BURNS ET THOREAU
sa femme. Et Stevenson, conquis au fanatisme du vieux pays n’était pas fâché de le revoir. C’est ainsi qu’ils se décidèrent à faire, par petites étapes, comme le nécessitait son état de santé encore précaire, le trajet de San Francisco à New-York. Dans cette ville ils s’embarquèrent très bourgeoisement et presque prosaïquement, comme tout le monde, pour atteindre Liverpool le 17 août 1880. ;
Ni son « Histoire d’un mensonge », ni ses deux études sur Yoshida Torajiro et Thoreau n’avaient guère changé sa position littéraire depuis son départ. Quel surcroît d'autorité y eût apporté « l’Amateur émigrant », dont, après beaucoup de’tergiversations on achevait enfin l'fmpression à Londres ? Cette relation d’une curieuse expérience psychologique et morale entreprise courageusement est un bien joli livre, un de ceux qui nous font le plus apprécier Stevenson. Mais sans doute fautil pour lui donner tout son sel l’arrière fond de sa triomphale production littéraire qui, commençant par l'Ile au Trésor, fit de Stevenson l'écrivain le plus en vue de l'Angleterre et de l'Amérique ?
Dans tous les cas, M. Thomas Stevenson semble avoir à cette époque particulièrement redouté sa publication. Le livre avait pourtant un mérite : il prouvait qu’à la différence de Burns qui avait écrit de si beaux vers sur le sujet (1) de son imminent départ pour l'Amérique, le fils d’une famille d'ingénieurs, dans des conditions assez dures pour lui, n'avait pas reculé au dernier moment devant le voyage, et qu’il était allé jusqu’au bout de sa détermination. Il prouvait encore qu’il était loisible dans certaines directions d’aller plus loin que Thoreau et son expérience de Walden.
Mais il était très désagréable au père, solide bourgeois, que l’on fut informé généralement que le fils avait
(1) Fare well to his native country :
The glooming night is gathering fast.
Stevenson venait justement d’étudier Burns et de le taxer d’insincérité,