‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 116 sur 205 · NOUVEAUX ÉGAREMENTS SENSUELS · texte numérisé non relu

NOUVEAUX ÉGAREMENTS SENSUELS

sexuel, une grande lame de fond de son tempérament, saccageant toutes les constructions spirituelles échafaudées, qui déferle sur lui ? Est-ce le même homme qui est ‘à l’affût des anciennes possibilités de libertinage, de désordre sensuel ? Ou cette vie irrégulière est-elle une nouvelle occasion de discipline du moi ,un nouveau champ d’exploration de cet hédoniste bizarre qui est tantôt un ascète et tantôt un viveur ? Qui doute qu’il ne s’efforce quand même à travers les épreuves de la vie brutale à conserver la possession de son âme ?

Avec Henley il vécub ainsi une vie qui reste cependant semblable à elle-même par ses côtés toujours bohômes. 11 erra dans divers endroits de la banlieue de Londres et notamment à Ealing et à Acton. La collaboration littéraire sur le thème de Deacon Brodie continue. Les récits aux vertigineuses péripéties de ses Nouvelles Mille et Une Nuits, qui semblent refléter un peu de cette impatience d’une existence monotone qui agite Stevenson avec Henley sont terminés fin octobre. Leur succès a été mince. Dans tous les cas la Revue est en train dé suecomber. Stevenson a le temps d’y jeter, en novembre, une autre nouvelle : « La Providence et la Guitare ». C’est une histoire vécue qui lui a été contée en France (1). T’action très simple se déroule de nos jours ,dans le voisinage de Fontainebleau. Il v a comme à Châtillon sur Loire un arrogant Commissaire. Les sujets principaux sont l’ostracisme dont artiste est l’objet de la part des bourgeois, l'impossibilité pour Partiste, même médiocre d’être autre chose que ce qu’: est, le nharisaïsme social. Après avoir mis en scène un couple demüsiciens ambnlants, il les conduit dans la maison où habite un ménage ‘d'artistes qui, par leur union, se sont aliéné la protection de la famille du mari: I] y a une atmosphère de sentiment un peu triste, mais qui, quand même, exalte l’amour. Il est visible que comme toujours ses œuvres reflètent très clairement ses préoccupations intimes.

(1) Stevenson envoya le produit de la publication à ceux qu’il avait devant les yeux en écrivant.

244 LES MOIS DE PRÉOCCUPATION INTIME Te ST IR PRES

La Revue est morte, Henley n’a plus qu'à tenter autre chose. J1 le tentera. Il ne sera jamais au bout de setentatives toujours courageuses et parfois glorieuses.

Après un dernier passage au Savile Club, Stevenson se décida à rejoindre Edimbourg où il n’était pas retourné depuis plusieurs mois. Ses Notes pittoresques achevaient de paraître dans Portfolio. Elles allaient sortir en volume aussi.

Elles contenaient de belles évocations de sa ville natnle, dans son atmosphère historique. Mais ses affinités avec le passé étaient loin de lui”concilier l'appréciation du présent. Glorifiant les sites et les monuments, il n s'était pas interdit d'ajouter des réflexions comme celleel : € Mais ses citoyens, avec leurs cabs, leur tramways, leurs affiches ne sont pas du tout dans le ton. Habitués à déambuler partout sous la conduite des guides, ils na respectent aucune localité historique et élèvent leurs enfants au milieu des sites les plus pittoresques avec une admirable indifférence humaine. Les voir se promenant en foule dans ces lieux avec leurs vêtements corrects et leur prétention de rectitude morale, leur petit air de damination qui confine à l'absurde: n’est pas le trait le moins intéressant de l'endroit » (1).

Ces aménités à l'égard de ses concitoyens n'étaient probablement pas de nature à leur faire accepter plus favorablement tout ce qu’il y avait chez lui de choquant à leurs yeux. Aussi bien Stevenson ne vint pas à Edimbourg pour jouir de l'estime générale et de la considér»tion qu’il n'avait pas encore atteintes. T1 vint à Edimbourg sans doute afin de vivre quelque temps de facon plus économique dans la maison de ses parents, tandis

CAPI TUNISIE But these citizens, with their cabs and L'amways, their trains and posters are altogether. out of key. Chartered tourists, they make free with historical localities and rear their young among the most picturesque sifes with a grand human indifference, To see them thronging by, in their neat clothes and conscious moral rectitude and with a little air of possession that verges on the absurd, is not the least striking feature of the place.

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