LA FIN DU VOYAGE
il remonta le cours de l'Allier pour revenir dans le Givaudan. Il traversa Chasseradès (28 septembre) descen. dit la vallée de Chassezac, Lestampes, Bleymard, afin d’escalader avec Modestine les pentes de la chaîne de la Lozère. C’est ainsi qu’il passa la nuit parmi les pins dans la société des étoiles.
I gravit le pie Finiels de 1.900 mètres, et de là se di- rigea vers le Sud. Il apercçut bientôt le pays des Cami sards de protestante mémoire. Il descendit à Pont-d: Montverd, célèbre dans « le souvenir des vieilles guerjusqu'à La Vernède, et au Château de Miral pour arrires », et « revit tous ces lieux ». 11 suivit alors le Tarn ver à Florac. De cette petite ville il remonta le Tarnon, la vallée de Mimente, et par Cassagnas et Saint Germain de Talberte, par le Gardon de Mialet atteignit Saint Etienne de Vallée francaise. C’est de là qu'il monta suc le mont Aïgoal, ancien repaire du fameux partisan Cas: tagnet. Il ne lui restait plus qu’à redescendre sur Saint Jean du Gard. Sa randonnée était finie, car il atteigni: Alais par chemin de fer, après avoir vendu son âne pour : 35 francs. Elle avait duré onze jours et lui avait fourni des aperçus de quelques-unes des plus curieuses profondeurs de sa vie morale.
Pourtant, ce n’était qu’un subterfuge d’attente. Aïnsi qu’il s’en rendra vite compte, le problème de l’organisution de sa vie n’en était pas solutionné le moins du monde.
Avant de revenir en Angleterre, au début d'octobre 1 s'arrêta à Autun où Hammerton, qui avait déjà publié beaucoup de ses œuvres dans Portfolio se trouvait résider temporairement. T’arrêt à Paris fut bref. À Londres, en revanche, il s’attarda plus longtemps qu’il ne Pavait jamais fait peut-être. Il alla à Cambridge où Colvin pouvait lui donner l’hospitalité. T1 reprit surtout sa vieille camaraderie avec Henley toujours sur la brûche dans le journalisme.
Maïs quel contraste immédiat avec la soirée symbolique passée sur les pentes de la Lozère ! Quelle note tran-
: . . . . e , quille dans celle-ci : « Je n’ai pas souvent joui d’un plus sereine possession de moi-même, et je ne me suis jamais senti plus indépendant des aides matérielles. L: monde extérieur dont nous nous abritons dans nos maïsons semblait après tout un lieu plaisant et habitable ct les nuits les unes après les autres, le lit d’un homme, . ° . N ° ES était prêt, semblait-il, à le recevoir dans les champs où
; 3 ; : PRE Dieu tient maison ouverte. Je pensais avoir découvert
. . . PSPTE SR une seconde fois une de ces vérités qui ne sont révélée; qu'aux sauvages : tout au moins, j'avais retrouvé un nouveau plaisir pour moi-même. Et cependant. tandis que jexultais de ma solitude, je fus conscient d’un: étrange imperfection de bonheur. Je souhaïitai avoir un : compagne étendue près de moi sous la clarté des étoiles. silencieuse et immobile et cependant près de moi. Car il y à une société plus calme même que la solitude, et qui bien comprise rend la solitude parfaite. Et vivre on plein air avec la femme qu’il aime est pour un homme de toutes les existences la plus complète et la plus libre » (1). Aïnsi devaient être Adam et Eve au matin du monde, lorsque leur être en parfaite harmonie avec !à nature éternelle jouissait d’une perfection divine.
Le séjour à Londres et la compagnie d’'Henley semblent rompre l’équilibre fragile de ce merveilleux accord réalisé entre l’âme et les sens. Une inspiration de vie hâtive, le goût brûlant de l'aventure coûte que coûte, la soif du péché, des égarements virils paraissent l'avoir ressaisi. Est-ce une réaction irrésistible et brutale de Pinstin:4
(1) P. 208 Tusi 17. ©T have not often enjoyed a more serene possession of myself, nor felt more independent of material aids. The outer -word, from which we cower in our ‘houses, seemed after all a gentle and habitable place : and night after night a man's bed, it seemed was laid and waiting for him in the fields where God keeps an, open house. I thought I had rediscovered one of those truths which are devealed to savages and hid from political ecoonmists at the least I had discovered a new pleasure for myself. And yet even while I vas exulting in my solitude I became aware of a strange lack:°I wished a companion to lie near me in the starlight, silent and not moving, but ever within touch. For there is a fellowship more quiet even than solitude, and Which rightiy understood, is solitude made perfect. And to live out of doors whith the woman a man loves is of all lives the most complete and the most free ».
Ceci est visiblement adressé à Mme Osbourne. Voir aussi & poème XXII Book I. Underwoods : A Camp. À bed was made,