PRINCIPAUX MOTIFS D ENTRER EN RELIGION
et de prendre la peine de les analyser pour chercher à y découvrir une lumière surnaturelle et, s’il y a lieu, une manifestation de la volonté divine. Rejeter sans réflexion une idée ou une inspiration de vie religieuse serait s’exposer à laisser passer une grâce à laquelle beaucoup d’autres sont attachées. D’autant plus que la plupart du temps c’est par degrés que la lumière se fait dans l’esprit et que la grâce divine opère dans l’âme.
Il ne faudrait pas davantage attendre que l’on éprouve un attrait sensible pour la vocation, avant de l’étudier. Quoique cet attrait existe souvent et qu’il soit un fort indice de vocation, il n’est pas nécessaire. C’est la doctrine communément reçue. « La bonne vocation, dit saint François de Sales, n’est autre chose qu’une ferme et constante volonté que la personne appelée a de vouloir servir Dieu en la manière et aux lieux auxquels sa divine majesté l’a appelée..., tellement que pour avoir une marque de bonne vocation, il ne faut point une constance sensible, mais qui soit effective. » Et Suarez dit excellemment de son côté : « On peut avec raison consulter quelqu’un pour savoir s’il est avantageux d’entrer en religion sans inclination surnaturelle, ou sans un désir particulier de la vie religieuse, et par le seul choix efficace qu’on fait de l’état religieux, après avoir réfléchi et de-
mandé conseil. Que ce seul choix ainsi fait suffise et qu’il soit souvent utile d’entrer en religion sous sa seule influence, c’est ce que prouvent l’expérience et la raison ».
Ce qui est indispensable, c est que toutes les considérations relatives à la vocation religieuse soient faites dans un esprit surnaturel, en vue de la gloire de Dieu et des intérêts de son âme. On ne se fait religieux que pour aimer Dieu davantage, éviter plus facilement le péché, pratiquer plus généreusement la vertu, et faire toutes choses avec une plus grande perfection, selon ces paroles de saint François de Sales : « On entre en religion non seulement pour aimer Dieu, mais pour le mieux aimer ; non pour être sauvé, mais pour être mieux sauvé ; non pour plaire à Dieu, mais pour lui mieux plaire ».
Il est donc souverainement important que cette question de la vocation religieuse soit étudiée en vue de l’éternité, et dans les dispositions que l’on voudrait avoir sur son lit de mort. Nous dirons plus loin dans quelles conditions cette étude doit se faire, ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter pour s’assurer de la volonté de Jésus à ce sujet. Nous nous contenterons ici d’indiquer les principaux motifs déterminants de la vocation religieuse. Encore, ne le ferons-nous que brièvement, plusieurs considérations relatives au même sujet ayant été déjà faites
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ou devant l’être dans le cours de cet ouvrage.
L’ordre suivi dans l’énumération des motifs n’a rien de mathématique, quoiqu’il existe une certaine gradation d’importance et de perfection, qu’il est facile de saisir.
Premier motif. — Sauver son âme .
Assurer son salut éternel, telle doit être la première préoccupation de tout chrétien. C’est la fin à atteindre ; il est de la première importance de savoir en prendre les moyens. Il n’entre ici aucune considération humaine ; il ne s’agit que des intérêts éternels de son âme. C’est une question purement personnelle, dans laquelle personne n’a le droit de s’ingérer. Quand arrivera le moment du jugement qui décidera du sort éternel, chacun aura à répondre pour soimême. Quand tout, de la terre et de la vie, aura disparu sans retour, il ne restera pour décider de son éternité que ses œuvres, bonnes ou mauvaises.
