‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 158 sur 205 · L'ÉPÉE DE DAMOCLÈS · texte numérisé non relu

L'ÉPÉE DE DAMOCLÈS

S1 la constatation n’est pas exempte d’une certaine ironie, il y à moins de sarcasme railleur qu’on pourrait le supposer. Stevenson ne s'est-il pas un peu retrouvé luimême ? La vigueur dogmatique n’a rien pour effrayer un homme qui n’a jamais eu d’antipathie que pour l’inanité intellectuelle ou le vague laisser-aller.

Mais « l’Ecossais dé retour dans sa patrie » n’avait plus guère de temps à y séjourner. En dépit de l’enthousiasme que lui inspiraient maintenant les Hautes Terres, à la mi-septembre, il fallut battre en retraite sur Edimbourg. En ces latitudes élevées, le froid et l’humidité sont extrêmement précoces. Que Stevenson ne se faisait : aucune illusion sur sa santé, le poème qu’il avait adressé à l’Atlantic Monthly (1), Magazine américain, où 1l parut en octobre nous l’indique de façon très frappante :

Ne quitte pas encore, mon âme le champ de bataille sans [combattre, ni ne laisse Tes dettes non réglées, et ne déserte pas ton poste Sans rendre les services que tu dois rendre. Si tu tiens | [à ta vie Lève-toi, oh mon âme, et défends ce fort d’argile Ton corps, maintenant assiégé » (1).

Car après toutes ces années d’inquiétudes morales désormais à peu près apaisées, il ne lui est pas plus loisible de vivre d’un bonheur tranquille. Une véritable épée de Damoclès est suspendue sur sa tête. Le soldat exposé à des risques a moins le droit de se sentir dans l’incertitude de sa vie, il n’expérimente pas mieux le contact du danger que n’y est appelé Stevenson.

Examiné à Edimbourg par le docteur George Balfour, son oncle, ce diagnostic alarmant fut en tous points confirmé. Sept années auparavant, il avait été envoyé

(1) Not yet my soul, Underwoods XXIV — C’est dans J’Atlantic Monthly qu’il eût dû publier son « Amateur Emigrant ». Not yet my soul est, il faut le remarquer, son premier poème publié.

(2) « Leave not, my soul, the unfoughten field, nor leave

The debts dishonoured, nor the place desert Without due service rendered. For thy life, Up spirit, and defend that fort of clay, Thy body, now beleaguered ;.… »

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