COMMENT S AIMER
VOUS pouvez éprouver l'essence luênie de l'amouï.
Etablissez donc votre amour non pas sur une illusion, ni sur le plaisir égoïste ou sur la jouissance, mais sur ce qui demeure dans l'homme, sur l'âme qui apparaît davantage, alors que le corps subissant les assauts du temps, se dégrade, se courbe, perd de sa vigueur et de sa séduisante beauté. Les charmes visibles n'arrêtant plus les regards on va jusqu'à ce qui fait sa parure, les qualités intellectuelles et morales, qu'on ne découvre complètement qu';\ l'heure mélancolique des déclins.
Cherchez donc dans l'âme que vous voulez unir à la vôtre ces qualités qui loin de s'étioler se perfectionnent et se manifestent davantage à mesure que la vie avance; cette beauté toute intérieure dont vous pouvez toujours jouir et dont l'intimité vous fera à chaque instant découvrir de nouveaux aspects.
Si vous épousez une âme plutôt qu'un corps vous ne connaîtrez peut-être pas les ennuis d'aimer, ni les besoins de changements, ni les amers regrets, ni les indicibles abandons. Votre cœur ne sera pas une tente où l'on cherche un abri passager, mais ime demeure stable, où l'on n'a rien à craindre des orages qui détruisent, des ouragans qui dévastent.
J'ai dit peut-être. En effet, les qualités purement naturelles ne suffisent pas d'ordinaire à écarter tout ce qui peut ternir la limpidité d'un premier amour. C'est quelque chose de si délicat. C'est conune un vase précieux qu'un faible coup suffit à fêler, qu'une
2G2 LA YOCATIO:* AU Mi^RIA^CE
légère trépidation peut briser. Et dans la vie coa,jugale, il y a tant de petites misères, tant d'imperfections. On est si vite meurtri par des choses en apparence insignifiantes. Puis, menaçant de renverser le frêle édifice de nos joies et de nos espérances et même de donner à une union le coup fatal, il y a la souffrance, ce vent âpre qui vient des cimetières ou des noirs pays du péché et de la méchanceté humaine. Elle n'épargne personne sur cette terre, les époux moins que les autres, puisque aux souffrances communes, le mariage ajoute les tribulations de la chair, dont parle saint Paul.
Si vous voulez abriter votre âme contre la tempête, il faut faire passer sur elle pour la rafraîchir et la vivifier les brises de la grâce, qui est la vie et le souffle de Dieu ; il faut que les rayons de l'éternel amour tombent sur vos coeurs pour immortaliser leur bonheur ; il faut que vous aimiez Dieu et qu'il soit toujours le premier, au soir de vos noces comme toute votre vie ; il faut que vous vous aimiez en lu^. Objet suprême et premier de l'amour, il est aussi le principe de toute affection sainte d'ime créature pour une autre créature. En vous aimant ainsi vous rendrez votre amour stable, parce que vous l« ramènerez à l'ordre et à la vérité.
Habituées à aimer et à contempler Dieu la pe|r fection infinie, les âmes chrétiennes se sentent trop imparfaites pour être froissées des défauts des autres. La pratique assidue de l'humilité et d@ 1^
CO^ME^^T s'àIMÇI^ 963
charité les Tend plus attentives à leurs propres défauts qu'à ceux d' autrui et plus disposées à excuser qu'à exagérer les faiblesses de leurs frères. Elles s'accoutument à regarder par ses meilleurs côtés cette autre âme avec laquelle il leur est donné de vivre et à comprendre que ce qui s'y rencontre de médiocre ou de défectueux peut être transformé, corrigé ou adouci. Aussi leur amour sans perdre rien de son ardeur devient plus raisonnable (i).
Ceux qui s'aiment ainsi sauront, par une vigilance de tous les instants et une très grande droiture d'intention, écarter de leur cœur jusqu'à l'ombîe d'un sentiment dout l'invnolable fidélité de leur tendresse aurait lieu de s'alarmer. Ils trouveront dans leur affection la torce de résister aux chocs si rudes de l'adversité et de tenir tête à la douleur.
(l)« Qu'est-ce donc qu'aimer se'.on vous? demande Raymond Cernay à Raymondc.
