‹ La Vitesse de Circulation de la Monnaie et les Variations de son Pouvoir d'Achat: Contribution à l'Étude d'une Théorie RéalisteChapitre 54 sur 59 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous voici parvenus au terme de cette étude qui devait être d’abord uniquement consacrée à l'analyse de la vitesse de circulation de la monnaie.

Cependant, il est apparu malaisé d'isoler l'influence d’un des facteurs de l’équation de l’échange en faisant abstraction des autres, et peu à peu nous avons été tentés de reprendre à nouveau l’examen des fondements de la théorie générale.

Les deux tendances constatées dans les opinions des économistes nous ont semblé se retrouver également dans les faits, à tel point que l'unité et l'harmonie de la science pouvaient paraître compromises car nous n'avons jamais pensé qu'il suffirait d'affirmer pour les concilier que la thèse quantitative était trop sommaire et la thèse psychologique trop arbitraire.

Comme les divergences d'interprétation provenaient surtout de l’importance qu'il convenait d’attribuer à V, nos efforts se sont portés dans cette direction et nous estimons avoir défini d'une manière précise la vitesse de circulation de la monnaie en la considérant comme un

coefficient d'utilisation.

Cet élément une fois dégagé, nous avons cru nécessaire d'affirmer que l'instrument des échanges avait une utilité directe ayant pour fondement le privilège exclusif conféré aux unités monétaires de pouvoir briser Île troc. Comme toutes choses, la monnaie devait avoir une valeur d'usage subjective avant d’acquérir que le marché une valeur d'échange objective et nous avons estimé qu'il n‘y avait pas lieu de la détacher en raison de ses particularités de la théorie générale de la valeur qui doit nécessairement avoir une portée universelle.

Néanmoins, l'expérience ayant démontré qu'avec une quantité donnée de numéraire et toutes choses égales, il pouvait y avoir un certain nombre de positions possibles des prix, il a fallu tenir compte du degré d'utilisation des espèces en circulation.

Nous avons indiqué comment on pouvait concevoir à un certain stade de la technique monétaire l'existence d'une zone d’indétermination dans les limites de laquelle les variations des balances réelles que le public désire conserver par devers lui en caisse ou en banque ne sont pas asssez importantes pour provoquer des embarras sérieux de trésorerie.

Les modifications intervenues au cours des dernières années dans les pratiques bancaires et la structure interne des systèmes monétaires à étalon d’or ont contribué à augmenter de plus en plus la souplesse des éléments quantitatifs et rendu plus facile l'adaptation de la vitesse de circulation aux variations de prix dues aux fluctuations du revenu et aux prévisions.

À l'heure actuelle il semble que les influences psy-

chologiques jouent un rôle prépondérant et que le contrôle des crédits ne suffise plus à garantir la stabilité du pouvoir d'achat de l’unité monétaire.

Faut-il en conclure que les économistes classiques se sont systématiquement trompés en ne tenant compte

que des facteurs quantitatifs.

Ce serait témoigner à leur égard d’une injuste sévérité et de beaucoup d’ingratitude.

En réalité, la théorie générale de la monnaie ne doit être a priori ni quantitative ni qualitative. Elle ne peut qu'indiquer l'existence d'un coefficient d'utilisation qui

est fonction de la vélocité de la circulation.

Si dans la pratique, les limites dans lesquelles V pouvait avoir des fluctuations autonomes étaient autrefois relativement étroites, il est naturel que la plupart des ‘auteurs aient particulièrement insisté sur la physionomie quantitative que présentaient les événements monétaires puisque telle était la réalité.

Aujourd’hui que les faits contemporains se trouvent d’une façon particulière sous la dépendance des facteurs -psychologiques on ne peut s'étonner qu’une réaction se soit dessinée contre une interprétation périmée de la. nature de l’instrument des paiements.

Ce que nous avons voulu démontrer, c’est qu’il n'y a aucune opposition de principe entre la théorie quantitative et la théorie psychologique, mais l’une est le complément de l’autre. Le domaine de la première se trouve

aux frontières de la seconde.

