LA VIE SIMPLE EN CALIFORNIE
son approche » (1). A la différence des jours d’été des pays septentrionaux comme l’Ecosse ceux de la Californie « n'étaient pas très longs, mais ils étaient très fatigants. »
La nuit ramenait le mystère et la rêverie. On y jouissait d’une fraîcheur bienfaisante dans laquelle on .pouvait s’attarder., Car cette fraîcheur était encore tiède des effluves magnifiques du soleil. Et Stevenson pouvait s’imprégner de sensations et de senteurs, et de l’immensité poignante de l’éternelle, omniprésente nature. Après le bain de soleil de la journée il prenait en quelque sorte < un bain d'ombre » (1). C’est ainsi qu’au sortir d’une période d’analyse morale et d’efforts de conscience il récupérait peu à peu son pouvoir d'abandon, et ses riches perspectives subconscientes dans la merveilleuse extase de la plénitude des forces de vie désormais retrouvées. Car son séjour à Silverado ne constituait pas plus une expérience sociale que son voyage dans les Cévennes. Dans ce dernier, Stevenson nous avait donné comme Thoreau dans Walden quelques détails pécuniaires. Mais dans les « Silverado Squatters » cet aspect est dorénavant absent. Peu importe après tout les bases économiques. Les conditions psychologiques de son moi lui sont d’un intérêt suffisant pour constituer le seul point de vue digne d’être retenu et investigué. S'il avait jamais eu des velléités d’être un penseur social, il semble s'en être complètement dépouillé pour être essentiellement un individualiste de plus en plus adonné au développement de ses aspirations spirituelles et imaginatives. Cette vie de camp de Silverado dura presque jusqu’à la fin du mois de juillet. À vrai dire, l'absence de confort domestique aux heures chaudes de la journée n'était pas exempte d’inconvénient, ainsi qu'il s’en rendit bientôt compte. De plus en plus ses parents réclamaient son retour ne fut-ce que pour faire la connaissance de
(1) P. 245 —= Indeed it would be hard to exaggerate the pleasure that we took in the approach of night. Our day was not very long, but it was very, tiring. ;
(2) A bath of darkness, p. 246,