— Vous 8ouvenez-vous d'être entré quelque soir dans une chapelle?
— Oui, avec vous.
— Une chapelle sombre, éclairée seulement par la lampe du Taber* «acle. Il me semble que notre coeur est aip^.
— Notre cœur?
— Oui. Le cœur, c'est bien obscur, bien inconnu. Mais la lampe qubrille dans le sanctuaire, c'est notre amour. Il est là qui veill« «t prie. Aimer, c'est voir plus clair en soi, c'est retirer dç l'ombre nos actç% et nos pensées. On ne retire pas de l'ombre les fautes et les crimes. Puisque c'est de la lumière, aimer, c'est désirer d'être meilleur. »
Et pr-eaque bas, comme pour elle-même, elie ajouta : « II4q>, p^ j'aime, moin^ je puis faire le mal ». Une autre fois, elle dit : « Il me semble que \"ous aimer c'est valoir mieux ». (Henry BoRDEAt'X. — ta Hi}be (Je ^.i\ive.)
a64 LA TOCATIOîf AU MARIAGK
Blottis l'un contre l'autre comme deux oiseaux dans un nid, se réchauffant de leur mutuelle tendresse ils arriveront sans heurt à l'extrême vieillesse. Leur amour, malgré la faiblesse de l'âge sera aussi vigoureux qu'au jour où il a été baptisé au pied des autels. S'il n'a plus les charmes de la jeunesse, il a la douceur attendrie de l'automne.
Jeunes gens, aimez-vous chrétiennement. Et puisqu'il faut vous présenter un modèle sur lequel vous ayez constamment les yeux fixés, je n'hésiterai pas à vous proposer celui que saint Paul donnait aux fidèles d'Ephèse. « Que les femmes soient soumises à leurs maris, comme au Seigneur, car le mari est le chef de la femme, comme Jésus-Christ est le chef de l'Eglise. Le corps de Jésus-Christ, c'est son Eglise ; et c'est lui qui en est le Sauveur. Mais, comme l'Eglise est soumise à Jésus-Christ, de même les femmes doivent être soumises en toutes choses à leurs maris. Vous, maris, aimez vos femmes, comme Jésus-Christ a aimé l'Eglise, et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, la purifiant par le baptême de l'eau dans la parole de vie, pour la faire par^tre devant lui comme une Eglise glorieuse, sans tache, sans ride, sans rien autre chose de semblable ; et pour qu'elle soit sainte et immaculée. Ainsi les maris doivent aimer leur femme comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme, s'aime lui-même. Personne n'a jamais haï sa propre chair ; il la nourrit et en prend soin, comme Jésus-
COMMENT s'aimer 365
Christ a soin de l'Eglise. En effet, nous sommes ks membres de son corps, formé de sa chair et de ses os. A cause de cela, l'homme laissera son père et sa mère, et il s'attachera à sa femme ; et ils seront deux dans une seule chair. Ce sacrement est grand, mais je dis en Jésus-Christ et dans l'Eglise. Que chacun de vous aime donc sa femme comme luimême ; quant à la femme, qu'elle craigne son mari (i). »
Quel sublime et touchant mystère que cette union du Sauveur et de son Eglise ; conclue au calvaire et scellée du sang divin. De même que sous les arbres de l'Eden, Eve naquit de la poitrine d'Adam endormi, l'Eglise jaillit du cœur ouvert du Rédempteur. L'époux divin peut bien s'écrier lui aussi, et avec combien plus de raison : elle est l'os de mes os et la chair de ma chair. C'est pour elle que joyeux il est allé à la mort de la Croix.