Vouloir assurer son bonheur éternel, ne doitce pas être la grande et constante pensée d’une âme vraiment chrétienne ? La vie n’est donnée que pour cela ; nous ne la recevons que pour mériter, par nos vertus, la récompense des élus. Tout le reste étant nécessairement subordonné à ce devoir capital et essentiel, il devient souverainement important d’embrasser l’état de vie
qui nous conduira plus sûrement au ciel. « Si vous voulez, dit saint Alphonse, choisir Tétât de vie le plus sûr pour arriver au salut, — ce qui est tout pour nous, — considérez que votre âme est immortelle, et que la fin pour laquelle Dieu vous a mis en ce monde n’est certainement pas d’y acquérir des richesses et des honneurs, ni d’y mener une vie commode et agréable ; mais c’est uniquement pour mériter la vie éternelle par la pratique de la vertu. »
Or, selon saint Grégoire le Grand, « il y en a un grand nombre qui ne peuvent nullement se sauver s’ils ne renoncent à tout ». A ceux-là, le devoir est tout tracé : la vie religieuse est leur planche de salut. Mais il n’est pas nécessaire que la chose soit aussi évidente, il suffit que l’état religieux offre à une âme une sécurité beaucoup plus grande de se sauver, pour qu’elle y trouve une raison plus ou moins grave de l’embrasser.
Les cloîtres se peuplent d’âmes généreuses qui préfèrent sacrifier toutes les jouissances terrestres pour s’assurer les éternelles. Ne faut-il pas les en louer, et n’est-il pas à désirer qu’elles soient imitées par une multitude d’autres qui s’étiolent et se fanent dans le monde, au lieu de se préparer à augmenter le nombre des bienheureux ?
Que l’avertissement de Jésus résonne aux oreilles des indécis et les arrache aux attaches
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terrestres : « Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il vient à perdre son âme ? » (Mat., xvi, 26).
Deuxième motif. — Se soustraire aux dangers du monde .
Ce motif est plus ou moins lié au premier. Il en est néanmoins distinct, car malgré la triste réalité des dangers du monde, il en est qui par leur situation et leurs devoirs d’état sont obligés d’y rester, tandis que la nécessité de sauver son âme ne souffre aucune exception.
Pour un très grand nombre, les dangers du monde sont un obstacle insurmontable au salut ; pour tous ils sont plus ou moins un sujet de tentation et une occasion de chute. Le mieux évidemment est de s’y soustraire et de chercher à se mettre à l’abri de tant de sollicitations malsaines qui surgissent du milieu du monde comme des miasmes délétères qui empoisonnent les âmes.
Comment se conserver pur au milieu d’un monde sensuel et corrompu ? Comment vivre détaché des biens de ce monde, dans ce courant qui emporte les hommes à la course à l’argent et aux honneurs ? Comment élever son âme vers les choses éternelles qui demeurent, dans une atmosphère de bien-être terrestre et de jouissance effrénée comme celle qui a envahi la société ?
Saint Alphonse a raison de dire que « l’air du
monde est un air infect pour lame ; les conversations sociales, les mauvais exemples, les mauvais propos sont autant d’appâts qui nous attirent vers la terre et nous éloignent de Dieu ; chacun sait que les mauvaises occasions sont la cause la plus ordinaire de la perte des âmes ».
Dès lors, qui donc pourrait blâmer une âme qui, pour se préserver de si grands maux, prend le moyen radical de s’en éloigner et de s’en séparer à tout jamais ? A vrai dire, on ne peut jamais le faire trop tôt. Il ne faut pas attendre d’avoir fait une expérience malheureuse de ces tentations infernales que recèle le monde, pour aller ensuite panser ses blessures à l’abri de nouvelles atteintes. Prévenons le mal et félicitons les âmes clairvoyantes et délicates qui, pour fuir l’air empesté du monde, vont s’enfermer dans les lieux bénis où elles s’appliquent à mener icibas une vie angélique, prélude d’une vie éternellement bienheureuse au ciel.
Troisième motif. — Faire péîiitence de ses péchés .
Hélas ! il n’y a pas que des justes sur cette terre ; au contraire, le nombre des pécheurs est grand. A ces derniers aussi, les portes de la vie religieuse s’entr’ouvrent, s’ils veulent y entrer. Ce qu’ils ont adoré, ils peuvent le brûler ; ce qu’ils ont brûlé, ils peuvent l’adorer. La miséri-