‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 160 sur 205 · DANS LE GRAND SILENCE BLANC DES AUSTÈRES MONTAGNES · texte numérisé non relu

DANS LE GRAND SILENCE BLANC DES AUSTÈRES MONTAGNES

Londres. Gosse et John Addington Symonds. Davos. Ses travaux. « Les Hautes Terres.» Quelques essais. Virginibus Puerisque en volume. La moralité de la profession littéraire.

Lorsque dans la première quinzaine d’octobre 1880, Stevenson chassé-des Hautes Terres par le mauvais temps se dirigea vers Londres, son dernier passage dans la capitale datait de plus d’un an. Et que d’impressions, que d'événements intervenus dans sa vie depuis cette époque ! Que de travaux poursuivis aussi. Ce mois même le « Pavillon sur les dunes » ne venait-1l pas de commencer à paraître ? Sidney Colvin connaissait déjà la physionomie de son ami, marié, assagi, et malade. Il connaissait Mme Stevenson. Car il était venu les attendre avec la famille à Liverpool. À Londres, Stevenson revit Henley toujours aussi ravi, toujours aussi militant dans sa sphère littéraire. Mais sur lui, la présence régulière de Mme Stevenson au côté de son mari dont elle surveillait le régime ne fit pas, il faut bien le dire une impres-

sion aussi favorable que sur M. et Mme Thomas Stevenson. Celle-ci d’ailleurs semble n’avoir goûté Henley qu’avec quelques réserves. Que valait pour Stevenson l’influence d’'Henley ? Sans doute cet esprit ardent et presque fiévreux avait pu jadis servir d’animateur. Mais un homme comme Stevenson ne gagnait-il pas à être laissé à lui-même, pour accomplir plus tranquillement son évolution ?

Stevenson revit le docteur Clarke, le spécialiste de Londres qui l’avait jadis envoyé d'urgence à Menton. Il confirma les recommandations du docteur Balfour.

On était en automne, il n’y avait aucun intérêt pour Stevenson à s’attarder sur les bords brumeux de la Tamise. Les derniers préparatifs du départ furent bientôt faits. Colvin promit une visite à Davos. Edmund Gosse révéla la présence dans ce lieu d’un homme de lettres assez connu, pour lequel, il donna à Stevenson une lettre d'introduction. C'était John Addington Symonds, une sorte.de Walter Pater, un esthète d'Oxford, spécialisé, dans l'étude de la Renaissance italienne, une excellente société pour un Presbytérien écossais en réaction contre le Puritanisme un peu étroit du Nord.

On se mit en route avec des bagages, et l’on emporta même un délicieux chien de luxe, don de Sir Walter Simpson, qui durant quelques années constitua l’un des traits de l’installation plus ou moins ambulante des Stevenson. Il a été décrit dans un essai (1) dont il suggéra sans doute la composition. « Walter, Woggs ou Bogue, ce sont les noms qu’il assuma successivement, est un petit Skye terrier, alerte, bien élevé et intelligent, aussi noir qu'un chapeau, avec une framboise humide en guise de nez, et deux cristaux de roche jaune en guise d’yeux. L’observateur humain le proclame très joli, mais il semble un objet d’horreur aux dames de sa race » (2). Bogue eut l'honneur d’être peint par Caldecott, et son portrait est aujourd’hui exposé dans une galerie de Londres. |

Où était le temps où Stevenson, seul ou avec son cousin, passait comme un tourbillon d’une capitale à l’autre, négligeant même d’emporter avec lui du linge et des vêtements de rechange pour être plus libre de ses mouve-

(1) The Character of Dogs — (febr. 84). English Illustrated Mag. Mrmories and Portraits (1887).

(2) P. 101 — Tusi 29 — Mem. and Portraits. « He is a little alert, well-bred, intelligent Skye, as black as a hat, with a wet bramble for à nose and two cairngorms for eyes. To the human observer, he

is decidedly well-looking ; but to the ladies of his race he seems abhorrent,

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