« Les adorables desseins qui ont déterminé les noces sanglantes du Christ s'accomplissent en son Eglise et se développent en sa vie près de vingt fois séculaire. Il voulait une Eglise glorieuse : elle l'est plus que toutes les sociétés humaines qui se sont succédé depuis l'origine des temps ; chaque jour la voit grandir ; elle envahit le monde et peuple le ciel, partout couronnée de ses grandes œuvres et de ses héroïques vertus. Il voulait une Eglise sans
i) Saint Paul aux Ephésiens. Chap. V, 32-33,
a86 LA VOCATION AU MARIAGE
rides : il n'y en a pas une sur son royal visage. I<e temps, qui use et déforme tout ce qui vit, n'a altéré ni l'éclat ni la pureté des traits de la vérité et de la justice qui sont sa divine beauté. Elle est toujours jeune et pleine de vitalité ; et, si l'on remarque quelque changement dans sa physionomie, c'est l'épanouissement progressif du vrai et du juste. lyC Christ voulait une Eglise saintç : elle l'est autant que le permet une nature fragile, dont les infirmités ne seront guéries que dans l'éternelle et inaltérable vie des cieux. Qu'importe que la boue de nos misères et de nos péchés salisse son vêtement ? Dieu ne permet pas que la corruption envahisse son corps, moins encore qu'elle pénètre jusqu'à son âme saintç. Il retranche, quand il faut, les membres qui la déshonorent et compromettent son existence, et il les remplace par d'autres p^us sains et plus vivantsi; et dans le sanctuaire intime où vit son âme, où e^e reçoit les confidences de son époux, elle est toujours sainte et immaculée. La gloire, la perpétuelle jeunesse, la sainteté, voilà les fruits des noces safiglantes du Sauveur et les témoignages de son amour. Et de la part de son épouse bien-aimée, quel amour pur, fidèle, patient, dévoué, toujours éclairé et dirigé par la grâce ! quel saint amour !
L'Eglise, si tendrement chérie par Celui qui l'a épousée c^ans» la douleur çt ù:^^^i le .sang, n'^a pgs cessé, depuis bientôt dix-neuf cents ans, de lui prodiguer le témoignage de son humblç et gmoureuse
COMMENT S'AIMBR 267
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soumission. Elle a répandu dans l'univers entier |a gloire de son nom ; elle a veillé avec un soin jaloux à l'intégrité de sa doctrine ; elle a travaillé avec une infatigable ardeur à l'accroissement de son culte «t à l'iinitation de ses perfections; elle l'a consolé, par ses hommages et par ses vertus, de l'impiété et de la corruption du monde ; elle lui a donné des légions d'enfants qui peuplent le ciel, et que l'humanité chrétienne honore sur les autels ; elle a supporté avec une admirable patience les mystérieux abandons qui semblaient la livrer aux fureurs de l'enfer ; elle lui a rendu, sous le glaive des persécuteurs et sous les verges de la pénitence, souffrance pour souffrance, sang pour sang ; et, au milieu des tribulations qu'elle traverse aujourd'hui, on l'entend répéter son cri des premiers jours : « Qui pourra me ravir à l'amour de mon Christ (i). »
Maris, aimez donc vos femmes comme le Christ j^me son Eglise (2) ; femmes, soyez soumis à vqs
(i) Saint Paul aux Romains. Chap. VIII, 35. — R. P. Monsabré, op. cit. Les noces du Christ.
(2) « Pour rendre cet ordre plus éloquent et mieux expressif, il s'est fait dans les Ecritures une admirable rencontre d'emblèmes cachant, sous un même symbole, l'identité de l'amour qui unit le Sauveur à l'Eglise et le Chrétien à son épouse.
D'une part, le Christ est comparé .i l'olivier et l'Eglise à la vigne. D'autre part, ilestdit au mari :Que tes fils entourent ta table comme les jeunes rejetons qui pou:>sent vigoureux et souples autour de l'olivier. Il lui est dit encore au sujet de sa femme : Que ton épouse soit semblable à la vigne féconde qui déploie autour de ta demeure la grâce de ses rameaux et l'opulence de ses fruits.
Le plus vigoureux des deux, l'olivier, au torse nerveux, est celui dont
maris, comme l'Eglise est soumise au Christ son Seigneur. Imitez leur union par un doux et perpétuel échange de respect, de protection, de sollicitude et de dévouement. De même que le Christ dit à son Eglise : « Je serai avec toi jusqu'à la consommation des siècles » et que l'Eglise lui répond : « Rien ne pourra me séparer de ton amour », les époux chrétiens qui n'ont pas unis simplement deux chairs périssables, mais deux âmes immortelles peuvent se dire eux aussi : rien ne pourra nous séparer, ni nos défauts, ni les maladies, ni les épreuves, rien pas même l'éternité. Les barrières de l'autre vie s'ouvriront devant nous, elles se refermeront derrière nous ; et uni là-haut comme nous le sommes ici-bas, nous ne ferons pour aimer Dieu et pour nous aimer durant les siècles sans fin qu'un seul cœur et qu'une seule âme.
