La vocation de la colonie de Montréal [microforme]
Quelle est la vocation de Montréal ?— Telle est l’importante question que je proposais, il v a quelques mois, en finissant ma lecture sur les Premiers Colons de Ville-Marie. L'histoire prirnitive de la colonie, dont je venais d’esquisser les principaux épisodes, fournissait en germe les données nécessaires pour résoudre ce grand problème. Oui, c’est là un problème magnifique ; et il mérite de notre part un intérêt d’autant plus vif, que sa solution entraînera comme une conséquence naturelle la réponse à une question ultérieure, éminemment pratique et personnelle pour chacun de nous : Quelle est ma vocalion, et quels sont mes devoirs, en lant que citoyen de Montréal ?
Les considérations que je vais eflleurer seront nécessairement bien superficielles ; car, récemment arrivé dans cette contrée, je ne suis encore guères familiarisé avec l’histoire et les usages de ma nouvelle patrie. Cet essai sur la vocation de la Colonie de Montréal ne sera point toutefois inutile, s’il peut attirer vos études et vos réflexions sur une question si capitale et si glorieuse, afin que plus tard elle soit résolue avec la profondeur et l’étendue qu’elle mérite.
Les sociétés, aussi bien que les individus, ont leur vocation assignée par la Sagesse Divine ; de sorte qu’à l’instant même où le ciel suscite une colonie, une cité nouvelle, il l’associe à ses desseins de miséricorde, en lui confiant un rôle plus où moins important pour le bonheur de l’humanité. Eh ! comment Dieu aurait-il pu oublier Montréal, cette cité privilégiée, lorsqu’avant tous les âges, combinant dans son idée éternelle le plan de l'univers, il disiribuait aux empires et aux individus leur portion respective de travaux, de grâces et de gloire ?
Oui, Ville-Marie a sa vocation ; et, préalablement à tout examen, j'ose affirmer que cette vocation doit être extraordinaire. Rappelons-nous en effet le sublime désintéressement de ses fondateurs, l’héroïsme et la sainteté de ses premiers colons ; n’est-il pas évident, que Dieu, dont la sagesse infinie proportionne toujours jes moyens à la fin, n’a point veillé sur Ville-Marie avec tant de prédilection et de tendresse, pour la laisser languir dans l'obscurité d’une destinée commune et vulgaire ?
Muis pouvons-nous pénétrer plus avant ? Vouloir assigner la natare
et l’étendue de la vocution d’une ville, encore au matin de son
existence, mest-ce pas une entreprise téméraire ? Et avant de formuler
ds destiné es providentielles de la colonie de Montréal, ne faut-il pas
attendre qu'elle ait parcouru toutes les phases de son développement, et les diverses périodes de son histoire ?
Non ; Dieu s'est réservé, il est vrai, la science de l’avenir ; mais le voile nrysté rieux qui en dérobe les secrets aux regards des mortels est pour ainsi dire transparent pour les esprits observ: teurs el profonds. Les hommes et les nations, même avant de connaître ‘istinctement leur destinée, semblent en avoir dès l'enfance un pressentiment instinctif, et en liissent percer des indices plus où moins frappants. Nous pouvons recueillir ces données éparses, les combiner avec les enseignements de Pexpérience, et en déduire des conjectures plus où moins probables, tout en conservant une sage défiance de nos propres lumières, et une humble soumission aux décrets inconnus de la divine sagesse. Tel est l’ordre commun de Ja Providence.
Quelquefois même, lorsque Dieu veut donner an monde un homme où un peuple chargé d’une mission extraordinaire, il lui prépare les voies et l’annonce à la terre, en déchirant d'avance le voile qui coche son avenir, Ainsi la vocation de St, Jean-Baptiste fut proclamée avant sa naissance ; ainsi plusieurs siècles avant que le peuple Israëlite prit place parmi les nations, ses sublimes destinées avaient été prédites à ses aieux.
Voilà donc deux manières de connaître d’avance les desseins de Dieu sur Îles cités et les individus ; l’une ordinaire, et qui n’aboutit qu’à des conclusions probables ; l’autre, extraordinaire, et qui conduit immédiatement à la certitude.
Quelle méthode devons-nous employer dans l'examen de la question qui nous occupe ?
La réponse que je vais proposer semblera peut-être contestable et hasardée, Ce n’est après tout qu’une opinion personnelle, ou plutôt une simple conjecture, que je suis prèt à no’ lificr, et même à abandonner entièrement, si les faits sur lesquels j je m appuie ne sont pas suflisamment prouvés, ou si les conséquences que j’en déduis sont trop étendues. Quoiqw’il en soit je laisse de côté la méthode pour ainsi dire analytique, qui consisterait à étudier les annales de Ville-Marie dans leurs moindres détails, à grouper les faits épars et isolés, à les apprécier durs leur ensemble, à deviner leur marche providentielle, et à en conclure enfin la vocation de notre patrie, Sans rejeter absolnment cette manière de procéder, nous pouvons, c: me semble, arriver à la solution du problème par une voie plus directe, plus simple et plus certaine.
