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Règles à suivre dans le choix d’une communauté

Rappelons-nous ce qui a été dit précédemment et nous comprendrons aussitôt qu’il est de la première importance de choisir une Communauté où l’on trouvera sûrement les moyens de mener une vie conforme au motif qui nous fait embrasser l’état religieux, à savoir : le service

plus parfait de Jésus et notre sanctification. Nos dispositions personnelles ne suffisent pas à atteindre ce but ; il nous faut un milieu adapté qui favorise nos élans vers la vertu, qui soit un appui pour notre bonne volonté et qui nous fournisse des secours capables de nous prémunir contre nous-mêmes et de nous entraîner dans la voie de la perfection. Toutes choses que Ton ne rencontre que dans les communautés ferventesS.

Il est donc évident que Ton doit écarter, sans plus d'examen, les communautés relâchées où la ferveur et la discipline n'existent pas. C'est la grande recommandation que fait saint Ignace : « Dans le choix d’une communauté religieuse, il faut bien éviter tout d'abord de se décider à entrer dans un couvent relâché et où la discipline régulière ne soit plus en vigueur ».

Ce serait un non-sens de vouloir entrer dans une communauté moins fervente, sous prétexte que la vie y est moins pénible et que l'on s'y fera plus facilement. Mieux vaut ne pas embrasser du tout la vie religieuse, que de ne pas y vivre en religieux et de ne pas travailler à s'y sanctifier. Il est bon de se mettre en garde contre une tendance trop naturelle qui porterait à choisir telle ou telle communauté dans l'espérance d'v trouver un certain bien-être et une liberté plus grande qui amoindrirait le sacrifice de la séparation et cadrerait davantage avec la vie menée

jusque-là. Ces motifs vicieraient à l'origine l'idée de la vocation et conduiraient infailliblement à l’infidélité.

L’attention doit donc se porter sur les Communautés qui nous paraissent les plus ferventes, où la discipline et la régularité sont en honneur, où les règles sont observées, où l’union et la concorde existent et où règne l’esprit surnaturel. Ce doit être là la première préoccupation. Il ne suffit pas de se dire qu’on pourra aisément le constater une fois entré, il faut le savoir à l’avance et, pour cela, se renseigner exactement. Si on ne le faisait pas, il y aurait lieu de se méfier de la sincérité et du surnaturel de ses désirs.

Peu importe, dès lors, que la communauté soit humble, pauvre, ignorée, sans renom et sans éclat, si la ferveur y règne et si les membres, fidèles à leur vocation, y travaillent activement à leur perfection. On ne se donne à Dieu que pour s’unir plus étroitement à lui, et bienheureux sont les religieux qui n’attirent point les regards du monde, mais qui, dans le renoncement et la vie cachée, s’appliquent à devenir des saints.

Jésus est beaucoup plus honoré et glorifié par une communauté fervente, dont les œuvres sont cependant modestes, que par une autre qui se distingue par des œuvres éclatantes, mais où la

perfection religieuse est moindre. On trouvera plus de moyens de sanctification dans la première que dans la seconde, et, par là, on apportera son concours personnel à une glorification plus grande de Jésus ; cela suffit amplement pour y fixer son choix.

Nous devons craindre, en outre, de nous laisser influencer par une tentation subtile qui se présente fréquemment au moment de la décision. On prétend bien faire généreusement le sacrifice des biens terrestres et même de sa liberté, mais on appréhende d’entrer dans une communauté « trop sévère», comme Ton dit, où la séparation d’avec le monde serait trop complète. On ne voudrait pas rompre trop brusquer ment avec le passé, mais pouvoir conserver ses anciennes relations d’amitié ou de ministère. Et alors on se sent porté à choisir une communauté qui ne soit pas trop éloignée et où l’on puisse revoir facilement parents et amis, ou entretenir une correspondance qui tienne en quelque sorte lieu de la présence. Illusion intéressée, tentation dangereuse.

