I) COR
(3) Id. Ibid,
a88 LA^ VOCATION AU MARIAGi;
passages de leurs écrits ce qui a rapport non seulement à la dignité mais encore aux devoirs du mariage. Inspirés tous deux par le Saint-Bsprit, ils comprenaient très bien les immenses avantages qui rejailliraient sur la société chrétienne, si les fidèles connaissaient et conservaient sans tache la sainteté de cet état, comme aussi ils pouvaient prévoir combien l'ignorance et les fautes, à cet égard, seraient funestes à l'Eglise, et attireraient sur elle les plus grandes calamités, (i)
(i) Catéchisme du saint Concile de Trente. — Edition de la Bibliothèque de la Vraie et Solide Piété. — Paris.
Qu'est-ce que le Mariage ?
Parlons d'abord de la nature et des propriétés du mariage. Le vice se cache souvent sous les dehors de la vertu, et il est à craindre que les fidèles trompés par ime fausse apparence de mariage, ne vivent dans le péché en suivant l'entraînement de leurs caprices. Mais pour donner ces explications il faut voir d'abord ce que signifie -ce mot de mariage.
Le mariage s'appelle en latin matrimonium, du mot mater, mère, parce que la femme se marie surtout pour devenir mère, ou bien de ces deux mots : mairis munus, fonction de la mère, parce que en raison de la maternité elle doit supporter les plus lourdes charges que lui imposent les enfants.
On l'appelle aussi conjugium, union conjugale d'un mot latin qui veut dire : placer sous le joug. parce que le même joug lie entre eux la femme et le mari légitimes.
Enfin on le nomme encore nuptiae, noces, qui
signifie voiler, soit parce que les jeunes filles en se mariant se voilaient par modestie, comme dit saint Ambroise ; soit pouî marquer par là l'obéissance et la soumission que la femme doit au mari.
Voici maintenant la définition ordinaire que les théologiens nous en donnent : le mariage est l'union conjugale de l'homme et de la femme, contractée selon les lois de l'Eglise, et constituant une communauté de vie inséparable.
Pour bien comprendre toutes les parties de cette définition, il faut remarquer que si, dans un mariage parfait, on trouve tout d'abord le consentement intérieur des personnes, puis un pacte, ou convention extérieure exprimée par des paroles, ensuite l'obligation et le lien qui naît de la convention, et enfin les rapports des époux qui achèvent le mariage, rien de tout cela cependant n'en renferme la nature et l'essence, excepté cette obligation, ce lien qui est indiqué dans le mot d'union.
On ajoute le mot conjugale, parce que les autres contrats ou convocations pour lesquels l'homme et la femme s'obligent à se prêter un mutuel secours, par argent, ou autrement, n'ont rien de commun avec le mariage.
Ces mots qui viennent ensuite, contractée suivant les lois, ou bien, entre personnes légitimes, nous montrent qu'il est des personnes à qui les lois interdisent absolument le mariage, et par conséquent qui ne peuvent contracter validement cette sorte
QU EST-CE QUE LE MARIAGE 3Ç)t
d'union ; et celle qu'elles tenteraient serait nulle. Ainsi par exemple, le mariage ne peut être contracté légitimement ni validement entre personnes parentes au quatrième degré, ni entre celles qui n'auraient point l'âge fixé par les lois (i) qui régissent la matière et que l'on doit toujours observer fidèlement.
Knfin, nous avons dit que le mariage oblige l'homme et la femme à vivre dans une communauté inséparable, parce que le lien qu'il établit entre eux est absolument indissoluble.
D'où il suit nécessairement que l'essence même du mariage est dans ce lien dont nous parlons. Et si quelques théologiens, et non des moindres, semblent la faire consister dans le consentement, lorsqu'ils disent que l'union conjugale, c'est le conscnlement de l'homme et de la femme, cela doit s'entendre en ce sens que c'est le consentement qui est la cause efficiente du mariage. Ainsi l'ont enseigné les Pères du Concile de Florence. Et en effet il n'y a ni obligation, ni lien possibles sans consentement, et sans pacte.
Mais il est essentiel que le consentement soit exprimé par des paroles qui marquent un temps présent. Le mariage n'est pas une simple donation, c'est un pacte mutuel, par conséquent le consentement d'un seul ne saurait suffire pour le former,
(i) Il s'agit ici uniquement des lois de l'Eglise.
292 LA VOCATIO:^ AU MARFAGE
il faut le consentement des deux parties. Or il est clair que la parole est nécessaire pour manifester le consentement réciproque des cœurs.
Si le mariage pouvait exister avec un consentement purement intérieur, et sans aucun signe sensible, il s'en suivrait par exemple, que si deux persoimes, habitant des pays très éloignés et très différents, venaient à avoir la volonté de s'épouser, il y aurait réellement mariage entre eux dès ce moment, et mariage réel et solide, avant même de s'être fait connaître réciproquement leur volonté, par lettre ou autrement. Ce qui est contraire à la raison, à la coutume et aux ordonnances de l'Eglise.