Lorsque je considère le zèle apostolique, la pureté de vues surhumaine, les lumières extraordinaires que nous avons admirées dans ses premiers fondateurs, je ne puis DA: La r de me dire à moi-mème : Sans doute, Dieu prenait plaisir à s’entretenir familièrement avec ces nobles âmes, comme autrefois avec Abraham et Moïse ! Eh! dans ces épanchements de cœur à cœur, comment aurait-il pu leur cacher ses desseins de miséricorde sur l’œuvre à laquelle il les avait associés ?
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Aussi, peut-être je me trompe ; mais il me semble que si nous connaissions le but que se proposaient les premiers fondateurs, nous connaîtrions par là même les vues de Dicu sur Montréal, Interrogeons done ces fidèles organes de la Providence ; écoutonsles avec respect : Dieu va nous révéler par leur boucue la vocation de notre patrie !
Dieu at-il suscité Ville-Marie pour en faire un riche entrepôt de commerce, où les nations se donneront rendez-vous pour échanger l'or et les marchandises précienses ? Déjà, grâce à sa situation avantageuse, Montréal a pris un rang distingué parmi les plus florissantes cités ; son opnlence et son commerce vont prendre un essor plus rapide encore, lorsque le St, Laurent verra ses flots dotmptés, passer sous les piles superbes du Pont- Victoria, Mais le commerce et les richesses seront toujours pour Montréal quelque chose d’accessoire et de secondaire : écoutez avec quelle noble fierté ses fondateurs dédaignent une vocation si vulgaire : Tlne faut pas, “ disent-ils, mesurer les pensées de Dieu avec les nôtres, ni estimer qil “ nous ait ouvert, à travers tant de mers, ces chemins auparavant inconnus, pour en rapporter seulement des castors et des pelleteries, Cela “ est bon pour la bassesse des desseins des honimes, mais trop éloigné de la majesté et de la profondenr de ses voies, et des inventions secrètes et admirables de sa bonté.” (Vie de Sœur Bourgeoys, Introduc!ion, ‘tp xil)
Serait-clle donc destinée à devenir une cité belliqueuse et conqnérante ? Elle avait sans doute le droit d'y prétendre ; car ses premiers colons par leurs briliants faits d'armes, se sont élevés à la hauteur des anciens Romains et des nobles chevaliers dn Moyen-Ace, dont nous admirons les merveilleuses prouesses. Mais, chose bien digne de remarque, les Montréalistes n’entreprirent jamais une guerre oflensive ; et s'ils portèrent leurs armes dans le pays de leurs ennemis, ce fut uniqnement pour faire diversion, et assurer le repos de la patrie. En cela ils suivaient fidèlement les vues pacifiques des fondateurs :=—4$i, par la permission du “ ciel, écrivaient-ils, nous ne pouvons ni convertirles froquois, ni les obli- ‘€ ger d’avoir la paix avec nous, nous leur ferons une si juste, si sainte et si ‘ bonne guerre, que nous osons espérer que Dieu fera justice de ces petits ‘$ Philistins, qui troublent ses œuvres.” (7 bid, p. xvii).
Ainsi, toujours ennemis des dissensions, et désireux de rester unis avec leurs voisins par les doux liens de la concorde, les Montréalistes ne prirent jamais les armes que pour se défendre. Mais aussi, chaque fois que Pinvasion étrangère vint menacer son existence ou sa tranquillité, la colonie trouva toujour: parmi ses enfants un peuple de guerriers et de héros. TG moin, cette famille Le Moyne de Longueuil, qui, pendant un siècle, fut l'honneur et Padmiration de la Nouv elle-F rance, et qui s’éteignit sur un champ de bataille aux jours de ‘la conquête, comme si elle n’eût pu survivie à l’invasion de sa patrie (1) ; témoin, cette jeune amazone, Mile, de Verchère, dont l’histoire merveilleuse, publiée il y a quelques mois, semblerait n’être qu’une page copiée dans un vieux roman de
(1) Charles-Jacques Le Moyne, fils et petit-fils de Crouverneurs de Montréal, et troisième baron de Longueuil, périt dans le combat du baron de L'iesknu, au Portage du Lac £t. Sacrement, le 8 Septembre 1759.
chevalerig, si elle ne reposait testables (1). 5, si nous de -Conidas du
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