DES MOTIFS ET DES FINS DU MARIAGE
qui le démon a de la puissance. Ce sont ceux qui entrent dans le mariage, sans penser à Dieu et à son amour, uniquement pour satisfaire leurs passions, comme des animaux sans raison. Le démon est tout puissant contre eux. » Puis l'ange ajoutait : « Mais vous, vous prendrez cette jeune fille avec la crainte du Seigneur, dans le désir d'avoir des enfants, et non de satisfaire vos passions, afin que vous obteniez dans vos enfants la bénédiction promise à la race d'Abraham. »
Et c'est là^ en effet, la fin véritable pour laquelle Dieu institua le mariage au commencement, Aussi ceux-là commettent une faute très grave qui s'opposent volontairement à cette fin du mariage ; elle a été voulue et ordonnée par Dieu qui unit inséparablement les droits et les devoirs.
A ces deux premiers motifs un troisième est venu s'adjoindre depuis le péché du premier homme, après qu'il eut perdu l'innocence dans laquelle il avait été créé, et que la concupiscence eut commencé à se révolter contre la droite raison. Dès lors celui qui a conscience de sa faiblesse, et qui ne veut point combattre les révoltes de la chair, doit trouver dans le mariage un secours pour son salut. Kt c'est ce qui a fait dire à l'Apôtre (i) : « Dans la crainte du péché, que chaqtie homme vive avec sa femme, et chaque femme avec son mari. » Puis après
( 1} I Cor. 7. 2.
avoir dit « qu'il est bon de ne pas toujours user de tous ses droits afin de vaquer plus librement au devoir de la prière », il ajoute encore « que les époux ne doivent pas cesser dans leur vie commune de se prêter un mutuel appui contre les tentations et la faiblesse d'ici-bas ».
Voici donc les motifs qui doivent, l'un ou l'autre, déterminer ceux qui veulent contracter mariage d'ime manière sainte et pieuse, comme il convient aux enfants des Saints. Mais si quelques-uns étaient portés par d'autres causes à se marier, et si dans le choix d'une épouse ils avaient principalement en vue l'espérance de laisser des héritiers, ou encore les richesses, la beauté, l'éclat de la naissance, la ressemblance des caractères, de tels motifs ne seraient point blâmables pour cela, parce qu'ils ne sont pas contraires à la sainteté du mariage. Ainsi la Sainte Ecriture ne nous dit pas que le patriarche Jacob ait été coupable pour avoir préféré Rachel à I^ia, à cause de sa beauté.
Du Sacrement de Mariage.
Après avoir expliqué ce qui regarde le mariage considéré comme union naturelle, il faut l'étudier maintenant comme Sacrement, et montrer que sous ce rapport il est beaucoup plus excellent, et qu'il tend à une fin beaucoup plus élevée. Le but du mariage, en tant qu'union naturelle, c'est la propagation de la race humaine. Dieu l'avait ainsi voulu dès le commencement ; mais ensuite, le mariage a été élevé à la dignité de vSacrement, afin qu'il en sortît un peuple engendré et formé pour le culte et la religion du vrai Dieu et de Jésus-Christ notre Sauveur. Aussi cette union sainte de l'homme et de la femme est-elle donnée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même comme le signe visible de cette union si étroite qui existe entre Lui et son Eglise, et de l'immense charité qu'il a pour nous. C'est ainsi qu'il a symbolisé la di\'inité d'un si grand mystère. Et en effet ce choix était de toute conve-
nance, puisque de tous les liens qui enchaînent les hommes entre eux, et qui les rapprochent les uns des autres, il n'en est pas de plus étroit que le mariage ; l'époux et l'épouse sont attachés l'un à l'autre par la charité et la bonté la plus grande. Voilà pourquoi nos saints Livres nous représentent si souvent l'imion divine de Jésus-Christ avec son Eglise sous l'image de noces ou mariage.
Maintenant, que le mariage soit un Sacrement, l'Eglise appuyée sur l'autorité de l'Apôtre, l'a toujours tenu pour certain et incontestable. Voici en effet ce que saint Paul écrivait aux Ephésiens (i) : « Les maris doivent aimer leurs épouses comme leurs propres corps. Celui qui aime son épouse s'aima luimême. Car personne ne hait sa propre chair ; mais il la nourrit et l'entretient, comme Jésus-Christ fait pour son Eglise, parce que nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et il s'attachera à son épouse ; et ils seront deux dans une même chair. Ce Sacrement est grand, je dis en Jésus- Christ et dans l'Eglise. » Or ces mots : ce Sacrement est grand se rapportent à coup sûr au mariage, puisque l'union de l'homme et de la femme dont Dieu est l'Auteur, est précisément le Sacrement, c'està-dire le signe sacré de cet autre lien si saint qui unit Jésus-Christ à son Eglise. Et tous les anciens
(i) Eph. s. 23 et seq.
