LA JOIE DE VIVRE À PARIS
sexes, des étudiants en droit et en médecine, des peintres et des sculpteurs, des ouvriers, des blanchisseuses et des grisettes, et vous les trouviez de très bonne compagnie et susceptibles d'améliorer votre français, si celui-ci était du genre britannique habituel et même d'améliorer quelques-unes de vos manières si celles-ci étaient très britanniques vraiment. Et la soirée se terminait de façon innocente par une partie de billard, ou de cartes ou de dominos au café du Luxembourg en face. où au Théâtre du Luxembourg, dans la rue Madame, où l’on voyait ds farces très amusantes avec de drôles d’Anglais qui par-
laient en criant, ou encore mieux au Jardin Bullier (la
- Closerie des Lilas) pour regarder les étudiants danser
le cancan, ou essayer de le danser vous-même, ce qui n’4-
tait pas aussi facile que cela paraît, ou mieux que tout
au théâtre de l’Odéon avec « La Dame au Camélia ».
On n'allait pas toujours au restaurant. Quelquefois on restait chez soï et par émulation on s’évertuait — pas toujours heureusement — à l’art culinaire
« L’Ecossais — nous dira du Maurier — se penchant sur le poële vous cuisinait des oignons et du bœuf à la mode savoureuse de son pays de facon si habile que vous ne pouviez pas sentir le goût du bœuf à cause des oïgnons, — ni toujours le goût des oignons à cause de Pail ! > (1). ,
T1 y avait aussi les flâneries. Rien de plus délicieux qu'un printemps de l’Tle de France dans le Paris d’autrefois ou d'aujourd'hui, dans ses jardins fleuris à la . française et ses vieux quais, dans la perspective de ses 1llustres monuments et de ses palais. Un soleil léger baïone les avenues glorieuses de l’existence. Dans les rues, sur les boulevards, dans les boutiques, des femmes gracieuses, coquettement vêtues, avec la satisfaction dans les yeux de se sentir admirées. Le charme de Paris ne va-
(1) d p. 53 — The laird, bending over the stove, would cook the onions and beef into a savoury Scotch mess so cunningly that vou could not taste the beef for the onions — nor always the onions for the garlic.
lait-il pas toutes les analyses tatillonnes de Ruskin, toutes ses Pierres de Venise et toutes ses déclamations !
« Oh, heureux jours, et heureuses nuits », s’écriera le prédécesseur de Stevenson, « consacrés à l’art et à l'amitié, oh heureux temps où l'argent était rare, mais où l’on avait la jeunesse et l’espoir, et la santé, et la force et la liberté, avec Paris tout entier conmme terrain de jeux, et son Vieux Quartier latin, jamais converti, et si cher au cœur comme atelier et comme home... Et jusque là au-
eune complication d'amour susceptible de tuer la
joie » (1).
De la même facon écrira Stevenson plus tard : « Comprenez que j'ai passé beaucoup de mon temps en France et que j'ai aimé votre pays et beaucoup de ses habitants et que je profitais continuellement de ce que votre pays est capable d'enseigner, — respirant plutôt cette atmosphère de l’art qui peut seulement être respirée là » (2).
Mais Paris, et ses quais, et ses restaurants, et ses Jardins, et ses perspectives de monuments ne fut réellement pour Stevenson qu'une antichambre dans laquelle il s’attarda quelquefois, mais qu'il se contenta de traverse sans cesse, en route pour un autre endroit. Car, c’est à Fontainebleau plus que dans la capitale qu’il apprécia surtout les printemps et les étés de l’Ile de France.
C'était pour lui une sorte de Swanston plus animé, mais dans son genre un ermitage, comme il l'avait été jadis pour Obermann qui en avait inauguré le renom.
Dans les auberges des Villages de la Forêt, on savourait sans doute des créations tout aussi ingénieuses, mais moins frelatées de l’art culinaire français. On était plus entre soi, car l'invasion anglo-saxonne était complète.
(1) P. 54. Trilby, du Maurier (Tauch). — Oh happy days and happy nights, sacred to art and friendahip ! oh, happy times or careless impecuniosity, and. youth and hope and health and strength and freedom — with all Paris for a playground and its dear old unre generate Latin quarter for a worshop and a home ! And up to then, no kill joy complication of love !
(2) Letters Vol. 3, p. 308 to Marcel Schwoh 1890. Comprehend how I have lived much of my time in France and loved your country, and many of its people, and all the time was learning that which your
country has to teach — breathing in rather that atmosphere of art which can only there be breathed ».