessins de Hering et de Zôllner, l'illusion, si propre à intriguer, que nous offrent ces figures, reçoit-elle véritablement quelque éclaircissement de la nouvelle forme que l'on vient de lui donner, en la rapportant à « la propriété, inconnue dans sa cause, qu'auraient les angles aigus de paraître plus grands qu'ils ne sont réellement. »
Nous appuyant sur cette sensation (celle produite par l'angle aigu), nous devrions dire :
L'ensemble formé par l'une des longues parallèles et les petites obliques qui la coupent, représentant une bande plus ou moins large, ainsi que fait de son côté la longue bande centrale, l'augmentation apparente et inconsciente de l'angle aigu formé par ces lignes entre elles fera prendre une inclinaison apparente à la bande centrale, et n'affectera pas la direction parallèle des petites obliques parallèles.
Ainsi, dans les dessins de Hering, la bande centrale A paraîtra élargie en son centre, et la bande B, au contraire, étranglée.
Et dans les figures de Zôllner, les parallèles A et B sembleront écartées par en haut; les parallèles B et C, au contraire, rapprochées.
Mais en quoi sommes-nous plus avancés en présentant sous cette nouvelle forme le phénomène en question, si nous ne pouvons comprendre, ni pourquoi, ni comment, l'angle aigu parait plus grand; ni comment, dans cette circonstance, ce sont les grandes parallèles qui doivent être influencées et non les petites?
Par quel lien l'une ou l'autre de ces circonstances se rattache-t-elle à la proposition souveraine de la métaphysique allemande?
« Dans les perceptions sensorielles, toutes les différences nettement perceptibles paraissent plus grandes que les différences égales à celles-ci, mais plus difficiles à percevoir. »
Pour notre compte, nous ne le voyons pas.
il parait, du reste, que l'illustre physiologiste de Heidelberg n'a lui-même qu'une confiance limitée dans cet ordre d'arguments; car il abandonné la considération exclusive dus apparences capricieuses de l'angle aigu, ne croyant pas hors de propos tte Pousser ses recherches dans une antre direction.
Quelques faits expérimentaux additionnels, portant sur ces mêmes dessins do Hering et de Zôllner, lui suggèrent, eu effet, «le nouveaux aperçus.
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Ainsi l'illusion produite par les bandes de Zollner disparaît ou plutôt ne se produit pas, si l'expérience est faite à la lumière d'une étincelle électrique. Il en est de même si, l'observation ayant été faite avec une absolue immobilité du regard, on cherebe à retrouver les mômes apparences dans la contemplation des images consécutives; l'illusion ne se produit pas; le parallélisme des lignes se maintient partout.
Ces faits suggèrent à M. Helmholtz la pensée que le faux jugement porté dans ces circonstances pourrait bien se rattacher aux mouvements du regard.
Des expériences directes très curieuses viennent, en effet, à l'appui de cette dernière conclusion, sans pourtant jeter un grand jour sur le mécanisme cherché.
« Si l'on promène, dit M. Helmholtz, une pointe d'épingle ou de crayon perpendiculairement à la direction des bandes parallèles de Zollner, et parallèlement à leur plan — ou bien que, la pointe demeurant immobile, on promène en sens inverse le plan contenant le dessin, le regard étant d'ailleurs bien arrêté sur la pointe du crayon ou de l'épingle, la figure affecte un mouvement étrange. Les bandes du rang impair s'élèveront pendant que celles de rang pair descendront; et réciproquement, quand le mouvement change de sens. »
« L'élévation a lieu pour celles des bandes dont les croisillons obliques vont, par leur extrémité la plus basse, à la rencontre du point fixé par le regard. »
M. Helmholtz ajoute : « Ces extrémités supérieures des bandes montantes s'inclinent sur le côté regardant la pointe fixée par le regard, et exagèrent ainsi l'inclinaison caractéristique de l'expérience première. »
Notre observation ne nous a pas paru confirmer celle du savant physiologiste. Pour nous, l'inclinaison première se conserve pendant toute la durée du mouvement.
Quoi qu'il en soit de ce détail, ces expériences permettent de concevoir que dans l'illusion dite des bandes de Zollner, le mouvement du regard peut jouer un certain rôle. M. Helmholtz admet donc cette cause en concurrence avec l'agrandissement apparent de l'angle aigu.
A notre sens, ou plutôt, si nous nous abandonnions à notre instinct, cette dernière cause, le mouvement du regard, aurait en sa faveur autant de possibilités obscures que l'agrandissement de l'angle aigu parait réunir d'objections positives. Mais toute relation directe manque encore entre le mouvement du regard et le déplacement, soit en haut, soit en bas, des parallèles de Zollner, et « fortiori avec leur inclinaison mutuelle.
Car nous ne pouvons admettre avec M. Helmholtz que ces difficultés soient résolues par les considérations qui suivent :
« Ces circonstances donnent lieu, pour les directions des lignes et pour les distances, à une sorte de contraste dont l'effet est analogue à celui étudié déjà au sujet des intensités lumineuses et des couleurs. Les différences entre les directions à peu près semblables paraissent augmentées; en coupant une ligne par un ou plusieurs traits obliques, on la fait paraître s'inclinant en sens inverse de ces traits. L'hypothèse de Th. Young permettait de ramener les phénomènes de contraste des intensités lumineuses et des couleurs à la comparaison d'excitations différentes quantitativement, mais qualitativement égales. Si l'on se représentait les signes locaux des fibres rétiniennes comme étant les sensations de deux qualités répondant à deux direction! quelconques de coordonnées, et dont l'intensité varierait d'une manière continue dans la surface, on pourrait ramener les contrastes des directions aux mêmes particularités de la distinction des intensités delà sensation, que le contraste des couleurs. » (Helmholtz, p. 731.)
Considérations qui placent, en définitive, les phénomènes curieux dont nous venons de nous occuper sous la loi qui tient déjà sous sa dépendance — suivant l'illustre professeur — tous les phénomènes de contraste, cette loi déjà citée par nous, et à laquelle, par respect, nous nous abstiendrons de joindre aucun adjectif :