DU SACREME?iT DE MARIAGE 3o3
Pères qui ont interprété ce passage démont-rent que c'est là son sens propre et véritable. Et le saint Concile de Trente l'explique de la même manière. Il est donc certain que l'Apôtre compare V homme à Jésus-Christ et la femme à l'Eglise ; que l'homme est le chef de la femme, comme Jésus-Christ est le chef de l'Eglise ; que pour cette raison l'homme doit aimer sa femme, et la femme aimer et respecter son mari, car « Jésus-Christ, dit l'Apôtre, a aimé son Eglise, et II s'est livré pour elle, » et l'Eglise à son tour, selon la doctrine du même Apôtre, est soumise à Jésus-Christ. — De plus ce Sacrement signifie et produit la grâce ; deux propriétés qui constituent, à proprement parler l'essence même du Sacrement. C'est ce que nous enseignent ces paroles du Concile de Trente (i).: « Jésus-Christ Lui-même, auteur et instituteur des Sacrements, nous a mérité par sa Passion, la grâce propre à perfectionner l'ajnoîtr naturel des époux, à affermir l'union indissoluble qui existe entre eux, et à les sanctifier, n II faut donc enseigner que l'effet de la grâce produite par ce Sacrement c'est de fixer et d'arrêter dans les douceurs d'un bonheur tranquille la tendresse mutuelle et l'amour réciproque des deux époux, de maintenir leur cœur, et de les préserver de toute affection déréglée, afin (2) « qu'en toutes choses le mariage soit honorable et le foyer toujours digne ».
(i) Sess. 24.
[2) Heb. 13. 14.
3o4 LA VOCATION AU MARIAGE
Il est aisé de juger maintenant combien le mariage chrétien l'emporte sur ces unions qui se faisaient, soit avant, soit après la loi de Moïse. Sans doute les Gentils étaient convaincus qu'il y avait quelque chose de divin dans le mariage, aussi réprouvaient-ils comme contraires à la nature les imions qui avaient lieu hors du mariage, et même ils jugeaient dignes de châtiment l'adultère, la violence, et les autres genres de libertinage, mais néanmoins le mariage n'eut jamais chez eux le caractère du Sacrement.
Les Juifs, il est vrai, observaient les lois du mariage avec un respect vraiment religieux, et il n'est pas douteux que leurs alliances eussent un degré de sainteté beaucoup plus élevé. Comme ils avaient reçu de Dieu la promesse (i) « qu'un jour foutes les nations seraient bénies dans la race d'Abraham », ils considéraient avec raison comme un devoir de haute piété d'avoir des enfants et de contribuer à l'accroissement du peuple choisi d'où Jésus- Christ Notre-Seigneur, dans sa nature humaine, devait tirer son origine. Mais ces unions-là même ne renfermaient point la véritable essence du Sacrement.
Il faut joindre à cela que, sous la loi de nature, après le péché de nos premiers parents, soit même sous la loi de Moïse, le mariage avait singulièrement
(I) GENUs. 2i. 18.
DU SACBEMENT DE MARIAGE 3o5
dégénéré de sa première sainteté et de sa pureté originelle. Ainsi sous la loi de nature, nous voyons que beaucoup de patriarches avaient plusieurs femmes à la fois ; et, sous la loi de Moïse il était permis de répudier une femme pour certaines raisons, en lui délivrant un billet de divorce. Mais la loi évangélique a supprimé cette double liberté, et a ramené ainsi le mariage à son premier état. Ce n'est pas qu'on puisse blâmer ces anciens patriarches d'avoir eu plusieurs femmes, car ils n'avaient agi ainsi qu'avec la permission divine. Mais Jésus- Christ a montré clairement que la polygamie est contraire à la nature même du mariage, quand il a dit : « L'honvtne quittera son père et sa mère et s'attacJiera à son épouse, et ils seront deux ne faisant qu'un. » Ainsi, ajoute-t-il, « ils ne sont plus deux, mais un seul » (i).
Ces paroles font voir évidemment que Dieu a institué le mariage pour en faire l'union de deux personnes, et non davantage. D'ailleurs Notre- Seigneur Jésus-Christ l'enseigne très nettement dans ce même passage de saint ^Matthieu (2) : « Quiconque renvoie sa femme, et en épouse une autre commet un adultère ; et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, c'est un adultère. » Car s'il était permis à l'homme d'avoir plusieurs femmes, on ne voit pas