le fruit cache le plus d'onction ; le plus délicat, la vigne dont le bois pleure est celui dont le fruit est le plus gonflé d'ivresae. Quand la vigne enlace de ses branches folles et saisit de ses pampres l'olivier qui sourit, on dirait que cette beauté nouvelle s'épanouit dans la nature. Et le poète vient à l'ombre deces arbres; qui sont deux en une seule feuillée, pour rêver et chanter l'union des âmes qui se comprennent et qui s'aiment. »
La Célébration du Mariage,
La. Célébration du Afâr/âgé.
L'heure approche de l'acte Solennel et définitif ^ de l'engagement qui pour toujours va lier vos cœurs, vos corps isux-mêmes, tout ce que vous êtes et tout ce que vous serez. Au lieu de passer les quelques jours qui vous séparent de votre mariage, à des XJréparatifs, à la réception des cadeaux, à l'aménagement de votre nouvelte demeure, à l'essayage des toilettes, pourquoi n'iriez-vous pas faire une retraite dans une maison ftligièuse ? Vous regarderez ce qu'a été le passé, riche des grâces de Dieu et de vos infidélités, et par une confession sincère et loyale vous obtiendrez le pardon de toutes les fautes de votre jeunesse. Et l'âme en paix, vous envisagerez le mariage à la lumière de l'éternité. Vous verrez ce que peut-être vous n'a\'iez pas vu eucorCj la sainteté de cet état, l'union des âmes, l'honneur etle mérite de propager la vie, de continuer la race des saints, de donner des citoyens à la patrie, des enfants à l'Eglise et des élus au ciel.
373 LA VOCAllON AU MAfilAGE
La veille ou le matin même du mariage, vous ire? ensemble vous agenouiller à la sainte table. Avant de célébrer vos noces allez aux noces de l'homme avec la divinité. Il y a, en effet, une affinité profonde entre le mariage et l'Eucharistie. Jésus dit des époux : « Ils seront deux dans une seule chair. » N'est-ce pas aussi la formule du sacrement de l'autel, lorsque le cœur de chair du Sauveur vient battre sur notre cœur de chair. Vous mettrez l'hostie comme un sceau inviolable sur vos cœurs pour sceller à jamais l'amour qui vous unit à Dieu et celui qui vous unit entre vous, l'amour qui commence sur la terre, mais qui se consommera dans la félicité du ciel.
Il faut aller maintenant au pied de l'autel échanger vos serments. Dieu que vous avez consulté quand vous cherchiez votre voie, est là pour présider à vos noces. Il a agi sur vos âmes dès les lointaines préparations de ce grand acte. Il est là les mains chargées de divins bienfaits. Sachant mieux que tous tout ce qui va se décider pour vous de bonheur et de difficultés, de douces obligations et d'austères devoirs, il veut, dans sa tendresse infinie, vous dontier la force nécessaire pour assurer à tout jamais la fidélité de vos pures amours, pour faire de vos deux existences, indissolublement unies, une force de plus qui pousse l'humanité au progrès et au bien. Il veut vous aider à mériter ensemble la suprême récompense qui est de posséder au ciel, dans son entier épanouissement, dans
tous ses splendides effets, la vie surnaturelle, la vie infiniment heureuse d'union absolue à Dieu.
Vos amis, vos familles vous entourent, et eux qui jusqu'ici vous avaient regardés comme des enfants, sont en votre présence pénétrés d'un profond respect. Si quelqu'un doute du sérieux de la vie, qu'il vienne ici et qu'il considère ces deux jeunes gens encore libres et qui tout à l'heure ne le seront plus ; maîtres encore de leur amour et qui vont perdre le droit d'en disposer ; ces deux jeunes gens qui n'ont été responsables que d'eux-mêmes, et qui vont se rendre responsables l'im de l'autre, responsables aussi de tel et tel petit être inconnu, aperçu de Dieu seul dans l'obscurité de l'amour possible, destiné à naître, s'ils le veulent, à rester, s'ils s'y refusent, dans l'éternel néant.
lyC prêtre est là au pied de l'autel. Par une exception unique dans l'économie des choses divines, lui, le dispensateur de tous les sacrements depuis le baptême jusqu'à l'extrême onction, il est là, comme dépouillé de sa puissance sacramentelle, il est là, député par i Eglise comme un intercesseur pour prier et bénir, comme un témoin pour voir et écouter.
