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Pour nous qui voyons dans le développement des . révolutions monétaires, la suite d'une lente évolution parallèle à la formation de ce qu'on appelle le monde moderne, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que les lois qui régissent les échanges ont subi l'influence des milieux, des circonstances de la structure interne des systèmes monétaires, et nous sommes obligés de nous demander avant de porter un jugement définitif sur certaines opinions, s’il n'y a pas lieu de les situer à leur époque afin d’en avoir une conception plus conforme à ce que Werner Sombart appelle la psychologie historique.
Des relations d'échange de plus en plus complexes se sont établies entre les hommes ; la monnaie telle que nous l’employons actuellement s’est imposée progressivement après maintes vicissitudes comme l'instrument actuellement le plus apte à les favoriser. ; elle est avant tout un artifice, un procédé commode, œuvre purement cérébrale comme le serait la règle d’un jeu de cartes. Les lois qui la régissent ne peuvent donc exprimer que les conséquences pratiques de son utilisation dans les conditions déterminées par la règle qui s'est historiquement imposée.
Née des difficultés du troc primitif qui ne permettait pas une distribution des produits en harmonie avec les besoins de chacun, la monnaie fut une marchandise d'abord quelconque, puis spécialisée sous forme de métaux précieux. Maintenant le métal qui sert encore de base aux systèmes monétaires des divers pays n'est plus
que le support d'un ensemble complexe d'instruments
LR Es de paiement et de crédit. Les produits s'échangent contre des produits, mais l’on n'est pas revenu au troc ancien, car la monnaie a rempli son emploi de distribution souvent invisible, souvent matériellement absente, mais néanmoins efficace puisqu'elle a rendu les services que l’on attendait d'elle.
Pourtant, en raison même des perfectionnements apportés à son usage, de l’universalité de ses fonctions, elle joue dans la vie contemporaine un rôle capital, puisque si elle ne créée pas de valeurs, elle en est la représentation et l’on peut dire que l'étude des phases de son évolution est d’une importance essentielle pour l’Economie politique, car il dépend de l’homme de la perfectionner et il semble possible dans une certaine mesure, de réduire les inconvénients inévitables de son utilisation.
Ce sont les variations du pouvoir d'achat de l'unité monétaire qui, au point de vue pratique, présentent le plus grand intérêt. On sait que l’instrument commode utilisé pour les mesurer est le nombre indice, qui permet de suivre les variations générales des prix. Il faut cependant remarquer que cette méthode permet de comparer les quantités de marchandises que l’on peut se procurer pour la même somme à deux époques différentes et nous renseigne sur une valeur d’échange objective. La valeur d'usage subjective de l’ensemble des produits et de l'unité monétaire pourra varier simultanément sans influencer les nombres indices, puisque ce n’est pas le pouvoir d'achat qui se sera modifié, mais l'importance que nous attachons à la possession des marchandises.
. Pour apprécier d’une façon équitable les fluctuations de
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ce pouvoir d'achat, il faut tenir compte du niveau de l'existence qui s’est progressivement élevé et a diminué la valeur d’usage de la plupart des objets de consommation.
‘Ainsi la valeur d'échange qui n’est qu’un rapport ne peut-elle être qu’une mesure relative et très imparfaite. Mais si la comparaison de deux choses entre elles aboutit à un résultat tout-à-fait arbitraire, la comparaison d'une chose par rapport à toutes les autres (méthode des indices), donnera une idée beaucoup plus exacte de ses variations sans pour cela indiquer une mesure absolue de valeur.
A cet égard, le travail ou plutôt l’unité de travail qui au point de vue de la distribution est sans lien avec la valeur, est dans le temps, un étalon beaucoup plus fidèle. Mais il ne faut pas parler de valeur-travail, on doit dire valeur du travail, c’est-à-dire mesurer les biens que l'unité du travail permet d'acquérir non seulement à des époques, mais dans des pays différents. Pour apprécier le standard of life, le travail est une unité satisfaisante de mesure, dans l’espace et dans le temps.
Pour en revenir à la monnaie, comme toute chose, elle a une valeur d'échange. Malgré ses particularités, c’est dans le cadre de la théorie générale qu'il faut rechercher les principes avant de l’analyser dans la complexité de ses réactions.
On admet aujourd’hui, d'une manière à peu près constante que l’utilité et la rareté sont les fondements de la valeur. L'utilité s'apprécie d’après les besoins que satisfait le dernier objet d'un groupe d'éléments sem-
a DE blables. Waltras, Menger, Stanley, Jevons, ont exposé presque en même temps cette thèse connue sous le nom de théorie de l’utilité finale.
En langage courant, cela revient à dire que l'utilité dépend de la quantité et de la qualité.
M. Aftalion a apporté à cette définition une correction ou plutôt un développement. Il a fait remarquer que la valeur ne dépend pas de l'utilité que donne la marchandise, mais de l'utilité qu’on en escompte (1).
Cette observation est primordiale, car elle fait comprendre les influences psychologiques sur la notion de valeur.
D'ailleurs ce ne sont pas seulement les qualités que l’on attribue à une chose, qui sont sujettes à variations. Ces qualités n’ont rien d’absolu et nos besoins eux-mêmes sont relatifs suivant l’époque ou le milieu.
On peut concevoir des dispositions, artificiellement conçues et même des besoins conventionnels. La volonté de l’homme peut créer de toute pièce des qualités et les abandonner par la suite. Il n’y a pas dans ce domaine où les objets n'ont que la valeur qu'on leur attribue, de vérité absolue et même l'utilité réelle que procure la marchandise est sujette à modifications. Enfin, les conventions entre individus, les nécessités d'exécution
es contrats peuvent obliger les débiteurs à se procurer
(x) Aftalion, Monnaies, prix et changes, op. cit., p. 227 :
« D’une façon générale, on pourra dire que la valeur dépend non pas de l'utilité de la dernière unité, mais plutôt de l’utilité qu'on lui attribue, de l’utilité qu’on en attend. Dans la théorie de la valeur, on
mettra par là en relief le rôle que joue la croyance ».