LE RETOUR EN ÉCOSSE
Avant son départ pour la Californie il avait à Swanston écrit secrètement, et comme pour lui-même son Credo de « Morale laïque ».. Cet ermitage de sa jeunesse ne sera plus pour lui qu’un souvenir.
Stevenson, d'ailleurs, est changé imperceptiblement, 1] à pris un nouvel aspect aux yeux de ses parents, qui, le principe de son mariage accepté, avec leur instinct bour-geois sont plus ou moins impressionnés par le fait nouveau de son incontestable statut social. Peut-il d’ailleurs échapper à quelques-unes des conséquences de sa situation { Ses amis s’apercevront bien vite qu’une influence nantie de possibilités sans égales s’est fortifiée à ses cÔtés. Henley ne pourra plus jamais être le même genre de compagnon. Seulement trois ou quatre années et Stevenson pourra lui écrire : « Je continue, comme. les autres d’entre nous à dégringoler peu à peu des hauteurs des splendides idées. J’ai commencé par tomber dans le désir du gain ; dans le désir du repos, dans la couardise de l’âge mûr, dans la tranquillité lâche du coin du feu » (1). Pure exagération d’ailleurs, mais qui n’est pas dénuée de quelque fond de véracité ! Stevenson s’apaise sans se résigner complètement à l'échec de tant de fiers défis dont il eût volontiers soulevé son âme. |
Et c’est justement pour ce qu’elle apportait de consentement raisonnable aux nécessités établies dans la vie de leur fils, que les Stevenson firent, dès qu’ils purent l’apprécier, si bon accueil à la femme qu’il avait choisie. Il fut vite évident que grâce à elle, grâce à sa prudence et Sa perspicacité féminines, les occasions futiles de conflit et de querelles avec les siens ne pourraient que disparaître.
C’est dans un tel état d'esprit que fut envisagé un séjour en famille dans les Highlands. Pouvait-on faire un meilleur choix ? Comment espérer mieux éblouir les yeux de la nouvelle venue qu’en lui présentant ce que
(1) P. 27. Letters Vol. III — Dec. 1884 — « I am, like all the rest of us, falling ever lower, from the bright ideas. I began with falling
into greed, into idleness, into middleaged and silppered fire side Ccowardice »,
LE TEMPÉRAMENT DU PAYS 801 l’'Ecosse a de plus célèbre ? D’un autre côté Stevenson n’avait-1l pas conçu en Californie une subite curiosité pour des sites.qu’il n’a jusqu'alors qu'imparfaitement appréciés ?
Ne faisant que traverser Edimbourg, de Liverpool, on s’en fut vite dans le Perthshire, où l’on s’arrêta au pied des Grampians à Blair Athole. De là, la randonnée fut poursuivie à travers toute l’étendue des Hautes Terres, jusque dans le Rosshire au nord d’'Inverness. Ce ne fut qu'à Strathpeffer, villégiature de santé, réputée pour ses eaux et son air, à 5 milles de Dingwall, au fon du golfe de Tromarty que l’on séjourna trois semaines.
C’est à Strathpeffer que Stevenson rencontra le Principal Tulloch, directeur du Fraser’s Magazine. T1 eut
ainsi l’occasion de faire publier par la revue fondée par
Maginn, le bohême irlandais, venu d’Edimbourg à Londres quelques-unes de ses impressions de Californie sous Je titre de : « La Vieille Capitale du Pacifique (Monterey) ».
Le même numéro de novembre devait contenir également un poème, écrit à Strathpeffer « Le Retour de l’Ecossais de l'Etranger ». C'était sa première œuvre en dialecte publiée jusqu’alors, et il est caractéristique que Fraser qui l’accepta, était édité à Londres où il s'était maintenu après avoir été lancé comme une imitation de Blackwood, le célèbre « Maga » des essayistes Ecossais.
Sous sa forme humoristique d’une lettre de M. Thomson à M. Johnstone, relatant les impressions du premier :
« Dans maiïnts lieux étrangers j’ai été... (1)
Et toujours en tout âge et en toute position
Je n’ai vu qu’abominations *
Dans leurs pays privés des bienfaits du Covenant...»
(1) Underwoods XII. In Scots.
In mony a foreign pairt J’ve been...
And still in ilka age an’station Saw naething but abomination...
In their uncovenantit lands.
The gangrel Scot uptifts his hands At lack of a’sectarian füsh’n, An’cauld religious destitütion.
302 LE RETOUR EN ÉCOSSE RG A LS ee Er LS
Ce poème contient une pensée sérieuse, une analyse désormais clairvoyante du caractère écossais. Que de naïveté, que d'affection il cache sous sa brusquerie. Que de nécessité de pardon implique tout naturellement le rigorisme même de la doctrine qu’il professe : l’Ecossais de re: tour dans sa patrie n’attend pas de son pasteur l’expression fade d’une morale insipide. 4
IL est d’abord un peu désappointé par le calme et la froide expression de la prière par laquelle débute le service du jeune pasteur qui a succédé à celui d'autrefois, et qui lui semble au premier abord « une triste diminution de l’ancien » :
« La prière n’était pas ce que j’espérais...
Comme si la foi était dégénérée..
Mais juste comme je m'irritais
Il tira un texte très judicieux
Et se lançant dans ses prédilections, Avec un bruit d'ailes d'oiseau de proie Fonça contre toutes les défections (1).
POUR TOR RS) T e K ets ele) M'otafsLedenre tel rio ele, le elete ee trie els rettete
Ah quel bon air passa sur mon âme
D’entendre les points de doctrine mis en lumière Et toutes les horreurs de la damnation Détaillées avec un zèle plein de religion.
Ce n’était pas une tiède profession,
Nous étions tous damnés et cela était clair,
Et j'acquiesçai avec gratitude et admiration
Au plaisir d’une telle prédication (2).
(1), « A saur d'eclension frae the aulda »
Syne, as though a the faith was wreckit, The prayer was not what I exspeckit… But just as I Was growin’vext He wale a maist judeecious text, - An’ launchin’ into his prelections, Swoopt, wia skirl, on a’defections.
(2) O what a gale was on my spéerit To hear the p’ints 0° doctrine clearit And all the horrors 0? damnation Set furth Wifaithfüministration !
No shauchlin’ testimony here — We were a’damned, an’that Was cléar.
TI owned, wi’ gratitude an’ wonder, He was a pleisure (to sit under.