Après avoir rappelé avec la saijiteté du mariage le souvenir de ses obligations, il interpelle les époux les désigne chacun par son nom, demande et reçoij, leur consentement ; il leur fait mettre la main dans la main en signe de la donation et de l'acceptation qu'ils se font l'un de l'autre. Puis comme marque
LA TOCATION AU HARIACE. — 18
extérieure de ce lien qu'aucune puissance au monde ne pourra jamais dénouer, il bénit l'anneau^ sjthbole expressif du lien qui unit à perpétuité, à la fois celui qui le met et celle qui le reçoit (i).
Quand de votre cœur ému se sont échappés ces simples mots : je suis à toi, tu es à moi, exprimant luie libre et mutuelle donation et une libre et mutuelle acceptation, le grand acte est accompli.
Le prêtre monte à l'autel. Il va offrir la divine victime pour les nouveaux mariés. L'Eglise, toujours si maternelle pour ses enfants, met sur ses lèvres les plus pénétrantes prières.
« Exaucez-nous, Dieu tout-puissant et miséricordieux, afin que ce qui se fait par notre ministère
(i) En -bénissant l'anneau, le prêtre récite cette belle prière: «... Seigneur, bénissez vous-même cet anneau que nous bénissons en votre nom^ afin que celle qui le portera, en gardant inviolable la foi d'épouse à son époux, demeure perpétuellement dans votre paix et votre volonté, et qu'elle passe tous les jours de sa vie dans les joies d'une charité bien comprise; nous vous le demandons pour elle, par Jésus-Christ Notre- Seigneur. Ainsi soit-il. »
L'anneau est le S3-mbole de la fidélité inviolable des deux époux. « Les cachets étaient anciennement gravés dans les anneaux que l'on portait aUX doigts, comme l'Ecriture sainte elle-même en témoigne. Voici donc le secret de la cérémonie que l'on fait aux noces. L'Eglise, par la main du prêtre, bénit un anneau, et le donnant premièrement à l'homme témoigne qu'elle scelle et cacheté son cœur par ce sacrement, afin qug jamais à l'avenir, ni le nom ni l'amour d'une autre femme ne puissent y entrer tant que vivra l'épouse qui lui a été donnée. Puis l'époux remet l'anneau au doigt de l'épouse, afin que réciproquement elle sache que jamais son cœur ne doit recevoir de l'afifection pour aucun autre homme tant que vi\Ta, sur terre, celui que le Seigneur vient do lui donner. » (Saint FRANÇOIS DE SalBS. Introduction à lu vie dévote.)
L\ CÉLÉBRATION DU MARIAGE ayS
reçoive son accomplissement par votre bénédiction (i).
B Recevez, s'il vous plaît, Seigneur, les dons que nous vous offrons pour le lien sacré du mariage, et comme vous êtes l'auteur de cette œuvre, prenez-en aussi la conduite (2).
» Nous vous supplions. Seigneur, d'accompagner des faveurs de votre bonté ce que vous avez établi par votre providence ; et de conserver dans une longue joie ceux que vous unissez par une légitime société. »(3)
Puis, l'Eglise rappelle dans son Epitre la doctrine matrimoniale de saint Paul, dans son Evangile les enseignements de Jésus, sur l'amour mutuel, sur l'indissoluble unité du mariage, et par une prière plus solennelle qu'elle ajoute à l'ordinaire de la messe, elle attire les bénédictions de Dieu sur les mariés.
Le prêtre, après avoir récité le Pater, se tourne vers les mariés. « Laissez-vous fléchir par nos prières. Seigneur, et accompagnez de votre grâce ce sacrement que vous avez institué pour la propagation du genre humain, afin que ce qui est uni par votre autorité soit conservé par votre assistance. »
Puis il s'adresse à Dieu spécialement pour la
(i) Collecte de la Mes3e de Mariage.
(2) Secrète de la Messe de Mariage.
