‹ La Vitesse de Circulation de la Monnaie et les Variations de son Pouvoir d'Achat: Contribution à l'Étude d'une Théorie RéalisteChapitre 23 sur 59 · LE PERS · texte numérisé non relu

LE PERS

à la base un facteur psychologique qui agit car le rythme des paiements est lié à notre désir de ne pas conserver en caisse au delà d’un certain montant d'espèces improductives.

La vitesse de circulation de la monnaie n'est pas un phénomène spontané (1).

Elle n’est autre chose que la représentation symbolique de la durée moyenne d’un cycle à la suite duquel les mêmes sommes redeviennent disponibles.

Notre intérêt nous commande dans une certaine mesure de ne pas laisser trop longtemps nos liquidités sans emploi, car tant qu'elles se trouvent en notre possession sous forme de numéraire, elles représentent une valeur improductive.

C’est donc notre désir de ne pas faire de sacrifice inutile, de conserver notre actif sous une forme rémunératrice qui nous incite à faire des espèces le meilleur emploi possible et à n'en pas conserver plus qu'il ne nous paraît nécessaire. |

Pour Irving Fischer, l'expression vitesse des paiements s'entend de tous les changements de mains effectués par la monnaie dans l’ünité de temps. Comme chaque transaction donne lieu à un paiement ou tout au moins à un virement tous les échanges, quelle qu'en soit la nature, devront être pris en considération.

Théoriquement, cette formule nous paraît la plus exac-

(x) Karl Kirmayer die quantitätstheorie Iéna.

(2) 1922 op. cit., p. 66: « Es gibt keine sebstänbige umlaudgeschwindigkeit des geldes,

te et correspond à la réalité dés faits, mais elle peut être en pratique simplifiée sans grands inconvénients.

L'économiste autrichien Schumpeter (x) estime qu’on ne peut calculer la vitesses de circulation d’après le nombre de fois où la monnaie change de mains parce que d’après lui, il y a beaucoup d'’intermédiaires entre producteurs et consommateurs.

Il préfère y voir le nombre de cycles parcourus par la monnaie depuis le consommateur jusqu’au possesseur de

forces. productives en passant par l’entrepreneur.

Ce qu’il considère avant tout, c’est la destination des produits évalués en argent et non la chaîne des transactions successives.

Nous considérons cette définition comme un peu arbitraire et presque idéale car il est impossible de déterminer exactement les échanges qu'il faudra intégrer dans le cycle de Schumpeter et ceux que nous devrons élimi-

ner comme simples opérations intermédiaires.

Cependant, sous sa forme plus schématique, elle fait mieux comprendre l'existence d’un certain rapport varia-

ble entre le total des encaisses et le total des revenus.

Soit R le revenu M la quantité de monnaie - V la vitesse de circulation dans le temps

considéré, on aura R — M.

{) M. Bousquet a consacré à Joseph Schumpeter actuellement professeur à l'Université de Bonn une remarquable étude dans la Revue

d'Economie Politique de Juillet 1929, p. 1017 et suiv.

Mais comme V dans ce cas n’est plus la vitesse de circulation telle que nous l’avons définie, mais un symbole qui en dérive sans pouvoir lui être exactement comparé, nous aimons mieux nous contenter de constater qu’il, y a un rapport déterminable entre la quantité de monnaie

en circulation et le revenu estimé en argent. M Ce rapport, nous pouvons l'appeler KR Il est en

quelque sorte la représentation de la demande de monnaie et nous conduit à la notion d’encaisse désirée dont voici une définition : « La fraction de nos revenus que nous conservons habituellement liquide non seulement pour les besoins du jour, mais pour nos dépenses courantes ». M. Rist à son cours remarque que l’encaisse désirée varie suivant les temps et suivant les pays et que dans un état où il n’y aurait pas de banques, elle serait très forte, car chacun garde alors par devers soi un pouvoir d'achat aussi grand que possible.

Le professeur Cassel note que la vitesse de circulation

est l’inverse de la demande de monnaie qu’on peut re-

présenter de la façon suivante : D — v' Là encore, il est question, sous le nom de vitesse de

M En résumé, nous pouvons appeler encaisse désirée soit

ÿ : ten R circulation de la formule simplifiée —.

le rapport entre la quantité de monnaie et l’ensemble des paiements effectués pendant une certaine période, soit le rapport entre cette même quantité et l’ensemble des revenus de cette même période. Les deux définitions ne s’excluent pas, la première est plus précise, la seconde plus

concrète, On peut enfin considérer le rapport entre la

ROM le

quantité de monnaie et l’estimation en capital de l’ensemble des biens échangeables.

Certains économistes anglais comme Hawtrey (1), se sont, dans leurs développements, servi de formules qui s’apparentent avec celles que nous venons d'indiquer, mais ils sont comme Fisher restés fidèles à la théorie quantitative bien qu’ils aient analysé des éléments susceptibles de la rendre bien précaire,

La théorie de Keynes est particulièrement intéressante et M. Aftalion a consacré un chapitre à son étude et à sa critique dans Monnaie, crédit et change. |

Nous en reprendrons ici la discussion pour examiner certains points particuliers.

Voici les termes de l’équation sur laquelle Keynes appuie ses démonstrations.

IN PURE: RKT

N quantité de monnaie en circulation,

P nombre indicateur des prix,

R proportion que les banques conservent liquide d’après leurs engagements.

K et K' unités de consommation que la monnaie en caisse ou en dépôt est capable d'acheter. Ce qui nous rapproche de la notion d’encaisse désirée, c’est K et K° représentent la valeur réelle en articles de consommation de.la monnaie et des dépôts et non pas seulement une

valeur nominale.

(1) Hawtrey Currency and Credit Londres 1919. Monetary reconstruction, Londres 1923 et Keynes A tract of monetary reforme Lon-

dres 1923. La réforme monétaire, Paris Kra 1024.

AE

La valeur réelle, c'est ce que Fisher appelle le panier de la ménagère. On met dans un panier un assortiment aussi complet que possible de marchandises variées, du beurre, des œufs, du lait, du pain etc... et on considère la quantité de monnaie qu'il faut débourser pour se procurer le tout.

Mais l'équation de Keynes offre ceci d'intéressant qu'elle ne considère pas l'unité mais la totalité de la monnaie pour apprécier son pouvoir d'achat.

Cependant M. Aftalion en critique à juste titre l’énoncé, car si on la simplifie à la forme réduite N — PK, on s'aperçoit qu'elle semble vouloir indiquer tout simplement que le total de ce que les particuliers ont de monnaie en caisse égale les prix de tout ce qu’ils peuvent acheter avec cette monnaie.

En réalité, malgré cette présentation défectueuse, Keynes a eu conscience que les variations des balances réelles jouaient dans la détermination des prix un rôle au moins aussi important que les variations des balances nominales. Bien qu'il qualifie encore sa théorie de quantitative, il est obligé d'admettre la possibilité de certaines discordancs. Voici ce qu'il écrit à la page 107 de la réforme monétaire : « Dans les pays agricoles où les paysans thésaurisent volontiers la monnaie, l'inflation en particulier à ses débuts n'augmente pas les prit en proporlion. En effet, par suite d'une certaine hausse des prix des produits agricoles, davantage de monnaie se dirige vers les poches des paysans et tend à y rester. Se croyant plus riches pour cela, les paysans élèvent la proportion

de leurs revenus qu’ils accumulent. Ainsi, sous l’influen-

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