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Dans la jeunesse de préférence

Une autre question se pose : est-il plus avantageux de se consacrer au Seigneur dans la jeunesse plutôt que dans un âge plus avancé ? Nous n’hésitons pas à répondre affirmativement ; et cela, pour plusieurs raisons.

Premièrement . — « La jeunesse, dit un pieux auteur, est plus rapprochée de l’âge de l’innocence que toute autre époque de la vie ; elle est plus apte à recevoir les bonnes impressions et plus prompte à faire une bonne action. C’est l’âge chéri de Dieu ». Il n’est point douteux qu’une âme jeune est plus susceptible de sentir les touches de la grâce et qu’elle s’ouvre plus aisément aux sentiments généreux de la vertu et de l’amour divin.

L’Esprit- Saint, dans nos Livres sacrés, ne cesse d’attirer la jeunesse. « Mon fils, dit-il dans l’Ecclésiastique (vi, 18), dès la jeunesse reçois l’instruction, et tu obtiendras la sagesse jusqu’à tes derniers jours ». Il s’offre en récompense : « Ceux qui me cherchent de bonne heure, dès le

matin de leur vie, me trouveront » (Prov., viii, 17). Il annonce des jours de bonheur dans la pratique de la vertu : « Cherchez la vertu durant votre jeunesse, et vous la trouverez comme un fruit précoce ; vous serez comblé de bonheur » (Eccli., li, 18-20). Il promet des joies sans nombre, fruit des tendresses divines : « Celui qui plaît à Dieu dès sa jeunesse devient son Bien-Aimé » (Sag., iv, 10).

Deuxièmement . — La jeunesse étant l’âge où les passions se réveillent, il est souverainement important de lui fournir aussitôt des moyens de défense et de préservation. Pourquoi attendre que la fréquentation du monde ou Tahus de la liberté ait défloré des jeunes cœurs qui, dans la beauté de leur innocence et T ardeur de leur générosité, auraient offert au Seigneur un service sans souillure? Ne vaut-il pas mieux leur imposer de bonne heure le joug si doux de Jésus, plutôt que de leur faire porter le fardeau écrasant de leurs infidélités ?

Entendez Jérémie s’écrier : « 11 est bon à l’homme de porter le joug du Seigneur dès l’adolescence » (Lam., ni, 27), et saint Ambroise, appuyant sur la pensée du prophète : « Quand on captive sous le joug du Seigneur la jeunesse, qui est presque indomptable, tout devient délices ».

C'est assurer le salut d’un grand nombre de

jeunes gens et de jeunes filles que de les orienter vers la vie religieuse, où ils trouveront tant de moyens de se préserver, puis de combattre les assauts du démon, d’acquérir la vertu et de servir le Seigneur dans la pureté et la ferveur. C’est ce que décrit en termes frappants le même saint Ambroise : « Celui qui a porté le joug du Seigneur dès les premières années et qui a soumis sa jeunesse au frein d’une sage modération, sera merveilleusement victorieux de ses passions ; il possédera la tranquillité et la paix ; il dominera ses sens et les convoitises de la chair ; il saura combattre les diverses passions qui pourraient naître dans son cœur ».

Au moyen-âge, les parents confiaient souvent leurs enfants, dès l’âge le plus tendre, à la pieuse direction des moines dans les monastères ; ce qui est amplement justifié par ce que dit saint Thomas dans ses Opuscules : « Non seulement il est permis, mais même il est fort utile que, pour mériter parfaitement une plus grande grâce, quelques-uns, dès l’enfance, quittent le siècle et vivent dans la solitude d’un monastère... Cette doctrine ressort manifestement de ce qui se fait tous les jours parmi les hommes. Ne voit-on pas, en effet, qu’on applique de bonne heure les enfants aux devoirs ou aux arts dans lesquels ils passeront leur vie ? Pourquoi cette règle qui partout ailleurs a son application, ne l’au-

rait-elle pas quand il s’agit de l’état religieux ? »

De nos jours, d’après le même principe, les Congrégations religieuses ont multiplié les Junior at s, dans lesquels de nombreux enfants se préparent, par l’étude et la pratique des vertus, aux engagements futurs de la vie religieuse. Qui dira combien d’âmes ont été ainsi arrachées à l’influence perfide du siècle et sont devenues pour l’Eglise un sujet d’honneur et de consolation ?

Troisièmement . — La formation religieuse est plus facile chez les jeunes que dans un âge plus avancé. D’abord, il n’y a pas encore d’habitudes prononcées ni d’idées bien arrêtées, et, par là même, il y a moins à détruire avant d’édifier. L’esprit est plus maniable, le cœur plus libre, la volonté plus souple. Le terrain est tout préparé à recevoir la bonne semence ; et il est aisé d’inculquer les principes et Fesprit religieux dans ces jeunes cœurs qui s’ouvrent tout naturellement à la grâce et qui aspirent à vivre de vérité et de perfection.