(3) Post communion de la Messe de Mariage,
femnie qui porte une part plus lourde du fardeau matrimonial.
« O Dieu, qui par votre puissance, avez créé de rien tout l'univers, qui, ayant disposé les éléments de toutes choses, avez fait l'homme à votre image, et lui avez donné dans la femme une aide inséparable tirant son origine de l'homme même, pour lui apprendre qu'il n'est jamais permis de séparer ce qu'il vous a plu d'unir; ô Dieu, qui avez consacré l'union conjugale par un mj'^stère si excellent figuré par l'alliance de Jésus-Christ et de l'KgHse ; ô Dieu, par qui la femme est unie à l'homme, et qui donnez à cette société fondamentale une bénédiction qui n'a pas été ôtée ni pai la peine du péché originel ni par le châtiment du déluge, regardez favorablement votre servante, qui, devant être unie à un époux, réclame votre protection avec instances. Que son joug soit un joug d'amour et de paix ; que, chaste et fidèle, elle se marie en Jésus-Christ, imitant toujours les exemples des saintes femmes, qu'elle soit aimable à son mari comme Rachel, sage comme Rébecca ; qu'elle jouisse d'une longue vie et soit fidèle, comme Sara ; que l'auteur de la prévarication ne puisse trouver en elle de ses actes ; qu'elle demeure attachée à la foi et aux commandements ; unie à son mari, qu'elle fuie tout commerce illicite, et qu'elle trouve dans une vie réglée un renfort à sa faiblesse ; que sa gravité et sa pudeur lui méritent le respect ; qu'elle forme son cœur à la céleste doctrine ; qu'elle
soit féconde, pure et irréprochable, et qu'elle arrive au repos des bienheureux et au royaume des deux ; et qu'ils voient tous deux les enfants de leurs enfanta jusqu'à la troisième et la quatrième génération, et qu'ils parviennent à une vieillesse désirable. »
Une dernière fois, avant de bénir le peuple, le célébrant se tourne vers les mariés et dit :
« Que le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob soit avec vous, et qu'il accompUsse en vous sa bénédiction, afin que vous voyiez les enfants de vos enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération, et qu'ensuite vous possédiez la vie éternelle par le secours de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui étant Dieu, vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Quand on comprend ce qui se passe devant les autels du Christ, on ne s'étonne pas que l'Eglise entoure la célébration du mariage de toute la beauté possible de son culte. Pour recevoir l'hôte divin, car il est là de tiers entre les époux, comme il l'était au baptistère et à la table sainte, rien à mon avis n'est exagéré dans les splendeurs des cérémonies reliligieuses ni dans nos luxes humains.
Et cependant certains voudraient pour la célébration du mariage le silence et le mystère. A quoi
bon, disent-ils, cette mise en scène théâtrale pour un acte vulgaire de la vie intime ? A quoi bon exposer aux railleries d'une foule incorrecte des jeunes gens qui n'aspirent qu'à être seuls pour jouir en paix de leur bonheur. Et sans se douter le moins du monde des secrètes ambitions de ceux qui attaquent ainsi le mariage religieux, des chrétiens bien pensants et sincères font écho à ces perfides déclamations. Ils ne voient pas qu'il y a là un piège. C'est l'amorce d'une nouvelle campagne contre un sacrement qui gêne beaucoup nos déchristianisateurs. Ils s'irritent de ce que après des années d'anticléricalisme la majorité de ceux-là mêmes qui ne pratiquent plus leur religion se croient obligés de passer par l'Eglise pour se marier. Et comme à tout prix ils veulent briser les derniers liens qui rattachent les Français à la vieille foi de leurs pères, ils discréditent le mariage, et veulent le réduire à n'être plus, dans l'esprit du peuple, qu'un contrat matériel. Ils s'imaginent qu'on défera d'autant plus aisément les nœuds qu'on les aura formés avec moins d'éclat.
