‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 197 sur 205 · WÉVASION IMAGINATIVE »\ TURN OT · texte numérisé non relu

WÉVASION IMAGINATIVE »\ TURN OT

intimes. Car Stevenson s'avère intensément personnel ‘ dans sa matière littéraire.

Il ne fait guère de doute que l’attachement conçu par lui pour Mrs Osbourne procède de sentiments élevés, stimule une activité morale encore indécise en lui. Mais ne témoigne-t-il pas d’un mépris complet pour le solide ordre social, ne constitue-t-elle pas comme un surcroit d'évasion ?

Lorsqu'il va poursuivre en Californie la future compagne de sa vie encore légalement unie à son premier mari, C’est la rupture complète avec la famille bourgeoise aux prohibitions puritaines, ce sont les moyens réduits, après l’apaisement du voyage. Et pour Stevenson malade et tentant de tous côtés de tirer des revenus de sa profession littéraire, quelles heures de misère obscure sur les bords du Pacifique, au fond de San Francisco! Mais il en reviendra tout plein des premières visions exotiques. Il en reviendra marié, rasséréné en lui-même.

Si dans ses « Notes pittoresques sur Edimbourg » il a laissé entrevoir une certaine impatience de ses compatriotes écossais, et s’il a préféré jusqu'ici promener son indépendance et contempler la nature en dehors du vieux pays, c’est avec un sentiment filial qu’il apprécie désormais l’Ecosse et se tournera vers sa force, toujours primitive et sauvage.

Un Stevenson valétudinaire, soignant sa maladie pulmonaire errera des Hautes Terres d’Ecosse à Davos. Il viendra s'installer à Hyères. I1 s’établira à la fin dans le sud de l'Angleterre.

Nous l'avons pas à pas suivi. Nous avons montré par quelles voies d'expérience personnelle, ayant scruté la nature humaine, ayant enrichi son âme de perceptions vivantes il avait exprimé dans son œuvre les aspirations de son être, comme dans l’Ile au Trésor, ou les données profondes de sa conscience morale comme dans le Cas étrange du docteur Jekill et de M. Hyde.

Pendant plus de dix années, depuis son premier essai

368 L’AFFIRMATIN DE LA VIE NÉRPTRTS < RE — © —

< les Routes », il s’était en vain servi de son style leste et clair pour atteindre à la renommée, Avec une certaine grâce d'expression qui a trouvé depuis des admirateurs, il avait remué les idées non sans quelque réticence, tiré profit de son expérience et. de ses observations, analysé ses sentiments, discuté des problèmes de conduite. Il avait même en définitive esquissé une « Morale ». Il était resté loin du but. : | ,

Mais n’avait-il pas acquis un précieux talisman ? Avec son intensité aiguisée par l'appréciation artistique, sa physionomie gardait Pambiguité des tendances et l'énergie des aventures de la vie intellectuelle prête à s’épanouir en Jui en images de volonté.

Après avoir tenté en vain en collaboration d’'Henley de travailler pour la scène, il avait poursuivi le succès atteint avec son « Ile au Trésor ». Avec ses romans d’'« Enlevé » et le « Cas étrange du D° Jekill et de M. Hyde», malgré l'échec du « Prince Othon » qu'il couvait depuis si longtemps, il exercait une influence qui pour être assez subtile était désormais indéniable.

Elle n'avait pas seulement un caractère littéraire. I] ressortait, sans nul doute, de ses œuvres d'imagination une qualité vraiment exquise, une aisance de rendu qui devait les recommander à l'accueil des connaisseurs, Mais il était trop évident que non moins que Pessayiste; le vigoureux romancier était le reflet de l’homme, témoignant de prédilections, manifestant des points de vue ayant leur portée morale, leurs sugoestions psychologiques qui ne pouvaient manquer d'avoir de très sérieuses conséquences dans l’orientation britannique où la sombre humeur de Carlyle commençait à peser un peu.

Et que par l’imaoination, il S’enfoncÂt bien loin vers l’ouest, vers son mystère d'El Dorado ct ses paysages exotiques, où remontât les mers du nord: avec leur dédales d’îlots, leurs côtes de rochers déserts, avant qu'ils fussent jalonnés organisés, administrés, on qu'il évoquit Alan Breck et le jeune David Balfour dans les profondeurs dangereuses de la vicille Ecosse celtique, habitées

Page 1