C’est s’ouvrir une porte sur le monde, lorsqu’il faudrait y dresser un mur infranchissable ; c’est mettre en réserve, tout près de son couvent, pour les y introduire ensuite, les attaches, soucis, futilités, distractions et mille riens de la vie

dont le monde est plein, au grand détriment du sérieux de la vie religieuse, pour ne pas dire de sa formation et de sa persévérance.

Donc, un seul objectif : se faire religieux, pour devenir un saint. Ne conserver de ses relations avec le monde que celles qui entrent dans le genre d'apostolat extérieur de la communauté et que l’obéissance consacre ; mais nullement celles qui seraient l'effet d’un cœur partagé et d'une demi-donation de soi-même. Le Seigneur n’a pas pour agréables les offrandes faites avec parcimonie et dont l’intention n’est pas parfaitement pure.

On comprend le désir de certaines âmes qui préfèrent s’en aller atu loin, afin de n’être pas distraites par les relations du dehors, et de pouvoir s’occuper exclusivement du travail de leur sanctification.

3. — Réserves à apporter dans certaines appréciations plus naturelles que surnaturelles .

Tout n’est pas toujours surnaturel dans les jugements que l’on forme et dans les appréciations que l’on entend autour de soi sur l’importance du choix d’une communauté. 11 est bon de ne pas l’ignorer et il est sage de se prémunir contre les erreurs dans lesquelles on pourrait être entraîné. Considérons la volonté de Jésus et non l’opinion des hommes, les intérêts sacrés

de notre âme et non l’aspect purement humain des choses terrestres.

i. — Communauté de renom .

L’état religieux est un état de pénitence et d’humilité. On vient s’y cacher, disparaître et se faire oublier. Il ne peut donc jamais être question de chercher un honneur quelconque dans le choix d’une communauté. On n’est pas plus religieux parce que la Communauté est en vue ; on n’est pas davantage parfait parce que la Communauté est considérée. C’est là l’erreur dans laquelle tombent parfois les parents. Ils veulent bien que leurs fils ou leurs filles entrent en religion, mais à condition que ce soit dans tel Ordre ou telle Congrégation de renom. Gloriole humaine dans une vocation divine. Ils se flattent et s’honorent sottement, lorsqu’ils devraient comprendre, comme dit saint Jérôme, que « la grandeur du chrétien (et à plus forte raison du religieux) consiste, non à passer pour tel, mais à l’être en effet ».

h. — Costume religieux .

L’habit religieux n’est pas étranger à l’attrait éprouvé pour une Communauté plutôt que pour une autre. En cela, il n’y a rien de mal, pourvu toutefois que l’on n’y attache pas une importance exagérée et qu’on ne lui sacrifie pas d’autres mobiles beaucoup plus importants. C’est le temps

de se rappeler l’adage populaire, « l’habit ne fait pas le moine», que saint Bernard complète, en disant : « Ce n’est point l’habit, c’est la pureté du cœur qui fait le religieux ».

Le costume est quelque chose de purement extérieur, qui n’a de valeur que par sa signification. Par sa matière, sa couleur et sa forme, il parle ou de pureté, ou de pénitence, ou de pauvreté, ou de mort au monde, etc. Si ces choses n’existent pas, il n’a plus qu’une valeur vulgaire, et il devient même une condamnation pour celui qui le porte. De sorte que là ou le costume n’existe pas, les vertus qu’il représente peuvent se rencontrer ; ce qui fait, que mieux vaut un bon religieux sans costume, qu’un mauvais religieux avec un costume. L’auteur de l’Imitation a raison de dire que « ce n’est pas la grandeur de la demeure, ni la beauté de l’habit, ni l’excellence de la dignité qui font le parfait religieux, mais c’est le renoncement entier au monde et la mortification quotidienne de ses vices ».

iii. — Institut nouveau .

Tous les Ordres et toutes les Congrégations n’ont pas été institués en même temps dans la sainte Eglise. Ils se sont succédés à travers les siècles, apparaissant à leur heure et réalisant des desseins divins de charité et de miséricorde sur l’humanité.

