‹ La Vocation ReligieuseChapitre 50 sur 105 · Le ciel · texte numérisé non relu

Le ciel

La mort, toute sainte qu’elle soit, n’est pas le couronnement final d’une sainte vie ; elle n’est qu’un passage à une vie meilleure, à la vie éternelle dans le sein de Dieu. Le ciel, voilà le terme ! C’est pour y arriver que le religieux marche dans la voie étroite, suivant l’invitation du Sauveur : «Entrez par la porte étroite... elle est resserrée la voie qui conduit à la vie » (Mat., vu, i3, 14). C’est pour le mériter qu’il a embrassé une vie de sacrifice et de pénitence, car dit Jésus : « Le royaume des cieux souffre violence et les violents le ravissent » (Mat., xi, 12). C’est pour s’y préparer une gloire plus grande qu’il s’est évertué à acquérir des mérites par la pratique de toutes les vertus, mettant ainsi en réserve des trésors d’éternité que « ni la rouille ni les vers ne rongent, et que les voleurs ne peuvent dérober » (Mat., vi, 20).

C’est pour s’en assurer la possession, qu’il a voulu le payer à l’avance par la donation totale de tout lui-même, selon ce qu’écrit saint Augustin : « Le royaume des cieux se vend : le voulez-vous ? achetez-le... Le ciel vaut ce que vous valez. Donnez-vous vous-même, et vous l’aurez. »

C’est pour en faire en quelque sorte l’apprentissage, qu’il s’est voué à une vie de recueille-

ment et de prière, préludant ainsi aux occupations éternelles des bienheureux où la louange et l’adoration sont ininterrompues : « Et ils ne cessaient jour et nuit de dire : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu, le tout-puissant, qui était, qui est et qui vient » (Apoc., iv, 8).

C’est pour voir à découvert les merveilles de la Jérusalem céleste, qu’il a fermé les yeux à toutes les beautés terrestres et qu’il les a tenus fixés sur le Dieu de son cœur, selon ce que fait déjà entrevoir le grand apôtre : « L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, le cœur de l’homme n’a point éprouvé ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (I Cor., ii, 9).

C’est pour jouir sans fin du Jésus qui a été la passion de sa vie, qu’il l’a préféré à tout et qu’il s’est consumé pour lui dans les ardeurs d’un amour tout divin. « Qu’y a-t-il pour moi dans le ciel, s’écrie-t-il avec le psalmiste, et qu’ai-je demandé de vous sur la terre ? Ma chair et mon cœur défaillent, ô le Dieu de mon amour ; vous êtes, Seigneur, mon partage pour l’éternité » (Ps. lxxii, 25, 26). Et comme s’exprime saint Bernard : « Au ciel, la récompense est de voir Dieu, de vivre avec Dieu, de vivre de Dieu, d’être près de Dieu, d’être en Dieu, qui sera tout en tous ».

Aussi, l’âme religieuse, après avoir dépensé sa vie au service de Jésus, n’aspire plus qu’après la suprême récompense, qui est la possession

éternelle de son Bien-Aimé. L’exil lui paraît trop long, et elle s’écrie : « Ah ! qui me donnera les ailes de la colombe ? et je m’envolerai, et je me reposerai » (Ps. liv, 7).

Ces soupirs vers la Patrie sont déjà une grande consolation de l’exil, et ils préparent au vrai et immortel bonheur, car, comme dit saint Augustin, « si espérer le ciel est si doux, combien plus le sera-t-il de le posséder ». Mais ces soupirs sont aussi sanctifiants qu’ils sont doux. « Levez les yeux au ciel, dit saint Cyrille, vivez de son souvenir; et comme un voyageur qui y tend, que vos actes et vos pensées soient dignes du ciel; que le ciel soit le but de vos efforts, de vos regards et de vos désirs ». C’est ce que fait le vrai religieux, car s’il ne le faisait pas, il ne persévérerait pas dans l’état de perfection qu’il a embrassé. Ce qui fait dire à bon droit à saint Bernard : « On monte ordinairement de la cellule au ciel, et presque jamais de la cellule 011 ne descend en enfer ; parce qu’il arrive bien rarement que l’on reste dans les cellules jusqu’à la mort, si l’on n’est prédestiné pour le ciel ».

Quelle douce assurance pour le religieux qui aura persévéré jusqu’à la fin, et quelle somme de gloire éternelle il peut acquérir par la fidélité aux obligations de son saint état ! « Le Seigneur rend à chacun selon la mesure de ses œuvres, dit saint Alphonse. Jugez d’après cela quelle

récompense inappréciable Dieu réserve dans le ciel aux bons religieux, eu égard aux grands mérites qu'ils acquièrent chaque jour ».

D'après le même saint Docteur, la vocation religieuse est à ses yeux une telle école de perfection, qu'elle fait autant d'élus qu’il y a de religieux fidèles, et il ne craint pas d'affirmer qu'ils sont destinés à remplacer au ciel les mauvais anges qui en ont été chassés. « Je tiens pour certain, dit-il, que les sièges des anges laissés vides par la défection de Lucifer et de ceux qui ont partagé sa révolte ne seront occupés que par des âmes religieuses. Parmi les soixante élus inscrits, le siècle dernier, dans le catalogue des saints et des bienheureux, il n'y en a guère que cinq ou six qui n’aient pas été religieux ».

Ames privilégiées, qui avez reçu la grâce de la vocation religieuse et qui y avez correspondu, bénissez le Seigneur, le ciel est à vous, et vous chanterez les miséricordes de Jésus, votre Sauveur, dans les siècles des siècles.

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