JOHN ADDINGTON SYMONDS
ments ? Le convoi dont il faisait partie se dirigea sans hâte vers l'Engadine. Mme Stevenson veillait minutieusement à son confort. On s’arrêtait souvent pour se reposer dans une ville du parcours. Et c’est ainsi qu'ayant quitté Londres au milieu d'octobre, ils arrivèrent, Stevenson, sa femme et le jeune Lloyd, accompagnés de leur Skye terrier, le 4 novembre seulement à Davos.
La dernière partie du voyage s’effectuait en voiture où en traîneau. Davos est en effet à 1.500 mètres parmi les montagnes des hautes vallées de l’Inn. L’agglomération n’en était qu’à ses débuts. Elle consistait en une double rangée irrégulière de maisons médiocres qui figurait vaguement une rue. Les boutiques étaient généralement tenues par des personnes souffrant de maladies pulmonaires. Il y avait un sanatorium d'assistance publique. Comme St Moritz qui se trouve dans la même région, et qui, comme elle a connu depuis une fortune singulière, Davos n’avait pas à cette époque les somptueux hôtels qui y ont été construits. Il ne s’y trouvait que trois hôtels assez modestes. Stevenson descendit à l'hôtel Belvédère, et le lendemain il trouva John Addington 5ymonds à l’hôtel Buol.
/ Singulière rencontre que celle de ces deux hommes, dans le cadre de cette nature inanimée des hautes altitudes l'hiver. De toutes parts, c’est la solitude et le silence du grand désert blanc, le spectacle farouche, et l’indicible horreur des cîmes abruptes, des champs de neige et des glaciers. Voisinage aux suggestions austères et qui écrase ou atterre l’imagination |! ;
Stevenson et Symonds rapprochés l’un de l’autre, réduits par l’isolement relatif de Davos à cet exceptionnel tête-à-tête !
Stevenson, curieux, intrépide mélange de pastiche et d'inspiration, de sincérité et d’histrionisme, de réticence et d'abandon. Symonds, ancien élève de Harrow, étudiant de Balliol, « fellow » de Magdalen à Oxford.
(1) Comme Sir Walter Simpson il avait voyagé jusqu’en Egypte,
« Ses connaissances exotiques et variées, ses sympathies aussi averties que peu empressées, une gracieuse aisance et une certaine précision de langage lui permettent le se considérer comme le meilleur des causeurs : c’est peut-être son cas vis-à-vis de quelques-uns, mais pas tout à fait avec moi — proxime accessit, dirais-je. Il ‘chante les louanges de la terre et lés arts, les fleurs et les joyaux, le vin, et la musique dans le style d’une sérénade au clair de lune, et comme en s’accompagnant d’une gui tare légère... Nul, n’est à la vérité, plus harmonieux dans : les notes élevées. Mais même lorsqu'il chante le chant des Sirènes, il écoute encore l’aboiement du Sphinx. Des accents byroniens plutôt discordant interrompent le flot de son épicurisme sur le mode d’'Horace. Sa gaieté a un peu comme arrière plan perpétuel la tragédie du monde, et 1l festoie comme Don Juan au’son de deux orchestres contraires, l’un invitant agréablement à la danse, l’autre tonnant au loin comme un concert de Beethoven... Il ne s’abandonne pas toujours, peut-être rarement complètement dans la conversation. De là quelques désappointements et même une injustice occasionnelle à l’égard de ses interlocuteurs. » (1).
Tel est le portrait que nous a laiséé Stevenson de John Addington Symonds. En même temps qu’il rend hommage au talent de l’homme, il souligne leur très grande disparité de point de vue et de formation. Symonds était : l'aîné. Fils d’un médecin célèbre, spécialisé dans le trai-
(4) P. RO — Tusi — Talks and Talkers, end Part I — His various and. exotic knowledge, complete although unready sympathies and his fine, full, discriminative flow of language fit him out to be the best of talkers : so p'érhaps he is with some, not quite with me -— promixe accessit, I should say. He sings the praises of the earth and #h* arts, flowers and jewels, wine and music, in a moonlight, serenading manner, as to tde light guitar ; even wisdom comes from his tonsue like singing ; no one is, indecd more tuneful in the upper note. But even while he sings the Song of the Sirens, he still hearkens to the borking of the Sphinx. Jarring byronic notes interrupt the flew of his Horatien humours. His mirth has something of the tragedy of the world for its perpetual background :; and he feasts like Don Giovanni to a double orchestra, one lightly sounding the dance, one pealing Beethoven in the distance. He is not truly reconciled «either with life or With himself, He does not always, perhaps not often, frankly surrender himself in conversation. Hence arise occasional disappointments ; even an occasional unfairness for his companions,