Est-ce à dire qu'il n'y a jamais d'exagération dans l'éclat donné à la célébration de certains mariages mondains ? C'est un fait qu'on ne peut nier. Les journaux qui donnent les comptes-rendus, nous obligent à le constater. Trop souvent certains mariages, pour lesquels on transforme nos sanctuaires en succursale des foyers des grands théâtres.
ne sont qu'un merveilleux prétexte à exhibition. Il faut stigmatiser les curiosités et blâmer l'ostentation qui ne laissent rien à la piété. Mais il ne s'ensuit pas qu'il faille supprimer les cérémonies religieuses dont en entoure chez nous, depuis toujours, le mariage chrétien. Mettons en garde les vrais catholiques contre les abus que nous signalons, et si les grandes familles donnent l'exemple, ils deviendront de plus enplus rares, car, en cela comme en tout, la mode a son mot à dire, du moins dans un certain monde.
Il faut protester avec énergie contre l'attitude de certains invités. A peine installés, les hommes commencent xm vrai dialogue avec leur voisin ou leur voisine. Les femmes échangent leurs impressions sur les toilettes qu'elles ont grand souci d'observer. Ceux-ci se permettent des rires ou des chuchottements qui troublent le recueillement de ceux qui veulent prier ; d'autres, des manières inconvenantes dont rougiraient des païens. C'est irrespectueux pour le saint lieu. C'est également insultant pour les jeunes fiancés.
Et cependant ils voient s'avancer vers l'autel ces jeunes fiancés. Ils voudraient prier car ils ont le sentiment de l'acte important qui va transformer leur vie ; ils pressentent quel fardeau va tomber sur leurs épaules et ils savent que c'est Dieu qui a le secret du bonheur de demain. Mais mille pensées, mille sentiments divers mettent le trouble dans leur
aSo - LA VOCATION AU MARIAGE
esprit et la rougeur sur leur visage. C'est aux invités qui ont conscience de leur devoir, de venir au secours de leur impuissance, c'est à eux de demander à Dieu qui tient dans ses mains l'impénétrable avenir de daigner répandre sur eux ses bénédictions dans une mesure pleine. Dans une circonstance aussi grave, nul ne peut refuser le secours de sa prière aux fiancés. C'est le moins que puissent faire des chrétiens quand on leur a fait l'honneur de les convier à des noces.
Quand on comprend la grandeur du sacrement, on imagine surtout très difficilement la façon dont certains chrétiens le reçoivent.
Beaucoup oublient dans la réception de ce sacrement les règles de piété, que l'on garde et que l'on croit devoir garder en recevant les autres. « Vous êtes les premiers, et souvent même les plus zélés à condamner un homme qui entrerait dans l'Eglise et dans les sacrés ordres par des vues ou d'intérêt ou d'ambition. Vous ne voudriez pas approcher du sacrement de nos autels sans vous être auparavant purifiés dans les eaux de la pénitence, et vous croiriez vous rendre coupables en vous présentant au tribunal de la pénitence, pour une autre fin que d'honorer Dieu et de vous réconcilier avec Dieu. Quand on vous parle de ce Simon le magicien, qui demanda aux apôtres le sacrement de confirmation pour un motif de vaine gloire ; et quand on vous dit que Judas parut à la table de Jésus-Christ, et qu'il
LA CÉLÉBRATION DU MARIAGE a8l
y communia dans une disposition criminelle, vous réprouvez l'attentat de l'un et de l'autre. Or le mariage est-il moins respectable et moins vénérable en qualité de sacrement ? Le Sauveur du monde l'a-t-il moins institué que les autres sacrements ? A-t-il moins de vertu pour donner la grâce que les autres sacrements ? Contient-il des mystères moins relevés que les autres sacrements? Tout ce qui se dit des autres sacrements pour les exalter et nous les faire honorer, ne convient-il pas également à celui-ci ? Et par conséquent ne demande-t-il pas par proportion des dispositions aussi parfaites, un motif aussi chrétien, une pureté de cœur aussi entière, un usage aussi honnête et aussi saint ?