Le volume de la circulation régit les prix sous réserve

L'on

des fluctuations indépendantes qui peuvent se produire dans la zone d'indétermination.

Réciproquement, les variations du revenu et les pré visions peuvent librement modifier le niveau des prix dans la mesure où les espèces liquides ne deviendraient pas de ce fait trop rares ou trop abondantes.

Pourquoi opposer sans cesse ces deux doctrines et donner une apparence de querelle scientifique à un problème dont la solution positive reste entière puisqu'en réalité il s'agit de savoir si l'on conservera dans l'avenir la monnaie comme mesure des valeurs.

On peut encore hésiter sur les disciplines de demain, et il est bien difficile de se rendre compte si une stabilité relative des prix reste magré tout compatible avec la complexité de l'édifice élevé sur une base métallique fragile.

Les raisons d'incertitude, les sujets d’hésitation persistent toujours mais on doit renoncer définitivement à discuter sur une question de mots, les phénomènes monétaires apparaissant à l’analyse d'une telle ampleur qu'ils débordent bien souvent le cadre trop étroit des doctrines dans lesquelles on prétendrait les enfermer.

Nous nous sommes efforcés de préciser la nature des questions à résoudre et de déterminer avec autant de rigueur que possible l'importance relative suivant les époques des facteurs quantitatifs et qualitatifs dont le niveau des prix est fatalement résultante,

C’est souvent en vain que les recherches tendent vers la démonstration d’une vérité absolue.

Presque toujours des résultats successifs tirés de

l'observation des faits se contredisent et s’infirment mutuellement. On approuve ou on critique souvent avec conviction mais aussi d’après une thèse préconçue qui enchaîne les meilleurs esprits ne leur permettant de voir qu'un seul côté des choses.

Il se peut d’ailleurs que nous ayons agi de même et que malgré le désir qui nous anime de discerner clairement la réalité nous ayons été influencés par nos propres illusions.

En effet cette analyse de la vitesse de circulation de la monnaie à laquelle nous nous sommes consacrés a-t-elle vraiment permis une interprétation utile et neuve des événements économiques.

L'importance croissante des éléments psychologiques permettrait-elle par exemple de considérer avec légèreté l'influence des facteurs quantitatifs. Ne serait-ce pas sousestimer le rôle de l'inflation que d'oublier les cruelles leçons d'un époque toute récente et de prétendre qu'il suffise de contrôler uniquement l’utilisation probable d'une disponibilité nouvelle pour écarter tout danger de hausse démesurée.

Peut-on même espérer stabiliser les prix par une pression sur certains éléments subjectifs dont les réactions ne seraient prévisibles que lorsqu'elles cesseraient d’être individuelles pour devenir collectives.

Bien que nous nous soyons efforcés d'apporter dans ce domaine des précisions nécessaires, pourquoi ne pas avouer notre scepticisme au sujet de l'établissement futur d’un équilibre monétaire providentiel. L'uti-

lisation de finstrument des échanges est devenue si

RO

technique, si artificielle, si subtile même, pourrionsnous dire, qu’il semble vain d'établir des coefficients de probabilité devant servir de guide pour l'avenir, et de chercher à acquérir d’une façon durable la maîtrise de phénomènes de cet ordre. î

Nous pensons seulement que le moment n’est peut-être pas très éloigné où les hommes cessant de mesurer toutes les valeurs échangeables en les confrontant avec une seule, renonceront d'eux-mêmes à une balance aussi peu fidèle que la monnaie. Sans doute paraitra-t-il alors singulier qu'il ait fallu tant de siècles pour franchir la courte distance qui sépare les contrats conclus sur la base d’une marchandise déterminée, de ceux qui sont

régis par un étalon tabulaire .

Vu: Le Doyen de la Faculté, H. BERTHELEMY.

Vu : Le Président de la thèse, A. AFTALION.

VU ET PERMIS D'IMPRIMER Le Recteur de l'Académie de Paris,

S. CHARLETY.

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