VERS LES HORIZONS DE LA MER
depuis longtemps des signes de plus en plus évidents de débilité sénile y décédait après l’arrivée de son fils. Le coup était douloureux, car M. Thomas Stevenson avait été un père qui avait péché plutôt par excès d'affection et d'intérêt pour son enfant unique et qui particulière ment depuis 1880 faisait pleuvoir ses bienfaits sur celui dont le triomphe réconfortait maintenant ses dernières années incertaines. C’est sous l’impression d'un grave sentiment filial que Stevenson demeura enfermé dans la vieille demeure d’Heriot Row. Car son état de santé ne lui permit pas même d’assister aux funérailles. Trois semaines il s’attarda dans ces chambres pleines de tant de souvenirs, passant son temps à écrire l’essai sur « Thomas Stevenson, ingénieur des phares » qui parut à Londres dans la Contemporary Review. Ce fut là aussi qu’il composa son poème « Ticonderoga », si tragiquement évocateur de la puissance incoercible de la Destinée. Comme il avait abandonné Fontainebleau, Hyères et Davos, Stevenson abandonnait du même coup Skerryvore et Edimbourg. En passant par Ticonderoga, il retournaît vers la Californie. Il sortait de sa longue inaction - durant laquelle il avait acquis tant de prestige littéraire ; il reprenait la route. Et pour un homme brisé comme lui dans sa vigueur physique, maïs en qui n’étaient point encore taris les rêves et les curiosités, quel plus beau chemin à parcourir que l’horizon mystérieux des flots, quelle plus belle lande à traverser que l'étendue de la mer ?
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Conclusion
Peut-être à cet instant où Robert to Stevenson s’en va quitier le Vieux Monde, échanger ses voisinages pour des décors exotiques, reprendre ses vagabondages après Les années de retraite et de labeur sédentaire, convient-il une dernière fois, avant que se métamorphosent ses Jours, de se pencher sur sa vie passée pour en noter i'unpression d'ensemble.
Certes, nous ne reprendrons pas les analyses minutieuses qui nous ont semblé nécessaires à donner tout leur sens à ses éclosions successives. Et comment en tracer une image qui lui demeure un peu fidèle dans un cadre trop étroit ? Ce qui s’est fixé en lui de ses variations subtiles, de ses vicissitudes morales, ce qui s’est incorporé à ses énergies instinctives, nous ne le saurons que plus tard. Rien ne révèlera mieux peut-être le véritable Stevenson que l'épreuve du Pacifique où il assume toute sa taille.
Mais nous essaierons quand même, comme il le fit certainement lors de sa dernière visite à la maison d’Heriot Row, de nous représenter brièvement l'orientation de sa vie.
Sans doute à ce triste retour, qui réveillait tant de souvenirs, Stevenson songeur, et sous le coup d’une mort à laquelle son propre état faisait un accompagnement tragique, dut-il sentir combien la solidité du logis, l'esprit conservateur, les apparences bourgeoises et la volonté orthodoxe de la théologie paternelle avaient eu peu de pouvoir d'exemple et de force d'initiation.
C'’étaient des influences plus intimes, venant d’un fond plus mystérieux, qui se dérobant à celles-ci s’étaient affirmées contre elles. C’étaient les faiblesses du logis, ce
qui s’y maintenait secrètement de pure nature humaine