STEVENSON TOUJOURS ESSAYISTE
Après qu'il eut fini d'écrire « l'Ile au Trésor », Ste- .venson semble s'être mis sérieusement au travail. Il rédigea d’après ses notes la relation définitive de son séjour sur les flancs du Mont Saint-Hélène en Californie, qui parut sous le titre des Estiveurs du*Silverado (1). C’était commencer par la fin la publication de cette série de péripéties de son existence qui furent la conséquence de son voyage à bord du Devonia. « L’Emigrant amateur » avait été retiré, et « A travers les Plaines » ne devait être écrit que plus tard. « Les Estiveurs du Silverado » sont à leur manière un délicieux ouvrage que nous avons souvent cité pour décrire cet épisode intéressant de la vie de Stevenson.
Tous les essais qui constituent les « Etudes familières d'hommes et de livres » (2), étant désormais achevés, — le dernier sur Pepys paru au mois de juin, — Stevenson en prépara une édition sous forme de recueil qui sortit au mois de mars.
Pendant ce temps, il avait déjà inauguré la série des essais de « Souvenirs et Portraits ». Les deux parties de « Causeries et causeurs » (3) parurent en avril et en août dans le Cornhill Magazine où elles devaient être
suivies et précédées en juin de la nouvelle des « Joyeux lurons » écrite à Kinnaird Cottage.
Faut-il signaler l'essai : « L’étranger dans son propre pays » où il décrit la situation particulière de Ecossais en Angleterre, paru dans la même revue, au mois de mai et qui avait été également écrit pendant l’hiver de Da-
vos ? f Ce séjour, en ce qui concerne la production littéraire fut évidemment plus fructueux que celui de Pannée précédente, mais il ne semble pas que sa santé ait fait les mêmes progrès. L'effet du changement d’altitude semble avoir épuisé à la fois ses conséquences toniques et ses Inconvénients.
(1) The Silverado Squatters.
(2) Familiar studies of men and Books.
(3) Talk and Talkers.
840 DE DAVOS À KINGUSSIE
Stevenson ne semble guère être revenu à la littérature d'imagination à la production de laquelle il s'était exclusivement adonné, et de facon si brillante, pendant l’é. té des Highlands. Mais qu’il continue à s’en préoccuper extrêmement on ne,peut le mettre en doute en lisant l’essai « Sur le Roman romanesque » (1) qu’il composa en février, quoiqu'il ne dût paraître qu’en novembre dans le Longman’s Magazine. Mais il s’agit avant tout de vues théoriques.
En revanche, il s’adonna plus que jamais aux travaux qui gravitaient autour de la Davos Press. La série des € Emblêmes moraux » évolua vers les « Contes moraux » (2), puis ce fut « Le graveur et la plume » (3), toujours marqués du coin d'exécution artistique inséparable, même dans ces productions, de la personnalité de Robert Louis Stevenson.
Si quelques appréciations de la partie de l'essai sur la « Conversation et les causeurs » consacrée à Symonds Sous le nom d’Opalstein pouvaient laisser croire à un manque de cordialité dans les relations entre les deux hommes, la correspondance de Stevenson atteste le confraire.
En mars, il écrira à Colvin : « Symonds me conquiert * chaque jour davantage ; de mille manières, et là où vous vous y attendriez le moins. C’est un homme d’un jugement très sûr ; et très sage d’une sage façon. Il est curieux de voir comment Fanny et moi nous tournons régulièrement vers lui quand il s’agit d'obtenir un conseil :
nous aVOns appris à nous rendre compte que son avis est bon » (4).
Un mois plus tard, il dira pareïllement au Dr
(1) A Gossip on romance.
(2) Moral Tales.
(3) The Graver and the Pen.
On peut noter ici le parallélisme frappant, tant dans l'inspiration que dans les moyen& d'exécution, avec William Blake, au mysticisme si caragtéristique.
(4) P. 191 —: Letters Vol. — March 82 — Symonds grows much on me ; in many, ways, what you would least expect : a very sound man, and very wise in a wise Way, It is curious how Fanny and I always {urn to him for advice : we have lezrned that his advice is good,