‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 99 sur 205 · LA VIE NOMADE · texte numérisé non relu

LA VIE NOMADE

rents à Penzance et aux Iles Scilly. Il reprend encore l: chemin dé Paris. Cette fois, son séjour dans la Forêt dure trois mois. Il s'achève seulement en Novembre. KRevenu en Ecosse, il passe à peine deux mois à Edimbourg en l’absence, d'Eleniey qui est parti pour Londres, Le 1‘ janvier 1878, après un arrêt à Londres, Stevenson est à Dieppe. Il passa les premiers mois à Paris, puis à Grez. 11 ne franchit la Manche que pour retrouver ses parents à Burford Bridge près de Boxhiil, où il fit la connaissance de Meredith. De là, il rejoignit Henley à Londres, où celui-ci pris la direction d’un périodique. Puis il revint à Paris. ;

On voit par ce tableau la fréquence de ses déplacements. On voit aussi la place que tiennent Paris et Fontainebleau dans sa vie. Mais il est indispensable de comprendre avec quel soin Stevenson entendait cultiver une absence de fixité, la privation de toutes les attaches routinières avec quelque lieu. Ce système est élevé à la hauteur d’un véritable exercice spirituel. Il se constitue un idéal de vie errante.

Dès novembre 1873, où 1l a publié dans Portfolio son premier essai : « Les Routes », ces tendances sont déjà en germe. Cet essai, qui constitue à certains égards un véritable manifeste et un point de départ nous initie à quelques-unes des directives de sa méthode d’éducatiou de sa sensibilité. Car il y a peu de doute qu’au cours da ces années Stevenson cherche consciemment à s’assimiler un certain nombre d'états d’âme suggérés par le contact de la nature.

« Aucun amateur ne niera qu’il ne puisse trouver plus de plaisir dans un seul dessin sur lequel 1l peut rester penché pendant toute une après-midi tranquille et ainsi graduellement se pénétrer des dispositions d’esprit de l'artiste, qu’il n’en peut jamais extraire du chatoïement | et de l’accumulation d’impressions contradictoires qui le font se retirer fatigué et hébété de quelque fameuse galerie de peinture. Pourtant, ce qui est admis pour Part ne l’est pas en ce qui concerne les soi-disant beautés na-

turelles : aucun excès de sublime dans le contour des montagnes ou dans les grâces d’une plaine cultivée n’est susceptible daffaiblir ou de dégrader le palais. Nous n> sommes pas certains cependant que la modération, et un régime suffisamment austère, même en ce qui concerne le paysage ne soient pas salutaires et fortifiants au goût » (1). à Cest le vrai plaisir du « voluptueux de la nature » de ne pas rester frappé de terreur devant un mont Chimborazzo .: de ne pas demeurer assourdi par la orosse caisse de l’orchestre : maïs graduellement de s’initier à quelque beauté nouvelle, d’expérimenter anelque sensation neuve, vague et tranquille qui lui a échapné jusarwalors. Dans cette assimilation de la nature. comme en toute autre chose, c’est le savoir précis. l'effort persévérant qui font le vrai dilettante.. » (2). C’est pourquoi Pétude en devrait être poursuivie à fond et systématiauement. C’est dans cet esprit qu’il engage de lecteur à « S’adonner à quelques-uns des genres les plus tranquilles de paysage anglais. » Ses besoins le détournent ainsi de ce que peut lui offrir l’Ecosse et ses montagnes des hautes terres. C’est dans cet esprit qu’il leur préfèrera

(1) P. 183. Tusi 25. Roads : No amateur will deny that he can find more pleasure in a single drawing, over which he can sit a whole quiet afternonn and so gradually study himself into humour with the artist than he can vver extract from the dazzle and accumulation of incongruous impressions that send him wearv and stuvefied ont of some famous picture gallerv. Rut What ïs thus admitted with regard to art is not extended to the (so called) natural béauties no amount of excess in sublime mountain outline or the graces of cultivated lowland can do anything. it is supposed, to weaken or degradike the palate. We are not at all sure however, that moderation., and a regimen tolerablv austere, even in scenerv. are not health ful and strenghtenin£ to the taste and that he best school for a lover of nature is not to be found in one of those countries where there is no stage effkct — nothing salient or sudden but a quict spirit of orderly and harmonious beauty pervades all the details.

(2) P. 183. Tusi 95. Roads —- This is the true pleasure of your « rural voluptuary » — not to remain awe-stricken before a mount Chimborazzo ; not to sit deafened over the big drum in the orchestra : but day by day to teach himself some new beauty, to experiénce some new vague and tranquil sensation that has before evaded him. P,. 184 -— In this as. in everything else, it js the minute knowledge and long continued industry that make the true dilettante. Thus the study of mature should be carried thoroughly and with System. Let the reader then betake himself in the spirit we have recommended to some of the quieter kinds of English landscape.

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