‹ La Vitesse de Circulation de la Monnaie et les Variations de son Pouvoir d'Achat: Contribution à l'Étude d'une Théorie RéalisteChapitre 13 sur 59 · LA VITESSE DE CIRCULATION FACTEUR DE L'UTILITE DE LA MONNAIE · texte numérisé non relu

LA VITESSE DE CIRCULATION FACTEUR DE L'UTILITE DE LA MONNAIE

La fonction de la monnaie est d'être dans la circulation, c’est-à-dire qu'elle est achetée pour être revendue ou plutôt échangée à nouveau, et non pour être consommée. Après avoir servi à une transaction entre deux contractants, elle ira quelques instants après, rendre les mêmes services à d'autres, puis à d'autres encore sans fin. Jean-Baptiste Say la compare à une voiture chargée du transport des produits ; il faudrait ajouter qu'il s’agit d'un déplacement juridique et d'un véhicule qui ne se détériorerait pas tout au moins d’une manière appréciable.

Et puisque le travail utile d’un agent de transport est déterminé par sa contenance et le nombre de voyages effectués dans un temps donné, on peut dire aussi que le travail utile de l'unité monétaire est fonction du nombre d'échanges qu'elle à permis d'accomplir pendant une période donnée.

On arrive ainsi à la définition de la vitesse de circu-

lation : «LE NOMBRE DE PAIEMENTS EFFECTUÉS PAR L'INTER-

MÉDIAIRE DE L'UNITÉ MONÉTAIRE DANS L'UNITÉ DE TEMPS ». En mécanique, on appelle travail d’une force le produit qu’on obtient en multipliant cette force par le chemin qu'elle fait parcourir. Ce produit représente en. effet d’une manière exacte ce que dans le langage ordinaire on entend par l'expression quantité de travail. On peut dire de même que la quantité de travail effectué par la masse monétaire est égale au produit de Ta quantité par la vitesse de circulation. Ainsi, en multipliant ces deux facteurs l’un par l’autre. nous obtenons un nombre qui représente le total des paiements effectués pendant une certaine période, c’est-à-dire la circulation monétaire. ;

Mais alors que le premier terme est une quantité qu'on peut matériellement représenter par le chiffre .des unités existantes, le second est une qualité puisqu'il indique le degré d'utilisation possible de chacune d’elles.

Le produit de dix unités circulant à la vitesse cinq sera donc le même que celui de cinq unités circulant à la vitesse dix.

Plus grande sera la vitesse moyenne de circulation de l'unité monétaire, moins il faudra d'unité pour assurer les mêmes paiements. Et si cette vitesse pouvait prendre une valeur infiniment grande, le nombre des instruments de paiement pourrait devenir infiniment petit parce qu’ils accompliraient un travail effectif sans cesse accru.

Quand sur une ligne télégraphique, nous réussissons par un procédé technique quelconque à assurer la trans-

mission simultanée d’un certain nombre de dépêches,

nous augmentons son rendement et il faut moins de lignes pour assurer le même service.

L'étude de la vitesse de circulation de la monnaie est donc d’une importance capitale puisque si nous la négligeons, l'expression quantité de numéraire ne correspondrait plus à aucune notion réelle faute d’avoir précisé les conditions de son utilisation.

On croit généralement que les travaux des économistes sur cette question primordiale, remontent à une trentaine d’années, si l’on fait abstraction de Stuart Mill qui n’a pas approfondi la matière.

Des recherches personnelles nous ont conduit à une conclusion contraire et on ne saurait exagérer l'intérêt de l’analyse très complète de la vitesse de circulation de la monnaie due à Cantillon, auteur trop longtemps méconnu d'un remarquable essai sur la nature du com-

merce (1).

(1) Richard Gantillon (1680-1734) d'origine irlandaise, fut banquier en France sous la Régence. Il fit, paraît-il, une rapide fortune en spéculant sur les actions de la Compagnie des Indes et eut même des démêlés avec le fameux Law qui l’aurait fait expulser du royaume. Son essai sur la nature du commerce, en général, parut en 1755, sans nom d'auteur, plus de vingt ans après sa mort dans une édition en langue française d’après un texte original anglais qui n’a peut-être jamais existé, mais ses contemporains n’hésitèrent pas à le désigner comme l’auteur de cet ouvrage qui eut une certaine influence sur les physiocrates. Grimm en parle dans sa correspondance et Quesney dans ses articles de l'encyclopédie.

IL était complètement tombé dans l'oubli quand Léonce de Lavergne lui consacra une étude dans son livre sur les économistes français du xvine siècle écrivant notamment, au sujet des considérations sur

le commerce : « Toutes les théories des économistes y sont contenues

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