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L'ÉCOLE DE FONTAINEBLEAU

Enfin, quelle variété, quel pittoresque, quelle sauvageri de paysage peut se comparer à ceux de Fontainebleau ? Mais ce qui attirait une certaine société anglo-américaine dans la Forêt, ce n'étaient pas les sites qu’on eût pu rencontrer ailleurs. C'était la renommée de l’école paysagiste française qui s’y était développée. C'était l’émulation pour le genre de vie que ses grands représentants y avaient mené.

A vrai dire, quand Stevenson, en Avril 1875 commença à devenir un habitué des milieux de la Forêt, la période significative, la période héroïque et créatrice de lg grande école était close. Celle-ci, comme on peut s’en rendre compte aujourd’hui au Louvre constitue l’un des plus beaux fleurons de PArt. Issue du mouvement romantique, elle datait de 1830. Ses meilleurs représentants : Millet, Corot, Daubigny, Diaz, Dupré, Jacque et Troyon, après avoir connu des jours difficiles avaient at teint la gloire, la gloire immense et définitive. Les visiteurs de Fontainebleau en étaient la preuve. Quelquesuns vivaient encore, mais ils étaient presque tous près de mourir (1). Et ils avaient laissé loin derrière eux l« plupart des mouvements qu’ils avaient traversés. « Le petit Cénacle, dira Stevenson, était mort et enseveli, Mürger et sa bande de vagabonds aux mille expédients avaient enfin trouvé le repos après tant d'aventures ; la tradition de leur vie réelle avait presque disparu ». Peu à peu disparaissait ce qui avait fait la fortune et l’originalité du Fontainebleau français. Maïs la Forêt s’emplissait de nouvelles rumeurs intellectuelles susceptibles de trouver des échos bien loin au dehors.

1875 ! C’est l’année où Stevenson y vint après tant d’autres. Mais c’est aussi l’année où Ruskin prophète d’une religion de l’Art avait senti en Angleterre même souffler le vent de la défaite. C’est en vain qu’il s'était

(1) Diaz 1876, Millet 1875, Daubigny 1878, etc.

(2) P. 107 Tusi 30 — Fontainebleau — The Ptit Cenacle was dead and buried, Mürger and his crew of sponging vagabonds were All at rest from their expedients ; the tradition of their: real hife ae nearly lost ».

évertué de longues annés, qu’il avait prêché et paraphra sé. La direction des esprits échappe à l’apologiste du Pré-raphaëlisme, au Slade Professor of Art de FUniversité d'Oxford.

Visitant cette année-là l'exposition annuelle de Lu Royal Academy à Londres, 1l vitupère : « Le Salon n’est plus aujourd'hui qu’une illustration à bon marché d:s événements quotidiens mêlés à autant de bavardages sur le passé et de cancans sur l’avenir » (1). C’est sa façon d'apprécier les créations de nouveaux mouvements artistiques qui tournent catégoriquement le dos à sa formule.

Encore douze ans d’ailleurs, et dans le domaine littéaire, le public anglais sera mûr pour accueillir les « De- partemental Ditties », et les « Plain Tales from the Hills » que le neveu de Burne Jones, Rudyard Kipling allait lancer sur lui des Indes.

Mais dans la ruine et la déconfiture de l'idéologie de Ruskin, Fontainebleau et ses milieux artistiques et littéraires de la Forêt avaient déjà joué et étaient appelés en- core à jouer leur rôle.

Stevenson l’interprètera dans ce sens. À Barbizon, à Gretz, à Cernay, à Montigny, on n’échappait pas seulement aux conventions du monde anglo-saxon sournoisement hostile à la libre manifestation du tempérament artistique. On se trouvait dans un milieu intellectuel en

réaction consciente.

« En Angleterre, indique Stevenson, trop de peintres et d'écrivains habitent dispersés, sans protection parmi les bourgeoïs intelligents. Ceux-ci quand ils ne sont pas simplement indifférents lui parlent des buts élevés et de: Pinfluence morale de l’art. Ceci est la ruine du jeune homme » (2). La ruine artistique s'entend. « Les profanes l’inciteront -: « Pourquoi n’écrivez-vous pas un

(1) Voir Jacques Bardoux sur Ruskin.

(2) Further Memories, p: 102. Fontainebleau. « Here in England, 100 many painters and vwriters dwell dispersed, unshielded among the intellisnt bourgeois. These, when they are not merely indifferent, prate to him about the lofty aims and moral influence of art, And this is the lad’s ruin »,

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