Nous savons tout cela dans la spéculation ; mais, dans la pratique, voici la différence qu'on met entre ce sacrement et les autres. Pour ceux-là on s'y prépare, on y cherche Dieu, on y prend des sentiments de religion, et en cela l'on agit chrétiennement ; mais est-il question du sacrement dont je parle, vous diriez que c'est dans la vie une chose indifférente et profane, à laquelle ni Dieu, ni la religion n'ont point de part. On fait un mariage par des considérations purement humaines, sans en avoir le moindre remords ; on le célèbre au pied de l'autel, dans un état actuel de péché ; et quoique ce soit incontestablement une profanation sacrilège, à peine en a-t-on quelque scrupule, parce que la plu-
aSà LA VOCATION AU MARIAGE
part même ignorent ce point de conscience (i). » Chez d'autres ce n'est plus l'indifférence, c'est le mépris. Ils passent encore par l'Eglise parce que c'est de bon ton, et que, sans ce qu'ils appellent avec mépris cette formalité, on ne serait plus admis dans un monde qui, malgré bien des dégénérescences, se respecte encore. Mais quant à recevoir la grâce de Dieu, ils s'en moquent. Après avoir extorqué au dernier moment une absolution qui ne sert à rien ou bien se l'être vu refuser, ce qui ne les inquiète guère, ils viennent s'agenouiller au pied de l'auteL Ils entrent dans le mariage par la porte du sacrilège. Souvent, près de cette âme sans foi et sans autres vertus qu'une vulgaire honnêteté, il y a une âme croyante et vraiment chrétienne, qui elle reçoit la grâce du sacreinent. Bien aveugles sont les mères, disait le P. Gratry, qui livrent leur fille vierge à l'homme dont elles savent d'avance qu'il ne peut ni ne veut recevoir comme il faut le sacrement de mariage. Cette grâce des vivants, il va la perdre et la profaner en se perdant lui-même, et sa compagne deviendra sa complice. Il vaudrait mieux pour vous, pauvre mère, préparer le linceul de cette enfant que sa parure de noces. Il vaudrait mieux, pour parler avec l'Evangile, lui attacher une meule de moulin au cou et la précipiter au fond de la mer. La voyez- vous en face des autels ? La main qu'elle
(ij BOURDALOUE. Sttmon sur fétal du mariage. Œuvreé complètes. Tome II, page Soç.
LA CÉLÉUR.VTION DU MARI\GE 383
donne est pure, celle de son futur époux est pour ainsi dire fumante du sang du Christ qu'il foule aux pieds.
Quelquefois la profanation est complète. Alors ce n'est pas la grâce de Dieu qui descend dans leurs âmes, au moment où ils échangent leurs consentements, mais sa malédiction. Ils ont en profanant une chose sainte éloigné d'eux le secours d'en haut qui rend les jougs suaves et les fardeaux légers. Puissentils ne pas s'apercevoir bientôt que les chaînes qu'ils ont forgées sont trop lourdes à porter ? Ives deux forçats de l'indissolubilité se plaindront amèrement d'être rivés l'un à l'autre et jusqu'à la mort. Ont-ils le droit de se lamenter ? Qui les a chargés de ces fers dont la pesanteur les accable? Ce n'est pas Dieu qu'ils n'ont pas consulté, ni prié. N'est-ce pas euxmêmes? Et quand je les entends dire parfois : « Qu'aije fait au bon Dieu pour être si malheureux en ménage ? » Je suis tenté de leur répondre ; qu'est-ce que Dieu vient faire ici ? Est-ce lui qui vous a guidés ? ly' avez- vous invité à vos noces ? Pourquoi alors le rendre responsable de vos mésaventures conjugales. Dieu n'est-il pas en droit de vous répondre, quand vous vous plaignez de lui : mais est-ce que je me suis engagé à devenir votre appui et à soulager vos douleurs ?
Vous qui comprenez la grandeur divine du mariage demandez au Christ présent à vos noces de faire pour vous ce qu'il fit pour les époux de Cana. Il
exaucera votre prière et vous donnera le vin généreux de la force et de la joie nécessaires pour accomplir toutes les obligations de la vie commune et de l'éducation des enfants, pour supporter les peines qu'entraîne parfois la servitude de l'indissolubilité. Car le Dieu qui dore les raisins aime à ensoleiller les affections humaines. Celui qui fait couler le sang de la vigne dans les pressoirs désire d'un ardent désir faire couler dans les âmes toutes les grâces dont les époux peuvent avoir besoin dans la vie nouvelle où il les appelle pour coopérer à sa grande œuvre providentielle.
Lille, 23 Janvier 1913.
Fête de Saint Raymond de Pennafort de l'Ordre des Frères Prêcheurs.