DE LA FAMILLE
La nourrice Cummie. Le Covenant. Le Catéchisme presbytérien, La tension mentale précoce. L'enfance pathologique.
Différents de leurs parents, le père et la mère de Robert-Louis Stevenson n'eurent pas treize enfants. C’est une circonstance capitale du développement psycholovique de leux fils que celui-ci fut un enfant unique, et, comme Robinson Crusoe dans son île déserte, à la fois le seul sujet et le souverain absolu de la tiède et confortable « nursery » où s’écoula son enfance.
M. Thomas Stevenson, en raison de ses obligations professionnelles, était souvent absent, en voyages d’inspection des phares, en tournées de surveillance de travaux en cours, en déplacement à Londres pour des démarches se rapportant à son Administration.
Sa fenune, qui devait néanmoins atteindre un âge assez avancé, était d’une santé fragile. Elle était souvent alitée, supportant mal l'hiver précoce, intermina : ble, la dure saison de semi-obscurité du Nord, avec la pluie, le brouillard, de ce climat maritime qui viennent encore affaiblir les quelques heures de jour sans soleil. Elle dut vite chercher le soulagement d’une résidence ‘intermittente un peu plus au Sud, où même sur la côte d'Azur. |
Le fils choyé hérita sans doute de cette délicatesse de constitution; dès ses plus jeunes années, il fut en proie
LA NOURRICE CUMMIE : 31
aux bronchites répétées. Peut-être les soins qui Jui furent donnés ne furent-ils pas éclairés ? On ne sut pas l’entraîner progressivement et lui faire mener la vie et le régime qui convenaient. Bref, soit Pabsence d’exer-cice, la rareté du plein air, soit que ses fréquentes indispositions eussent affecté sa sensibilité en même temps que son état général, il se révèla extrêmement impressionnable, parfois coléreux à l’excès. II y eut chez lui une surexcitation cérébrale excessive. es
Depuis l’âge de dix mois, pour suppléer aux défaillances inévitables des soins de sa mère, il eut, attachée à sa minuscule personne, une jeune femme qui resta toujours au service de la famille. La position des domestiques, au bon vieux temps, était autre chose que celle d’une personne à gages. Il y avait des liens moraux. C'était a ouliotément le cas en Ecosse (1). Alison Cunningham, familièrement appelée Cummie, déploya dans sa tâche tout le dévouement d’une mère, Comme un véritable membre de la famille, elle concut de l’affection pour l'enfant. Ses soins furent marqués d’un caractère original et d’une influence.
C’est toujours le. même problème des origines ancestrales qui revient. Nous nous trouvons en présence de gens qui ne portent pas les noms conventionnels des clans gaëliques. Ils sont des Basses Terres, ou tout au moins du pied ou des pentes des collines. Ils parlent un dialecte saxon fortement gallicisé, comme l'Anglais. Leur état civil peut s’interpréter en consonnances saxonnes. Mais il y a dans leur tempérament un tour imaginatif et passionné, des penchants intellectuels et artistiques inconscients qui font beaucoup plus songer à de: Celtes, à des Gallois, à des Irlandais, à des « clanmen'; » -des Hautes Terres.
Cœur tendre et âme simple. Cummie était une Presbytérienne sans compromission. Elle s’élançait vers les
(1) Voir Reminiscences of Scottish life and character - Dean Ramsay. où il y à un chapitre spécial à ce sujet.
Le | f
hauteurs de l'Absolu. Elle vibrait de toute la chaleur de son instinct. Ce qui animait son imagination, en dehors des affections ordinaires, c'était la Bible certes, mais c'était surtout le souvenir des Covenantaires. Les Covenantaires ! La clef d’un aspect du nationalisme écossais ! Longtemps, très longtemps après l’achèvement de leur épopée de fanatisme et de violence, ils ne sont point morts dans l’imagination du peuple. Leur mouvement qui n'était, pas plus que le hussisme, dépourvu de conséquences sociales, qui a suscité tant de précheurs de plein air, tant d’audacieux hommes d’action, capables de s’avancer jusqu’au crime, tant de suaves chanteurs d’hymnes de grâce, quoique désormais assoupi, couve encore dans les Basses Terres chez les Ali son Cummingham. Les cimetières ne contiennent-ils pas ces tombes des saints et des martyrs édifiées par les mains de Robert Paterson, le tailleur de pierres ambulant surnommé « Old Mortality », appellation que le Roman de Walter Scott à rendue partout célèbre ? Ne sont-elles pas marquées d'inscriptions preuses que le temps hélas efface ? Mais elles ne sont pas effacées des cœurs.
On s’étonnera moins de l'enthousiasme de la nourrice de Stevenson à songer que le nom de Woodrow. l'obscur historien d’un mouvement si étroit, si régional, mais qui a ses fidèles, est allé servir de prénom à un Président de la puissante République des Etats-Unis d'origine écossaire, et que c’est précisément celui-là qui. en créant sa Ligue des Nations à Genève, en a profité pour employer encore le nom de Covenant !
« Le Pacte d'Union », où Covenant d'Ecosse, n'a pas seulement ses historiens comme Woodrow, il à ses superstitions populaires qui entourent ses champions d’un halo céleste, et ses adversaires — tel le fameux Claverhouse, Vicomte de Dundee, — d’une lueur sinistre d'enfer, Il a sa littérature, négligée certes par le grand public anglais, mais chérie des experts et des élus. Le poigne des Indépendants. qui grâce au génie de Crom-