En second lieu, la jeunesse possède de puissantes ressources d’ardeur et de générosité ; on en peut tirer un merveilleux parti dans l’état religieux, dont la perfection exige la mort totale à soi-même dans une vie toute d’amour et de sacrifice. Il y a là un véritable trésor de zèle et d’énergie à exploiter.

C’est le temps propice pour poser les fondements de la sainteté future. Mise en bonne terre et bien arrosée, cette jeune plante est capable de porter des fruits savoureux et d’embaumer les jardins de l’Eglise. Nous lisons dans nos saints Livres des paroles qui semblent trop leur convenir, pour ne point les leur adresser : « Ecoutezmoi, sujets divins, et fructifiez comme le rosier planté au bord des ruisseaux ; répandez une odeur parfumée comme le Liban. Donnez vos fleurs comme le lis, exhalez une douce odeur, parez-vous d’un vert feuillage, faites entendre un cantique de louange et bénissez le Seigneur dans ses œuvres » (Eccli., xxxix, 17-20).

3. — Une fois les obstacles enlevés et la liberté reconquise.

11 arrive cependant que l’on ne peut pas toujours réaliser immédiatement ses désirs de vocation religieuse, à cause des obstacles qui en retardent l’exécution. Cette épreuve doit être supportée chrétiennement, mais sans rien abandonner de ses pieuses résolutions ; et dès que les obstacles sont enlevés, il importe de se préoccuper d’avancer dans la voie où l’on a été momentanément arrêté. Le fait des années que Ton aura involontairement perdues ne change rien à l’appel divin et à l’obligation d’y correspondre.

Ce serait une grosse erreur de s’imaginer que Ton n’est plus obligé de tenir compte des inspirations divines, parce que l’on a été forcé pendant un temps d’en suspendre la réalisation ; comme si Jésus était à nos ordres, et n’avait plus le choix des heures et des moyens.

Ce n’est pas parce que Jésus permet un arrêt momentané dans le cours apparent de ses grâces, qu’il change d’idée et modifie ses desseins sur une âme. Au contraire, ces épreuves qui apparaissent comme des obstacles sont souvent, dans la pensée de Jésus, des moyens plus sûrs d’arriver à la réalisation de ses desseins, soit en fortifiant davantage l’âme dans ses bonnes dispositions, soit en la préparant par la souffrance à une vie d’amour et de sacrifice.

4. — Lorsque l’inspiration, devenue persistante, prend le caractère d’une réelle vocation .

S’il ne faut pas attacher trop d’importance aux idées qui se présentent comme en passant à l’esprit, il ne faut pas davantage mépriser celles qui s’y fixent avec une certaine insistance. Il n’est pas rare que la pensée de la vocation religieuse, qui a pris naissance dans une âme d’une façon parfois inattendue, s’y maintienne et s’y développe au point de devenir une véritable question de conscience. Cela peut se produire dans des circonstances diverses et à des époques parti-

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culières de la vie, comme au moment d’une retraite, après un grand chagrin, à la suite d’une épreuve, lors d’un changement important de situation, sous l’influence d’une action plus forte de Jésus dans l ame, etc. Il est sage de prêter alors une oreille attentive à cette voix intérieure qui sollicite à une plus grande perfection. L’âme a tout à y gagner ; pourquoi craindrait-elle d’être trop aimée et d’être appelée à vivre davantage ici-bas de la vie du ciel ?

Lorsque la chose a été suffisamment élucidée et que l’inspiration paraît vraiment venir d’enhaut et exprimer une volonté divine, il est inutile de perdre le temps dans des longueurs interminables, mais il faut chercher à réaliser le plus tôt possible sa vocation, dût-il y avoir bien des sacrifices à faire.

Jésus est libre d’orienter les âmes dans les voies de son choix et d’appeler à toute heure du jour des ouvriers pour les envoyer travailler à sa vigne. Les occupations comme les œuvres antérieures auxquelles on s’était consacré jusque-là, doivent céder le pas au nouvel appel divin qui se fait entendre. On ne pourrait objecter qu’il serait trop difficile de rompre certaines habitudes du passé, ni, si l’on est Prêtre, que l’on aurait peine à abandonner un ministère que l’on a beaucoup à cœur. Quand on cherche des objections, on en trouve facilement. Au

moins, faut-il savoir discerner les prétextes et les raisons, et ne pas prendre pour des manifestations divines ce qui souvent n’est que l’effet d’une attache naturelle ou de la lâcheté.

L’âge et les forces physiques peuvent alors paraître un obstacle sérieux. Dans ce cas, si les Supérieurs acceptent quand même le sujet, il faut y voir une indication suffisante de la volonté de Dieu, pour tenter au moins un essai. On en voit qui dans un âge avancé vont s’ensevelir dans le cloître, et d’autres, dans l’âge mûr, qui embrassent courageusement le joug de la sainte obéissance. Ils sont dignes d’éloge, et ils se préparent des joies d’autant plus douces que la miséricorde du Seigneur est plus prodigue à leur égard.

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