Mais de plus il est nécessaire que le consentement mutuel se donne en des termes qui indiquent le présent. Des paroles qui marqueraient le futur promettraient simplement le mariage, mais ne le formeraient point. D'ailleurs ce qui est à venir, n'existe pas encore ; et ce qui n'est pas encore doit être considéré comme ayant peu ou point de consistance et de stabilité. C'est pourquoi celui qui a seulement promis d'épouser une femme, n'a point encore acquis à son égard les droits du mariage, puisque ce qu'il a promis n'est pas exécuté. Cependant il doit tenir sa parole, autrement il commettrait le crime de parjure.
Quant à celui que le pacte du mariage a une fois uni à une autre, il ne peut plus dans la suite ni changer, ni invalider, ri annuler cette alliance, quand
qu'est-ce que le mariage 29.3
même il se repentirait de l'avoir contractée. L'obligation du mariage n'est donc point une simple promesse ; c'est une cession véritable que l'homme et la femme se font mutuellement d'eux-mêmes ; et par conséquent elle doit être nécessairement formulée par des paroles qui indiquent le présent ; paroles dont l'effet subsiste ensuite d'une manière permanente, puisqu'elles tiennent l'époux et l'épouse enchaînés dans un indissoluble lien. Cependant ces paroles peuvent être remplacées par des signes et des mouvements, qui exprimeraient clairement le consentement intérieur. Le silence même suffirait, si, par exemple, une jeune iille ne répondait point par modestie, et si ses parents parlaient pour elle en sa présence.
Les pasteurs enseigneront aux fidèles, d'après ce que nous venons de dire, que le mariage consiste essentiellement dans l'obligation ou lien qui unit les époux ; que le consentement, exprimé comme nous l'avons dit, suffit pour produire un véritable mariage, et qu'il n'est point nécessaire pour cela que le mariage soit effectif. Avant leur péché, nos premiers parents étaient certainement unis par un mariage réel, et cependant ce mariage n'avait point reçu son achèvement. C'est l'enseignement formel des Saints Pères. Aussi n'hésitent-ils pas à dire que le mariage consiste non dans l'usage mais dans le consentement. Ainsi le répète entre autres saint Ambroise dans sou livre des Vierges,
agi LA VOCATION au marixge
Après ces explications il faudra faire remarquer que le mariage a un double caractère : on peut le considérer comme une union naturelle (car ce n'est pas une invention des hommes, mais une institution de la nature) ou bien comme un sacrement, dont la vertu est supérieure aux choses purement naturelles. Et comme la grâce perfectionne la nature, et que, au témoignage de l'Apôtre « le spirituel ne précède point ce qui est animal, mais qu'il ne vient qu'après », l'ordre logique demande que nous traitions d'abord du m.ariage, en tant qu'il est fondé sur la nature et qu'il produit des oisligations naturelles. Nous exposerons ensuite ce qu'il est comme Sacrement.
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Du Marie.^e
considéré par rapport à la Nature.
Les fidèles doivent savoir tout d'abord que le mariage a été institué par Dieu. En effet nous lisons dans la Genèse (i) : « Dieu créa l'homme et la femme ^ Il les bénit et leur dit : croissez et multipliez.'» Et encore : «// n'est pas bon que l'homme soit seul : faisons-lui un aide qui lui ressemble.)) Puis un peu plus loin: «7/ ne trouvait point pour Adam d'aide qui fût semblable à lui. Le Seigneur lui envoya un doux sommeil, et pendant qu'il dormait II lui tira une côte, et tnit de la chair à la place, et de la côte qu'il venait d'enlever à Adam II forma la femme qu'il lui présenta, et Adam la voyant, s'écria : c'est l'os de mes os et la chair de ma chair. Elle sera appelée d'un nom pris de l'homme parce qu'elle a été tirée de l'homme. C'est pourquoi l'homme abandonnera son père et sa mère, et il s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans une même chair. »
(i) Gen. I. -\7 et 2. i8 et scq-
296 LA VOCATFO^J AU MAIlIAGE
Ces paroles, selon le témoignage même de notre Sauveur dans saint Matthieu (i), prouvent que Dieu lui-même est l'auteur du mariage. Et non seulement Dieu est l'auteur du mariage, mais encore comme l'enseigne le Concile de Trente (2), Il a voulu que cette union eût un lien perpétuel et indissoluble. « Ce que Dieu a joint, dit le Sauveur I^uimême (3), que l'homme ne le sépare point ! » Bien que l'indissolubilité convienne parfaitement au mariage comme œuvre de la nature, c'est surtout à son titre de Sacrement qu'il la doit. C'est ce même titre qui élève à leur haute perfection toutes ses propriétés naturelles. Toutefois, l'éducation des enfants et les autres fins du mariage répugnent à la dissolution du lien qui le constitue.
Quant à ces paroles du vSeigneur .• « Croissez et multipliez », elles ont pour but de faire connaître la cause de l'institution du mariage, et non d'en imposer l'obligation à tout le monde. Le genre humain étant multiplié comme il l'est, non seulement personne n'est tenu par aucune loi à se marier, mais encore la virginité est hautement célébrée et conseillée dans nos saints Ivivres, comme supérieure à l'état du mariage, c'est-à-dire plus parfaite et plus sainte. Ainsi l'a enseigné Notre-Seigneur
(i) Matth. 19. 6.