‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 182 sur 205 · HOMMAGE À MEREDITH · texte numérisé non relu

HOMMAGE À MEREDITH

Japp : « Il est bien meilleur, et beaucoup plus intéressant par lui-même qu'aucun de ses livres » (1).

Ce second hiver à Davos s’acheva sans événement tragique comparable à celui qui avait marqué la fin du premier. Il avait cependant été marqué par de nombreux ennuis, Mme Stevenson étant obligée à chaque instant pour sa santé de laisser son mari seul. Le jeune Lloyd atteignait peu à peu un âge où les leçons de son père adoptif ne pouvaient suffire à son éducation. I1 fut déci-

dé d’y pourvoir en Angleterre. Par ailleurs il s’avérait de plus en plus que Mme Stevenson ne pouvait supporter le séjour de Davos.

Le docteur Ruedi auquel Stevenson s'était confié à la station ne voyait pas d’inconvénient à ce qu’il ne revint

pas à la montagne et changeât sa résidence.

Toutes ces raisons aboutirent à la-solution de quitter Davos au mois d'avril sans idée de retour.

Mais les époux, comme l’année précédente ne réintégrèrent pas instantanément l’'Ecosse. Ils s'étaient arrêtés à Fontainebleau et à Paris. Cette fois, ils s’attardèrent en Angleterre, principalement à Weybridge, avant d’aller enfin à la fameuse auberge de Bürford Bridge, près de Boxhill, où était déjà venu Stevenson.

Il s'agissait évidemment de revoir Meredith. Etaientce les affinités celtiques ? Il y avait de réelles sympathies entre les deux hommes, dont l’aîné avait alors cinquante quatre ans et le plus jeune trente-deux ans.

Dans l'intervalle de la dernière visite de Stevenson, Meredith avait, assez tardivement, pour un écrivain qui était sur la brêche depuis trente et quelques années, publié son chef-d'œuvre, l’une des plus belles pages de la littérature anglaise : « [/Egoïste ». « Les Comédiens tragiques » et Diana of the Crossways allaient suivre. Meredith était loin de son déclin.

S'il était intéressant en lui-même, il l’était encore à d’autres titres. De nombreuses années auparavant, avant

(1) P. 195 — Letters Vol. — April I 1882 — He is: a far better and more interesting thing than any of his books,

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RE LT 2 ne A NOR de venir à Flint Cottage, n’avait-il pas vécu dans l’intinité des Rossetti, des Swinburne, des Morris, et des Burne Jones, ces esthètes tout à fait fameux ? Il apportait des échos de tous ces mouvements de pensée.

Ayant enfin atteint Edimbourg le 20 mai, Stevenson contrairement aux années précédentes s’attarda dans la ville de son enfance et de sa jeunesse. S’il la quitta, ce ne fut que pour aller faire une excursion avec son père à Lochcarnhead, près des collines du Balquhidder, au-dessus de Stirling. On était seulement sur les confins des Highlands dans lesquels il ne semble pas avoir désiré retourner. Le grand enthousiasme qui lui avait inspiré l'ambition d’en écrire l’histoire était tombé.

Mais le projet envisagé avec Gosse d'écrire une histoire des meurtres célèbres avait attiré son attention sur le meurtre d’Appin, qui a trait à l'assassinat sur la grande route près de Glenure, au pays des Steuarts, de l’intendant Colin Roy qui y représentait le duc d'Areyll, chef du clan ‘des Campbells leurs adversaires traditionnels. L'épisode est du milieu du XVII siècle, et de cet incident tragique des luttes entre jacobites et hanovriens Stevenson retrouva des souvenirs jusqu’au pays de Balquhidder, qui concentrèrent encore son imagination sur lui. On sait qu'il en tira plus tard une partie de l’intrigue des aventures de David Balfour.

Pour l'instant Stevenson avec sa famille tout entière alla passer lété au Sud d'Edimbourg, c’est-à-dire bien loin des Highlands. On avait loué dans le Peebleshire (1) une espèce de presbytère appelé Stobo Manse. Le choix n'était pas heureux, car le lieu était humide. La région parsemée de collines qui servaient de pâturage constituait un paysage bien connu, trop connu de Stevenson. IT y tomba malade, il s’y ennuya.

‘Quinze jours après son arrivée à Stobo Manse, il était en route pour Londres afin de consulter l'excellent doc-

() Dans la haute vallée — peu élevée d'ailleurs — de Ja Tweed qui se jette à Berwick dans la mer du Nord,

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