Il n'y a évidemment rien de répréhensible à commencer ; c’est même une nécessité, puisque ici-bas tout a un commencement et une fin. En quoi y aurait-il quelque chose de défavorable pour une Communauté, en ce qu’elle commence comme toutes les autres ont commencé, en ce qu’elle naisse dans le jardin de l’Eglise à l’heure que lui a marquée la Providence et suivant le besoin des temps ? Faudra-t-il en écarter les sujets, parce qu’elle est nouvelle et parce qu elle n’a pas encore pris racine comme ses aînées? Mais alors, comment pourra-t-elle se développer? Comment se sont développées les autres Congrégations avant elle? Ceci équivaudrait à dire : elle n’a pas le droit d’exister, il faut empêcher qu’elle se consolide et se développe.

Oui oserait prendre une telle responsabilité? C’est pourtant la responsabilité que prennent, autant qu’il est en eux, ceux qui détournent les vocations d’une Communauté, sous prétexte qu’elle est encore toute récente et qu’elle n’a pas fait ses preuves. Ils devraient plutôt, ce semble, diriger de ce côté les âmes qu’ils y croiraient appelées, afin de seconder ainsi les vues de la Providence et de permettre à une Œuvre inspirée de Dieu d’accomplir sa destinée.

La légèreté avec laquelle agissent parfois certains conseillers dans le cas actuel est vraiment déconcertante. Au lieu d’aider l’action du Saint-

Esprit, on dirait qu’ils ont résolu d’essayer de l’empêcher de souffler dans l’Eglise. Cette remarque a d’autant plus d’actualité que dans le cours du siècle dernier, et plus encore de nos jours, des Instituts nombreux ont surgi pour accomplir les oeuvres les plus variées, dont la nécessité ou l’utilité sont partout reconnues.

Ceux qui se sentent appelés à concourir à des Œuvres nouvelles suffisamment connues et approuvées par l’autorité ecclésiastique, ne doivent point se laisser ébranler par les réflexions inconsidérées et même les conseils imprudents qui tenteraient de les détourner de leur projet, pour l’unique motif de la nouveauté.

iv. — Nombre restreint de sujets .

Cette objection est liée à la précédente ; car c’est la conséquence des Œuvres qui commencent d’avoir peu de sujets. Cela ne peut être un argument contre la Communauté naissante, tout commencement comportant la rareté ou la pénurie des sujets. C’est là l’histoire de la généralité des Œuvres divines dans l’Eglise, même de celles qui ont eu des saints comme fondateurs, tels que saint Dominique, saint Vincent de Paul, saint Paul de la Croix et, plus près de nous, le Bienheureux P. Eymard.

A cela rien d’étonnant. Avant qu’une Œuvre soit connue et qu’elle ait été bien comprise, il

s’écoule un certain temps. Habituellement, c’est alors que les commentaires plus ou moins malveillants ont cours et qu’ils impressionnent d’autant plus que l’on manque de connaissances suffisantes pour y répondre et les rectifier.

Il ne faut pas oublier que Jésus n’a fondé son Eglise qu’avec douze apôtres et que des Ordres admirables dans l’Eglise n’ont pas tous eu le même développement rapide. C’est la loi des Œuvres divines de se faire par des moyens variés et de passer par des épreuves diverses qui en consolident davantage les fondements. Tantôt ce sont les sujets qui se font attendre, tantôt les ressources qui font défaut, tantôt les obstacles quasi insurmontables qui se dressent, tantôt une hostilité inexplicable qui se fait jour, tantôt une véritable persécution qui se déchaîne ou encore une froide indifférence qui jette le discrédit et le mépris.

Jésus se sert de tout pour accomplir ses desseins ; la malice ou l’inintelligence des hommes deviennent, dans ses mains, le moyen de fonder sur la croix et dans le sang les Œuvres qu’il veut rendre plus fécondes et plus florissantes dans son Eglise. C’est ainsi que le comprennent les saints; et c’est ce qui devrait ouvrir les yeux à ceux qui, si inconsidérément, contrecarrent les desseins de Jésus sur les œuvres de son Cœur.

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